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CIIEFS-D’ŒDVRE RES ARTS INDUSTRIELS.
lras-relief en ronde bosse. La pesante Allemagne elle-même en fut affolée, et l’on jugera par l'aiguière qui appartient nu musée du Louvre et que nous avons détachée de son plateau, du parti qu’elle lira des fi gu res casquées, engagées dans une urne comme un poulet qui brise sa coquille, et des triomphes qui se déroulent en frise au milieu des trophées d'armes et d’instruments de musique. Je ne sais rien, pour ma part, de plus faux que le point de départ de celte ornementation; et ces satyres assis, tant bien que mal, comme des singes grimpés sur des meubles, et ces anses qui font tout ce qu’elles peuvent pour dissimuler leur extrait de naissance, qui se masquent en cordes, en rubans, qui s’attachent où elles peuvent et invitent formellement, par leur gracilité, à ne les point loucher. Ici encore l’Orient nous donne de grandes leçons de goût. Mais l’Orient a sagement repoussé de l'ornementation l’emploi de la figure humaine. Les races sémitiques, qui se sont aimées jusqu’à faire les dieux à leur image, ont, sans
artrikur siêct.r.
y réfléchir, diminué la dignité humaine en l’associant à ee qui ne doit être que secondaire, l’animal réel ou fantastique, la plante ou la fleur.
Benvenuto avait rencontré à Paris des fondeurs dont lui-même constate l'habileté, bien qu'il avance aussi que « ces vieux maîtres bénissaient l’heure' et le jour où ils l’avaient connu. » La sculpture française n’avait rien à gagner à l’arrivée du matamore, et Michel Colombe, Ligier Itichier, Pierre Doutemps, Germain Pilon, Jean Cousin, Jean Goujon avaient fait ou firent mieux que la Nymphe de Fontainebleau.
AICIIÊUE E S or. Ê N A 1 1 LÉ, TRAVAIL ALLE NARD IM1 StIlliU lltCU. MuhV du I.ouvrr.
UHKÊVIIKIIIE ET IIIJOUTEItIK.
l’arini les orfèvres parisiens, il y avait aussi, à ce nionieiil,des maîtres capaLiies de maintenir la tradition française, qui est la clarté unie à la grâce.
Telle s'oflre cette bague, qui a pour devise « ryeu sa ns amour! » In de ces orfèvres, postérieur à lienvenulo, — il était né en 1518,
— lut maître Estiennellelaulnc. Il existe de
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lui une médaille de Henri 11 au Cabinet des >»nin »i£clc m»sç*i,
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antiques; tout le reste de son œuvre a jkti ; maison retrouve l’abondance toute française de son imagination, de son goût, de son esprit, dans les précieuses estampes qu’il a gravées lui-même, et dans ses dessins à la plume sur vélin. Il parait avoir quitté la France pour cause de religion, et lorsqu’il grava celle précieuse vue intérieure de sou atelier et de sa boutique, car c’est évidemment un de scs clients qui se penche et cause par la fenêtre ouverte, tandis que scs ouvriers ébauchent ou achèvent au repoussé un plat et un vase et émaillent quelque bijou, llelaulne habitait à ce moment Augslrourg et touchait au terme de ses ans. Il prit à son tour, par l’abondance et le choix des matériaux de travail que ses gravures au burin offraient aux orfèvres, aux émailleurs, aux bijoutiers, aux potiers d'étain, aux ciseleurs sur fer, aux tailleurs de |>anneaux ou de figurines en trois, une très-notable et très-|iersistanle influence, et il est regrettable que le nom de maître Estienuc llelaulne ne soit pas plus familier à la foule. Il mérite à tous les égards une réhabilitation.
Les bijoux du règne de Louis XIII rompent franchement avec la tradition des ligures allégoriques de la Renaissance : alors aux
5-M CIIEFS-b’ŒUVHE DES ARTS INDUSTRIELS, vertus émaillées, aux coin hais de cavaliers circonscrits dans un ovale grand comme la coquille d’une noix, aux divinités de l'Olympe debout dans des niches succède le goût des pierreries. Pour notre part, nous y applaudissons. Il faut laisser la statue cl le has-relicl' au statuaire : ce n’est pas au point de vue du personnage qu’il
AICLIIM DE M AIT lit ftriKM'E DilACLl»*, UHriVIlC FRANÇAIS-, t !» 1570.
faut juger d'un bijou, et, à quelque distance, toute l’admirable précision du travail des bijoux italiens disparaît pour donner une tache indécise, liien ne nous ravit comme les feux que projette un diamant bien taillé, bien monté. C’est assurément ce qui rejiortc le mieux à ce qu’il y a de plus mystérieux, de plus vivant et de plus attrayant au monde, le scintillement d’une étoile. La pendeloque que nous reproduisons a été composée par Cilles Légaré.
