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chefs-d'œuvre des aiits industriels.
Les Persans, surtout après qu’ils furent devenus musulmans, reproduisirent volontiers sur le flanc des bouteilles ou sur le tour des coupes, des strophes bachiques écrites avec ces caractères cursifs (pii sont par eux-mêmes le plus élégant des ornements. Los Shahs ont maintes fois autorisé officiellement l’usage du vin, cl le voyageur (.1101x110 a décrit l’endroit qui, dans le palais des mis, A Ispahan, élait appelé la « Maison du vin. » — « L’entrée esl étroite cl cachée par un petit mur bâti au-devant, à deux pas de distance, afin qu'on ne puisse voir ce qui se fait dedans. Quand on y est entré, on trouve à la gauche du salon des offices ou magasins, et A droite une grande salle. Le milieu de la salle est orné d’un grand bassin d’eau, A bords de porphyre. Les murailles sont revêtues de tables de jaspe tout A l’entour, à huit pieds de hauteur, et au-dessus, jusqu'au centre de la voûte, on ne voit de loutre paris que niches de mille sortes de figures, qui sont remplies de vases, de coupes, de bouteilles de toutes sortes de formes, de façons et de matières, comme de crvslal, de cornaline, d’agate, d’onvx, de jaspe, d’ambre, de corail, de porcelaines, de pierres fines, d’or, d’argent, d’émail, etc., mêlés l’un parmi l’autre, qui semblent incrustés le long des murs et qui tiennent si peu, qu’on dirait qu'ils vont tomber de la voûte. Les offices ou magasins qu’il y a A côté de celte magnifique salle, sont remplis de caisses de vins, hautes de quatre pieds, larges de deux. Le vin y est la plupart ou en gros flacons de quinze à seize pintes, ou en bouteilles de deux A trois pintes, A long col. Ces bouteilles sont de crvslal de Venise, de diverses façons, A pointes de diamant, A godrons, A réseaux. Comme les bons vins de l’Asie sont de la plus vive couleur, on aime A les voir dans la bouteille. Les bouteilles sont bouchées de
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ci re, avec un taffetas rouge par-dessus, cachetées sur un cordon de soie du cachet du gouverneur du lieu, car ces vins sont les uns de Géorgie, les autres de Caramanie et les autres de Schiraz. »
Chardin, en écrivant que ces bouteilles sont de cristal de Venise, commet évidemment une erreur. C’est au contraire Venise qui avait reçu de l'Orient l’idée de ces formes charmantes et bizarres, qu’elle multiplia avec tant de caprice el-degoûl. La bouteille, d’un jet si élégant, reproduite par M. J. Labarte dans son Histoire de» arts industriels, et qui, achetée près de 5,500 francs à la vente Soltykoff, appartient aujourd'hui à M. Gustave de Rothschild, est vraisemblablement d’origine byzantine. Notons au passage qu’on y retrouve dans des médaillons cette Heur mystérieuse à trois pétales, l’un dressé, les deux autres retombant, qui donna à nos ancêtres l’idée de la fleur de lis, et que M. Adalbert de Beaumont a rencontré!) sur les monuments les plus antiques de l’Asie comme un des plus irritants problèmes de la science du blason.
Chassées par les Barbares, les populations vénitiennes avaient cherché, vers le cinquième siècle, dans les lagunes un asile tranquille. Elles y transportèrent l’industrie du verre, qui n’exigeait |>as grands frais de déplacement et qu’elles cultivaient depuis une liante antiquité. Nul doute que les verriers italiens n'aient reçu eux-mèmes les secrets de la fabrication des Phéniciens ou des Égyptiens, si habiles à travailler l'émail, s’il nousest permis |H>ur un instant d’appliquer ce terme au verre en fusion et non adhèrent à un métal. Les verres à mosaïques, ou ce qu’on appela plus tard les « mille tiori » ne sont autre chose que des émaux étires pendant la fusion et réunis dans tin certain ordre. La mosaïque elle-même ne fut qu’une application différente du même ordre
niiEEs-iriEUVitE des aiits iniiustiiiels.
d'idées : au lieu de chercher à réunir pria l'usiim de petits cubes ou de petits ronds de verres colorés, on les introduisit dans le niuslic étendu à terre ou sur une muraille.
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Hans le milieu du treizième siècle, les verriers du lliallo, molestés par des règlements de police qui, pur prévenir les incendies, imposaient à leurs fourneaux de se tenir à des distances respectueuses des habitations, s’établirent déliuiliveinenl dans l'ile de Murano. N’y a-t-il pas comme une visible parenté entre ces gens qui vivent au milieu des eaux et ces mille objets transparents euxmèmes comme l’onde et brillants comme la vague que le soleil
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caresse? Nul des arts décoratifs de notre Oeeidcul n'atleignil un développement plus personnel, ne lit plus vile oublier où il avait pu puiser ses modèles, et ne régna sur le monde charmé avec un sceptre plus fragile. la; sénat de Venise ne (il-il pas bien de conférer, dès le dix-huitième siècle, la noblesse à des artisans qui savaient se montrer des artistes si précieux et si inventifs?
Un prédicateur du roi Louis Mil, un écrivain plein d'exubérances et de raffinements de langage, Itcné François, dans son Essay des merveille» de lu nature et des plut nobles artifices, feint de croire que le verre est une eau congelée, et il s’écrie : « Uui est allé cacher dans le sein du sable et du gravier ce métal frêle et délicat, fait pour les yeux et [>our la lèvre, ce beau Ihrésor qui l'ail que le vin rit en se voyant enfermé dans le sein miraculeux de son ennemie mortelle, l’eau, façonnée en coupes et en cent mille ligures? Mourano de Venise a beau temps d’amuser ainsi la soif, et remplissant l’Europe de mille et mille galanteries de verre et de chrystal, fait boire les gens en dépit qu’on en ait : on boit un navire de vin, une gondole! on avale une pyramide d’hypocras, un clocher, un tonneau, un oyseau, une baleine, un lion, toute sorte de beslcs potables et non potables! le vin se seul tout étonné prenant tant de ligures, voire tant de couleurs, car dans lis verres jaunes le vin clairet s’y fait tout d’or, et le blanc se teint d’cscarlate dans un verre rouge. Ne fait-il pas beau voir avaler un grand trait d’escarlatc, d’or, de lait ou d’azur! >»
Il n’y a rien d’exagéré dans les croquis à la plume de celle jolie page. L’imagination des artistes verriers de Murano a tenté toutes les formes; leurs chimistes leur ont lourni lestons les plus fermes ou les plus lins ; le bleu d’azur méditerranéen et le blanc de lait,
CHKKS-U ŒUVBE ItKS AIITS INUUSTK1ELS.
le vert flanque veiné ou poudré d’or au pinceau, et le rose mourant de l’hortensia. Bien avant les potiers de Caiïagiolo et d’Urbino, ils ont peint dans les médaillons d'un hauap le douille portrait de deux fiancés, et je lis sur une des devises de ces tendres souvenirs : « Amour exige Fidélité. »
Une légende, fantasque et rieuse comme un scénario de ballet réglé par un masque, nous a transmis le nom d’un de ces nobles artisans, lais vases et les verrières d’Atigelo Beroviero, établis à Mtirano, dans les premières années du quinzième siècle, à l'enseigne de IMnÿC, étaient célébrés pour leur grâce et leur éclat. Augelo Beroviero, disciple d’un chimiste habile, don l’aolo Godi de Pergola, avait surenchéri sur son maître et savait teindre le verre de toutes les couleurs imaginables. Il écrivait scs secrets sur un livre qu'il se réservait de transmettre à ses successeurs, comptant ainsi assurer la fortune de la fabrique qu’il avait fondée. Pour son malheur, il avait une fille, jolie et trop sensible. Un jeune homme, appelé de son vrai nom Giorgio, mais surnommé |>our son esprit sans doute il üallerino et boiteux à souhait, faisait le bon apôtre dans l’atelier d’Àngelo : un lieau matin, il enlève du même coup Mariella, la fille, et le registre aux secrets. Puis il menace, si on ne lui accorde la main de l’une, d'aller vendre l’autre à un confrère... Donner sa fille ou perdre ses arcanes, un maître verrier pouvait-il hésiter? Il Bailcrino rend le livre, obtient la main de Marietta avec une lionne dot, allume pour son compte des fourneaux, et c’est de lui que date la maison très-connue des üallerini !
Un pèlerin, qui visita Venise dans les premiers mois de l’année 1 184, raconte une anecdocte qui peint au vif l’épaisseur du
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sang allemand au sortir ilu moyen âge. L'eui|>ereur Frédéric. ill étant venu à Venise, le doge et le sénat lui montrèrent un admirable vase de verre. L'empereur en admira le charme, loua le rare mérite de ceux qui l avaient exécuté, puis, comme par accident, laissa échapper de ses mains l’urne, qui se brisa en mille morceaux. L’empereur, Teignant une grande contrariété : «Hélas! s’écria-t-il, qu’ai-je Tait! » Puis, ramassant les fragments : «Voyez, dit-il, combien l’emportent sur ceux-ci les vases d’or et d’argent, dont les restes peuvent au moins être utiles à quelque chose. » Les Vénitiens comprirent, et offrirent, à son départ, à celle majesté positive, des vases d'or et d’argent.
Misérable calcul pour un pasteur d’hommes! Ces objets d'or et d'argent, si le marteau et le burin de l’orfévrc ne les avait ennoblis, ne valaient que le lingot qui sort du creuset. Au contraire, l’urne que Sa Majesté avait laissé choir de ses mains brutales était peut-être de la famille de ces objets inestimables que pendant les campagnes d'Italie Bonaparte exigeait comme apjioints des traités.
Les artistes ne pensaient point comme Frédéric. En lti j(j, la Chambre des Insolvables de la ville d’Amsterdam enregistre l’inventaire de tout ce que possédait Rembrand, ruiné par des règlements d’intérêts de famille : on y voit figurer, au milieu d’une magnifique colluction de tableaux de maîtres et de statues, d’armes et d’habillements de sauvages, de bustes antiques, de coquilles et de minéraux, de gravures et de dessins, de moulages, de porcelaines de la Chine et du Japon, on y voit, dis-je, «quelques raretés en petits vases et verres de Venise. »
La découverte ou au moins le perfectionnement des miroirs en cristal, appelés à remplacer le miroir en acier poli, date du quais
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CIIEFS-lt'lEl VUE DES A U T S INIIlSTItlELS.
loiiième siècle cl appartient, dit-on, à l'Allemagne. C'est lin lail purement industriel et qui laisse toute tranquillité à l’imagination. Les Vénitiens, cependant, surent agrémenter cette surface unie en gravant dessus des [lersonnages mythologiques au milieu d’encadrements formés de (leurs, de rinceaux ou de grotesques, lis liront aussi des cadres très-originaux en insérant au milieu du cuivre, île l’acier, de l’ébène, des bandes de glace sous dilférenls angles d’incidence.
