PORC K LA INK
que, » se retrouve sur des objets chinois d’une haute antiquité; les Ilots de la nier sont traduits par une sorte de traits enroulés purement conventionnels qu'on retrouve aussi sur les vases <rrecs ; mais
les communications ne se faisant que difficilement, à l’aide des caravanes, res porcelaines durent être des morceau* de liante curiosité que leur fragilité rendait plus rares encore.
La relation des voyages de Marco Polo, imprimée en 1484, sur un manuscrit écrit en 1307, pour Charles de France, père de Philippe le Bel, excita vivement l'attention sur les objets qu’il citait, et dont on connaissait déjà des échantillons ; mais ce n’est qu’au quinzième siècle qu’on trouve, dans les inventaires des trésors royaux ou princiers, la mention très-nette de nombreuses pièces de porcelaine. Jusque-là, ce terme de « |>orcelaine » désignait dans les comptes, selon M. de Laborde, dont l’érudition est si perspicace, la nacre de perle.
Avec quelle admiration durent être accueillis par les raffinés de l’Occident ces vases apportés de pays lointains, à « l’esmail aussi esclalant que le très-fin crystal,» supportant sans se rompre l'action du feu, résistant à la dent de la fourchette et au fil du couteau de table. Nous avons cité le témoignage de Passeri pour montrer combien vite ces vases et ces plais firent oublier les faïences sur les dressoirs de l’Italie. Il en fut de même partout. b‘S curieux, et notamment le Dauphin, fils de Louis XIV, recueillirent pour leur cabinet les pièces exceptionnelles par la matière, les dimensions, le décor. La bourgeoisie suivit l’exemple. Au milieu du dix-huitième siècle, on voit entrer en Hollande, en une seule année, des « tasses à thé brunes et bleues, » au nombre de 307,518! A la vente du duc d’Aumonl, en 178*2, des vases forme lisbet, c’est-à-dire à grosse panse, et des cassolettes rondes, en vieux Japon, atteignent 7,000 et même à 7,501 livres la paire.
L‘S savants du dix-septième siècle la déclarent « une certaine masse composée île piastre, d’œufs, d’escailles de locustes marines et autres semblables espèces, laquelle estant bien unie et liéeen-
PORCELAINE
semble, est cachée sous terre secrètement par le père de famille qui l'enseigne seulement à ses enfants, et y demeure octante ans sans voir le jour, après lesquels les héritiers l’en tirant et la trouvant disposée proprement à quelque ouvrage, ils en font les précieux vases transparents si beaux 5 la vue en forme et en couleur, que les architectes n’y trouvent à redire1. »
Enfin, au milieu d’une société où le poison jouait un si terrible rôle, les médecins, désireux de s’abriter derrière des préjugés (pii dégageaient leur responsabilité, acceptèrent sans discussion qu’à l’exemple des tasses en écaille, en corne de licorne ou de rhinocéros, les coupes de porcelaine avertissaient de la présence du poison. « Ce fait est constaté, écrivait un commentateur de Pancirol, dans une lettre de Simon Simonius, médecin du sérénissime Maximilien, archiduc d’Autriche. » Cette lettre accompagnait une pièce de porcelaine, envoyée de Prague à Leipzig par Simonius à Frédéric Meyer, son gendre bien-aimé : «on l’a trouvée dans les effets du bassa de Bude, aujourd'hui prisonnier à Vienne. C’est dans ces sortes de vases que les Turcs Itoivcnl l’eau, le sorbet et le lmuillon, parce qu’on croit qu’un changement subit dans leur transparence indiquerait la présence du poison. A poids égal, je ne l’échangeinis pas contre un vase d’argent, car je crois la matière pure et sans mélange; j’en ai pour garant l’usage qu’en faisait un chef aussi puissant que le bassa. »
On dut tenter de toutes parts de l’imiter, mais l’élément premier de la porcelaine, le kaolin, manquait aux céramistes. Est-ce croyable? celte famille des Médias qui sentait si bien
1 Livre des antit/uHes perdues et si au vif représentée» par la plume de l'illustre jurisconsulte G. Pancirol, qu'on en peut tirer grand profil de la perle. 1617.
llllKES-lt (El VUE 11 ES AltTS IMll'STIllELS.
li's arts et 1rs protégeaient si galamment, pénétra le secret dans le milieu (lu seizième siècle, et, par suite sans doute de cette jalousie de métier ipti est le propre de ces époques, elle le laissa perdre. On lit dans la RAuzumr d’Andrea Gncconi, ambassadeur envoyé en I57fi, par Venise, pour offrir au due François, fils de (iosme l*r, 1rs compliments de condoléance de la sérénissinie République : « l,e prince prend peu de plaisir aux
A il il K s t»r. i * ntl im. r. nr« xImck
chasses et aux aulres fatigues, mais il donne tous ses soins à quelques métiers dans lesquels il fait profession de retrouver cl d’inventer des procédés nouveaux, comme cela esl en effet... Il a retrouvé le mode de faire la porcelaine de l’Inde, et réussit dans toutes ses épreuves à en égaler les qualités, c’est-à-dire la transparence, la cuisson, et il la fait aussi légère et aussi délicate; on m’a assuré qu’il avait mis plus de dix ans avant d’avoir pu découvrir
PORCELAINE
le secret de cetle industrie. Ce fut un Levantin qui le mit sur la voie. Il fil alors travailler un homme qui chaque jour expérimentait; il gâta des milliers de pièces avant d’être arrivé à des ouvrages parfaits .. »
Cette porcelaine, dont quelques échantillons sont parvenus jusqu’à nous, n’était point de la porcelaine « dure, » comme le sont les porcelaines orientales, mais « tendre, » c’est-à-dire faite d’une fritte cristalline pétrie avec une terre argileuse blanche qui n’est pas le kaolin. Ces échantillons précieux sont entrés pour la plu-
«»ttqi Es h F. la rAkCRUMf 9Ck llt.»l(K
|Kirl dans les cabinets delà famille de Rothschild, l’n paysagiste, M. Jules Michelin, qui est aussi un amateur plein de goàl et dont on ne saurait trop louer le désintéressement, a offert au musée céramiquede Sèvres une bouteille carrée à goulot étroit qui, par sa texture argileuse, montre qu’il restait encore à faire pour arriver à la perfection ; le décor en bleu camayeues! rhatironné d’un Irait violâtre de manganèse; une des faces de la bouteille porte un riche (■cusson aux armes de Philippe II, avec le collier de la Toison d’Or et la couronne. Des grotesques s’v jouent au milieu de rinceaux et de
Heurs bizarres. Il esl probable que, de même que pour les faïences d’Oiron, la fabrication fut limitée à des cadeaux royaux ou princiers. Oui donc comptait alors en dehors? La lettre F qui se lit sons le revers de certaines pièces est l’initiale de François, et le dôme est celui de Sainte-Marie de la Fleur, de Florence; les six pâlies ou boules portant des initiales sont les pièces fondamentales de l’écusson des Médicis.
