‹ Chefs-d'œuvre des arts industrielsChapitre 27 sur 29 · OHKÉVIIERIK ET IU JOUTE II I K · texte numérisé non relu

OHKÉVIIERIK ET IU JOUTE II I K

nanti, oncle de la fiancée, reçut entre autres une aiguière en onyx, une coupe d’or rl la salière de Fellini. Elle demeura comme enfouie dans le château d’Ambaraz, à Vienne; on la croyait volée ou misérablement fondue, lorsqu'elle y fut décou verte et cataloguée pour la première foison 1810.

liés son arrivée à Fontainebleau, Renvenuto avait été présenté au roi, qui l’accueillit fort bien, mais cependant ne lui assura pas les avantages qu’il avait rêvés. Aussi, profondément blessé dans son orgueil, tenta-t-il une sorte de fuite précipitée qui faillit lui coûter citer. Le cardinal deFerrare lui promet enfin désappointements semblables à ceux qu’on avait donnés au peintre Lcona ni tle Vinci, c’est-à-dire sept cents écus par an, de plus le payement de tousses ouvrages et cinq cents écus d’or de bienvenue. Il accepte de faire cl entreprend « les modèles de douze statues d’argent destinées à être employées en guise de candélabres autour de la table du roi. François 1" voulait qu’elles représentassent six dieux et six déesses, et qu’elles fussent exactement de sa taille qui était à peu près île quatre brasses. » Il commença par les modèles de Jupiter et Junon, Apollon et Vulcain.

Le roi accorda cent écus d’or de pension à ses deux élèves et lui donna l’hûtcl du l’etit-Nesle. Mais cet bétel appartenait an p ré vêt de Paris qui l’avait sous-loué, de sorte que ce ne fut qu’après un véritable siège et en menaçant les locataires de les faire sauter, qu’il put entrer en jouissance. Il s’y installa donc et fil ses premiers arrangements [mur ses fontes.

Ce fut à ce moment qu’il commença un buste de Jules César, beaucoup plus grand que nature, d’après une [Milite copie d’un admirable antique qu’il avait rapporté de Home. Il attaqua en-

coït! on autre Imslc de meme dimension, d’après une jeune fille d’une extrême beauté : il ap|iela celle télé « Fontainebleau », du nom de la résidence favorite du roi.

C’est sa plus grande période d’activité, en France. Il ne nous a pas laissé le détail de ses menus travaux, la vanité ne le poussant cpi’à parler des plus grands. Mais il cite en gros une foule de joyaux pour maints seigneurs, entre autres Pierre Slrozzi, le comte dell'Anguil’ara, qui était déjà aussi un des patrons du llosso, le comte de Pitigliano et le comte de la Mirandole. Le roi, quand il revint le voir, accompagné delà duchesse d’fitampes, fut émerveillé de la quantité d'ouvrages qu’il avait entrepris. Il avait monté chez lui un véritable atelier avec des ouvriers allemands ou français qu’il changeait à mesure qu'il en rencontrait de plus habiles.

Ascanio avait sans doute la direction de la partie commerciale. Il se créa une. clientèle personnelle et se fixa complètement en France : on trouve encore son nom dans un compte de dépenses du cardinal Ilippolyle d'Este, pendant le séjour de D. Alphonse, cousin du duc de Ferrare, en 1558 et 1559, Il habitait ce château du Pclit-Nesle que Benvcnuto lui avait cédé en priant et on l’appelait Ascanio di Nello; enfin, certains documents prouvent qu’il était encore à Paris en 1505.

