MAUX
rantes, extrêmement faillies ; puis après la cuisson, cpii devait (Mm soumise à mille chances, on polissait le tout, et l’or brillant circonscrivait les tons comme les (ils d’une dentelle.
La palette du peintre d’émail est extrêmement riche. Les oxydes métalliques se prêtent à un nombre infini de combinaisons avec le verre à base de plomb. Les émaux opaques contiennent de l’oxyde d’étain. Le vert, l’azur, le turquoise, le pourpre, le gris de perle, le bleu d’horizon, l’orangé, lecilrin, l’aigue marine s’obtiennent ou francs, ou en tons rompus formant une gamme chromatique. Le rouge clair est appelé, dans les anciens traités, « le chef et le parangon. » Il fut découvert, selon Benvenuto Cellini, ]iar un orfèvre qui cultivait l’alchimie, et qui le trouva au fond de son creuset, en cherchant à faire de l’or.
Mais malheureusement tous ces verres ne sont point également fusibles. Il faut donc que l’artiste connaisse à merveille les degrés successifs de température qu’ils peuvent subir sans se fondre de nouveau et s’empâter les uns dans les autres. Il place les très-durs les premiers, les durs en second et procède ainsi jusqu’à la (in.
1 ne plaque d’émail peut (tasser au feu jusqu’à vingt fois. Que de chances d’accident, ne fil I -ce que pour la plaque qui sert de subjcctile et qui, ainsi que cela est arrivé sons nos yeux, ne se tordit qu’à une dix-huitième cuisson !
Les émaux de petit feu s’appellent « émaux de porcelaine, a Ce sont ceux qu’emploient généralement les bijoutiers. Le dix-huitième siècle a décoré ainsi des parures complètes, la montre, l’agrafe, la clef, les breloques et le fiacon. Ils offrent infiniment moins de dangers, ils permettent de travailler sur de plus
grandes plaques, de revenir par des louches légères el de multiplier les tons, mais aussi, moins d’eflel el de puissance dans le résultat final. Ils n’ont jamais cesse d’ôlre mis en pratique, tandis que c’est depuis quelques années seulement, qu’à Sèvres el ensuite dans des ateliers privés on a tenté la résurrection des émaux de grand feu, de ces nobles émaux de Limoges dont nous avons longuement parlé. C’est un procédé bâtard qui peut donner des résultats agréables, mais qui exige plus de patience d'ouvrier que de talent de peintre.
On a été plus loin encore : on a imité l’émail avec des vernis qui s'enlèvent sons l’ongle : ainsi sont décorés presque tous les objets soi-disant turcs ou persans que débitent res natifs des Ratignolles, à gros mollets et à gros turbans, qui jadis vendaient des dattes sous les porlescocbères.
C’est, crovons-nous , avec ces émaux de porcelaine que les Chinois décorent, dans des Ions généralement clairs, des théières, des lasses à thé, des plateaux, même des vases d'assez grandes dimensions. Ce sont de charmants tableaux qu’ils peignent sur ces surfaces polies et qui semblent plus grasses que la porcelaine.
L’action de ees deux amis assis dans la campagne s'explique d’rllc-mème. le petit plateau qui fait [icndaul et nous appartient
Vottt.c i:t Abitirc r x ne emvim.»:.
Suie I -r*ti i - XVI.
ainsi que celui-ci, montre deux jeunes femmes assises à un balcon dominant une vallée fermée par des montagnes bleues; l’une souffle dans une flrtle, l’autre semble chanter les vers mélanco-
Tt**E RT rUtEU CtlttOIV Ènuil peint.
liques du poêle Li-taT-pc : « Les corbeaux se l'assemblent pour passer la nuit1; ils volent en croassant au-dessus des arbres; ils perchent dans les branches en s'appelant entre eux. — La femme du guerrier, assise à son métier, tissait de la soie brochée; les cris des corlieaux lui arrivent à travers les stores empourprés par les derniers rayons du soleil. — Elle arrête sa navette. Elle songe avec découragement à celui qu’elle attend toujours. Elle
1 !.<• marquis d'Ilervej Saint-Denvs, à la traduction de qui non* empruntons cette chanson dont le litre est « Le cri des corbeaux h l'approche de la nuit • fait observer que le croassement des corbeaux rappelle en Chine l’idée de ITnton conjugale troublée par b séparation momentanée des époux.
CIIKFS-n’(F,l)VnK Il K S ARTS INRUSTR1EI.S.
gagne silencieusement sa couche solitaire, et ses larmes tomlienl comme une pluie d’été! »
On a essayé d’appliquer la photographie à l’émail, ou réciproquement l'émail à la photographie. Chacun connaît ces épreuves de portraits reportés sur une plaque de porcelaine et cuits au four comme une véritable porcelaine. C"t“sl ce que la photographie, jusqu'à ce jour si fugace, a donné de plus sérieux dans ces dernières années. Assurer l’éternité au moins relative à ces paysages, à ces portraits, entrevus par l’objectif comme par un regard humain, c’était résoudre un des problèmes les plus intéressants pour le philosophe. On a essayé, non sans quelque succès, de substituer des poudres colorantes, du verre broyé en un mot, à ce Ion de bistre qui donne aux portraits une grande monotonie. Nous avons vu aussi de petites plaques que les bijoutiers insèrent dans des Imitiers de montre, dans des garnitures de broches, façon dixhuitième siècle, et qui arrivent à embarrasser des cx|ierls.
C'est un débouché commercial important. Mais le vrai intérêt de cette découverte, dont M. Lafon de Camarsac a fait les applications les plus intelligentes et les mieux réussies, c'est la durée sans bornes des portraits. La réalité marchant de pair avec l’art, nous voudrions que les portraits de toutes les notabilités de notre époque dans la politique, les sciences, les arts, la littérature, etc. soient exécutés en photographie sur émail et conservés ofliciellement. Ce serait là une source de renseignements sans prix pour les générations qui nous succéderont.