Ou a vu aussi dans ces dernières années îles serre-papiers imitant l’aspect de ces «mille flore, » qui rappellent ce que l’on voit dans le tube d'un kaléidoscope quand on y jette une poignée de pétales de Ileurs ou de morceaux de papiers de couleur. Les objets modernes sont aussi bien exécutés, en tant que pratique, que ceux de la Renaissance; mais la forme est d’une, naïveté qui désarme, la' procédé eu lui-méme est facile : ce sont de jietits bâtons de verre que l’on assemble comme les lils de chanvre d’un cordage, que l’on soumet à la cuisson, et que l'on tord d’une certaine layon . Ce qui ne s’est pas transmis, c’est la fantaisie ailée de l’artiste verrier qui les faisait s’embrouiller en spirales sur le londs d’une coupe comme des fils de la vierge, monter dans le pied d'un verre comme une corde de liarjK' qui se crispe au soleil, irradier du point central comme ces lignes de pourpre et d’or qui, [tendant les séances de fantasmagorie, s’allument sur le rideau noir de la scène et semblent grossir en roulant sur ellesmêmes. Telles les chansons populaires, railleuses et sentimentales, ont été imprimées, mais mm pas l’accent du dialecte qui leur donne la couleur et le mouvement.
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Il ne faillirait pas croire que toutes les verreries qui nous sont parvenues aient été coulées à Murano. Il en a été fait de charmantes en France, en Lorraine particulièrement. L’Allemagne leur a donné un caractère plus lourd, mais très-jiersonnel et très-héraldique. Même distance des unes aux autres que d’une dague florentine à une cpée suisse à deux mains !
C’est le plus vivant souvenir que la vieille Allemagne nous ail légué de scs fêles. Ces chopes, qui contiennent plus d’un litre de bière, ces vidrccomcs pour entonner les vins du Rhin, écussonnés et émaillés de tous les émaux du blason, avaient sur une table la plus grande allure Les Suisses y marchent avec des gestes redondants, le poing sur la hanche, le ventre en avant, le jarret tendu, la bouche et le nez ensevelis dans des barbes en éventail, fiers et rudes sous les plis des drapeaux de leurs cantons. L’aigle autrichienne y pétrit dans ses serres le glaive, et le globe catholique, tendant sa double tète vers d’invisibles horizons. I n jeune couple traverse pas à pas 1 e Lichens Tltal , la «vallée d' Amour. » Une cordiale exclamation invite les amis à se défier au combat de la bière et du vin. Dans les offices du château de la Favorite, tout près de Bade, on voit encore chacun des verres à boire des invités de la princesse Syhille ; chacun prie les armes et la devise de sou maître, gravées à la roue, d’un travail fin comme une dentelle de fée. Parfois l’écusson est timbré d’un casque dont les lambrequins toisonnenl et s’étalent comme la vigne vierge sur les flancs d’un burg démantelé.
On n’a pas cessé de fabriquer à Murano, qui n’est plus qu'une triste petite île, des lustres avec des fleurs, des fruits et des orne-
monts en verre de couleur, et que les marchands offrent imperturbablement |>our des lustres du dix-huitième siècle.
I,e procédé pour fondre ccs perles, ces colliers, ccs rasades qui ravissent sans interruption depuis le quinzième siècle les peuplades de l’Afrique, de même que les diamants, les perles et les pierres précieuses réelles sont le rêve des Européennes, est assez singulier. I.a disposition des fourneaux et des creusets est la même que chez nous; les matières premières sont la potasse, la soude cl un solde siliceux qu’on recueille sur la côte la plus voisine de Venise. Lorsque la matière colorée par les oxydes minéraux ordinaires est en fusion, le verrier plonge dans le creuset l’extrémité de sa canne, tube de fer d’environ cinq pieds de long, qui est l’instrument fondamental du métier. A l’aide d’un instrument du fer, il pratique au milieu de la niasse gluante qu’il a apportée une large ouverture. Un autre ouvrier, qui a fait la même operation, applique, soude sa canne à celle-ci, et tous deux s’éloignent en courant en sens inverse. Ils peuvent filer ainsi un tube de verre fin comme un cheveu et long de cent pieds. Ce tube est brisé par sections de deux pieds de longueur et livré à l’ouvrier margari taire. la1 margaritaire coupe le tulie, qui s’appelle proprement « un canon, » par petits fragments dont la longueur égale le diamètre, et les fait tomber dans un baquet plein d’argile infusible et de poussière de charbon qui remplit l’anneau et l'empêche de se bouclier, alors que pour arrondir les angles on soumet le tout à une nouvelle cuisson ; celle cuisson s’opère dans un cylindre de fer que l’on fait tourner pour éviter que les perles n’adhèrent entre elles. Il ne reste plus qu’à les appareiller en les faisant passer par des cribles de grosseurs déterminées. Certaines autres perles plus
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solides el plus soignées que ees rasades sonl obtenues à la lampe d’émailleurs. Los perles à facettes se fabriquent en Itohème, à lleiclienberg.
Nous l’avons dit plus liant, l’art de "Hiver à la mue sur la surface du verre fut poussé très-loin en France. On connaît ces gobelets, de silhouette généralement assez simple, qui offrent dans un large écusson des lettres initiales répétées en sens inverse el enlacées par la tête et le pied. Sous Louis XVI furent gravés les plus délicats. De nos jours, la découverte d’un agent chimique des plus mordants est venu populariser une ornementation analogue el, par un privilège très-rare dans les inventions modernes, n’en a pas altéré le caractère typique ; c’est celle de l’acide fluorhydrique.
L’acide lluorhydrique est, jusqu’à ce jour, le seul agent connu dans les lalniratoircs qui morde le verre ou plutôt le décompose instantanément. On dirait qu’il l’attaque avec une sorte de rage, et que c’est par impatience de recouvrer sa lil»erté qu’il perce ainsi le flacon de verre ou de terre dans lequel on l’a versé ; le métal el la gulla-percha seuls peuvent le mettre à la raison ; c’est un forcené qui ne peut quitter la camisole de force. Le chimiste explique tout simplement qu’il s'empare de l’acide silicique du verre et que la décomposition réciproque des deux corps devient eau et fluorure de silicium. Il fut connu dans les dernières années du dix-huitième siècle, el V Encyclopédie indique le moyen de s'en servir |>our graver la surface du verre à la façon dont on agit avec l’acide nitrique pour graver à l’eau forte une planche de cuivre ou d'acier. En 1X10, liay-Lussar et Thénard avaient
donné le mode, toujours excessivement dangereux, île la préparation, lorsqu’en 1854, L. Kessler formula définitivement son emploi, dont s’emparèrent aussitôt les peintres-verriers et les cristalleries de Saint-Louis et de Baccarat.
C’est à l’aide d’un procédé de décalquage assez compliqué, mais dont les résultats sont certains, que l’on imprime sur la surface du verre ou du cristal simple ou doublé, de la porcelaine ou de la faïence, des pierres dures naturelles ou artificielles, le chiffre ou l’ornement que l’on a composé. Nous avons vu, aux deux expositions de V Union centrale, dans les vitrines de. M. Bilterlin, dre cachets de bague, dre plaques de coffret en cornaline, dre verres pour champagne nu pour étagères sur lesquels le blason du propriétaire s’enlevait en blanc, ou en couleur, ou en or, ou même en argent avec la netteté la plus artiste, en ce sens qu’elle n’avait rien ni de monotone, ni de coupant. L’acide, en agissant sur le verre, creuse une fosse formée, sur les bords et jusqu’au fond, de cellules |)etiles, infiniment petites, mais qui sont moins régulières que la trace de l’outil. Il y a entre ces gravures modernes et les anciennes la différence d’aspect d’une eau-forte avec un burin; les artistes ont un mol très-expressif pour peindre cet aspect : « C’est plus gras, » disent-ils.
C’est à l’aide de cet acide qu'on est arrivé a dépolir pour une somme insignifiante les abat-jour et les globes des lustres. La lumière projetée a infiniment plus de douceur et d'harmonie. C’est aussi avec l’acide fluorhydrique — qui n’a vraiment d’autres défauts que de brûler avec une rapidité effrayante, les doigts des malheureux ouvriers quand Ire gants en gutta-percha qui Ire protègent ont quelque fissure, — que l’on a obtenu ces grands plafonds der-
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rière lesquels est abrité le lustre dans les nouveaux théâtres, à la fiaîlé, au Châtelet, ait Théâtre-Lyrique.
Il y a là tout un art nouveau, il ne reste qu'à en faire un lion emploi et ne lui demander que ce qu’il comporte. Dès aujourd’hui on ]*ut dire qu’il a forcé la porte de nos intérieurs. Les anciennes verrières avec tonte leur mise en plomb d’un poids énorme et d’une solidité relative, n'étaient d’ailleurs pas faites pour être vues de près ; leurs émaux rendus à demi opaques par le feu exigeaient un recul de plusieurs mètres pour reprendre leur transparence et leur éclat lapidaire : quant aux vitraux de petites dimensions, peints par exemple comme les vitraux suisses de la Renaissance, ils avaient l’inconvénient d’intercepter la lumière par la multiplicité des détails, et en tous cas, ils doivent être réservés aux endroits recueillis et préférés, tels que le cabinet de travail ou la bibliothèque. La gravure lluorhydriquc au contraire permet d'attaquer isolément les larges surfaces et de varier, dans une proportion notable, les effets, soit de verres diversement colorés, soit de |>ointillés, soit de mélanges de bruni et de dépoli. Elle apporte la variété à ces grands vitrages qui protègent contre le vent et la froidure les rez-de-chaussée des grands escaliers; elle |icut rompre, par un encadrement discret, par un léger détail, la sévère nudité de ces admirables glaces sans tain qui aujourd’hui doublent pour le regard la profondeur d’un salon, sépare autrefois du salon voisin par une boiserie ou une cloison ; elle tamise discrètement la lumière |x)ur le mystère du boudoir, et alors que, dans les grandes villes, parties nécessités de voisinage auxquelles personne n’échappe plusaujourd’hui, chacun habite plus ou moins une maison de verre, elle |>ermel de transformer les vitres île l’escalier par exemple.
ciiEFS-n œrvRE des arts industriels.
en un store dont la dentelle gravée n’intercepte que l’indiscrétion. Rien n'est plus facile non plus que de réaliser cette mode vénitienne, que nous rappelions à l'instant , d’agrémenter par des ornements, les miroirs on les glaces qui, derrière la cire portée par un bras de cuivre ou d’argent, formaient réflecleur.