C’est encore à ees années que nous reportons cette médaille en or de François I", que possède le Cabinet des Antiques. Elle est .signée et, chose bien particulière, Benvcnuto n’en a pas parlé dans ses oeuvres. Elle ne soutient certes pas la comparaison avec Ira médailles en bronze de Pisanello ou d’autres maîtres italiens, mais c’est un morceau grassement touché, et le profil du roi a de l'aristocratie. C’est encore à celte période que doivent se ratla-

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ORFEVRERIE ET BIJOUTERIE.

cher la moulure de camée qui est aussi au Cabinet des médailles, cl celles des vases el des coupes en matières dures exposés dans la galerie d’Apollon, au Louvre. Rien n’en établit rigoureusement l'authenticité, mais nous ferons remarquer ce groupe de Neptune et Amphitrite, portant à faux sur le l>ord de la coupe et sortant de l'aplomb comme dans la salière. Des ligures, analogues pour le choix discutable de la place, se retrouvent encore dans une coupe en corne de rhinocéros, montée en or émaillé, et qui est au musée royal de Munich. Mais, ce qui nous parait signer cette suite piécieuse, c’est que les détails révèlent la plus merveilleuse habileté d’outil, et qu’ils sont d’autant plus parfaits qu’ils sont plus réduits. Les petits dauphins, les sirènes qui se rengorgent, les dragons qui se tordent el se gonflent, sont des chefs-d'œuvre de délicatesse suffisant à expliquer l’engouement d’une cour galante pour un si habile orfèvre et la vogue de son atelier.

Dans une troisième visite du roi, Benvenutn lui soumit un projet compliqué de fontaine, et le modèle de la Nymphe de Fontainebleau qui fut ensuite appliquée à celle porte du château donnant sur les jardins et qui s’appelle encore aujourd'hui la porte Dorée. C’est dans cette séance mémorable que le roi, qui, du reste, avouait ne rien comprendre à l’ithos et au pathos de ses projets à l’italienne, le traita par deux fois de «son ami.» Le basrelief en bronze de la Nymphe de Fontainebleau est nu Louvre dans les salles île la Sculpture de la Renaissance. C'est un morceau d’apparat qui semble bien commun et bien froid auprès des élégances raffinées el des souplesses aristocratiques île la Diane de notre Jean Goujon. Celte grande virago, couchée auprès d’une source, n’a rien de chaste, ni de puissant. Une fillette parisienne

dont il était très-épris et qu’il traita avec une révoltante biulalilé lui servit de modèle. I») tôle de cerf en relief est d’une bien pauvre invention; quant aux chiens de chasse et aux fauves qui se groupent aux pieds de la Nymphe ou derrière son épaule, ils sont touchés avec plus de crânerie et de chic que de science. C’est de la sculpture de pacotille, et François I" eût trouvé mieux dans l’école française s’il eût daigné s’en servir.

I’ar malheur pour lui, Benvenulo avait oublié, ou, ce qui est plus vraisemblable, sottement vaniteux, avait négligé de se mettre dans les bonnes grâces de la duchesse d’htampes, ci de. lui faire part des projets qu'il soumettait au roi...

Rien que l'exil n'élail capable

D'expier ce forfait... !

Il eut beau plus lard s’incliner et se raviser, le coup était porté, et il n’v avait plus de rémission. Il s’achemina un jour vers Saint-Germain, ofi se trouvait alors la cour, armé d’un charmant petit vase qu'il destinait à la duchesse pour reconquérir ses I tonnes grâces. On lui fit faire antichambre une journée toute entière. Il dut enfin se retirer aux trois-quarts mort de faim, et comme il le dit « envoyant dévotement madame à tous les diables. » Puis il alla trouver le cardinal de lorraine auquel il fil cadeau du vase, le priant seulement de vouloir bien le maintenir dans les lionnes grâces du roi. I.e lion cardinal le reçut d’une façon admirable, et le força d’accepter une très-grosse somme. Mais c’était jouer une dangereuse partie, et la haine de madame d’Élampes s’en accrut d’autant plus. Une des plus adroites vengeances de la (avorite lut d’opposer à Benvenulo le Primatice, dont les services contentaient si fort le roi qu’il lui avait donné l’abbaye de Saint-Martin.