La découverte de ces essais de fabrication esl toute récente ; elle n’enlève rien au mérite de la Saxe d’avoir vulgarisé le procédé et mis la main sur la vraie matière : l’histoire est des plus romanesques.
Né en lfiH‘2, à Voglland, d’un père qui cherchait ardemment la pierre philosophale, Jean-Frédéric Bottger suivit les traces de son père et entra chez un vieux pharmacien de Berlin, Zorn, qui lui-même faisait les yeux doux à dame Alchimie. Le roi de Saxe, électeur et roi de Bologne, Frédéric-Auguste, intrigué par la réputation naissante du jeune homme, le patronna, cl lorsqu’après une fugue tentée dans les Etats du roi de l’eusse, Bottger eut été repris, il le cadenassa dans le château de Witlemherg , et lui donna pour surveillant Ehrenfried Walther de Tschirnhauss, qui, chimiste lui-même, avait aussi étudié la minéralogie. Celui-ci, à l’apparition de la jiorcelninc, avait tenté de l’imiter et n’avait produit qu’un verre laiteux; mais en mettant à la disposition de Bottger, pour composer ses creusets, les argiles les plus réfractaires de la Saxe, il lui fournil les éléments d’une poterie trèsdure et qui, à l’exception de la translucidité, avait tous les caractères de la porcelaine.
l'OltCKI-AliNK.
•JSI
tirande joie dans ic laboratoire! Pour plus du sùrutc, pour que rien ne transpire même des espérances des deux collaborateurs, le roi leur fait construire un laboratoire dans l’Albrcchlsburg de Meissen. Touchante sollicitude! Royale récompense des succès obtenus !
En 1708, Tschirnhauss meurt sans avoir vu une poterie de grès rouge obtenue par son associé après mille délwires, et baptisée «porcelaine rouge;» elle ne possédait aucun éclat, et pour lui donner le luisant il fallait la jiolir au tour du lapidaire.
C’était relativement un grand succès. Mais voilà qu’en 1711, en parcourant les environs d'Aue, un maître de forges nommé Jean Schnoor regarda la bouc blanche dans laquelle piétinait son cheval et pensa qu'elle pourrait remplacer à bon marché la farine qui servait pour poudrer les perruques : il en recueillit dans sou mouchoir, l'expérimenta, et finalement en envoya sur tous les marchés. Bottger s’étonne un jour du jioids inaccoutumé de sa perruque; il la secoue, examine la poudre blanche qui s’en envole, scî fait apporter le reste du paquet, et l’ayant à tout hasard manipulé comme une argile plastique, s'aperçoit avec ivresse qu’il a découvert la matière première de la porcelaine, le kaolin! l/électeur constate la réalité de la découverte cl, toujours jaloux d’une possession exclusive, il fait établir dans l’AIbrechtsburg même de Meissen la manufacture officielle dont liotlger devient le directeur. Cette usine, véritable place forte, avait son pont-levis constamment levé; les ouvriers seuls pouvaient entrer ou sortir à de certains moments, mais un serment solennel les obligeait de garder jusqu’au tombeau les secrets qu’ils pouvaient fortuitement avoir surpris ; ils savaient que celui qui oserait trahir
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gq.)
son serment serait joli) comme prisonnier d’Etat el « jusqu’au lomlieau » dans les eachols de KiPiiigstein.
Néanmoins, avant la mort de lîotlger, un ouvrier nommé Ro/.ul s’enfuit el emporta à Vienne les arcanes. Ce grou|ie galant el sou|de de la Bar lie < le / mlint , est en porcelaine de Vienne, qui fut fondée en 1720. Après 1744, la manufacture devint la propriété de Marie-Thérèse, el produisit de véritables chefs-d'œuvre d’élégance el de délicatesse ; à ce moment, elle prit une marque ainsi ligurée en bleu. Kilo existe encore aujourd’hui, mais comme établissement privé.
La manufacture de Meissen, sous les successeurs de Hotlgcr, lit des merveilles. 11 ne fallait rien moins qu’un siècle tel que le dix-huitième pour que le génie allemand, dont les qualités sont tout autres, montrât autant de légèreté et de gaieté. L’Europe entière vint y garnir ses étagères et ses tables. Le « vieux saxe » imita d’abord la Chine ou le Japon à tromper l’œil le plus exercé. Sis, décors sont d’un ton robuste et dorés avec une épaisseur qu’on n’oublie pas dès qu’on en a vu un spécimen bien choisi. Vers I7li(l, un modeleur nommé Kamller exécuta la plupart des groupes qui ont si bien établi la réputation de la Saxe et que Sèvres et Cliclsea seuls ont pu égaler. Les Cinq Sent, le Mariaije d la mode, le Tailleur du comte de Brühl et sa femme, à cheval, lui sur un Itouc, elle sur une chèvre; cent petits Amours en capilans, en apothicaires, en médecins, en hussards, en hercules, en jardiniers; des singes musiciens, des soldats et des gens de toutes conditions, un olympe boufli cl rose ; les vertus théologales et la comédie italienne... c'est tout un monde qui rit, qui chante, qui mi-
l’UHCKLAI.MK.
namlc, qui pialle, qui grimace, qui su décul Icte, qui si' rengorge aveu une naïveté, une malice, une souplesse, une boulToimeric vraiment incroyables dans leur diversité.
Ses dessus de table, ses jiendulcs, ses candélabres sont d’uu «rococo» parfois moins réussi. Il est rare de rencontrer une forme aussi ferme et un décor Watlcau aussi heureux que ceux du vase qu’a bien voulu nous routier M. L. Double.
Les marques de Saxe, les deux épées croisées du l’électoral, ont été si souvent répétées ou contrefaites, qu’il est presque superflu de les reproduire. Disons seulement que la Manufacture débuta
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par prendre le monogramme du roi, Amjuüiix H m; que celte sorte de caducée est la marque de la première période; que les éjiées croisées lui succédèrent en 1742, et que lorsque ces épées sont accompagnées d’une étoile ou d'un point, elles signalent des travaux extrêmement délicats et recherchés qui furent exécutés sons la direction de Mareolini vers 1 7X11.