Ce n’est pas du premier coup que l’on était arrivé à trouver ce cristal artificiel qui, par sa pureté, par l’homogénéité de ses molécules, approche si près du cristal de roche. On avait d'abord cherché à imiter, je ne dirai pas le diamant pur, mais les pierres transparentes. Pline raconte à ce projats les supercheries des verriers indiens ; mais leur mérite était moins grand que celui des nôtres, parce que les anciens employant le rubis, l'émeraude, le béryl, le calcédoine, l’hyacinthe ou le saphir en cabochons, c’està-dire non taillés, le verrier n’avait point à obtenir, comme de nos jours, des surfaces brillantes, polies et sans le moindre défaut de transparence, à angles nets et à facettes.
le Cabinet des médailles et antiques de la Bibliothèque impériale possède un exemple îles plus étonnants de l’habileté des Persans à imiter les pierres précieuses, sous la dynastie des Sassanides, dans le milieu du sixième siècle. La coupe dite de Chosroès se compost’ d’une sorte d’armature en verre massif cl de trois rangées circulaires de dix-huit médaillons en cristal de roche et en verre violet et vert, encadrant le médaillon du roi en cristal de roche. On a évidemment prétendu imiter le cristal déroché, le grenat cl l'émeraude.
Bcnvenuto Cellini consacre le chapitre premier de son Traili1 iTOrfrrrerie à « la nature des pierres fines et des fausses; des
feuilles dont on sc sert pour les monter; de In doublure des pierres de routeur et de la teinture des diamants. — Ce n’est pas notre intention, dit-il avec son aplomb si souvent amusant, de discourir ici sur les causes (pii produisent les pierres précieuses. Celle (pieslion ayant été siiflisaminent traitée par des philosophes, tels qu’Aristole, Pline, Albert le Grand, Solin, F 'limante, Isidore de Séville et un grand nombre d’autres hommes très-savants, il nous suffira de dire que les pierreries, comme un grand nombre d’autres choses de la Nature produites sous rinlluence de la Lune, sont composées de quatre éléments. La nature semble avoir mis toute son élude a représenter ces quatre éléments par leurs couleurs dans les quatre pierres les plus belles, qui sont le rubis, le saphir, l’éineraude et le diamant. C’est ainsi que l'ardent rubis représente l’élément du l’eu; le bleu céleste du saphir, celui de l’air; la joyeuse couleur de l'émeraude, la terre, presque entièrement couverte de verdure; et le diamant, l’eau qui chez lui se montre pure, claire, limpide et transparente. »
Puis il parle de l’cscarboude « qui resplendit pendant la nuit un luciole» et de la perle «qui n’est qu’un os de poisson. » Il cite les feuilles de paillons que l’on place au fond du chaton pour aviver l’intensité du rougedu rubis, du vert de l'émeraude, etc., pour changer le ton d'un diamant, avec les recettes pour les préparer. Notons qu’à ce moment, vers 1550, le rubis était, au moins momentanément, plus rare que le diamant et conséquemment plus cher. Cellini appelle les fausses émeraudes « des pierres adultérées. »
Mais il n'y a dans ce chapitre que des tours de main d'orfévre, et Cellini ne s’étend guère sur les pierres réellement fausses. Au
CIIEFS-ll'fEIJVRE DKS ARTS IN1HJSTIIIEI.S.
contraire, un Florentin, nomme Neri, a, dans son/4 rt île lu Verrerie , étudié celle fabrication sous scs faces les plus diverses. Il en Iraite avec un tel enthousiasme <pie sa plume, dans la préface, a la volubilité de la langue du marchand d’orviétan de Y Amour mrtlerin : «C’est avec le verre seul qu'on |ieut faire toutes ces espèces différentes de vases, tels que les cucnrhiles, les alambics, les récipients, les pélicans, les cornues, les serpentines, les phioles,les verres quarrés, les lmuteilles, les œufs philosophiques, les ballons et une intinité d’autres qu’on imagine tous les jours pour la préparation des alexitères, des arcanes, des quintessences, des sels, des soufres, des vitriols, du mercure, des teintures, pour les décompositions, pour toutes les opérai ions métalliques, sans compter la préparation des eaux-fortes et régales, si essentielles, » etc. , etc. etc. Dans ce traité, en somme fort sérieux au point de vue pratique, Neri indique la façon de donner au verre la couleur de l’aigue marine, du bleu céleste, du vert émeraude, du bleu turquoise. Il donne enfin une l'ocelle pour faire ce que l’on appelle le cristal, c’est-à-dire un verre infiniment plus homogène, plus transparent que le verre soufllé, susceptible de se tailler à angles aussi nets que le véritable cristal de roche.
On est arrivé de nos jours à une perfection qui louche au miracle! Chacun de nos lecteurs, s’il n’a pas curieusement regardé dans la vitrine des joailliers les fac-similé vraiment étincelants du Nancy, du Régent, du Ko-lii-noor, a vu au moins suspendues à de jolies oreilles ou scintillant en colliers, des perles à facettes, des poires taillées avec une admirable précision et limpides comme l’eau d’une source dans la montagne. C’est encore au cristal que l’on doit un des instruments qui a révolutionné la
science moderne en lui ouvrant des horizons inconnus, le micruseopc. Les verres télescopiques ont également agrandi considérablement le champ des études et des hypothèses astronomiques. Mais ce ne sont point là les ports où nous devons relâcher.
Le rêve de transformer l’eau en cristal avait traversé lecervcau des alchimistes du dix-huitième siècle avec autant de persistance que le lève de la transmutation des métaux. 11 n’était d’expériences assez compliquées que ne tentassent ces savants, qui après tout furent les pères naturels de la plus grande des sciences modernes, la chimie; il n’était de titres assez bizarres qu’ils ne donnassent à leurs traités; d’anecdotes assez romanesques qu’ils n’y racontassent. Je lis celle-ci dans le « Sol sine veste ou l’Or nnd, recueil de trente expériences pour tirer la couleur pourpre de l'or, avec quelques conjectures sur la destruction de l’or et une instruction puur faire dans la plus grande perfection du faux rubis ou du verre rouge, par J. C. Orschall, inspecteur des mines du prince de Hesse.» Il se ressouvient, à propos d’une expérience singulière, de ce qu’un de ses amis de Hambourg lui avait écrit, il y avait une douzaine d’années : « Une compagnie de gens resjiectables se trouva assemblée dans une auberge; c’étoient tous gens curieux. Ils conversoienl ensemble sur différents sujets, lorsqu’il arriva un bomme inconnu qui se joignit à eux et fit la conversation. Un moment après, il demanda un verre plein d’eau de fontaine Iraiche qu’on lui apporta. Il déboulonna son habit; il ouvrit la fente de sa chemise; on remarqua qu’il portoit sur la peau une espèce de large ceinture à laquelle étaient attachées plusieurs petites bourses; il en ouvrit une; il en tira un peu d’une drogue et la jeta dans le verre; il s’en alla ensuite
ClIKKS-h'tËUYliK DES ARTS INDUSTRIELS.
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sans qu'on s’en a|RTçul, cl un ne put savoir ce qu'il éloil devenu : on examina en qui éloil dans le verre, el on trouva que c’éloil du crystal el si dur qu’on en fui étonné... Pour moi, ajoute .1. G. Orschall, je ne doute pas que l 'Esprit fumant ne puisse coaguler l’eau. » El le voilà qui se penche avec plus d’ardeur sur ses cornues el qui souffle ses fourneaux!
Nous avons dil à l’inslanl ce que le rrislal ou fini ijluss des Anglais avait apporté d’aide à l'anatomiste, à l’astronome et à la femme coquette. C’est du bijou qui parfait la l>eauté que le itoclc a dil :
Ouand il jelle en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce inonde rayonnant de mêlai et de pierre Ne ravit en extase, et j'aime i la fureur Les choses où le son se mêle à la lumière.
I.cs Ih'uiix cristaux qui forment aujourd’hui les lustres étincelants et qui couvrent les tables de mille lumières mobiles, viennent en général de Baccarat, ofi se réunissent aujourd’hui la plus belle exécution et les procédés les plus perfectionnés. La Lorraine fournit des verreries depuis les temps les plus éloignés. Ses immenses lorèts offraient le Iniis en alsindance. Palissy semble l’avoir visitée, ou au moins traversée, en faisant son grand tour de France comme apprenti dessinateur de vitraux. Au commencement du dix-septième siècle, les maîtres verriers de Nancy formaient une corporation importante, qui avait pour patron saint Luc, également patron des peintres. Baccarat fut fondé, en 1765, par l’évêque de Metz, M. de Montmorency-Laval. L’établissement soutint vaillamment l’ébranlement causé aux industries de luxe par la chute de l’ancienne société. Aujourd'hui il est dirigé par un directeur qui représente une puissante compagnie.
VKItHKIUK.
I aï cristal, qu’on y lait exclusivement, s'obtient à une température moindre que celle du verre souillé ou même coulé comme celui des glaces ; aussi la base commune à tous les verres, la silice, reçoit-elle, au lieu de soude et de cliaux, une addition de potasse et surtout un élément particulier, le minium ou oxyde de plomb Les verres de Venise, les verres de lu Bohême ne contiennent pas de plomb. On ne sait par qui fut découvert le cristal ou /!»«/ ijliisx ; on présume que ce lut en Angleterre et vers le milieu du dix-septième siècle. II était loin, au principe, d’avoir cette translucidité froide et absolue qui lorme son caractère précis ; il était noirâtre, ce qui peut-être était dû au feu de houille. Aujourd’hui encore, malgré l’énormité du déboursé, la cristallerie de Baccarat n’emploie que le sapin, qui lui arrive par la Meurthe, en troncs libres, au moment des grandes eaux. I.e premier four pour verre à base de plomb fut installé, en France, en 1784, là où quarante ans auparavant avait été installé un des premiers fours à porcelaine, à Saint-Cloud; ce qui en sortait s'appelait alors « cristaux de la Heine. »
L’excellence des produits de Baccarat est en raison de l’excellence des matières employées : le minium est extrait d’un plomb venu directement d’Espagne ; la potasse, obtenue par la combustion îles résidus de ruflincries, est achetée dans le Mord et ralTinéc à son tour avec le plus grand soin ; les sables arrivent de la Champagne, des environs d’Épernay ; ainsi pour le reste. Ainsi surtout pour les oxyde-s colorants : l’oxyde de manganèse, qui donne toute la série du violet, de celui de la pensée au lilas du pétunia; l’oxyde de cobalt, qui donne le bleu de roi; de chrome, le vert pomme; d’urane, le jaune, l’or, le rubis ou le rose, et le cuivre
•m CHEFS-D'ŒUVRE DES ARTS INDUSTRIELS, qui plus ou moins oxydé amène le bleu lendrc, le vert ou le pourpre sang de bœuf.