Musée de la Sculpture <!«• b Itenai’

ORFÈVRERIE ET BIJOUTERIE

Quand le Jupiter — dont il n’est pas resté de traces — fut terminé, Benvcnuto le lit transporter au palais de Fontainebleau, où était alors la cour. Le Primaticc, après avoir rapporté de Rome les moulages précieux dont il s’était chargé, venait précisément de les faire jeter en bronze avec un grand succès. Le Jupiter, comme on sait, était d’argent, monté sur un piédestal, lequel était lui-même placé sur un socle de bois. Il fut exposé dans la salle où se trouvaient les antiques modernes du Primatice, et qui était en outre ornée de peintures du Rosso de l’effet le plus riche. En présence de toute la cour, Ascanio poussa devant 1e roi la statue, dont le socle était ù roulettes, «en lui imprimant un mouvement qui la lit paraître vivante,» et Cellini, qui soignait ses elTets de mise en scène, avait allumé dans la foudre du dieu un bout de torche en cire blanche. Naturellement, la duchesse d’Elampes ne pouvait laisser échapper cette occasion de montrer son mauvais vouloir, et d’admirer les antiques de préférence au Jupiter tonnant. Cellini à son tour ne put comprimer son impatience naturelle; tant cl si bien, que le silence lui fut imposé, non sans qu’il ne s’en dédommageât par une agitation extrême et jusqu'à arracher violemment un bout de draperie qu’il avait jeté sur les cuisses de son dieu. Notons au passage, que cinq de ces fontes de Primatice existent encore aujourd'hui, et ornent le jardin desTuileries : ce sont le groupe du Laocoon, l’Ariane, l'Apollon, la Vénus pudique ut le Commode. Elles sont, an point de vue du métier, d’une incomparable réussite.

Tout à coup, sans que l’on comprenne bien pourquoi, si ce n’est parce que le roi était tombé malade, et sans avoir achevé une statue colossale de Mars, notre Cellini part un lieau soir pour

528 CIIEKS-DŒUVIIK ItES AliTS INltUSTIIIELS. l’Italie. Un lui dépêcha te «traître d’Ascanio, » qui le rejoignit à minuit, qui lui représenta de son mieux que ces « scélérats de trésoriers criaient tellement au voleur, » qu'il y avait urgence à rendre les trois grands vases d’argent qu’il emportait par mégarde. Il fallut bien les retirer de ses bagages !

Ccllini arriva à Florence au mois d’août lû-iù. Il alla sur-lechamp trouver le duc de Corne à sa villa de Poggio. Dans cette

première entrevue lut arrêté le projet du Penh, destiné à la grande place déjà célèbre par la statue de Donatello et par le David de Michel-Ange. Le modèle en cire tpii fut agréé est conservé au musée de Florence. Peut-être la statuette qui accompagne ces lignes est-elle aussi un des premiers projets de Ccllini pour le Pence.

Il était à Florence depuis un an à peine, quand l’infamie de sa conduite amena un éclat nouveau qui le lit fuir à Venise. Il appelle cela « la prodigieuse variété de moyens que sa cruelle fortune employait pour le persécuter. » Le voilà donc pour un instant à Venise. où il visite Titien, l.orenzo de Médicis qu’il avait beaucoup connu à Paris, Sansovino qu'il avait connu à Home cl à Florence. Peut-être y avait-il aussi de l’espion dans tout cela, si l’on s’en

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Collection de H. Cli. familier.

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rapporte aux regards furieux que le prieur Slrozzi cl Lurcnzino lui lancèrent. On le croirait bien plus encore, quand on le voit retourner en secret à Florence au bout de quelques jours.

Il se réintégra vite dans les bonnes grâces du palais que lui avaient aliénées sa fugue. Trois choses l’occupaient à ce moment : le Versée auquel il travaillait avec ardeur; l’exécution de menus objets de toilette et de joaillerie, auxquels la duchesse, en femme qu’elle était, donnait le pas sur tout , cl sa lutte ardente soutenue par lui contre Baccio Bandinelli, qui l’appelait « le nouveau sculpteur. » Il lit pour la duchesse quelques petits vases d’argent ornés de beaux cl précieux masques à l’antique cl un bijou qu’elle envoya à Philippe 11, un anneau pour le petit doigt. C’est le moment de sa plus sauvage violence : sa jalousie contre Baceio Bandinelli, qui l’a touché à l’endroit sensible, le rend fou furieux. Certaines des pages de scs Mémoires suent la bile et le sang.