OIIKÉVIIKIUK Kl' IIIJOlTKIll K.
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M. Paul Ma iiU, dans sa série d'articles publiés sur l'orfévrcrie française dans la Gazette de * beaux-arts et qui n’ont d’au 1res torts que de n’avoir pas élé réunis en volume, a dit de celle pendeloque :
<i C'est le bijou raisonnable, solide, sagement français, que portèrent les Monlespan et les boulange. n
Avec plus de mouvement dans la silhouette, de caprice dans la monture, le bijou du dix-huitième siècle a moins de sérénité et d'élégance.De plus il lit de l'émail eide l'or un usage qui compromit souvenl l’cclal de la pierre. Il seser-
Ih»->o|iIr-iuc fraiii/iiis.
vit aussi de l'acier poli et des imitations île pierre, non sans succès, et là on prissent la part que la bourgeoisie va revendiquer dans les affaires de la France.
l.'tmpire a laissé le nom de bijoutiers célèbres, Thomire, Odiol et d’autres encore. Mais une lourde interprétation de l’antique prévalut. Qui n’a regardé les couronnes hautes, les peignes dressés sur la tète de Joséphine, de la reine Hortcnsc, des dames de la cour impériale dans les tableaux de David, les portraits de Prudhon, de Gérard '! Tout sied à une jolie femme, même l’absurde. Mais quand on lient dans sa main un de ces bijoux, on n’est guère tenté de se rappeler que Prudhon lui-même des-
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sina dos modèles d’orfèvrerie pour les bijoutiers de son temps.
De nos jouis, noire bijouterie fait encore des merveilles. Les Anglais, qui nous enlèvent à prix d’or nos meilleurs ouvriers, les Anglais seuls luttent avec nos bijoutiers parisiens : ils ont même la supériorité |>our la fraîcheur du [>oli et l’éclat de la couleur du métal ; mais les nôtres ont la sobriété dans la monture, la légèreté, et la force, et ils obtiennent moitié plus d’effet avec moitié moins de pierres. On exécute, de nos jours, mieux qu’un n’a jamais exécuté. L’acquisition par le Louvre des bijoux de la collection Campana semble même avoir eu sur l’invention la plus heureuse influence. Nos artistes ont vu plus large, et ils ont mieux saisi les rapports entre la pensée cl l’exéculion. Ainsi, par exemple, s’ils imitent des objets naturels ou artificiels, des animaux ou des fleurs, ils simplilicnl les détails et s’attachent à mettre en relief ce qui est caractéristique et distinguent nettement les races ou les espèces.
La bijouterie, qui tient du plus près à la femme, est inlinimenl plus diflicile à caractériser que l’orfèvrerie qui tient à la famille : elle suit la femme dans tous ses caprices de coiffure, de vêtement et d’habitudes extérieures, la; style de la bijouterie peut varier jusqu’à deux fois en une saison. Allez donc chercher à déterminer exactement l'année où tel collier, tel bracelet, telle Itouclede ceinture, tel épi de coiffure, tel bouton île corsage, sont sortis de l’atelier! L’orfèvrerie est moins mobile. Ainsi on («ail assurer, sans risquer de s’y tromper, que ce vase en argent, de Claude ISallin, appartient au siècle de Louis XIV, parce que l'on y trouve des analogies frappantes avec les vases fondus sur les modèles des
OHKKVIIKIIIK K T ISIJUMCItlK.
Lepaulre pour le parc do Versailles. Celle pendule aussi , ijui esl du commencement du dix-huitième siècle, ne se peut distraire d’un ameublement dans le slvle du grand règne: ces pleins-cintres, ces
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I’.«r Claude Itillin, orfèvre I/>ui- \|V.
dômes à sommet rompu, ces volutes en manche de violon se retrouvent dans le salon des Claces à Versailles, au Louvre dans les encadrements du plafond de la galerie d’Apollon. De même, la |>endulc de Marie-Antoinette, que possède M. L. Double, n’a pu son-
UIKI-S-U'UiüVllt I » K S AIITS IMtUSTHIELS.
ner que dans un boudoir du dix-huitième siècle. Celte urne, dont la partie médiane glisse sur elle-même el vient marquer l’heure sous le dard du serpent, emblème de l’éternité; celte profusion
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Cimtiw'iioMiirnt «lu ■liv-lniiii.’inc m«VI«\ — 'folli'rfioii «l«* M. K. T.iintiiriiT.