Rien n’est plus curieux que la fabrication de ces mille objets de luxe ou de ménage qui sortent de Baccarat. Prenons pour exemple la fabrication d’une carafe : toutes les autres fabrications ne diffèrent guère de celle-ci que du plus ou moins de soins ou de temps. Disons d’abord que la « canne » dont il va être question est l’instrument fondamental de l’art du verrier : c’est un tube en fer d'environ quatre pieds de long, un peu évasé à l’une des extrémités, à l’aide duquel dans une verrerie à vitre, près de Nemours, nous avons vu des maîtres verriers souiller et faire tourner, rouges et à demi agglutinés, des manchons de sept pieds de longueur, lin ouvrier, « le meilleur, » plonge sa canne dans un creuset pour en extraire, pour y « cueillir, » le mot est charmant, la quantité de verre nécessaire; il va rouler ce verre sur une plaque en fonte appelée marbre; puis il passe la canne à un second ouvrier appelé .carreur, dont la besogne consiste à rassembler et arrondir le verre à l’aide d'une cuillère en bois, tandis qu'un apprenti, placé par derrière, souille légèrement dans la canne. Ce travail forme « la paraison. » Le verre s’est refroidi, un gamin va le réchauffer au lour, puis il passe celte paraison devenue de nouveau malléable au « soulllcur » qui est chargé de donner au corps de la carafe sa forme définitive. « Pour cela, a écrit M. Turgan, il souille dans la canne, la balance dans l'air et suit attentivement les mouvements du verre, jusqu’à ce que la paraison, suffisamment grossie, suffisamment allongée, ait acquis les dimensions voulues. A ce moment, un gamin, assis près de lui, ouvre un moule en bois de hêtre dont la cavité donne
exactement le volume et la l'orme Je la carafe demandée. Le sonfllcurv introduit sa paraison et, monte sur un petit tabouret, souille dans la canne en lui imprimant un rapide mouvement de rotation. L’air fortement dilaté chasse contre les parois du moule le verre malléable, qui en prend exactement la forme. Le moule s’ouvre et la carafe en sort, mais avec un ml informe, fa' souflleor retourne alors sur son banc, roule quelques instants la canne stir des barres de bois appelées « bardcmics, » donne au moyen de lames en bois la dernière main à la pièce ; un gamin arrive tenant une tringle de fer appelée « pointil y qui est tixée au fond de la carafe de façon à y adhérer fermement ; puis passant des pinces froides à l’extrémité du col de la carafe, il donne un coup sec pour la détacher de lu canne. Le gamin, tenant alors la carafe au bout de son pointil, retourne au four pour ramollir le col. Cela fait, il la porte au « chef de place » (pii est chargé de la terminer : à l’aide de pinces en liois et en fer, celui-ci donne au col la forme voulue, rogne avec des ciseaux l'extrémité du goulot, puis redresse la bague ; s’il y a lieu, il ajoute soit des cordons, soit une anse. La pièce est alors portée dans ce qu’on appelle « l’arche à recuire. » Là, les pièces sont déjiosées en nombre, dans des bâches en tôle (pii sont placées à l’extrémité d’une galerie d’un mètre de section sur vingt de longueur; ces bâches, en mettant huit heures à traverser l'arche, [tassent par une chaleur sans cesse décroissante, et [Kirvienncnt complètement relroidies à l'autre extrémité.
Les pièces arrivent enlin à « la taillerie» où elles reçoivent leur dernière toilette, au moyen de meules pivotant avec rapidité et sur lesquelles on jette des poudres de [dus plus en fines; sur la première meule, qui est en 1er et taille les facettes, c’est une
CHütS-ll'ŒUVHK DES AIITS INIlUSTKIELS.
2 au
bouillie de grès blanc qui caille goutte à goutte ; la seconde meule est en grès rouge; l’avant-dernière en bois couverte de [lierre ponce; la dernière est en liège saii|ioudréc de jiolée d’étain.
La gravure enfin, soit à l’aide de l’acide fluorhydrique, soit à l’aide de [letites ruues de laiton ou d’acier sur lesquelles tombe de l’émeri, est le dernier acte de coquetterie auxquels sont livrés les verres ou les carafes, les globes ou les lustres, les porte-bouquets ou les vide- poches, les objets du ménage ou les mille objets capricieux que la mode a pris dans ces derniers temps sous sa haute protection.
<!n |«'iit tout exécuter à Uaccarat. Bien de ce qu’ont fait les maîtres verriers anciens ne saurait arrêter les maîtres verriers modernes. La matière esl d’une pureté, d’une translucidité qui n’a jamais été atteinte. Pour nous, nous trouvons le scrupule pousse à l'extrême, dette pureté implacable rappelle la glace de ces lacs de la Norvège, qu’cfllcuraient de leur patin mystique Séraphitus et Scraphita ; il vaudrait mieux que cette diapbanéilé lût rompue par un peu de jaune; c’est ce qui donne tant de tiède harmonie aux verreries de Venise et de la Bohème. Mais sur une nappe blanche comme un champ de neige, il laut convenir que nos cristaux de table jettent des feux sans rivaux.
VITRAUX
Restauration «lu vitrail. — Lu verrai vitre» chez les Ituuiiiin, — Mésaventure tragique d'un savant. — Les vitres en Europe au moyen âge et à la Itcnaissaïue. — Le sentiment chrétien , — Invention des vitraux religieux; — Vitraux îles douzième, treizième, quatorzième, quinzième et seizième siècle»; — Vitraux suisses ; — L'école romantique ressuscite le vitrail en France;— Le roi Louis- l’hilippc eu tummandei plusieurs maître»; — Théorie scicnliliquc des railleurs continuée par l'olMCrvalion ; — Les places de Sainl-tinhain; — Conclusion.
1,’hisloirc des vitraux a été laite dans ces dernières années avec d’autant plus de soins ipi’elle se lie intimement à l'histoire de la décoration des édilices religieux, et ipie notre épot|ue, si pssionnée pour les restitutions exactes, ne pouvait entreprendre la réédificalion de ses glorieuses cathédrales du moyen âge sans être amenée à les compléter par des verrières de même style. Il ne s’agissait donc pas seulement de demander aux fabricants de verre de reprendre ou de rajeunir des procédés de fabrication qui, quoi qu’on ait dit, n’avaient point été complètement perdus ; il fallait leur fournir des modèles tout â lait dans l'esprit du siècle dont on fesait revivre un monument. Jamais peut-être, hâtons-nous de l’écrire, l’esprit français ne s’esl montré plus apte à renouer la chaîne du passé. Jamais*il n’a plus rapidement reconquis un terrain que l’on disait .perdu. 11 y a moins d’un quart
CIIEFS-D'ŒUVIIE DES ARTS INDUSTRIELS.
de siècle, vers 1K40, on croyait les nobles secrets des verriers abolis irréparablement ; on appelait d’Angleterre des peintres qui n’en savaient guère plus long que les nôtres ; à Sèvres, M. Brongniart tentait, comme à nouveau, des expériences... et aujourd’hui, dans la moindre chapelle de village, la lumière ruisselle en ondes teintes de toutes les couleurs du prisme.
IjCS Humains ne paraissent pas avoir pensé à obtenir des plaques de verre coloré, des vitraux. Quant à l’usage qu’ils firent de la vitre elle-même, c’est-à-dire du verre simple, la question, après avoir été longtemps débattue entre les savants les plus savants est résolue. Mais que d’encre versée, que de tombereaux de citations, que d’entassements de suppositions ingénieuses 1 I n abbé italien y succomba... Le malheureux avait condensé dans un mémoire, grand in-8% avec atlas gravé, préface, avant-propos, notes, tables analytiques, index, etc., les éludes, les préoccupations de sa vie entière. Il avait embrassé avec chaleur l’opinion de Samuel Petit qui , dans son « Lexicon anliquitalum ttumanarum » n’admet pour vitre que dis feuilles de talc. Il s’inscrivait en faux contre le passage de Philon le juif, qui, dans une entrevue avec Caligula, entendit l’empereur ordonner à son architecte «de boucher les ouvertures avec du verre. » Il se voyait triomphant, acclamé, membre de toutes les Académies de l’Europe! Hélas, le jour même où paraissait son mémoire, où ses exemplaires de dédicace étaient livrés à la poste et où son libraire venait déjà d’en vendre deux à des savants étrangers en wt de passage à Naples... ô rage, les ouvriers d’Herrulanum déterrent un châssis auquel adhère encore un morceau de vitre! Le verre est verdâtre, opaque, mais enfin,
c’est du verre... One. vouliez-vous que fil ce savant? Qu’il mourût ! Il en mourut en effet.
Ce n’est du reste qu’assez tard que le verre à vitres entra réellement dans la circulation. Il était rare, et, blanc nu coloré, il fut réservé, pendant les périodes de foi ardente au temple du Seigneur. Au treizième siècle, en France, en Angleterre, partout proliablement, les fenêtres n'élaienl fermées qu’avec du canevas et plus tard avee du papier. On lit dans les comptes de Jean Avin, receveur général d’Auvergne (1415) : «Item pour la venue de madame la duchesse de Berry, pour aller à Montjicnsier faire faire certains chassiz aux feneslrniges du diel chastel, pour ansire de toiles cirées par défaut de verreries... » En Écosse, jusqu’en 1060, le palais du roi, à Edimbourg n’eut de vitres qu’aux étages supérieurs : les fenêtres du rez-de-chaussée étaient fermées par des volets de Itois qui ne s'ouvraient que pour donner l’air et la lumière. — Jetons les yeux de suite à l’autre extrémité de la roule parcourue : en 1851, les verreries anglaises fabriquaient en quelques semaines et au prix de quarante centimes le kilogramme, les quatre cent mille kilogrammes de vitres qui couvraient le Palais de cristal !
Il est probable que les Romains ne firent du verre à vitres qu’un emploi très-modéré. L’habitation était si peu habitée! Toute la vie, depuis le lever de l’aurore, jusqu’au coucher du soleil, se passait aux bains, à visiter les champs, aux affaires, sur la place publique. la1 souper, dans las années de décadence, prolongeait la soirée, et dans les belles années de la République, nu contraire, le corps aguerri par les plus rudes exercices était peu sensible aux variations de la temp;rature. Au Maroc, où Eugène
rilEKS-H’(F. l'VIIE II K S ARTS INM’S TMEI.S.
Delacroix raconte ilans ses voyages qu'il rel couvai I vivantes à chaque pas les mœurs el la vie des anciens, le slieik le plus voluptueux souffre-t-il de la fraîcheur des nuits lorsqu’il est endormi sous la lente, roule dans un humons et une couverture de laine? Ce sont les mo ues chrétiennes, la religion surtout, qui develop- |>èren! ce sentiment tout moderne de l’hahilude de l’intérieur.
VENAliKfcs GOftWJie*.
Stylets primaire, r.iyormant et ILiniltovanl.
Où la vitrerie d’art, c’est-à-dire transformant par ses colorations la fenêtre en un décor transparent, fut-elle mise d’nlwrd en pratique? sur les bonis du Ithin , sous Olhon II, vers la fin du dixième siècle ou seulement vers la fin du onzième? Vint-elle de l’Italie, ou de Byzance, ou de la France? Ce sont des questions importantes nu point de vue de la critique historique, mais qui n’ont pas encore été vidées complètement. Il est infiniment probable (pie les architectes romans el gothiques français, qui avaient un sentiment si vrai, si profond de la grande harmonie, furent conduits à garnir Ira fenêtres de verres colores pour répondre à la
VITRAUX
coloration même qui révélait les voûtes, les colonnes, les liasrrttés, le jiavé même îles églises. C’était une tradition orientale, et par suite grecque et romaine, que cette peinture qui transformait le plafond eu un ciel étoilé, qui simulait sur les murs des tapisseries, qui incrustait dans le sol des mosaïques et qui complétait par la palette tous les rêves de l’architecte.