Il ébauche en marbre un Apollon cl Hyacinthe, et aussi un Narcisse. Cette dernière statue, dans un débordement de l’Arno qui inonda son atelier, fut renversée et rompue au milieu de la poitrine; mais il la rajusta cl dissimula le raccord sous une guirlande de fleurs.

L’année 1548 doit être notée dans la vie de Bcnveuuto Cellini. Je l’appellerais volontiers l’année de sa purification. C’est elle qui vit l’achèvement cl la fonte du l’crséc. Le l’ersée n’est pas seulement le chef-d’œuvre de Cellini, c’est une œuvre dans laquelle il jeta, sans y regarder, tout son talent, tous scs soins, toute son énergie, tout son orgueil, toutes ses ressources même. Il en sortit transfiguré. Plus de désordres, plus de violences, plus de vols : il semble que pendant que le creuset s’allumait, le cœur de Cellini

CIIKKS-ll'ŒlIVlît UKS AIITS 1NDU.STI1IKI.S.

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bouillonnait à l'unisson du fourneau et qu'il rejeta toutes ses scories.

Il fondit d’abord la Méduse que le jeune héros foule de son pied vainqueur, et dont le bras, débordant le piédestal, est, à mon sens, une faute d’harmonie. Puis il travailla à terminer le modèle en cire de la statue, recevant des visite du duc Cosme et relevant avec hauteur les observations bourgeoises que se permet Son Excellence. Dans l’intervalle, il avait fait du duc un buste colossal, qui est encore à Florence et qu’un de nos amis, au jugement duquel nous avons toute couliance, nous dit être savamment modelé et d’un beau dessin.

Cependant, le jour de lu fonte est arrivé : Cellini a vaincu mille mauvaises volontés, mille ladreries de la cour, et englouti dans les préparatifs tout l’argent que lui procurent les bijoux qu’il monte |>our la duchesse. Nous allons donc laisser parler le sculpteur lui-même en rappelant simplement au lecteur combien ces pages ont de rapports étroits avec les tragiques mésaventures des premières tournées de notre Bernard Paiissy.

« Animé d’une nouvelle ardeur, je rassemblai toute mes forces, et, avec le peu d’argent qui restait dans ma bourse, j’achetai quelques piles de bois de pin de la forêt de Serristori, près de Montelupo. En les attendant, je couvris mon l’ersée avec des terres que j’avais préparées plusieurs mois à l'avance, afin qu’elles fussent convenablement à point. Dès que j’eus achevé ma chape de terre (chape est le terme technique), que je l’eus soigneusement garnie d’une lionne armature de fer, je commençai, a l’aide d'un petit feu, à la dépouiller de la cire, qui sortait par une foule d’évents j car, plus il y en a, mieux s'emplit le moule. Après

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avoir extra il la cire, je construisis autour de mon Pcrséc, c’est-àdire autour du moule, un fourneau à cor pu les en briques dis]K>sées les unes sur les autres de manière à laisser entre elles une foule d'espaces vides, propres à faciliter la circulation du feu ; puis, durant deux jours et deux nuits, je le chauffai continuellement jusqu’à ce que toute la cire fût sortie et le moule parfaitement cuit.

« Alors, je commençai à creuser une fosse pour y enterrer mon moule, suivant les règles de l’art. Quand ma fusse fut prête, je pris mon moule, et, à l’aide de cabestans et de solides cordages, je le redressai avec soin et le suspendis à une brasse au-dessus du plan de mon fourneau, en le dirigeant de façon qu’il gravitât précisément vers le centre de la fosse. Je le lis alors descendre tout doucement au fond du fourneau, où on le déposa avec toutes les précautions imaginables. J’avais lait emplir ce fourneau d'un nombre considérable de lingots de cuivre et de bronze amoncelés les uns sur les autres, eu ayant soin de ménager entre eux un passage aux flammes, afin que le métal s'échauffât et se liquéfiât plus promptement.