La plupart des moules originaux de Mcissen ou de Dresde existent encore, ceux notamment de ces bichons blancs à longs |>oils, dont les yeux dis|iaraissenl sous des mèches en saule pleureur. Ils fournissent de Inouïes épreuves, mais le décor manque généralement d'harmonie. C’est en Angleterre que le vieux Saxe atteint les plus hauts prix. Il y a quelques années, à la
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veille de la eullection Reniai, une paire de candélabres en (xucelainc de Dresde, de 60 centimètres de hauteur, formés d’une leuunc drapée, assise sur un piédestal mi des cniànts maintiennent des écussons, et supportant elle-même un porte-lumière à cinq blanches, a été payée ‘251 livres sterling par le marquis de lialb.
Toute l’Allemagne, et la Prusse, et l’Autriche, cl la Russie, et le Danemark, et la Suisse, et l’Angleterre, imitèrent plus ou moins heureusement Dresde. Mais il nous en faut sortir pour entrer en France, qui eut aussi son long triomphe.
Dès lO/ô, Ixniis Doterai, sieur de Saint-Etienne, obtenait par lettres patentes l’autorisation de fabriquer à Rouen de la |>orcelaine « à l'imitai ion de celles de la Chine et du Japon. » En 1664, à Paris, Claude Révérend s’engageait « à contrefaire la ]ioreclaiuc aussi belle et plus que celle qui vient des Indes orientales. » Ces deux fabricants, dont le premier semble avoir été un céramiste hors ligne, étaient surtout frappés par les imitations qu’avaient eux-mémes faites de la porcelaine les faïenciers de Délit.
En 16118, un médecin et voyageur anglais, Martin Rister, écrivait : « J’ai vu la poterie de Saint-Cloud, cl je n’ai pu trouver aucune différence entre les articles faits dans cet établissement cL la plus belle porcelaine de Chine que j’aie vue... Un vend à Saint-Cloud, ces (tôleries à prix très-élevé. Ou demande plusieurs éeus (tour une seule lasse à chocolat. » Deux ans après, on lit dans le Journal île l.cgraud d’Aussy : « Le ô du mois dernier, madame la duchesse de Rourgognc ayant passé par Saint-Cloud et tourné le long de la rivière (tour aller chez madame la duchesse de Guiehe, lit ancsler sou carrosse à la jtorle de la maison où MM. Chicanaux
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' olh il ion de N. L.IIJ.0 tl UoiiUe,
PORCELAINE. 22fl
ont établi rlrpuis quelques années une mantifaclurc <l(> porcelaines fines, qui sans contredit n’a point de semblable dans toute l'Europe. » il y a bien de l’exagération dans ces jugements, mais ils prouvent l’intérêt que tous les esprits portaient à l’imitation telle quelle du précieux produit de l’Orient. En réalité les porcelaines de Saint-Cloud, dont on connaît quelques exemplaires, imitaient assez bien le « blanc de la Chine, » mais n’étaient qu’une porcelaine tendre, couverte d’un vernis base de plomb, jaunâtre, et ayant souvent coulé en larmes.
Voici quelle fut, à partir de 1702, la marque des porcelaines tendres de Saint-Cloud :1e. soleil formait allusion aux privilèges octroyés par Louis XIV.
Trou, associé d’abord aux Chicanaux, continua ensuite pour son propre compte, sous le patronage du duc d’Orléans.
En 1 708, une manufacture de porcelaine était installée à Lille, mais il ne parait pas qu’elle ait brillamment réussi.
Chantilly, continué, sinon fondé, par deux transfuges de la fabrique de Saint-Cloud, les frères Ilubois, est sous la protection du prince de Condé, et adopte pour marque un cor de chasse. Les services en porcelaine tendre, décorés de fleurs bleues sans forme précise, sont d'un goût trèssobre ; c’est encore de la porcelaine tendre. — On remarquera que c'est la grande mode, parmi les grands seigneurs ou les membres de la famille royale, de [citronner les manufactures : en 1 7â.">, nous voyons encore se fonder Mennecy-Villeroy 1 sous la protection
1 On pout avancer on principe que leu reproductions typographiques de marque* sont à peu prfc» inutiles. En s'astreignant, comme Ta fait M Greslmi. à les imiter par dos
011 E FS-n'Æ IJ V II K 11 K S AlîTS INDUSTRIELS.
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du «lut: de Villeroy. En 1750, Sceaux-Pcuthièvre. Plus lard, vers 1750, Orléans sipne ses («Aies dures du lainbcl du due de Penihièvitî.
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uhwm i itr. TtLU nnv. mai-vu ni wsTitiivnr. v.vr.<yi » n’nnitiSs.
Vincennes enlin va nous conduire à Sèvres. Les frères IHibois n’ayant réussi ni à Saint-Cloud, ni à Chantilly, viennent, en 1 740,
encres colorées, on reste encore loin tle l'aspect réel; une meme marque n'est jamais, — salifieras d'un poinçon dans la pâte — , répétée identiquement dans la fabrique cllcintHne; enlin, les épées de Saxe, par exemple, ont été contrefaites ou altérées intentionnellement à l'infini et dans tous les pays. Cependant il en est un certain nombre que Ton rencontre quelquefois sous des pièces intéressantes et dont nos lecteurs «lime* ront à apprendre la signification. En voici quelques-unes. Nous les empruntons au livre de N. (îreslou, que nous citions à l'instant, llechcrches sur laCéraniiqur. Notons qu’en général res marques sont peintes en or sons les pièces do choix.
nor saiM.-M k*u>meis .
WMIV.
IrmM «le PArHiev. «le Maonn1,
Porcelaine dure.
Armes Appartenant an prime
■lu comte He Cmliiir. ChirbeEugén1.
cncLsri. arri.su ticnat.
Pâle leinlre, M.iri|uc île la plus l*lb> pérhule.
toi ns VT.
Pftlr tendre.
Anne»
«lu Dauphin.
aritiiT
POnCKUl.NK.
ar.t
proposer à M. Orry île Fnlvy, intemlaiil îles finances, île lui confier le vrai secret de la porcelaine. On les installe à Vincennes. Ils échouent encore. Mais un de leurs ouvriers. Gravant, trouve véritablement une porcelaine tendre. Orry de Fui vy forme, en 1 74;», une compagnie de huit commanditaires, et un privilège de trente années lui est délivré sous le nom de Charles Adam. L'établissement a son siège dans les bâtiments de la surintendance, du manège et de la ménagerie de Bel-Air. On y réussit avec un grand bonheur ces bouquets en relief imitant la nature, millets, anémones, coquelicots, églantincs, dont chaque pétale, modelé isolément dans le creux de la main de l’ouvrier, porte au revers la trace des stries de l’épiderme, tandis que les pétales de ces llcurs qu'on imite aujourd'hui sont coulés au moule, et par conséquent tout à fait lisses. Le modèle de ces fleurs artificielles, — qui entouraient le cadran des pendules, ornaient les bras pour bougies, etc. — nous avait été donné par la Saxe qui les a toujours peintes avec une rare délicatesse. C’est la Dore des salons.