Les premiers vitraux, à quelque moment qu’on les fasse nmonter, étaient certainement des verres teints dans la masse et non peints sur leur surface comme plus tard : ils répétaient vigoureusement la translucidité relative des mosaïques, et jetaient dans le sanctuaire la plus mouvante et la plus chaude demi-obscurilé. Les plus anciens vitraux connus, — quoi qu'il y ait lieu île penser que c’est là un art essentiellement français, — sont en Bavière, dans l’abbaye de Tcgernsce : un certain comte Arnold les avait offert dans la lin du dixième siècle ; ils ont été peints par un moine nommé Wernhcr.
I n moine qui écrivait \ raiscmbinhlemrnl dans la lin du onzième siècle, Théophile, dont nous |sirlerons dans le chapitre des fanaux, donne la recette pour « peindre sur le verre» à l’aide d’un émail brun. C’est une modification de procédé importante à noter. On possédait alors comme Ions colorants, le rouge, le bleu, le jaune, le vert et le violet.
Les vitraux du douzième et du treizième siècle ont atteint, à notre sens, l’apogée de la perfection : ce sont de simples médaillons, représentant des légendes naïves, des scènes de sainteté austères, des miracles, des épisodes de la vie civile, avec les gestes les plus simples, les expressions les plus candides ; les contours principaux sont presque toujours circonscrits de celilel de plomb
r. IIEF S-n’fK IJ V R E PF.S AItTS INItHS TRIEI.S.
qui réunit i'l consolide loulcs les parties; maisre procédé qui semble barbare n’a rien de choquant ; l’esprit s’habitue à cet énorme trait de plume qui accentue la silhouette, et le noir qu'il fait courir à travers la com|wsition semble une vigueur préméditée cl indispensable. Dans la cathédrale de Bourges, il y a tout au fond de l’abside plusieurs verrières du treizième siècle tpii nous sont parvenues à peu près intactes : lorsque, après avoir é|ielé curieusement les légendes en vieux langage qu’elles retracent, on passe et qu’on se retourne, ce n’est plus qu'une merveilleuse vision où le rouge et le bleu se confondent et jettent comme des flammes ondoyantes. Rien ne peut donner l'idée de cet effet splendide et recueilli à la fois. Nulle œuvre humaine ne peut jeter l'âme dans un trouble [dus religieux. On sait le mot de Napoléon dans la cathédrale de Chartres: « In athée doit se sentir mal à l'aise ici. »
Fies trois roses du portail et des Iranssepts de Notre-Dame de Paris passent pour les plus ladies fleurs de ce. jardin mystique, las vitraux de la Sainte-Chapelle de Paris, élevée sur l’ordre de Sainthouis, en 1 145, par Pierre de Montercau, ont survécu jusqu’à nos jours, et telle était la perfection de la matière employée, que le temps n’a rien affaibli de leuréelat. Mais l’homme sait souvent se montrer plus destructeur que le vent ou la pluie. A la fin de la Révolution, la Sainte-Chapelle fut destinée a servir île dépét pour les archives judiciaires. || fallait établir les armoires et les casiers pour la [dus grande commodité de messieurs les gratte-papiers. Trois mètres de la partie inférieure des croisées furent enlevés et aliandonnés à qui les désirait!... Notre époque a réparé de son mieux eel acte de vandalisme, et M. Lusson a cuit, d’après h-s rar-
virum. ni tutu, »i>* l’kci.im. tiiscmii. un «l«* — in «!»• N. F. ilr I
MTIlAl X.
Ions de M. Steinheil, une série de compositions qui se relient aussi liien que possible avec le style et 1'olïel des verrières qu’ils complètent.
Au quatorzième siècle appartiennent les grandes ligures. Ce sont, à Chartres, des a|>ôlres ou des prophètes terribles, draj>és étroitement dans des tuniques à plis droits, au geste anguleux et comme ankylosé par le détachement absolu des jouissances extérieures, l’œil rond comme celui d’un faucon, regardant fixement les rayonnements de la Jérusalem céleste, la physionomie extatique et sombre... L’impression est grandiose et sublime. On dirait les miniatures d’un colossal psautier byzantin enchâssées dans du 1er et de la pierre, La foi chrétienne s’y montre rude; la vie civile n'y a pins pied. Si quelque chose détend cette austérité, ce sont des ligures de saintes, d’une jeunesse et d'une chasteté dont nulle école n’a atteint la grâce émouvante.
La sainte Catherine, au revers de celte page, souple, résignée et ardente comme celte lleur qui, courbée sous le vent, tourne sans cesse son doux visage vers le soleil, offre le plus louchant exemple des vitraux du quatorzième siècle. Le vitrail existe en grand dans l’église île Tournay, mais nous avons cette chance — peut-être unique, car nous n’en connaissons pas d’autre exemple, — de |Mtsséder la maquette originale du peintre verrier : c’esl-n-dire le murceau de verre sur lequel ce prédécesseur de Van Eyrk par le style et l'ingénuité jeta sa première |(ensée cl que ses élèves durent ensuite mettre au carreau. Je le crois d’un maître français, mais aucun maître italien de ce moment n’aurait usé d’un crayon plus sur et d’un pinceau plus délicat. On croirait voir une statuette debout dans une niche peinte un azur, la; loud est bleu avec
rar.!
CIIKKS-ll’ŒUVHK llKS AHTS I.Mll STIUKI.S.
une légère indication noirâtre d’ornement. La roui; que tient saillie Catherine, son épée, In manche de son vêlement de dessous, sa chevelure bouclée, son nimbe sont en jaune, couleur d’or.
C’csl ce qui donne à eel échantillon une valeur nouvelle. C’est piécisémrnt dans la première moitié du quatorzième siècle que fut découvert le jaune d’argent, couleur d’émail qui, s’appliquant au pinceau, simpliliail lieaucoup le travail : jusque-là, on était obligé, lorsque l’on voulait imiter l’ordans quelque partie du vêtement, ou de la coiffure, ou du siège, ou de l’entourage, de découper le verre jaune par morceaux, et de multiplier, pour l’enchâsser, les contours en plomb.
Cette découverte arrivait à propos. L’art du verrier était sorti du sanctuaire pour entrer dans le palais cl dans la maison du riche marchand. L’Allemagne et les Flandres s’en empalèrent, et la cathédrale de Cologne nous a légué des souvenirs de la sniupluosilé de celle Renaissance aussi lidèlcs que les pages d’une chronique. C’est le moment où les ouvriers de toutes les ghildes de Cand étaient si nombreux qu’eu ne donnant chacun qu’un denier
vif kail hit vutuii iï:an; •ikclk.
ijtlh'Hinii île M lit Uurly.
vitraux.
rior.
île gros par tète, ils purent faire élever une église eu l’bunneur de la Vierge. Prospérité traditionnelle! Pendant la eérémonie, à Bruges, où Philippe le Bel avait reçu la couronne de comte, la reine de France n’avait pu retenir un mouvement de dépit à la vue «lu luxe déployé par ses belles vassales : « j'avois cru, dilelle, être la seule royne en ces lieux, mais voicy «pie j’en trouve à centaines ! »
La Renaissance italienne vint assouplir et trop souvent inaniérer l’art «pii résistait en France, surtout [«aidant le quinzième siècle. Ce fut alors le tableau qui triompha dans la fenêtre, et l’idée d’un ensemble décoratif subordonné aux lois de l’unité d'as|iecl fut, sinon abolie, nu moins singulièrement modifiée. L’école romaine, impérieuse et pédante dans les successeurs des grands maîtres, troubla toutes les consciences, et n’accepta plus la direction générale de l’architecte. On demanda des carions à «les peiu- Ires praticiens qui transposèrent indifféremment sur le verre, ou sur la tapisserie, ou sur l’émail, ou sur la faïence, ce qui devait être exclusivement réservé au tableau. L’art «le couper le verre avec le diamant, et le tire-plomb qui |iermeltail d’obtenir de longs et minces ruban de ce métal, offrirent aux peintres verriers de plus larges surfaces, et on )ieut dire qu’ils en abusèrent, en Italie, à Saintediudule de Bruxelles, presque partout, en France peut-être moins «pi 'ailleurs. Li chapelle du château de Vincenncs, qui est de Jean Cousin, est assez vigoureuse.
Lue des belles verrières de la Renaissance «pie nous connaissions est celle d’une petite ville «le la Normandie, Beaumont-le- Roger : c’est une Entrée du Christ dans Jérusalem, par «pielque décoi'aleur de l’école de Fontainebleau. Le petit vitrail rond qui
CIIKKS-HŒUYllK II K S A IM S IMH S I I5IKLS.
accompagne ces lignes est de b plus rare ingéniosité de dessin et de louche : e’esl l’Ange du Jugement dernier dont la monture foule aux pieds la Mort, et dont lu trompette réveille le guerrier, le bourgeois, le marchand, le pape et le roi, en les sommant à comparaître devant le Tribunal suprême.
i.» r mon rt: tti: ut juci.ui.NT mmmnikm. Vil i ail fia lirais du M*i/itinr siecir.
Mais le vitrail jetait ses derniers feux, comme ces |ierlesdonl l'orient linil par pâlir et s’éteindre et tpi’on apjiellc alors des perles mortes. Il lut enterré dans la même Ibssc que le style gothique,
VITRAUX
celle forme architecturale qui répondait si bien aux aspects de notre ciel capricieux dans ses effets. Pal iss) qui, on se le rapjielle, avait lui-même travaillé pour les verriers, déplorait en ces termes, en 1580, dans ses bitcuun admirable», l’étal misérable dans lequel était tombé cet art des peintres et fabricants de vitraux. Seulement il attribue à la diffusion des produits ce dont il faut surtout accuser le changement de besoins et de modes : «Je le prie, considère un peu les verres, lesquels pour avoir été trop communs entre les hommes sont devenus à un prix si vil que la plupart de ceux qui les font, vivent plus méchaniquement que ne font les crocheteurs de Paris. L’estât est noble et les hommes qui y besognent sont nobles: mais plusieurs sont gentilshommes pour exercer le dit art qui voudraient cslre roturiers et avoir de quoy payer les subsides dis Princes. N’est-ce pas un malheur advenu aux verriers des pays de Périgord, Limosin, Nain longe, Angoulmois, Gascongnc, Béarn et Bigorre? Auxquels pays les verres sont mcchanisés en telle sorte qu’ils sont vendus et criés par les villages, par ceux mesmes qui crient les vieux drapeaux et la vieille fcraille, tellement que ceux qui les fout et ceux qui les vendent travaillent beaucoup à vivre. »
la: vitrail après ce moment devint purement civil; les Suisses peignirent sur les vitres de leurs hôtels de ville, de leurs abbayes, de leurs tavernes ou de leurs intérieurs bourgeois, des légendes gaies ou sentimentales. C'est là que l’on rencontre les frères de ces gras, gras et blonds soudards que nous avons signalés au passage sur les chopes en verre émaillé ou sur les canettes en grès, avec des armoiries, des écus, des casques à panaches lurieux, voire de charmants paysages. Ces vitraux suisses qui lie
su
306 CIIKFS-ll'ŒUVltE UES AltTS INItUSTHlKLS. sont pas rares, sont souvent d’un éclat ineomjuifable. Ils disent la vie de foyer, avec la légende racontée au bruit du rouet qui ronronne; l’existence calme du savant qui suit son lève, penché sur l’épais in-folio ouvert, cl sur lequel la lumière irisée tombe en jieignanl vaguement des miniatures... Au moyen âge, le vitrail avait été la Bible illustrée du pauvre monde. A la lin du seizième siècle, il lut le livre de la bourgeoisie.