de pierreries semées sur le carquois et la torche suspendus en bandoulière par un nœud d'amour; ce monument galant el commode, bien conçu el merveilleusement Ibndu, réparé, ciselé, doré, émaillé, c’est un chef-d'œuvre qui ne peut être distrait de celte époque où l’esprit français fut le mieux en |>ossession de toutes
f'.MKFS-DYEUVRE DES ARTS INDUSTRIELS.
qui forcèrent Louis XIV vaincu, ruiné, mais toujours fier et noble, d’envoyer à la Monnaie toute son orfèvrerie, toute sa bijouterie, tous les meubles en arpent massif de Versailles. Nous connaissons quelques-unes de ces somptuosités par les estampes de Lepa litre et deBérain : il y avait jusqu’à des caisses à orangers et des canapés en métal plein ! Il fallait sauver la France; mais ce fut un sacrifice aussi complet que lorsque le capitaine fait jeter la cargaison entière à la mer! Toute la cour imita le roi : Saint-Simon, le relate en gentilhomme, madame de Sévigné en pleure toutes les larmes de son coffre-fort. Ce qui fut réduit en lingots est incalculable. C’est à ce moment que, selon toute vraisemblance, disparut tout l’œuvre de Ccllini, puisque Louis XIV poussa l’indifférence jusqu’à faire jeter au creuset une petite statuette équestre du roi Louis XIII, son père, laquelle valait sans doute à peine quelques centaines d’écus. Mais n’esl-il pas singulier, pour en revenir à ce Cellini dont on n’avait pas oublié le nom, que tous ses travaux, dont la valeur intrinsèque était minime, aient disparu, alors par exemple qu’il nous reste des flambeaux du règne de Louis XV en argent massif. On peut dire qu’il ne subsista que le trésor des églises. Et encore, par une singulière fatalité, ce trésor devait à son tour s’engloutir dans le naufrage définitif de l’ancienne monarchie.
Louis XVI lui-même, "21 septembre 1 7SÎ1, donna à son tour à son garde-vaisselle l’ordre d’envoyer à la Monnaie « toute la vaisselle plate des petits cabinets, tous les plats, les assiettes et les couvercles.» Quant à l’anéantissement du trésor de Saint-Denis, c’est pour l'histoire de notre orfèvrerie nationale le pendant de ce que fut pour le monde antique l’incendie de la bibliothèque d’ \lexan-
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lecteurs reconnnallra pour du style Louis XV celle nef dont nous avons plus haut expliqué l’usage. Meissounier la fil, vers 174a, exéculer pour le roi. Nous n’en connaissons, du reste, que le dessin. Elle est sueur, pour le style tourmenté, les coquillages» art'tes saillantes, les longs jets de feuilles d’acanthe de celle lampe d'é-
SEP UK I.OVIS \Y,
Etécalét par Meis'iOimirr m I7i“>.
glise dessinée par Thomas Germain, vers I 7."iù. A vrai dire, ces végétations en métal ne nous agréent qu’à demi. Si nous aimons licaurnup l’esprit des arts industriels du dix-huitième siècle, ce n’est point dans son orfèvrerie d’apparat.
Sous Louis XVI. on lit une application délicieuse des ors de di-
OBFKVFIETtIF. F. T IlIJOUTF.ItlR.
vers tons. O cachet, fait d'après Moreau, est aussi séduisant par la variété des tons que par l'agrément du burin. Il semble que l'orfévrc ait appelé le peintre à son aide.
M. L. Double possède une boite à priser qui, dans ce genre, est un chef-dVeuvre ;
M. Édouard Lièvre l’a reproduite dans son intelligente publication des CoHetliant célèbres : l’or jaune, l’or vert, l’or rouge, s’v marient et s’y juxtaposent avec une entente de l’effet qui décuplent l'éclat du métal.
De nos jours, la galvanoplastie est venue faire une rude concurrence à l'orfèvrerie en métal plein. Comment, alors que la fortune ne repose presque plus que sur l’intérêt de l’argent, immobiliser plusieurs centaines de mille francs? Vous avez le même résultat pour les yeux avec quelques dizaines de mille francs? Le bon-sens est ici d’accord avec la vanité.