En 1 7.V2, un ariél du conseil révoqua le privilège d'Adam, et décida que « les pièces de ladite manufacture seront marquées d'une double I., entrelacée en forme de chiffre. »> L’année suivante, le roi Louis XV s’intéressa pour un tiers dans les frais. Pour donner à la marque une valeur chronologique, on lui joignit une tics lettres de l’alphabet qui changea chaque année1.
En I7ù4, l’impératrice de toutes les Itussies, attentive à tout ce
' Voici h série de* mnrtpn*s adoptées par la manufacture de Sêrrmt depuis son origine justiu'ii nus jours.
232 CIIKFS-H'ff.L'VRK l»KS ARTS IMilST FUKI.S qui se passait en Europe ilans les lettres, les sciences, les arts ou l’industrie, fit commander le service célébré dit « aux Camées, » qui ne devait pas revenir à moins de 300,000 livres, soit près d’un million de notre époque.
La lettre A, au milieu il**?
I. en lac*' os, on bleu ou en or, iridic|tie l’année 17.f»5, B,
1 7.Yi, ainsi jusqu’à 1 770 où les lettres se doublent : ainsi TC, 1780.
De 1792 à 1800, le monogramme de la Hépuhliqne française, au-dessus du nom de In Manufacture : JtPPCS.
Cefi servit de 1804 M. 1 mpV
histo: de Sèvres,
DelKKUOtm, lUglr,
en rouge :
De 1800 li 1801 , rouge :
MNk
Jtvrej
De 1811 h 1824, les L enlacées du dix-huitième siècle, au Ideu, avec une fleur de lis. Sèvres et les deux derniers chiffres de la date ; et, sous Charles X, les L remplacées par des C.
Voici la série sous le règne de Louis-Philippe :
Knlin celles adoptées sous le règne actuel :
Les lettres, les signes et souvent les rébus sont ceux adoptés par les doreurs ou décorateurs-peintres de fleurs, de marines, de paysages, d’attributs, etc. Ils se rapportent à une liste que M. A. Jacquemart donne dans son execllenle Histoire de In Porcelaine après l’avoir scrupuleusement copiée sur les registres de h Manu fart lire
ponr.EuiNE.
I.’ établissement devenait trop petit pour un sucrés chaque jour croissant. On fit construire A Sèvres les bâtiments qui, aujourd’hui, tombent en ruines, et c’est là que la Manuraclure, dont le roi devint, en 1760, seul propriétaire, fut transportée en 1758. Boileau, qui, à Vincennes, avait présidé les travaux et, notamment, acquis le secret de la dorure, demeura directeur. C’est, dit-on, à madame de Pompadour que furent dus les encouragements accordés à cette industrie séduisante.
Jusqu’à ce moment la Manufacture ne produisait que ces pâles lendres, si recherchées de nos jours, et que signe un vrai cachet d’aristocratie. Mais la grande préoccupation était d’atteindre à la porcelaine des Indes, comme l’avait fait la Saxe. En 1761, un des Hannong, dont le père avait fondé Frankcnthal, offrait le secret de la porcelaine de Saxe moyennant un prix élevé, mais la matière première, le kaolin, manquait toujours. Iléaumur avait bien inventé une sorte de verre divitrifié, opaque et ayant quelque apparence de porcelaine, mais ce n’était qu’une apparence.
Ce hasard fit enfin découvrir, en 1768, en Fiance, un gisement de kaolin d’une richesse incalculable. Madame Daruet, la femme d’un chirurgien de Sainl-Yrieix, près de Limoges, recueillit dans un ravin et présenta à son mari une sorte de terre blanche qui lui paraissait propre à remplacer le savon. Darnet en porta un échantillon à un nommé Villa ris, pharmacien à Bordeaux, qui reconnut le kaolin et l’expédia sur-le-champ à Sèvres pour le faire expérimenter. Il doit exister encore, dans le musée céramique, une statuette de Baechus modelée avec cc kaolin. Ce qu'il y a de plus tristement comique, c’est que c'est Villaris qui vendit 25,006 livres au gouvernement le secret du gisement. En 1825, madame Daniel
CMEKS-b’tEÜVRR I)KS ARTS INRDSTItIKI.S.
vivait encore, dans la misère, et implorait un secours de roule « pour retourner, à pied, à Sainl-V ricix-la-Perche, comme elle en était venue. » Sur la demande de M. Rronguiarl, indigné d’une aussi triste application du sic vos non v obis, le roi Louis XVIII lui accorda une petite pension sur sa liste civile. Pour ne parler que chiffres, en 1765, la Franco importait pour 500,001) livres de porcelaines dures; dix ans après la découverte, des gisements de kaolin de Sain t-Yrieix. elle en exportait pour la même somme!
Ce kaolin, qui ressemble à ces trésors des contes de fées qui se dérobent aux subtils et se dévoilent aux innocents, fut découvert en Thuringe, à Hudolstadt, en 1758, par une bonne femme qui apporta à un chimiste « une poussière blanche bonne, disait-elle, à sécher l’écriture. »
llien dans nos arts ou dans notre industrie n’égala peut-être l’influence que la manufacture de Sèvres nous conquit en Europe. Elle avait reçu le ton de la Saxe, mais elle lit vile triompher le goût et le charme français, que rien n’a dépassés pendant et depuis le milieu du dix-huitième siècle. V ce moment l'esprit français, rentré en pleine possession de soi-méme, n’imitait plus et vivait sur son propre fonds : il était lui. vif. ailé, poli, savant avec souplesse, philosophe au salon autant qu'à l'imprimerie. Sèvres lorme en quelque sorte « l’illustration » de ce passage de l’histoire de France, où notre art se montra le plus personnel, et il ne faut pas sourire devant ces fragiles feuillets. Les conquêtes par lits armes sont sujettes à d’étranges retours , et rarement l’avenir confirme les plus beaux programmes dits plus fiers politiques, lats découvertes de la science sont d’une grandeur toute relative; elles ne sont que les anneaux successivement forgés d’une chaîne
pou r.ia.u.XK,
qui pari du laboratoire d'un chimiste et aboutira on ne sait où; elles sont instables comme la science elle-même, dont le centre se déplace incessamment. Seules les créations de l’art sont des faits
v*«r. nr roMtMif.
