Y E II R K U I E — V 1 T K A I X
L’iiircutioti «lu votre duo hii hasard, en Phcuicie. — I. 'Antiquité pousse au plus (oui I art de la verrerie. — Li*s verres gallo-romains. — Les lampes arabe*. — Le» bouteilles persane*, la» verrerie* de Hurauo. — Manière île fabriquer h** vases Uligr.més et à mosaïques. — tas perli**. — Les vidrecome* allemand*. — l/aride fluorhydrique, ms résultats présents i l m>d avenir. — Dcnvenuto Cellini attribue à In lune la fnrniatiun dos pierres précieuse». — \SArl de la verrerie du Florentin Reri. — Découverte du cristal. — Les alchimistes du dix-huitième siècle l'avaient pris pour de l’eau congelée. — Baccarat. — Ce qui constitue le cristal. — Histoire d’une carafe. — La cr istallerie moderne.
VERRERIE
Pline le naturaliste raconte on des termes pittoresques l’invention du verre. Elle n’a rien de très-vraisemblable. Si le hasard a pu révéler un si singulier prodige, du moins a-t-il fallu nécessairement pour l'accomplir une température bien autrement élevée que celle dont parle Pline. Citons cependant. La traduction d’Anloyne du Pinet, seigneur de Noroy, parera notre citation des grâces du langage des premières années du dix-septième siècle et la rajeunira. « En Phénicie, contrée limitrophe de Judée, il y a un certain lac, qui est an pied du mont Carmel, duquel sort la rivière de Rélus, laquelle tombe en la mer auprès d’Acre, cl a environ cinq milles de tour. Celte rivière a une eau fort dormante et malsaine à boire, limoneuse et fort profonde; de sorte qu’on ne voit jamais de son limon, sinon quand la mer regorge et qu’elle la fait déborder. Alors on voit un certain limon, net et luisant, comme ayant été
purifié par les Rols et vagues, et tient-on que la mortification de l'eau marine condense ce limon qui auparavant neservoit de rien. La plage ou cela se fait ne saurait contenir en tout un demy-millc, et néanmoins on y a de tous temps pris de la matière assez pour fournir de verre quasi tout l’univers. Et quant à l’invention de ce verre, on dit qu’elle vient de certains marchands de nitre qui, ayant pris terre en celle plage, voulurent faire leur cuisine sur la grève. Mais n’y trouvant ni pierre, ni cailloux, pour servir de trépied à leur marmite, s’avisèrent d’y mettre des quartiers de nitre qu’ils ap|H>rtoient avec du sable de la dite plage. Mais advint qu’ayant mis le feu sous leur marmite et que le nitre eut commencé à prendre le feu à l>on escient, pesle mesle à travers legravier de la dite plage, ils s’apperçurent d’une humeur claire qui cnoloil à grand brandon : et tient-on que delà vint la première invention de faire le verre. »
l/e verre est en effet le résultat de la fusion d’un sable qui se rencontre dans maints endroits et qui, notamment, forme les beaux sentiers degrés blanc de la forêt de Fontainebleau.
Plus loin Pline ajoute ces curieux détails sur les verreries de son temps : «... Les fourneaux de verre sont A bois comme ceux oit fond le bronze, fo première fonte est tirant sur le noir. On la recuit encore une autre fois en un autre fourneau et luy baille telle couleur que l’on veut, [.es verriers de Sidon, ville d’où on apportoit jadis toute la belle verrerie que nous avons (Pline écrivait ceci vers l’an 70 de Jésus-Christ), faisoient leurs verres A souffler, ou bien ils les polissoienl au tour et y faisoient des ouvrages de plat et de relief comme on feroil sur des vases d’or ou d’argent. Même l’invention d’en faire des miroirs y fut trouvée.
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Voilà donc oninmc nn inanioit le verre en l';tnl iqnilé. Maintenant on fait le verre en Italie, d'un certain sable blanc qu’on trouve à laird du fleuve Vollurno; ce sable est fort tendre et facile à pulvériserait moulin. Et certes, on use quasi partout ainsi et signammenl en Piaule et en Espagne. »
I,es Egyptiens connurent à fond Part — peut-être aussi ancien que celui de la céramique émaillée, — de fondre le verre, de le colorer, de l’incruster. Les Cirées s’en servirent aussi et moulèrent des médaillons précieux. Mais les plus nombreux monuments qui soient arrivés jusqu’à nous, sauvés par l’intérêt qu’excitait leur fragilité même, sont romains. Il en existe de charmants spécimens dans les vitrines de la collection Campana, et les cabinets de curieux de haut goftt possèdent, intacts ou raccommodés, des coupes capricieuses, des vases de dimensions souvent considérables nu de petits objets familiers tels que des oiseaux à longues queues, des fleurs émaillées, etc. Le vase Porlland, du llritish Muséum, qui a été brisé par un fou et habilement raccommodé, est une merveille de style et de matière. Il fut trouvé dans le milieu du seizième siècle, aux environs de Home, dans un sarcophage en marbre que l’on dit être celui d’Alexander Severus ; il est fond bleu, enrichi de camées blancs.
