‹ Chefs-d'œuvre de Thomas Corneille: précédés de son éloge historiqueChapitre 8 sur 224 · ACTE I, SCÈNE I. S · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. S

Consentir à ces nœuds dont Timage me gène.

Quoique alors Ariane eût les mêmes appas , Ou résiste aisément quand on n*eâpère pas ; Et du moins je n'eusse eu , pour sauver ma^ franchise , Qu'à vaincre de mes sens la première surprise. JVlais si mon triste cœur à Tamour s'est rendu , Thésée en est la cause, et lui seul m'a perdu. Sans songer quels honneurs l'attendent dans Athènes, Ici depuis trois mois il languit dans ses chaînes; Et, quoi que dans l'hymen il dût trouver d'appas, Pirithoùs absent, il ne les goûtoit pas.

Pour en choisir le jour, il a fallu l'attendre. C'est beaucoup d'amitié pour un amour si tendre. Ces délais démentoient un cœur bien enflamme. Et qui n'aurott pas cru qu'il n'auroit point aimé ? Voilà sur quoi mon ame à l'espoir enhardie S'est peut-être en secret un peu trop applaudie. Les plus charmants objets qui brillent dans ma cour Sembloient chercher Thésée, et briguer son atnour. Il reudoit quelques soins à Mégiste, à Cyane. Tout cela me flattoit du côté d'Ariane ; Et j'allois quelquefois jusqu'à m'imaginer Qu'il dédaignoit un bien qu'il n'osoit me donner.

A.RCAS.

Dans l'étroite amitié qui depuis tant d'années

De deux amis si chers uuit les destinées, Il tCesX pas surprenant que, malgré de beaui feux, Thésée ait jusqu'ici refusé d'être heureux :

C'est de quoi mieux goûter le fruit de sa victoire» Qu'avoir Pirithoûs pour témoin de sa gloire.

Mais, seigneur, Ariane a-t-elle en son amant Blâmé pour on ami ce trop d'empressement?

£n avez-vous trouvé plus d'accès auprès d*elle?

OEITARUS.

Cest là ma peine, Arcas: Ariane est fidèle.

Mes languissants regards, mes inquiets soupirs, N*ont que trop de ma flamme expliqué les désira : C'étoit peu ; j*ai parlé. Mais pour Theureux Thésée D'un feu si violent son ame est embrasée Qu'elle a toujours depuis appliqué tous ses soins A fuir l'occasion de me voir sans témoins.

Phèdre sa sœur, qui sait les peines que j'endure. Soulage en m'écoutant ma funeste aventure ; Et, comme il ne faut rien pour flatter un amant, Je m'obstine par elle , et chéris mon tourment.

ARCAS

Avec un tel secours vous êtes moins à plaindre. Mais Phèdre est sans amour, et d'un mérite à craindre : Vous la voyez souvent; et j'admire, seigneur. Que sa beauté n*ait rien qui touche votre cœur.

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