IWr «‘laine «le Stî'vrcf. — l'.ollp» lion «le H. I.. Douille.
éternels, dans quelque proportion qu’elles se produisent : rien ne |ieul déplacer le sublime qui est l’essence du Parthénon, de la Vénus de Milo, des médailles de Syracuse, de tout l’art grec ; rien
-ir.ii
ne petit éteindre le sublime de la Bible, des poèmes indiens, des poèmes grecs, de Dante, de Shakespeare, de Molière. Les faits matériels sont le relatif, les faits intellectuels sont l’absolu.
En veut-on un exemple? One sont devenues, pour la France d’aujourd’hui, les conséquences de la bataille de Fontenoy, livrée le H mai 1745? Duel vent d’oubli n’a pas soufflé sur la poudre des lauriers du maréchal de Saxe? Encore quelques lustres, ce sera un nom qui, pour l’humanité indifférente, se noiera déplus en plus dans la foule de plus en plus vague des noms historiques ! A ce moment, le monument que Pigalle lui a élevé à Strasbourg apparaîtra de plus en plus jeune, de plus en plus loué. Hier encore, dans riiùtel somptueux d’un amateur qui ne s’attache qu’aux belles choses, chez M. Léopold Double, nous la voyions revivre, celle bataille de Fontenoy, dont nous avions oublié la date, sur deux vases que louis XV sans doute commanda pour le vainqueur, à la Manufacture. Singuliers messagers pour les Ages futurs! se serait écrié quelque philosophe d’alors... Ils vivent cependant dans tout l’éclat galant de leur fond rose veiné d’or et de bleu : entre des palmes vertes, s’enlacent les trois couronnes triomphale, murale et obsidionalc; dans deux larges écussons, Genest a peint, d’après Morin, des scènes militaires : ici, les troupes françaises enlèvent dns ouvrages défendus par l’artillerie et enclouent les pièces ; lè, elles culbutent l’ennemi dans les vergers qui précédaient le village de Fontenoy. Les trophées guerriers étaient de Bachelier et ils donnent un aspect aussi héroïque que |>ossihle à ce brevet de gloire en pâte tendre.
Autre exemple... Buffon, s’il revenait en chair, et en manchettes, retrouverait oublié sur les quais plus d’un des volumes de
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•iôl
son Histoire mutu elle, que les travaux récents ont tant dépassée, et chez M. Double encore le service qu’il up|>cluil son « édition île Sèvres. » t’est un service de table qui compte plus de cent pièces, cl où ont été peints avec le soin le plus scrupuleux tous les oiseaux décrits dans son livre.
Falconncl et Clodion fournirent les plus jolis motifs pour les statuettes en biscuit, lequel s'appelle ainsi, quoique la pâle n’ait subi qu’une cuisson. Bouclier fut copié à l’infini dans les médaillons, dans les plaques pour secrétaires, (‘0118011“!, tables, jardinières, cache-pots, écritoires, etc. M. le marquis d’Hcrlford possède un encrier fort aimable, qui lut offert par Louis XV à Marie-Antoinette, à son arrivée en France : il prie à une extrémité le chiffre de 1a Dauphine, à l’autre les armes de France; au milieu, le prolii du roi avec sou lieau nez busqué. Une couronne forme le couvercle de l’encrier; la boite à poussière et son pendant ligurcnl la sphère céleste. Ali! les fines et gaies pensées que la plume devait puiser dans une si galante écriloirc!
Mais il est temps de modérer notre enthousiasme, car il irait au delà de notre jugement. L’art de Sèvres est loin de bien représenter l’art du dix-huitième siècle. Il n’en est qu’un côté débile, et si nous nous y sommes si longuement arrêté, c’est que sa renommée est euro|K>enne, et que les amateurs s’en disputent à coup de liasse de billets de liauque les échantillons bien réussis. Il y a trois ans, une garniture de trois vases gros bleu, avec émaux décoratifs, atteignait cil vente publique soixante-trois mille francs! V la vente Bernai, tout fut disputé presque dans cette proportion par l’aristocratie anglaise. Les deux collections les plus riches sont celle du marquis d’Hertford, dont une minime partie fut vue à
CHKKS-h'(EU\ li K llKS AIITS INDUS I ItlKl.S.
i K\ |)<>si( ion rétrospective de l’Union centrale, et celle de la reine Victoria, dans lluckingham-Ilouse. Cette royale collection fut formée en grande partie sous la direction du licau Brunimel, par Georges IV. En I 855, sa très-gracieuse Majesté en exposa soixantedix pièces pour l’éducation des artistes décorateurs dans Marlborough-Ilouse.
Tristes modèles liien souvent! la's formes sont presque toujours grêles; le décora consacré, dans la disposition des médaillons ou des chiffres, cette lianale et assommante symétrie que les Orientaux évitent avec autant de soin que nos académies la patronnent. Il est ou noir et sans vibration dans le bleu de grand feu, ou louche dans les Ions verts; à peine agréable dans le bleu turquoise, ou ce rose baptisé rose liubarry. Tout ce qu’on peut rechercher, comme s'harmoniant à un décor de salon fond blanc, pour garnir la cheminée ou les étagères , après les groupes en biscuit ou décorés, ce sont certaines tasses à fleurettes, et des pots à eau semés de roses- jompons ou de bluets.
Jusqu’à la lin du dix-huitième siècle, celte manufacture royale vécut encore d’une vie factice, conservant la gràee vieillotte du son îles clavecins ou l'harmonie mourante des gouaches mordues par la lumière. Mais sans avoir rien produit de grand, Sèvres a réalisé l’idéal du joli. A partir de la Révolution et de l’Empire, la décadence commença, et depuis l’ahime n’a pas été comblé. Napoléon donna à la Manufacture les plus grands encouragements, mais surtout pour qu’elle vainquit les Anglais et tous les autres centres de production. L’utile tua l’agréable, en même temps que l'antiquité [aidante étouffait celle antiquité de convention, mais exquise, qu'avec la meilleure foi du inonde le dix-builième siècle avait
POIICELAIXE.
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assoupli à ses besoins et à ses rêves. L’arcliitcdc évinça le décorateur et le sculpteur; le savant prima l’artiste, ut l’atelier fut envahi par le laboratoire.
M. Urongniart conserva jusqu’en 1X47 la direction unique. Son Traité dcx'arts céramiques est, au point de vue tout exclusif de
h S * t K î T 1 411 IKITI4LK» Dt «404111. I* I * 4 r. 1. 1 . |*ui'M'laine de Sèvres. — i ollectiwu de M. L. Ihmldc.
l’art, la meilleure trace de son passage. M. Khelmen lui succéda. M. Itegnault règne aujourd’hui et, ainsi que scs prédécesseurs, maintient la fabrique dans une voie honorable mais où domine le système des essais théoriques.