Le dix-septième siècle s’abstint. Non-seulement il réagissait violemment, injustement contre tout ce qui avait une apparence u gothique, » mais il aimait à voir clair au fond des choses. Vous imaginez-vous Itescartes rêveur? Louis XIV n’aurait d'ailleurs jamais consenti à ce que l'on voilât la majesté du soleil, son frère.
la; dix-huitième siècle lit mieux : il cassa les vitraux, froidement, départi pris. Ce fut comme un mot d’ordre dans toute la France, de badigeonner de jaune, jadis couleur d’infamie, les églises et les chapelles, et de remplacer les vitraux à légendes par des verrières blanches.
Il y eut ensuite un long répit. Au commencement de ce siècle, le « gothique » qui avait encore ému Voltaire, comptait si peu pour l’école classique qu’elle n’v prit pas garde. Pouvait-on décemment garnir de vitraux jvciiils les baies de l’église de la Madeleine qui devait primitivement être le «temple de la (•loire»? Vilruve en efil frémi et la coupole de l'Institut se fût effondrée!
Mais quand l’école romantique. Lassos en tète, vint s'offrir pour la restauration de ces monuments vénérables, qui racontaient avec une lutule gravité l’histoire de nos élans religieux cl de nos arts, quand fut dciinit iveuicnt gagné le procès que Victor Hugo avait plaidé dans un chapitre de sa Notre-Dame de Paris quand
VITRAUX
M. P. Mérimée cul publié scs rapports éloquents , il fallut bien rallumer les fours des verriers el dessiner des cartons. L’art n’était plus, comme au moyen âge, un arbre-donl le même souille faisait verdir, s’épanouir el fructifier toutes les branches, et les artistes généreux qui combattaient à la tète du bataillon au nom de nos traditions nationales, pensèrent tout d'abord à consolider ce que le temps et les hommes avaient ébranlé et à compléter ce qui n’était qu’en partie détruit. Hrongniarl lit à Sèvres des essais ; des écrivains plein d’intelligence et de dévouement el souvent des praticiens, .MM. Didron el Bontcmps, de Lastcyrie el de tiérenle, el plus tard Yiollet-!e-l)uc, enseignèrent la vraie voie à suivre |>our obtenir des effets aussi brillants et aussi harmonieux que ceux réalisés par les verriers du douzième au quinzième siècle.
Les tentatives furent parfois mieux intentionnées qu'heureuses. Il fallait des peintres, ce lut des dessinateurs qui obtinrent les commandes. Les vitraux de la chapelle Saint-Ferdinand, dont les cartons sont exposés dans les galeries du Luxembourg, révélèrent chez M. Ingres, au point de vue du peintre-verrier, un mailrc qui avait plus particulièrement surpris la tradition de ces poteries funéraires étrusques, dont le dessin en silhouette et le ton obscur sont faits surtout pour apaiser des mènes. Mais les ligures de saints, de saintes ou d’anges qui composent cette série n’en sont pas moins, au point de vue de la noblesse de la poseel de la recherche du pli des exemples du style le plus élevé. — On sait que M. Ingres a fixé dans les tètes quelques-uns des traits des membres de la (ainille royale el que par exemple le saint Ferdinand est le portrait du malheureux due d'Orléans.
CIIEFS-RflîUVRE DES AIITS INDUSTRIELS.
Kn 1 8 i I , le roi lx>uis-Philippe demanda à Eugène Delacroix, pour les rené 1res latérales de l’église d’Eu, les ligures de Sainle- Vietoire et de Saint-Jean l’Évangéliste ; l’année suivante, pour la chapelle de Dreux, un Saint-Louis au |>ontde Taillebourg. Je n'en connais que les esquisses, qui sont éblouissantes, mais un bon
Vitnut «!•* M, 1 apte-., pour la chaprllc Sjutt-JVrdiii.in.I.
juge m’assure que les originaux sont les meilleures verrières que notre temps ait vu naître. Et je le crois sans peine, car l’art du verrier doit re|»oser sur des idées d'harmonie et de richesse : les Ions traversés par la lumière et prenant ainsi une excessive intensité doivent sans cesse être modifiés ou embellis par le voisinage, la juxtaposition de ce qu’on appelle les tons complémentaires.
M;tis avant d’entrer plus loin dans ce livre, que le lecteur nous permette de placer sous scs yeux une page que nous empruntons à une étude sur Eugène Delacroix qu’a publiée M. Charles Blanc dans la (iazeltrdex Hat tu- Arts. Jamais en France on n’avait encore parlé esthétique avec cette grâce et cette autorité persuasive. Nous avons déjà plusieurs fois Tait allusion aux lois toutes mathématiques qui règlent entre eux les rapports des tons ; nous laissons à M. Charles Blanc le soin d’expliquer aux artistes l’application plus nu moins rigoureuse qu’ils doivent faire de ces lois lorsque leur instinct n’a pas suffi )»ur leur en révéler les secrets.
«Les anciens n’ont admis que trois couleurs primaires, le jaune, le rouge et le bleu, et les [«cintres modernes n’en admettent pas d’autres. Ces trois couleurs sont en effet les seules indécomposables et irréductibles. Tout le monde sait que le rayon solaire se décompose eu une suite de sept couleurs que Newton a appelées « primitives» : le violet, l’indigo, le bleu, le vert, le jaune, l’orangé et le rouge, mais il est clair que le nom de «primitives» ne saurait convenir à trois de ces couleurs, qui sont composites, puisque l’orangé se fait avec du rouge et du jaune, le vert avec du jaune et du bleu, le violet avec du bleu et du rouge. Quant à l’indigo, il ne saurait compter non plus parmi les couleurs primitives, puisqu'il n’est qu'une variété du bleu. Il faut donc reconnaître avec l’antiquité ifu’il n’y a dans la nature que trois couleurs véritablement élémentaires, lesquelles en se mélangeant deux à deux, engendrent trois autres couleurs comjwsées, dites « binaires,» l’orangé, le vert et le violet.
« Si l’on combine deux des couleurs primaires, le jaune et le rouge, par exemple, pour en composer une couleur binaire,
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l’orangé, colle couleur hinairo atteindra son maximum d’éclal lorsqu’on la rapprochera de la troisième couleur primaire, non employée dans le mélange. De môme, si l’on combine le rouge et le bleu pour en produire le violet, cette couleur binaire, le violet, sera exaltée par le voisinage du jaune. Enfin, si l’on combine le jaune et le bleu pour en former le vert, ce vert sera exalté par le voisinage immédiat du rouge. M. Chevreul appelle avec raison «complémentaires» chacune des trois couleurs primitives par rapport à la couleur binaire qui lui correspond. Ainsi le bleu est complémentaire de l’orangé, le jaune est complémentaire du violet, et le rouge complémentaire du vert. Réciproquement, chacune des couleurs composées est complémentaire de la couleur primitive non employée dans le mélange. Cette exaltation réciproque est ce qu’on nomme « la loi des contrastes simultanés. »
« Si les couleurs complémentaires sont prises à égalité de valeur, c’est-à-dire au môme degré de vivacité et de lumière, leur juxtaposition lesélevera l’une et l’autre à une intensité si violente que les yeux pourront à peine en supporter la vue. Et par un phénomène singulier, ces mômes couleurs qui s’exaltent par leur juxtaposition, se détruiront par leur mélange. Ainsi, lorsqu’on môle ensemble du bleu et de l’orangé à quantités égales, l’orangé n’étant pas plus orangé que le bleu n’est bleu, le mélange détruit les deux tons et il en résulte un gris absolument incolore.
« Mais si l’on môle ensemble deux complémentaires à proporl ions inégales, elles ne se détruiront que |>artiellemenl, et on aura un Ion rompu qui sera une variété du gris. Cela étant, de nouveaux contrastes pourront naître de la juxtaposition de deux complémentaires, dont l’une est pure et l’autre rompue. La lutte étant
VITHAl’X.
inégale, une des deux couleurs Iriomplie, cl l’intensité de la dominante n’empéchc pas l’accord des deux. Que si maintenant on rapproche les semblables à l’état pur, mais à divers degrés d'énergie, par exemple le bleu foncé et le bleu clair, on obtiendra un autre effet, dans lequel il y aura contraste par la différence d’intensité, et harmonie par la similitude des couleurs. Enfin, si deux semblables sont juxtaposées, l’une à l’état pur, l’autre rompue, par exemple du bleu pur avec du bleu gris, il en résultera un autre genre de contraste qui sera tempéré par l’analogie. On voit donc qu’il existe plusieurs moyens, différents entre eux, mais également infaillibles, de fortifier, de soutenir, d’atténuer ou de neutraliser l’effet d’une couleur, et cela en opérant sur ce qui l’avoisine, en touchant ce qui n’est pas elle. »
Il est facile d'expérimenter ces curieuses observations, soit avec une Imite de pastels, soit avec des pains à cacheter. En recueillant ses souvenirs on se rendra compte pourquoi, dans un pare, une corbeille de géraniums rouges paraissait plus incandescente au milieu d’une prairie que telle autre sur la lisière d’une terre dénudée et grise ; pourquoi il faut mille tâtonnements avant d’assortir dans une toilette de femme du rose et du vert ou du bleu et du jaune, sans avoir des ensembles qui fassent souffrir les yeux ou qui rappellent la livrée d’une perruche ; pourquoi le jaune soutenu est appelé « le fard des brunes. » etc., etc. Les peuples de l’extrême Orient, les Japonais, les Indiens, les Persans, les Nègres eux-mémes, savent cela instinctivement. Il y a des porte-cigares échangés contre quelques grains de verroterie de Murano sur les cotes d’Afrique qui, tressés en roseaux, sont des merveilles d’harmonie vigoureuse.