Si l’art de l’émaillour doit de nos jours pousser des scions
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vifTOiireux, c’est à celte condition <|iiTil sera cultive par des artistes originaux, et non par des copistes. Le copiste, quoi qu’il fasse, n’est qu’un haliile ouvrier; l’applaudir, ce n’est donc en réalité que favoriser un fait commercial. L’éinail a des visées plus liantes. Il répond, quand il traduit le portrait — et Léonard Limosin et quelques-uns de ses élèves ont montré quelle hauteur de style il pouvait atteindre, — il répond à un des désirs les plus rarement assouvis du cœur humain ; à celui d’une éternité relative. A côté du musée des photographies, dont nous demandons la création, il y aurait le musée des portraits, non plus dans leur ressemblance littérale, mais, traduits sur l’émail par des artistes d’élite et portant la ressemblance d’un caractère et d'une âme. Le philosophe aussi viendrait étudier celte inaltérable galerie, car ainsi qu’en un sonnet précieux, Théophile Gautier l’a écrit à un émailleur contemporain,
r&nail
Tri que l'ambre en son or lient la fleur enchâssée.
Contre les ans vaincus abrite son travail
C’est à M, Claudius Po|>elin que ces vers sont adressés. Si M. Claudius Popelin n’a pas réinventé l’art de l’émail dont la pratique n’est ni secrète, ni très-malaisée, il l’a du moins remis en honneur en lui rendant sa véritable fonction qui est de traduire directement les pensées d’un artiste et non de servir à une banale traduction. Les œuvres de M. Claudius Popelin ont été très-justement regardées et applaudies par les esprits justes et délicats, dans les dernières expositions. Érudit et travailleur, il a groupé dans de vastes ensembles décoratifs, des portraits de poètes, de savants, de maîtres ; il les a reliés par des pensées communes, la
Renaissance des lettres ou le Triomphe de la Vérité; il a varié la monotonie d’une série de profils par des handcrolles, des inscriptions, des branches de laurier, des figures d’enfants. Cette année, la figure nue de la Vérité qu'il avait peinte sur un fond bleu, était un morceau de dessin d’un goût remarquable et un chefd’œuvre de fabrication. Mais nous le répétons encore, quand même des praticiens exécuteraient des copies sans reproches, M. l’opel in aurait encore sur eux l'avantage d’inventer ses propres compositions, et de montrer par conséquent un mérite supérieur.
On a fait des applications ingénieuses de ces émaux modernes en les inscrivant sur le plat extérieur des livres. Là c’est une femme casquée et cuirassée, tenant une lance et dressant sur un fond de pourpre ses formes altières: c’est Y Iliade , ai-je lu sur les lettres d’or d’un cartouche inscrit dans une couronne de laurier émaillé de paillon vert... Voilà Horace qui sourit et voilà Théocrite qui souffle dans des pipeaux... ici un poêle de la dynastie des Tehangs qui peint sur une feuille de papier de riz « l’Ode au thé », et là Shakespeare qui irrite le monologue d’Hamlel...
Mais la véritable destination de l'émail, si l’on entend par véritable ce qui répond le mieux aux besoins de la vie moderne, c’est la décoration. L'émail est le dernier motet comme un état définitif et supérieur de la céramique. Là où celle-ci s’arrête, à la façade de la maison, au dressoir de la salle à manger, lui, il foire la porte et il entre dans le sanctuaire, dans le petit salon de la femme, dans le cabinet de travail du poêle. Nulle substance n’ajoute aux lianes du coffret, aux plinthes de la cheminée, aux ventauxde la bibliothèque des Ions plus chauds et plus doux, des lumières plus moelleuses et plus sobres. La llenaissanee . nous l’avons vu
L». TRAVAIL V AIVOLCI It.
Émail composé cl dessiné par H. Claudia* l‘iipeliii.
MKTAUX.
entre autres, à propos ilu damier et du trictrac de Léonard Limosin qui sont au Louvre, reulendait ainsi. I.e Sornje de l’ohjjitiile que nous avons déjà cité, en montre un charmant exemple dans un de ces palais qu'embellissait des merveilles les plus raflinécs l’imagination sensuelle de l’inconnu qui a rêvé et écrit ce curieux livre : « Plus haut que la chaise de la Reyne estait l’image et effigie d’un beau jeune homme sans barbe, ayant les cheveux blonds et dorés ; la moytié de la poitrine couverte d’un drap noué sur l'espaulc, et au-dessous un aigle estendant les aislcs et tenant en ses serres un rameau de laurier verd. 11 avoit la tète levée pour le regarder au visage qui estait environné d’uu diadème azuré, deparly en sept rayons, le tout fait d’orfèvrerie, eizelé et csmaillé en toute perfection. »
Il reste donc à l’émail à suivre la marche du monde moderne. Il a couvert des châsses et des évangéliaires, alors que le mobilier religieux absorbait toutes les commandes des fidèles. Plus tard, il a créé la plus belle vaisselle que les dressoirs déshabitués de l’or et de l’argent massifs aient pu désirer. Puis, il a donné aux bijoux des femmes un charme varié de mille façons. Aujourd’hui il lui faut entrer dans le mobilier des palais et des grands intérieurs. Il s’associe admirablement aux tons roux ou noirs» ou vc’neux, du chêne, de l’éliènc, des bois durs étrangers qu’on a le bon goût de ne plus vernir. Tans cette symphonie qui s’appelle la décoration, j’imagine qu’il chante cette grave partie de violoncelle qui précise la mélodie et lui donne une signification.