On voit souvent des plaques de verre translucide, collées l’une à l’antre et enserrant une mince feuille d’or sur laquelle sont dessinées à la pointe des représentations du Christ, ou des figures de saints, ou encore de pieuses inscriptions ; c’est ce qu’on nomme des graffiti, et cela rappelle à la fois les mosaïques et les émaux cloisonnés. Les yeux de certains bustes ou statues, lorsqu’ils n’étaient
204 CHEFS-D’ŒUVRE DES ARTS INDUSTRIELS, poinl en argent étaient en verre coloré, on tout an moins la prunelle était-elle en verre noir et inscrite dans des sclérotiques en ivoire. Il exista même des statues entières coulées en verre noir, appelé « obsidien, » et qui semble correspondre à notre jayel. On savait si bien travailler le verre à Rome, qu’il lit concurrence à la vaisselle d’or et d'argent, et que Néron paya six mille sesterces deux coupes de moyenne grandeur. Voilà, où je me trompe fort, deux objets d’art qui, pissant à l'hôtel Drouot, avec certificat d’origine, monteraient plus haut encore que les faïences d'Oiron !
Pline citait les verriers gaulois. En effet, il n’est guère de tombe celtique qui s’ouvre sans nous livrer des colliers en verroterie, [os cimetières gallo-romains contiennent aussi, presque sans exception, des vases pleins d’os calcinés, des coupes, des urnes lacrymaloires qui renfermaient non pas seulement les larmes dis survivants, mais surtout des essences et des parfums qui avaient été chers au mort. Ils sont ordinairement couverts des irisations les plus vives, passant par tous les tons de l’arc-cn-ciel avec une intensité éblouissante ; le rouge, l'orangé, le vert métallique, le blanc, le rose, y miroitent comme sur l’élylrc d’un coléoptère ou la nacre d’une huître perlière. Celte irisation, que les faïenciers hispano-moresques et italiens imitèrent dans leurs majoliques à l'aide de lustres métalliques, est due à une altération chimique de l'épiderme, mais n’a point été préméditée par le verrier.
On a retrouvé en France, notamment en Poitou, des vases antiques en verre d’une grande beauté, avec des figures en relief. On présume qu'ils ont été fabriqués dans le pays, car plus lard, au .Moyen âge, à la Renaissance, on retrouve dans celle région des fours importants qui paraissent ne pis avoir cessé de brûler. Des
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objets recueillis sont en général comme ceux qu’offrent l’Italie, la Savoie, Autun, l’Angleterre ou l’Allemagne, fabriqués sur des modèles fort ù la mode à ce moment et ils ont dit avoir une destination commune : on voit se dérouler sur le liane de ces vases des assauts de gladiateurs, des jeux de cirque, des courses de chars; ils rappelaient donc les hauts faits d’autoinédous, de lutteurs célèbres. Ces feuilles de verre sont parvenues intactes jusqu'il nous. Dans dix-lmit cents ans existera-t-il un seul de nos journaux illustrés? Nos bibliothèques auront-elles été aussi fidèles que les nécropoles?
Nous reviendrons, à propos des vitraux, sur la question aujourd’hui vidée de l'usage des vitres chez les Domains. Suivons la verrerie, non pas en Italie — où elle ne sombra pas dans le cataclysme des invasions barbares et où elle ne reparut avec tout son éclat que vers le douzième siècle, — mais dans l’Orient.
Les secrets de. ces ouvriers de Sidon, dont l'habileté avait charmé le inonde antique, étaient connus sans doute dans toute l’Asie Mineure, dans l’Arabie, dans l’Inde, dans l’Egypte surtout. Un érudit qui connaît à fond l'art arabe, M. II. Lavoix, a publié des notes intéressantes à propos de lam|ies en forme de vase à oreilles que M. Charles Schefcr avait prêtées à l’Exposition rétrospective de {'Union centrale : « Les lampes, dit-il, se balancent par centaines, sus|>emlues à la voûte par de longs cordons de «oie, dans lis mosquées du Caire et de Damas ; passés dans des anses légères faisant saillie sur la panse du vase, ces cordons d’atUichc se dessinent comme les arêtes d’un polyèdre à un sommet commun. A cet angle est sus|iendu un œuf d’autruche d'où tombe une petite lampe qui descend dans l'intérieur du vase. La lumière passe à
CIIKKS-iriKIIYIIK II KS ARTS INIUSTRIEI.S.
travers li‘ verre clair cl hrillo on dessinant allcrnalivcment ou les lettres de la légende, ou le fond sur lequel élit» s'enlèvent en émail de couleur.» Elles portent presque toujours le nom cl le litre des sultans el des émirs qui les ont appelées à décorer le temple d’Allah. La formule est la même, la servilité n’ayant là qu'une
mirTMi.LR rrmiMt rt nttft ut: »n»qr<r imiir. Collection de W. Schrfer.
forme, de langage :« Honneur à notre maître, le sultan victorieux ! Qu’Allai) éternise son règne ! » lo (dus grande partie des lampes qu’a étudiées M . II. La voix appartenait à la dynastie des princes mamelucks, et surtout au règne de Mohamed-el-Naser, qui régna longtemps sur l’Égypte el sur la Syrie. Elles remontent donc au treizième siècle.