Les Occidentaux, dont le sens visuel est — cela est incontestable
— moins superlativement fin, onl chargé leurs savants de rechercher ces lois, ijiie la nalure nous offre du reste avec moins d’intensité que dans les fleurs, les arbres, les oiseaux, les |»oissnns, les coquillages, le ciel, les horizons, des pays éclairés par un soleil ardent . Les artistes du moyen âge, quelques grands coloristes de nos (Voles européennes, avaient dégagé de leur palette ces lois bizarres et victorieuses par la seule intuition du génie. De nos jours, le public prend goût à la couleur tout en protestant contre les audaces des coloristes.
Les verriers aussi y sont revenus, mais point assez franchement à notre gré. Leurs vitraux, — je ne parle pas de ceux de fabricants artistes et archéologues, tels par exemple que MM. Didron , de Gérente, Lusson et d’autres encore, — sont trop souvent ou lourds ou criards; ils sont faux comme un instrument mal accordé. C’est ce qui a fait croire que les procédés anciens étaient perdus; ce qui n’est pas, en ce sens du moins que la chimie a remplacé certains éléments par d'autres d’une réussite plus assurée et n’exigeant point ces tours de mains qui se communiquaient d’oreille à oreille dans les ateliers, et qui ne seraient plus guère praticables aujourd’hui. Les exemples de belles verrières modernes sont trop nombreux pour que nous ne renoncions pas, pour ne point faire d'injustices, à en signaler aucun.
Mais une école rivale et qui se prétend mieux en possession de l’esprit nouveau, c’est celle que représente M. Maréchal de Metz, et qui transforme une vitre en un tableau ressemblant le plus possible à un tableau peint par les procédés courants. Cesl à notre sens une erreur. Les Ions de morceaux de verre vus en trans-
VITRAUX
MS
parente sont toujours en dehors de ceux de In nature. Plus vous les multipliez en croyant rendre l’apparence d’un visage, d'une draperie, d’un paysage, plus vous modifiez ou interceptez la lumière, et plus vous poussez vers un résultat artiliciel et incomplet dont la logique s’irrite.
Ceci n’est dit que pour le principe, car MM. Maréchal, père et fils, sont des artistes verriers d’un grand talent et dont la conviction est des plus respectables. C’est à eux que l’on doit les immenses verrières qui terminent, en plein cintre, les deux extrémités de la nef du Palais des Champs-Élysées, qui donnent raison à nos critiques. Elles ne sont pas décoratives parce qu’elles visent trop à imiter de vrais tableaux peints à l’huile nu il la fresque.
Un autre artiste, mais qui fournil seulement descom|Misitions, M. Steinheil, a mieux éludé la difficulté en réservant aux tons francs de plus vastes espaces et en se servant des détails accessoires pour donner ces tons complémentaires dont M. Charles Blanc nous détaillait à l’instant le rôle. L’œuvre de M. Steinheil est aujourd’hui considérable. C’est un des plus purs dessinateurs de notre époque et d’une valeur tout à fait supérieure. Il a eu comme peintre les inspirations les plus délicates, et il a apporté dans l’expression des joies intimes de la famille un tact et une observation des plus remarquables. 11 a montré, comme restaurateur des vitraux et des mosaïques de la sainte Chapelle et de bien d’autres endroits, la plus rare des qualités, celle de connaître à fond les écoles antérieures, dans leur esprit et dans leur forme, dans leur style et dans leurs détails et de ne jamais les pasticher. C’est, dans un autre sens, la pensée du poète,
Sur de* peiwnt nou veaux forger (1rs vers Antiques...
CIlEKS-H’ŒUVnE DES A DTS INDUSTRIELS.
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Ce n’est pas seulement en France, c’est aussi en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, que l'on a vu se créer depuis quelques années des ateliers et des artistes hors ligne. Il y a loin — il y a cependant à peine trente ans — du moment où la fabrique de M. Bontemps,à Choisy-le-Roi, fabriquait, aux applaudissements de tous, les premiers verres rouges de lionne qualité, colorés sur une de leurs faces, imitant parfaitement le« plus lieaux verres rouges anciens.
Nous avons montre, à propos de la gravure lluorhydrique, la révolution qui se prépare dans l'art de la verrerie. Comme on peut appliquer sur une plaque de verre blanc une autre lame, ahsolument adhérente, de verre d’autre couleur, en faisant mordre celleci par l’acide on met l’autre â nu et l’on peu t ainsi composer des ensembles d’ornementation variés et pittoresques.
Uni sait si nos glaces ne seront pas quelque jour décorées de la sorte? Bien n’est à repousser en principe; le tout est de trouver le point de rapport exact entre le décor et la substance. Grâce au proaidé de coulage, on ne sait pour ainsi dire plus où s’arrêteront les dimensions superficielles des glaces, par exemple, de la manufacture de Saint-Gobain. I«i production totale des glaces en Kurope, dans l’année 1800, fut de 855,000 mètres carrés.
Plus la vie devient difficile et fiévreuse, plus le manque d’espace dans les villes nous fait des appartements étroits et bas, plus nous avons besoin de larges ouvertures. C’est se donner l’illusion delà liberté. Appeler autour de soi plus de lumière, c’est peut-être donner aussi à l'âme plus de sérénité.
On demande souvent par quels côtés les arts d’industrie mn-
l.âlAftE ET II RICHE.
Vilnil de b Tour SaniMWnuiii-rAiiuTrni-, exfolié |ur U. Oudiiuit d‘j|»ré» les cartons de N. StrmlK-il.
VITRAUX
dcrne soutiennent le parallèle avec ceux de la Renaissance ? Certes ils sunt souvent battus dans le détail, les conditions de commande et de main-d’œuvre étant absolument déplacées, mais (pie de fois ils triomphent dans le résultat général ! Qu’y a-t-il de plus resplendissant qu'une table moderne couverte de cristaux, verres et coupes décroissants comme des tuyaux d’orgue, bouteilles, vasques, cornets à Heurs, compotiers cl services? Qu’y-a-l-il de plus surprenant que ces glaces de cinq ou six mètres de hauteur qui multiplient les salons, la foule mouvante, les lustres allumés ? Qu’y-a-t-il encore de plus étrange et de plus charmant qu’un boudoir, séparé par une glace sans tain d’une serre verte et vivante pendant que la neige tombe au dehors silencieuse et pressée?
Un raconte que la plus ancienne usine de l’Angleterre, située dans le Lancashirc,à Raven-Head, lut fondée en haine de Saint- Gobain. Un amiral anglais, furieux qu'on lui eût refusé l'entrée de l’usine française, séduisit un ouvrier et fonda la manufacture qui existe encore aujourd’hui. L’Angleterre fabrique aujourd’hui 350,000 mètres carrés de glace, étamée ou sans tain. Les deux tiers de ces dernières servent à garnir les fenêtres, car l’Angleterre arrangeant à sa façon la fable d'Apollon vainqueur des ténèbres, dit que « le jour est le meurtrier du spleen. »
Ici encore nous retrouvons la loi des belles époques de la décoration intérieure et extérieure des habitations, l’utile marchant de pair avec l’agréable.
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e que c'eût que I émail rl quelles wiil les dcnomiiialions adoptée* |miui en désigner les principales variétés, — l4*s Égyptien» l'onl-ils connu ou n'ont-il» employé que de» pâte» colorées?— Bijoux étrusques émaillé». — Émaux cloisonné» dos Chinois. — Les cloisonné*. «1rs Byzantins. — Lr moine Théophile cl «ni Traite de* Art * indualriel*. — Comment on exécute un cloisonné. — Émaux chnmplevé», — La l'eiiaiv-anco française et l'Émail de» |NL‘intrr» à Limoges. — Nardoti Péiticaud. — Léonard Limoxin, *cs portraits cl objets de décoration. — Pierre lies mon. — Jean Courtois. — Décadence de rÉmailk'ric. — Jean Petitot, ses polirait* à la cour de Charles I” et dp l<onis XIV. — Suite des opérations nécessaires pour obtenir une plaque émaillée. — |>s Émaux cloisonnés sur cristal de la Itenaissance. — Les Émaux de porcelaine à Paris et en Chine. — les mastics vernis. — La photographie sur Émaux — Les Émail de peintre de M. Claudius Popelin. — Applicationmodernes de l'Émail. — Conclusion.
Un ;i cru l'vcunnaitrc « émail » dans l’expression hébraïque « ilaschmnl » employée par Ezéchiel. mais peut-être étail-ce un métal que le prophète voulait désigner. La basse latinité a écrit «smallum,» les Italiens « smallo, >» les Allemands « smcltzen, » nos pères « csmail. » Voilà tout ce que les érudits ont pu découvrir jusqu'à ce jour à ce propos. Quel ouvrier a le premier pratiqué l’émail? Où et dans quel siècle? C’est ce que l’on ne sait guère mieux.
L’émail est un véritable verre plus ou moins coloré par dus oxydes métalliques, opaque ou translucide, qui, à la suite d’une cuisson considérable, adhère absolument à la plaque de métal, cuivre, or ou Ter ou de verre, qui lui sert de support. Mais comme le mode d'application crée des différences tranchées, on a classé les émaux eu « émaux cloisonnés ou champlevés, » c’esl-à-
524 CIIEES-IftKUVItE ItKS AllTS I.\I)USTHIELS. dire introduits dans des cloisons mobiles de métal appliquées sur une plaque ou dans des espaces « levés » dans le champ de celle plaque à l’aide d’un burin, cl en V émaux peints, » c’est-à-dire étendus sur une plaque au gré du peintre et ollrant des teintes fondues et des contours non isolés.
Tout semble prouver que les cloisonnés sont les plus anciens et d’origine orientale. Les champlcvcs ne sont qu’un fperiüction-
tnuitui ictrrutt or knaii.lkr.
Mu '•t «li- Muoivli.
ueineut ap|>orlé, dans le onzième siècle, par quelque habile ouvrier allemand, et ont même très-antérieurement été connus et pratiqués en Angleterre et à Limoges. L’intention première à dù être d’imiter des incrustai ions de (lierres précieuses ou de pâles colorées fixées à froid dans des cloisons de métal.
On a nié que les Egyptiens, qui étaient de si habiles céramistes et verriers, aient connu l’art de lemnillcric. Il est probable au
KMAl’X.
moins qu’ils ne l'ont que rarement pratiqué. On a peu trouvé jusqu'à ce jour, parmi ces millinnls d’ohjcls sacrés ou usuels qu'ils avaient enfouis dans leurs nécropoles, d'objets indiscutablement émaillés. Comment ce peuple, qui avait la passion de l’indeslructilile aurait-il négligé un si précieux moyen? Une expertise chimique pourrait seule dérider si les cloisons du fin et gracieux bracelet du musée de Munich que nous reproduisons, sont remplies par un verre fusible ou par un mastic.
Les Cirées et les Étrusques ont connu l’émail et même ce qu’on nomme l’émail des peintres. La collection Caïn pana . au Louvre, nous montre des couronnes funéraires avec fleurettes émaillées ; des cygnes, des paons, des colombes, exécutés avec une adresse et une sûreté qui sont les indices d’une pratique courante. C’est le même mode de faire que pour les bijoux de la Renaissance où l'on voit des combats ou îles chimères. Nous en parlerons à propos deémaux peints chinois et des émaux de Limoges.