« Alors, j’ordonnai résolument à mes ouvriers d’allumer le fourneau et d’y jeter des bûches de pin. Grâce à la résine qui découlait de ce bois et à l’admirable construction de mon fourneau, le feu fonctionna si vigoureusement, que je fus forcé de porter secours tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, ce qui me fatiguait à un point intolérable. Cependant, je redoublai d’efforts. Pour combler la mesure, le feu prit à l’atelier et nous donna lieu de craindre que le toit ne s’abîmât sur nous. Eu outre, il me venait du côté du jardin un si grand vent et une pluie si furieuse, que mou

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fourneau se refroidissait. Après avoir lutté pendant quelques heures contre ces déplorables accidents, je me harassai tellement, que, maigre la vigueur de ma constitution, je ne pus y résister. Une lièvre éphémère, la plus violente que j’aie jamais ressentie, s’empara de moi. Je fus donc forcé de me jeter sur mou lit.

« Dès que je fus nu lit, j’ordonnai à mes servantes de porter à luire et à manger à tous ceux qui étaient dans mon atelier, et je leur disais : « Hélas! demain, je ne serai plus en vie! » La lièvre alla toujours en augmentant de violence durant deux heures consécutives, |>cndant lesquelles je ne cessai de réjüler que je me sentais mourir. Ma servante, qui gouvernait toute la maison et qui se nommait Marie Fiorc de Castel dcl Rio, la femme la plus vaillante et la plus dévouée qui ait jamais existé, me prodiguait les soins les plus empressés et me criait que j’étais fou de me décourager ainsi. Cependant, mes souffrances et mon accablement brisaient son brave ctrur, et elle ne pouvait empêcher que ses yeux ne laissassent tomber des larmes qu’elle essayait de me cacher.

« Tandis que j'étais en proie à ces affreuses tribulations, je vis entrer dans ma chambre un homme lortu comme un S majuscule, qui se mit à me dire, d'une voix aussi piteuse et aussi lamentable que celle des gens qui annoncent aux condamnés leur dernière heure : « Hélas! Bcnvcnuto, votre travail est perdu, et « il n’y a plus de remède au monde ! » Aux paroles de ce malheureux, je poussai un cri si terrible, qu’on l’aurait entendu du septième ciel. Je me jetai à bas du lit, je pris mes habits et commençai à me vêtir, en distribuant une grêle de coups de pieds et de coups de poings à mes servantes, à mes garçons et à tous ceux qui s’empressaient pour m’aider. «Ah ! traîtres, ah! envieux, leur

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« criais-je en me lamentant, c’est une trahison préméditée ! Mais a je jure Ilieu que je saurai à quoi m’en tenir, et qu’avant de « mourir, je prouverai qui je suis, eide telle façon, que plus d'un « en sera épouvanté ! »

« Lorsque j’eus lini de m’habiller, je me rendis, l’esprit Iwulevcrsé, dans mon atelier, où je trouvai stupéfaits et comme abrutis tous ces gens que j’avais laissés si joyeux et si pleins de courage. « Or çà, leur criai-je, écou lez-moi ! et puisque vous n’avez pas su « ou voulu suivre les instructions que je vous avais données, « obéissez-moi, maintenant que me voilà pour présider à mon « œuvre. Que personne ne raisonne, car, dans de telles circon- « stances, il faut des bras, et non des conseils !.. »

« Je courus sur-le-champ à mon fourneau, et je vis que le métal s’était tout coagule, et, pour me servir d’un terme de fonderie, avait formé un gàleau. J’envoyai deux manoeuvres chercher, en face, dans la maison du I toucher Capretla, une pile de liois de jeune chêne qui était scié depuis plus d’un an, et que madame Ginevra, femme dudit Capretla, m’avait offerte. Aussitôt que les premières brassées m’eurent élé apportées, j’en remplis la lournaise. Comme le chêne produit un feu plus violent que tou le autre espèce de ltois (on emploie le peuplier et le pin pour couler l’artillerie, qui réclame une chaleur plus douce), il arriva que mon gâteau commença à se liquéfier et à étinceler dès qu’il eut senti ce feu infernal. En même temps, je fis ouvrir les carreaux et j'envoyai sur le toit quelques-uns de mes gens pour éteindre le feu, que les flammes du fourneau avaient allumé de plus belle. Du côté du jardin, j’avais fait placer des planches et tendre des loiles qui nous garantissaient de la pluie. J’eus bientôt remédié à tous

r>3* RIIEFS-R'tEUVRE DES AltTS INDUSTRIELS.

