‹ Chefs-d'œuvre de Thomas Corneille: précédés de son éloge historiqueChapitre 66 sur 224 · ACTE V, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V

Une rivale au moins pour soulager ma peine M*offroit en la perdant de quoi plaire à ma haine; Je promettois son sang à mes bouillants transports. Mais je trouve à briser les liens les plus fcNis; - Et, quand dans une sœur, après ce noir outrage, Je découvre en tremblaot la cause de ma rage, Ma rivale et mon traître , aidés de mon erreur. Triomphent par leur fuite, et bravent ma fureur ! Nérine, entres-tu bien , lorsque le ciel m*accable , Dans tout ce qu*a mon sort d'affreux, d'épouvantable? La rivale sur qui tombe cette fureur, Cest Phèdre, cette Phèdre à qui j*ouvrois mon cœur ! Quand je lui faisois voir ma peine sans égale.

Que j'en marquois l'horreur, c'étoit à ma rivale!

La perfide, abusant de ma tendre amitié,

Montroit de ma disgrâce une fausse pitié !

Et, jouissant des maux que j*aimois à lui peiudre.

Elle en étoit la cause, et feignoit de me plaindre !

C'est là mon désespoir. Pour avoir trop parlé.

Je perds ce que déjà je tenois immolé.

Je l'ai portée à fuir, et , par mon imprudence,

Moi-même je me suis dérobé ma vengeance.

Dérobé ma vengeance ! A quoi penséje P Ah dieux !

L'ingrate ! Ou la verroit triompher à mes yeux !

C'est trop de patience en de si rudes peines.

Allons, partiHii, Nérine, et voloiii vers Athènes. Mettons un prompt obstacle à ce qa*on lui promet : EUe n est pas encore où son espoir la met.

Sa mort 9 sa seule mort, mais une mort cruelle...

niaxirs.

Calmez cette douleur: où vous emporte- t-elle? Madame, songex-vous que tous ces vains projets Par rédat de vos cris s'entendent au palais?

AaïAHB.

Qu'importe que par-tout mes plaintes soient ouies ? On connoit, on a vu des amantes trahies; A d'autres quelquefois on a manqué de foi :

Mais , Nérine, jamais il n'en fut comme moi.

Par cette tendre ardeur dont j'ai chéri Thésée Avois-je mérité de m'en voir méprisée?

De tout ce que j'ai fiiit considère le fruit. Quand je fuis pour lui seul , c'est moi seule qu'il fuit. Pour lui seul je dédaigne une couronne offerte : . En sédqisant ma sœur, il conspire ma perte.

De ma foi chaque jour ce sont gages nouveaux : Je le comble de biens , il m'accable de maux ; Et, par une rigueur jusqu'au bout poursuivie. Quand j'empêche sa mort, il m'arrache la vie. Après l'indigne éclat d'un procédé si noir, Je ne m'étonne plus qu'il craigne de me voir :

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