BOL'CLE* IMHiHUF LS OS t: V4H.Lt.
Bîj Mil t‘lnis4|ih‘s. — t iilb'iiimi
La question de l’origine de l’émail est donc des plus délicates, et nous n’avons pas qualité pour la résoudre. Nous ne prendrons l’émaillerie qu’à son entrée dans Byzance. Qu’est-ce qui l’y avait fait naître? Yraiscmbl ddement le désir d’imiter des objets d’émail cloisonné apportés de la Perse, de l'Inde on de la Chine. Apollonius de Thyane, le fameux thaumaturge, écrit qu’il a vu dans un voyage en Asie, à Taxilles, où régnait lin prime sur l’ancien
nilEFS-IVŒUVIlK II K S AIITS INDUSTRIELS.
royaume de Porus, au delà de l'Indus, un temple dont le sanc- I iiitire était digne d’admiration : « A chaque muraille étaient attachées des plaques d’airain historiées. Les liants faits de Porus et d’Alexandre y étaient représentés avec du cuivre, de l’argent, de l’or et de l’airain noir... Os différentes matières, unies ensemble par la fusion, faisaient l’effet des couleurs. » Faul-il y voir autre chose que des plaques émaillées?
Mais ce qui peut-être avait frappé les Grecs du Bas-Empire, ce sont, bien qu’on leur conteste une date aussi reculée, ces plaques, ces coffrets, ces vases liltatoires cloisonnés par les Chinois, des tons les plus doux du rose, du vert, du bleu, du jaune. Des fleuves les traversent, des pivoines ou des nénuphars s'y épanouissent, des monstres s’y enroulent, montrant leurs dents aiguës et roulant des yeux terribles. O vase que nous avons emprunté au cabinet du directeur de la Gazelle îles Beaux-Arts, M. E. Galichou, est un des plus beaux connus. Tout en est admirable : la forme qui peut lutter avec celle des plus sévères vases étrusques, le ton qui est harmonieux comme celle d'un châle de cachemire, la matière même qui , insensiblement rugueuse ou piquasséc, c’est-à-dire piquée de petits points par les bulles d’air qui ont crevé pendant la cuisson, retient la lumière et atténue les reflets trop vifs. L’arrangement des anses formées de tètes de monstres, marque, ainsi que nous l’avons fait observer à propos de la porcelaine, le soin avec lequel les Orientaux rompent la monotonie de la silhouette.
Les Byzantins durent accepter ces modèles d’autant plus volontiers qu’ils rappelaient à l’œil ces mosaïques qui avaient tant passionné les Humains, et qu’cux-inèmcs exécutaient avec une rare perfection. Les interstices des petits cubes de marbre enfoncés
ÉMAUX
r.üi
clans le mastic ne répondent-ils pas aux cloisons d'or qui divisent les ions"; Peut-être aussi les premiers émaux des Byzantins eurentils surtout pour but d’alterner sur les châsses et les objets du culte avec les cabochons. Sous Porphyrogénète, Byzance en était remplie, et cependant les cloisonnés byzantins sont devenus fort rares, sans doute parce qu’aiusi que nous allons l’expliquer, ils étaient ordinairement exécutés sur une plaque d’or, et que, lorsque la mode des émaux peints prit au seizième siècle, ils subirent le sort de tout ce qui n’est plus jeune et à la mode.
Il n’y a guère plus de vingt -cinq ans que nos érudits s'en occupent et leur ont appliqué cette dénomination de ce cloisonnés. » L’un des plus anciens monuments — avec date très-approximative, — est cette célèbre couronne de fer, symbole de la domination «le l’Italie, qui fut offerte à la cathédrale de Monza par la reine des l/nnbarels Théodelinde, morte en 025. la- plus considérable et le plus compliqué est la « Pala d’oro, » de Saint-Marc de Venise, parement d’autel où les émaux eux-mémes disparaissent sous les feux des pierres précieuses et la multiplicité des perles qui les encadrent. Cet ensemble de plaques et de statuettes en relief fut exécuté, au moins en partie, à Constantinople, pour le doge; Orscolo, dans la lin de ce dixième siècle qui fut si dur pour l’Italie et qui vit au contraire le suprême épanouissement des arts dans Byzance. On cite encore des couvertures d'évangéliaires, des gardes d’épées et les ornements des gants de Charlemagne, qui sont conservés à Vienne dans le trésor impérial.
Le moine Théophile — on ignore sa patrie et même à peu près le siècle dans lequel il écrivait! — nous a laissé un traité des plus
intéressants des beaux-arts industriels an moyen âge. Nous allons lui emprunter quelques détails sur la fabrication des cloisonnés. Son livre s’appelle « IHrenaruin nrlium srlieditla, Traité sur divers arts. » On sup|H>se qu’il était allemand et qu’il vivait à Taillade ce douzième siècle où l’art des artistes occidentaux montra tant d’indépendance, de finesse et de force. On connaît huit manuscrits de son ouvrage ; le plus complet est à Londres, au Dritisli-Muscum, dans la hihliolhèque Harleicnnc. Il traite de la préparation, du mélange et de l’emploi des couleurs dans la peinture sur mur, sur liais et sur parchemin ; de la fabrication du verre, des vitraux de couleur, des vases de terre et des poteries en terre émaillée ; de l’orfèvrerie et de la peinture en érnail cloisonné, enfin, mais avec moins de détails, de la sculpture en ivoire, de la fonte des cloches et de la fabrication des orgues. C’est, en même temps qu’un traite pratique, un livre écrit pour enflammer l’âme des artistes et les pousser à orner du produit de leur génie la maison du Seigneur, si misérablement mise à sac pendant les dures années du dixième siècle où l’humanité avait Cfu que lu monde allait s’éteindre.
On prenait une plaque de métal, or ou cuivre, et Ton en relevait les bords jiour retenir l’émail; puis on dessinait, avec de petites bandelettes de métal minces et posées sur champ, les contours généraux et les divisions principales des figures que Ton voulait représenter. Telles sont les armatures de fer qui circonscrivent les vitraux. Celte grille était fixée sur le fond de la plaque, et les cases réservées ainsi étaient remplies, à l'aide d’une spatule, d’émaux pulvérulents ou légèrement humectés qui devaient exprimer ou les chairs, ou les draperies, ou le fond. L’ensemble, |>osé sur une feuille de tôle, était mis dans le tour, et la chaleur, assez forte
pour loin In' le verre pilé mais non le mêlai, liquédnit le contenu îles cases, que l’on remplissait de nouveau si la surface n’était pas uniforme. On soumettait alors toute celte surface à des polissages successifs qui rendaient unis et les émaux et le métal des divisions ou cloisons. Ce procédé, décrit presque dans les mêmes termes par Benvcnuto Cellini dans son « Traité de TOrférrerie » pour le filigrane, est encore celui employé aujourd'hui. La palette des artistes grecs était très-riche et très-line. 11 fallait qu’ils eussent un sentiment très-juste de ce qu’amène la juxtaposition nette de deux tons, car, sauf dans les carnations, les couleurs ne se louchaient jamais et n'avaient par conséquent jamais aucun fondu, si léger qu’il fût.
I.e procédé dit « ehamplevé» ne différait de celui dit « cloisonné » que par la préparation de la plaque : le lutrin ou l'échoppe la fouillait dans toutes les parties qui devaient être remplies d’émail et la respectait dans ce qui devait former les contours. Nos pères paraissent, tlès une haute antiquité, s’en être servis. Iles lihulcs, des anneaux, trouvés çà et là en Angleterre ou en France, ne laissent aucun doute, l’hilostrate, rhéteur grec, qui au commencement du troisième siècle vivait à Home, à la cour de Septime Sévère, écrivait à propos de mors et de brilles de chevaux montés par des chasseurs au sanglier : « On dit que les barbares des bords de l’Océan étendent ces couleurs sur de l’airain ardent; qu’elles y adhèrent, deviennent aussi dures que la pierre et conservent le dessin qu’on y a représenté. » Le vase en bronze que nous reproduisons, d’après une chromo-lithographie du livre de M. J. I ,alia rte, Histoire des Arts industriels , avait été trouvé
niEFS-D’ŒIlVIIK UES AIITS INni'STIllEI.S.
r.ri2
en Angleterre . Il a |nri ilans un incendie. \ la simplicité de la
vol ..illoi» k w nnoNic liiilU.
Ii'aprè» le* 'de»* in» de M. J. Ij lia île.
forme, à la commodité de l’anse, à la sobriété dé l’ornementation, il est aisé de le reconnaître |miir l’œuvre d’un émaillcur gaulois.
ÉMAUX
Perfectionné ou if|>ii> plus l;inl par les orfèvres des I torils du liliiu et par ceux de Limoges, le procédé permit d'exécuter des plaipies de g i~n iules dimensions, des ligures de ronde-bosse et de hautrelief. Il eu est arrivé un grand nombre jusqu’à nous. Ils répondirent à celle énorme demande de châsses et d’objets du culte laite au retour des croisades parla chrétienté pont enfermer les reliques
L’aSGE Kt Us M A II I t II ».
hnt.nl île hohigiie. triMiiéini? siècle. — CoIIccIîini «lu prince lluniortsli.
des saints et des martyrs. Au musée de Cluny, au musée de South- Kensiiigton, dans les trésors de toutes les églises, dans la collection des plus humides amateurs, on rencontre en grand nombre des crosses, des ciboires, des croix, des châsses en forme d’église avec les transsepts et la nef, des pyxis ou custodes pour les autels portatifs, des colombes que l’on sus)ieudait au-dessus de l’autel et
fini contenaient les hosties consacrées, les navettes à eneens, les couvertures d’évangéliaires, les fcrmails. Dans l’abbaye de Westminster n’avons-nous pas vu toute une tombe émaillée, relie de Guillaume de Valence, colossal cercueil qu’on croirait, quand le soleil le frappe, taille dans un bloc d’or '!
l/émaillcric est, avec les manuscrits, tout ce qui nous reste de l’histoire de la peinture pendant ces périodes si obscures pour nous. Il ne faut pas croire que ce soit à ce titre seul que ces pla-
l.â FUITE EN M E. I.' ADORATION DES MAGES.
Émaux (lutiipU'ves ilu quatorzième -lècle français.
ques ont droit d’entrée dans le cabinet d’un amateur sérieux. Si leur aspect est trop souvent barbare, c’est que nous ne rencontrons d’ordinaire que des oeuvres de commerce. Mais <;à et là, quels éclairs d’art robuste et fin! Combien tendre et victorieux est le geste de cet ange (pii, courbé, s'abat comme un oiseau du Paradis sur la fournaise dont les llammcs épargnent les jeunes
«ICUtll K & MA IL Lit.
I*ar Ji-jO IV-nu.iml. «li* Limogi*- Sciiiiiue siêtir.