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C'est fort bien à un certain point île vue. Il est lion que dans une iiiiinufaclurc d’Élat, on puisse faire les ex|iérienees les plus coùleuses, les essais les plus divers. Malheureusement ce ne sont que les casiers des archives qui s’emplissent, et, au contraire, en Europe aussi bien qu’en France, le prestige de la Manufacture diminue de jour en jour. Kn I Hfi'j, on constata avec inquiétude que les deux riches céramistes anglais, Million cl Copland, produisaient presque aussi bien que nous, avec surprise que lits grandes pièces exposées laissaient beaucoup à désirer pour la fabrication même; et l'on plaisanta dans les journaux anglais et dans les rapporls sur les blindages en cuivre qui renforçaient les points d’attaches des grands vases, car les pièces de dimensions exceptionnelles ne sont pas d’un seul morceau.
Dans la période qui suivit ISIS, sous M. Kbelmeu, l’art avait encore ses coudées franches, et nous avons pu choisir parmi les décors de ce moment le lèse de la Guerre, couqiosé par M. Diéterle et sculpté par M. Choiselat. Sèvres comptait alors dans ses rangs, Jean Kcuchères, klagmann, Diéterle, Lcssore, A. Choiselat, Lacmlein. Depuis, Sèvres a traversé la période néo-grecque, et le décor en est sorti au-dessous de la température de ces comètes que les lois fatales de la gravitation empor- Icnlà des milliards de lieues du soleil, l’n seul maître, M. Ilamon. avait imprimé son cachet d'hallucination lucide et réfléchie à des ligures de jeunes tilles pouponnes et rosées qui retournaient gravement un lis sur le gril, promenaient en laisse des papillons ou teintaient de bleu la corolle d'un volubilis. La [teinture de M, Ilamon, si voilée ou si aigre dans ses tableaux, prenait, sur la surface polie et luisante de la porcelaine, une harmonie mélan-
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colique et recherchée. Il y avait certaine ment en M. Ilnmon, que Sèvres n’a pas su utiliser cl conserver, l’âme confusément réveillée iriui potier grec.
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Mode!»' a Sèvres sur le* modèles de H. ÜHlerle.
Il ne faudrait pas croire que la Manufacture ait beaucoup déchu. Elle est capable de refaire, pour l'amateur assez riche pour s’en payer la fantaisie, tous les modèles anciins. Mais il faudrait
CIIEES-D’ŒUVIIE UES AIITS INDUSTRIELS.
jiayer aussi les essais el n'avoir [ms celle préoccupation conslanle nue l’on pcul trouver mieux el moins cher chez les brocanteurs.
U ue de déceptions on s’éviterait ! las faussaires ne. se sont pas lait faute de jeter sur la place du « Vieux Sèvres » tout battant neuf, auquel le diable ]>crd son latin. La véritable pâle tendre est rarissime. Vers 181 ô, la Manufacture vendit aux enchères el à bas prix un nombre considérable de pièces de rebut ou de réserve. Trois brocanteurs s'installèrent dans la ville même de Sèvres, el inventèrent un procédé pour enlever l'émail, teindre la pièce en turquoise, par exemple, et peindre dessus des médaillons ou des ornements. Louis XVIII accepta un jour, en cadeau, un déjeuner fond bleu de roi, orné des portraits de Louis XIV et des beautés de sa cour, commandé, disait-on, par Louis XV et ayant longtemps servi à Louis XVI. L’histoire n’ajoute ]>as si le donataire prétendait l’avoir reçu directement de Louis XVI, mais c’est la règle en pareil cas. M. de Pradel, ministre de la maison de 8a Majesté, ayant jugé à propos de demander quelques renseignements à Sèvres, on constata que le «souvenir historique» datait d’un ou deux ans, nu plus! Les ors n’avaient point le caractère des ors anciens; le plateau était venu après la Révolution; le monogramme du jæintro, S***, ne figurait pas dans les archives. Louis XVIII sourit finement... pour l'éducation des amateurs futurs, il fil cadeau à la Manufacture de ce faux audacieux qui ligure aujourd’hui dans les vitrines du musée céramique.
Nous ne verrions pas grand mal à ce que ces tromperies se multipliassent. Elles forceraient les amateurs à aller s’approvisionner directement à la Manufacture. Celle-ci reprendrait une activité qui lui fait défaut, et elle se rajeunirait en se trouvant eu rapports
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plus fréquents avec un public «l’élite. C’est elle qui produit la plus lielle pâte et le plus beau blanc de l'Kurope; les Anglais viennent après, et la manufacture impériale de Saint-Pétersbourg après encore. Placez un artiste à la tète des travaux, rétribuez largement les maîtres, peintres ou sculpteurs, dont vous monopoliserez le talent ; dépensez pour le beau ce «pje vous dépensez |>ourceque vous appelez l’utile, et vous vous rattacherez ainsi à la vraie tradition française, qui est de dominer par les droits de l’esprit. Ne vous isolez point; soyez accessibles au mouvement moderne; tentez toutes les voies, à l’exemple du dévoué et savant conservateur «le votre, musée céramique, qui recueille sans aucun parti pris de préférence ou d’exclusion les échantillons de la poterie de tous les temps et de tous les pays. Itépudicz enfin celle qualification d’art industriel qu’on inventa, dans ces dernières années, d’appliquer à vos produits d’art, et insistez, pour reprendre place, dans les Salons annuels de peinture et de sculpture, comme cela avait lieu jusqu’à ces derniers temps. Il faut que Sèvres, en restant une école supérieure de céramique, donne aussi le ton nu commerce par la variété et le beau style des modèles.
Pour «Hre juste, nous devons dire qu’on a renoncé à res reproductions de tableaux qui n’étaient que d’inutiles tours de force ; inutiles en ce qu’ils ne répétaient, en quoi que ce soit, l’aspect ivcl des originaux, qu’ils étaient d’un emploi décoratif d’autant plus inqiossible qu’ils élaii-nt plus grands, et qu’ils perpétuaient le mode «le décor le plus vicieux par l’emploi des tons neutres et l’abus des couleurs de moufie. Si les morts sont au courant, dans les r.hamps-Klysi’es, de ce qui se passe sur la terre, quelles singulières réllexions devaient échanger Remkrand et Titien lors-
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qu’ils apprenaient que madame Jncoltol venait de donner une dernière touche et un dernier tour de cuisson à quelqu'une de ses copies d’après leurs œuvres !