ccs accidents. De ma plus grosso voix, je criais à mes hommes:

« Apportez-moi ceci ! ôlez-moi cela ! » El toute celte brigade, voyant que le gâteau commençait à se liquéfier, m'obéissait de si bon cœur, que chaque ouvrier faisait la besogne de trois.

« Alors, je fis prendre un demi-pain d’étain qui pesait environ soixante livres, et je le jetai dans le fourneau, sur le gâteau, qui, grâce au chêne qui le chauffait en dessous et aux leviers à l’aide desquels nous l'attaquions en dessus, ne tarda pas â devenir liquide. Quand je vis que, contre l’attente de tous ces ignorants, j'avais ressuscité un mort, je repris tant de forces qu’il me semblait n’avoir plus ni lièvre, ni crainte de la mort.

« Tout à coup, une détonation frappe nos oreilles, et une llammc, semblable à un éclair, brille à nos yeux ! Une indicible terreur s’empare de chacun, et de moi plus que des autres. Dès que ce fracas fut passé et cette clarté éteinte, nous nous regardâmes les uns les autres. Bientôt nous nous aperçûmes que le couvercle de la fournaise avait éclaté et que le bronze débordait. 4’ordonnai d’ouvrir de suite la bouche de mon moule, et en même temps de frapper sur les deux tampons.

« Ayant remarqué que le métal ne coulait pas avec la rapidité qui lui est habituelle, je pensai qu’il fallait peut-être attribuer sa lenteur à ce que la violence du feu auquel je l’avais soumis avait consumé l’alliage.

« Je fis alors prendre tous mes plats, mes écuelles et mes assiettes d’étain, qui étaient au nombre d’environ deux cents. J’en mis une partie dans mes canaux et je jetai l’autre dans le fourneau. Mes ouvriers, voyant que le bronze était devenu parfaitement liquide et que le moule s’emplissait, m’aidaient et m’obéis-

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saient avec autant de joie que de courage. Tout en leur recommandant tantdt une chose, tantôt une autre, je disais : « Béni « sois-tu, ô mon Dieu, qui, par la toute-puissance, ressuscitas « d’entre les morts et montas glorieusement au ciel! » A l’instant, mon moule s’emplit. Je tombai à genoux et je remerciai le Seigneur de toute mon âme Puis, ayant aperçu un plat de sa-

lade qui était là sur un mauvais petit banc, j’en mangeai de grand appétit et je bus avec tous mes hommes. Ensuite, comme il était deux heures avant le jour, j’allai, joyeux et bien mieux portant, me fourrer dans mon lit, où je reposai aussi tranquillement que si je n’eusse jamais le moins du monde été indisposé. Pendant ce temps, ma bonne servante, sans que je lui eusse rien dit, m’avait préparé un petit chapon bien gras ; de sorte que, quand je me levai, vers l’heure du dîner, elle accourut gaiement près de moi en disant : « Est -ce donc là cet homme qui se sentait mourir? » Tous mes braves gens, qui s’étaient remis de leur frayeur et de leurs fatigues, coururent alors acheter, en remplacement de ma vaisselle d'étain, des plats et des assiettes de terre dans lesquels nous dînâmes joyeusement. Je ne me souviens pas d’avoir, de ma vie, mangé avec plus d’appétit et de gaieté. »

