ACTE IV, SCÈNE V
Ce calme qu^elle affecte afin de me surprendre Ne me fait que trop voir ce que jVn dois attendre. La foudre gronde, il faut vous mettre bors d*état D'en ouir la menace et d'en craindre Tédat.
Fuyons d'ici, madame; et venez dans Athènes, Par un heureux hymen , voir la fin de nos peines. J'ai mon vaisseau tout prêt. Dès cette même nuit Nous pouvons de ces lieux disparaître sans bruit. Quand même pour vos jours nous n'aurions rien à
craindre, Assez d'autres raisons nous y doivent contraindre. Ariane, forcée à renoncer à moi.
N'aura plus de prétexte à refuser le roi:
Pour son propre intérêt il faut s'éloigner d'elle.
PHÈDRE
Et qui me répondra que vous serez fidèle ?
THÉSÉE
Ma foi, que ni le temps ni le ciel en courroux...
PHÈDRE
Ma sœur l'avoit reçue eu fuyant avec vous.
THÉSÉE
L'emmener avec moi fut un coup nécessaire ; Il falloit la sauver de la fureur d'un père ; Et la reconnoissance eut part seule aux serments Par qui mon cteur du sien paya les sentiments :
8o ARIANE.
Ce cœur viokoté n'aimoit qu^avec étude.
Et quand il entrerait un peu d*ingratitude Dans ce manque de loi qui tous semble odieux , Pourquoi me reprocher un crime de vos yeux ?
L'habitude à les voir me fît de Tinconstanoe Une nécessité dont rieu ne me dispense ; Et si j'ai trop flatté cette crédule sœur, Vous en êtes complice aussi-bien que mon cœur. Vous voyant auprès d'elle, et mon amour extrême Ne pouvant avec vous s'expliquer par vous-même , Ce que je lui disois d'engageant et de doux. Vous ne saviez que trop qu'il s'adressoit à vous. Je n'examinois point, en vous ^uvrant mon ame, Si c'étoit d'Ariane entretenir la flamme ; Je songeois seulement à vous marquer ma foi ; Je me faisois entendra, et c'étoit tout pour moi.
PHÈDRE
Dieux! qu'elle en souffrira! que d'ennuis! que de
larmes !
J'en sens naître en mon cœur les plus rudes alarmes : Il voit avec horraur ce qui doit arriver.
Cependant j'ai trop fait pour ne pas achever : Ces foudroyants regards, ces accablants raproches, Dont par son désespoir je vois les coups si proches. Pour moi, pour une sœur, sont plus i redouter