L’une des plus heureuses tentatives de décor, réalisées dans ces derniers temps, est celle de l’application des pâtes blanches sur des tons de céladon gris de lin, vert bourgeon, café, chocolat clair. L’invention remonte à une quinzaine d’années. Elle a été pratiquée par MM. Choiselal, Iiegnier, Gely, avec des fortunes diverses.
l’n jeune scidpteur, M. Solon, l’a presque rendue sienne par l’habileté et le goût avec lesquels il la manie. la» oxydes que l'on peut employer pour les colorations qui produisent les céladons sont nombreux, et les demi-tons sont à l’inlini : la nuance la plus exquise est celle qui rappelle un « nuage de crème » versé dans une tasse de thé. Mais le feu étant le domaine de malicieux petits gnomes, ils font que les dosages les plus exacts n'ont guère plus de chances de réussites que ceux où l’on s’abandonne nu hasard de la palette, et le céramiste ne peut se prétendre maître absolu de ses projets. Sur une pâte colorée, — qui forme corps avec la plaque de porcelaine, et est proprement « une engobe, » c’est-à-dire une épaisseur appliquée soit sur la pâte blanche, soit au pinceau, soit par le trempage, — on pose les pâtes blanches, au pinceau, par couches successives, en ébauchant une forme que l’on parfait avec des outils tranchants ou une petite râpe lorsque l’épaisseur voulue est atteinte. Ce bas-relief terminé, car c'est un véritable bas-relief, d subit une première cuisson appelée « le dégourdi, » ce qui lui donne assez de consistance [tour pouvoir être trempe dans une eau d ûmail. Enfin vient la dernière
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plaque •■miilU* -ur pomtoinc de Sévre» céladon, par M. Solou-MilAv
PORCELAINE
cuisson, cl, lorsque In pièce esl réussie, rien n'égale le charme du résu liai : les parties épaisses, en (bnilanl, conservenl uu relief qui modèle la forme; au contraire, les parties plus minces laissent transparaître le fond, qui forme soit le modelé des chairs, soit une draperie flottante, ou un nuage. Si vous connaissez les biscuits de Wegdwood, dont lis figurines se profilent en hlanc sur le fond bleu de la plaque, supposez qu’elles sont devenues diaphanes, et pensez aussi à ces veilleuses de porcelaine que l’on apjielnil des lithophanies. C'esl aérien. C’est (lotlanl, noyé dans la masse fluide. Cela rap[>elle ees études nu crayon blanc que Prudïwn faisait saillir sur le papier bleu, et en même temps ees télés que Corrége estompait à la sanguine el à la pierre d’Ilalie; elles ont, comme ces mystérieux chefs-d’œuvre, des ébauches de sourire et des palpitations. M. Solon, qui signe aussi Milès ses délicats lias-reliefs, est doué d’un sentiment tout moderne de la décoration. Ces Nymphes qui écartent les roseaux, ces Psyché qui allument une lanterne diogénesque. ces Naïades qui rêvent au bruit «lu llol vers<; par leurs urnes penchées, ees Chimères qui se rengorgent et ces Méduses dont la chevelure compte plus de torsades de perles que de serpents, ce sont les rêves d’un artiste né dans nos jours, qui ne demande à l’antiquité ou à la Renaissance que la fine fleur de leur fantaisie. Vous |>ouvez les encastrer hardiment dans le panneau de la bibliothèque qui renferme l'o'iivre de Musset, sur l’élagère au milieu des bronzes de Barve, ou, dans un cadre ciselé par Feuehères, sur le mur, à côté des aquarelles de Delacroix; elles sont, dans leur grâce légère, les so'iirs cadettes de cette famille contemporaine. Déjà M. Solon a été apprécié dans le pelil cercle des gens de gofll dont les suffrages consolent de ces
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applaudissements bruyants que moissonne la médiocrité. Demain, si quelque graml curieux s’y prêtait, ces œuvres seraient recherchées à meilleur droit que des bibelots, vulgaires de décor et de forme, qui n'ont d’autre mérite que d’appartenir à des Ages passés, d'être cotés comme rares A la Bourse de la Curiosité et d’y faire prime.
La manufacture de Sèvres, pour laquelle nous demandons une direction artiste plus large, est incontestablement la plus riche du monde en peintres, en sculpteurs, en modeleurs, en cuiseurs, en chimistes.
Voici très-sommairement, — car notre cadre ne nous permet pas d’aborder les questions pratiques souvent si curieuses et «le nos jours si perfectionnées, — la série des manipulations que subit le kaolin, recueilli près de Limoges, à Saint-A rieix, et additionné de craie de Bougival. Il arrive en tonneaux et est jeté dans de grandes cuves pleines d’eau ; le kaolin proprement dit reste en suspension; décanté et raffermi, il forme une poudre blanche qui ne subit plus d’autre trituration et composera le noyau de la pâle; au fond de la cuve se dépose un sable fcldspatbique, que l’on broie à l’aide d’un moulin, et qui, aidé dans la lusion par la craie ou cat'lioiiale de chaux, donnera le vernis et la translucidité. Ces trois éléments, réunis et triturés avec les soins les plus attentifs et les plus minutieux, forment la |site que les ébaucheurs travaillent avec les mains, soit sur un tour tel que M. Edmond Morin est allé le dessiner pour nous exprès à Sèvres, soit par le coulage pour les pièces d’une excessive ténuité, en versant dans un moule en lois poreux la pâle à l’état de barbnline liquide. La
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pin'»', qui possède à ce moment scs éléments constitutifs de matière et de forme, doit être alors Unie et réparée; elle subit une première cuisson, « le dégourdi, » puis elle est tremjiée, blanche ou décorée, dans la glaçure, émail liquide, qui est un mélange naturel de feldspath et de quartz; la partie pulvérulente qui happe la pâte dégourdie est « la couverture.» «L’encastage,» c’est-à-dire la protection des pièces contre l’action directe du feu, se fait à l aide de ces cazettes ou étuis, dont Palissy nous avait parlé et dont le dessin ci-contre donne une idée sommaire.
« L’enfournement » est une 0]>ération pratique des plus délicates, car le feu devient alors le souverain absolu, et quels que soient les secrets qu’ait révélés aux euiseurs une expérience centenaire, quelles que soient les précautions dont ils s’entourent, rien ne peut faire prévoir ses cruels et irréparables caprices. I, 'emmagasinage en pile des cazettes terminé, celles qui renferment les pièces les plus sensibles étant placées dans les parties moyennes, les portes du four sont murées. Le foyer est allumé; les morceaux de bois de lxmleau sont jetés avec des variations soigneusement calculées, et la cuisson, poussée à de certains moments à une chaleur énorme, dure de trente à quarante heures. On |)eut surveiller dans une certaine mesure les entrailles incandescentes du four, à l’aide de loties qui vont jusqu’à l'intérieur en traversant l’épaisse muraille de briques réfractaires qui le composent, et fermés par un morceau du verre épais. Dans les fours île la nouvelle Manufacture on se servira proliablemenl de la houille, que le commerce emploie avec succès, et qui présente une grande économie. Les premiers essais de cuisson A la houille furent faits à Lille en 17Xt.