Quand Benvenuto découvrit sa statue, la fonte en était parfaite, sauf les doigts et la moitié du pied droit. Lorsqu'elle fut placée sur le piédestal, qui est d’un maniérisme exquis, et découverte, elle lui valut mille éloges, et, selon les usages du temps, au moins autant de sonnets. Ce Persée n’est pas une œuvre de force; il tomberait en avant, si un miracle le changeait brusquement en corps de chair et d’os; ses jambes sont communes et ses mains mal dessinées; les membres de la Méduse sont pliés en quatre comme ceux

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d’un poulet qu’on « pare » avant de l'embrocher. Mais l'ensemble est svelte, la silhouette imprévue, le mouvement lier et modeste : c’est le geste d’un jeune garçon, nerveux et courageux, qui vient d'accomplir un exploit extraordinaire ; son front plisse, ses narines frémissantes, sa main qui serre la poignée du glaive en le maintenant menaçant, tout cela est bien trouvé, bien exprimé. Quant aux détails, nu casque surtout, cl aux statuettes qui forment les angles du piédestal, c’est là que l'orfévrc habile se révèle tout entier.

Benvcnnlo avait fait de fortes études. M. Paul de Saint-Victor, avec son sens exquis de la Renaissance italienne, n'a eu garde de l'oublier, et, après avoir cité un lieau passage du Discourt de Cellini sur les principes de Fart du dessin, il ajoute: «Cet enthousiasme pour la l»caulé du corps humain est partagé par toute son époque. On sait avec quelle ferveur Michel-Ange anatomisnit les cadavres, plantant une chandelle dans leur nombril, pour les étudier jusque dans la nuit. Le squelette n’est plus, comme au moyen âge, la hideuse guenille d’une chair méprisable, mais l’admirable armature de la vigueur et de la beauté. L’homme se penche sur la tète de mort avec ravissement : il n’y cherche plus le dégoût, mais le secret de la vie ; il mesure sur les trous du crâne l’orbite des yeux d’Apollon ; de son rielus grimaçant il tire le gracieux sourire de Vénus. Les dieux, les nymphes, les liéros, les anges, les déesses qui peuplent de leurs beaux corps les palais et les temples, sortent du charnier fécondé, comme des fleurs de la pourriture. Le seizième siècle inaugure le triomphe plastique de la Mort. »

I» reste de l'œuvre ou de la vie de llenvcnuto Cclliui n’a plus

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rien qui doive nous arrêter. 11 pourrait murmurer, comme le poète latin : <« Exegi momunenlum... » Il fit encore des bustes, des bijoux, un Neptune. Mais son l’ersée est sa statue capitale, et ce qui, en dehors de son œuvre d 'orfèvre, irréparablement détruit, lui assure la longue vie de l’histoire. Le 10 mai 1565, il fut choisi, avec le Rronzino, Georges Vasari et l’Ammanati, pour représenter les artistes de Florence aux funérailles de Michel-Ange. .Nous ne nous trompions donc pas en disant que sa statue l’avait réhabilité. Puis le lion se lit mouton, un mouton rageur, cependant ; il perdit une à une ses griffes, ses dents, qu'il montrait encore, de temps à autre, à Baccio Bandinelli ; il changea son antre en une bergerie : les dernières pages de ses Mémoires sont pleines du récit de ses démêlés avec ses voisins de campagne. Benvenuto Cellini mourut le 15 février 1571 .

On ne peut douter, au milieu de ses vantardises, qu’il n’ait joué un rôle important parmi les artistes de son temps que les rois ne Paient disputé aux papes et les grands seigneurs aux cardinaux. Le goût des bijoux était la folie de ces époques, et l’homme en était atteint au moins autant que la femme, en Italie plus que nulle part. Le goût du précieux, du raffiné éclate aussi bien dans la poésie que dans Part qui l'abâtardit et se manière. C’est de l’Italie et de leurs coûteuses conquêtes que Louis XII, que François 1er rapportèrent en France celte passion pour les œuvres italiennes, passion légitime seulement lorsqu’elle s’adresse à des personnalités supérieures.

Toute l’Europe imita cet amoncellement de figurines que Cellini avait collées contre la panse ou fait grimper le long du pied des aiguières. L’orfèvrerie ne se donna plus pour thème qu’un

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