Iæ détournement, opéré avec des soins minutieux après un refroidissement qui n’a pas duré moins de huit jours, est toujours suivi avec une grande anxiété, car ce n’est qu’à ce moment que la paix est signée avec les démons capricieux qui président à ces longues manipulations. Quelques degrés de plus ou de moins dans
roi » nr ciasd rier pixtun l'koc v»T*«ir Manufacture de Sèvres.
l’inlensité calorique à tel ou tel moment de la cuisson, cl Ionie une fournée, représentant Irente ou quarante mille francs de malière et de décors, ne formeront qu’un las de tessons inutiles!
On ne peut soumettre à celte haute température que certaines couleurs dites pour cela «de grand feu; » tels sont les verts de chrome et le bleu indigo, qui manque de profondeur et est loin d'être aussi vibrant que le bleu des Orientaux. I.es autres couleurs
l’OUCKLAINE.
seraient volatilisées ut <lis|>araitraiuiit sans laisser d'autres traces i|iic dus salissures plus ou moins graves. Ces couleurs, dites « de uioulle, » et dont le nombre n’est à peu près pas limité, s'appliquent sur la surface des vases avant, pendant ou après la glaçure et ne subissent que des cuissons calculées tlu plus au moins, c’està-dire que l’on pose successivement les tons qui exigent des cuissons jilus ou moins considérables.
Nous allons indiquer au lecteur deux manières de [tousser à fond l’étude que nous n’avons fait qu’indiquer dans ses lignes principales : la première, c’est d’aller, un jeudi, visiter la manufacture de Sèvres, dont les artistes et les employés sont d’une rare obligeance; la seconde, c’est de lire avec attention le travail sur Sèvres de M. Turgan, dans le lieau et excellent livre intitulé : le s Grande s usines de France. Pour montrer combien ce tableau de l’industrie française au dix-neuvième siècle rentl facile à tous l’étude de la science, nous en détachons cette page sur les « impressions sur porcelaine, » procédé malheureusement plus démocratique qu'arlistc :
« Ce fut d’abord à Liverpool, dans la manufacture du docteur Wales, qu’en 1751 on appliqua l’impression sur porcelaine. En 1775, M. llertcvin, employé à l'hôtel des Invalides, en instruisit M. Parent, directeur de Sèvres, qui le chargea d’imprimer ainsi le trait des camées antiques copiés [mur Catherine de Russie. On jierfectionna ce procédé, surtout en Angleterre, pour la fabrication de ces (telles porcelaines opaques nommées « cailloutages, » et qui sont souvent dits chefs-d’œuvre d’exécution et de bon marché. MM. Neppel, Paillard, Saint-Amant, Honore, Decaen, iirenl faire en France de grands progrès à l’impression
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sur |M>rc«‘laiii(>, en appliquant les procédés de Inillo-douce, de lithographie, de gravure en relief sur bois et de lypograpliie. On comprend facilement la difficulté d'imprimer sur une surface glissante comme la porcelaine, rigide, sinueuse et inégale presque toujours : on grave d’abord A différentes profondeurs pour pouvoir charger des épaisseurs variables de couleur, et comme les poudres colorantes dont on se sert usent toujours les planches, on se sert d’acier, plus résistant que le cuivre. On prépare ensuite une huile visqueuse dans laquelle on ajoute la couleur qu’on désire, en la mêlant avec une certaine quantité de noir de fumée qui disparaîtra au feu ; après avoir chargé la planche on la tire en taille-douce sur un papier très-lin. sans colle, cl légèrement humecté; une fois la peinture reportée sur le papier, on pose la feuille sur de l’eau; puis, quand elle est suffisamment humectée, on l’applique sur le vase, à la paroi duquel les couleurs adhèrent ; on enlève le papier, et le dessin reste fixé, surtout si on a eu soin de tamponner avant pour l’appliquer plus fortement .» Ce procédé ne s’emploie guère à Sèvres que pour l’or des filets et des ornements, des chiffres et des armoiries.
Sèvres est et restera, nous l’espérons bien, un des derniers vestiges de ces manufactures d’Etat dont les produits devraient, par leur perfection, détachée de toute préoccupation de prix de revient, braver toute concurrence. La lutte sur le terrain du Iteau, voilà la seule qui soit digne d’elle. La suprématie de la France dans les arts de luxe, acclamée dans ces grands Jeux olympiques que nous appelons les Expositions universelles, telle est leur fonction, que ces manufactures s'appellent Sèvres ou les Gobelins.
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Les vases, |«* services mêmes «le Sèvres, ne devraienl aller que chez les heureux du siècle ou que servir île récompenses nationales. Ainsi, à la suite «lu Salon «le ISôO, le directeur «les Ueaux- Arls, M. Charles Blanc, fut-il bien inspiré d’en distribuer aux artistes en place de médailles.
Nous ne suivrons doue pas plus longtemps, chez les fabricants de Paris ou de Limoges, de l’Angleterre ou de la Russie, l’histoire dans le passé et dans le présent d’une matière qui, presque seule parmi les ilécouvertes récentes de l’humanité, a résolu ce problème du plus utile uni au plus agréable. La France l’a faite sienne | «codant un siècle , sans interruption. Il ne faut pas «pic celle complète lui échappe. Hans quelques semaines la manufacture «le Sèvres, bâtie jadis sous l’influence d’une femme intelligente et aimable, quittera son vieil et respectable berceau, dont les murailles tremblotent, pour entrer dans un nouveau palais, (Ju’ellc en profile |K>ur faire son examen de conscience.
Loin «le renier l'histoire des temps «pii ont fait sa gloire, qu’elle en relise les juives et en étudie l'esprit. Elle verra «pie les arts décoratifs ne [leuvent, pas plus dans la céramique que dans quoi «pie ce soit, se séparer du mouvement qui emporte une société toute entière et qu’il faut se mettre à l’unisson de ses besoins et de ses goûts. Puisse-t-ellc «loue élever ses enfants dans l’esprit nouveau, et créer en France une école qui se puisse enfin oiqwser à relie des céramistes de l’Orient en produisant des œuvres sincèrement originales.
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