Nous ne reverrons donc plus guère de grandes commandes comme celles du surtout de table, du duc d’Orléans , ciselé en , ,, <„ ttarlie par lîarye, ou celle du surtout de
IW*np di- Uui, XVI.
table du duc de Luyncs. La Ville de Paris
donnant le signal des économies officielles, n’a-t-elle pas demandé
à la galvanoplastie son grand service pour les jours de gala. Nous
aiEFS*l»’ŒUVRE DES ARTS INDUSTRIELS.
sommes loin de lions en plaindre, du reste. L’effet cstabsolument le même, et il faut espérer qu’elle n’aura jamais à l’envoyer à la Monnaie.
Il est sorti plus d’un morceau de choix de l’atelier des orfèvres dans ces dernières années, inventés et modelés par Feuchères, par exemple, ou par M. Klagman, ou par M. Vcchtc. On sait la fameuse histoire des boucliers de Feuchères qui furent vendus au roi de Prusse pour des œuvres dcCellini, et qui, exposés dans son Musée jusqu’à ce que la fraude ait été découverte, donnèrent naissance à plus d’un dithyrambe en l’honneur du seizième siècle! Nous pourrions citer parmi les œuvres contemporaines îles vases et des coupes pour des concours et |>our des courses. Mais, malheureusement , ces chefs-d’œuvre sont, la plupart du temps, signés, non pas par l’artiste qui les a créés, mais par le fabricant qui lésa fait exécuter. Et nous ne voulons jias consacrer, une fois de plus, des injustices à propos desquelles l’avenir n’aurait pas le temps d’ouvrir des enquêtes. Que l’on dise donc : Tel bijou, telle figurine, telle bague, telle coupe vient de chez un tel ; c'csl fort bien. Mais qu’on ne dise plus : Il est d’un tel, parce que c’est absolument comme si l’on répétait que tel livre est de l’éditeur ou du libraire chez lequel on l’achète.
On ne saurait trop réagir contre cette violente injustice faite pour dérouter la critique, amoindrir la force productrice des artistes et supprimer l’orgueil et la dignité du nom. Aussi, dans scs expositions d’un intérêt toujours croissant , V Union centrale a-t-elle tenu sévèrement à ce que chacun fût responsable de son œuvre. Le public, averti, s’esl montré, comme toujours, intelligent et sensé, les applaudissements les plus vils ont été pour la vitrine
roi a uifcfcE l a augknt n»roL*.sit, i**n mu. r A-MJifciiK riiÊnr.'. l|lurli«nl h IXni|« rroi.
ORFÈVRERIE ET BIJOUTERIE
de deux jeunes artistes qui, avant de pouvoir travailler pour leur compte, avaient jeté des chefs-d’œuvre anonymes dans leshouliques les plus en renom : ee sont MM. Fannière frères. Nous leur avons emprunté ce pot à bière en argent repoussé qui fut acheté, à une première visite, par l'Empereur. Les houblons qui l’ornent et le caressent en expliquent l’usage ; la forme, sans avoir rien d’extraordinaire, est simple, pratique; l’ensemble est bien proportionné. L’exécution au repoussé est excellente. M.M. Fannière frères, dans d’autres objets d’orfévrerje et de bi jouterie, avaient prouvé que la réussite de ce joli objet n’était point exceptionnelle pour eux. En 18ti7, ils soutiendront dignement, avec le déploiement modeste d’une maison qui lutte contre la mauvaise volonté de ses aînées, le drapeau de l’art de l’orfèvrerie française et du principe de l’initiative personnelle.
Mais c’est là une tentative presque isolée. I a: vrai artiste au repoussé, le vrai ciseleur dans l’esprit du temps, c’est aujourd’hui cet agent électrique qui réunit les molécules de cuivre, d’argent et d’or éparses dans une solution galvanique, et qui les pose avec une imperturbable patience et une effrayante adresse la où le lui indique le courant lancé par la pile. C’eût la galvanoplastie. Le |K)éle l’a dit à propos du livre qui s’est substitué au manuscrit, et il faut le répéter pour presque tous nos arts industriels : « Ceci tuent Cela. » L’invention peut n’v rien perdre et saura trouver des formules nouvelles, mais que deviendra le maniement de l’outil et qu’est-ce que l’artiste sans l’ouvrier, l’ànie sans la main 7
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I. art du b Tapisserie est né vraisemblablement dan» les Indes. — l e voile consacré â Minerve par In mère d'Hector. — Lutte de l'allas et d’Aracbné. — Les tapis de Sntyrnc et de Carauian lisses par des jeunes filles.
Ln Tapisserie pénètre en Europe et d'abord en France. — Les métiers de haute-lisse nu lien viènie siècle. — La Condamnation de .Souper et de Banquet nu Musée ducal de Nancy. — L 'Histoire de David et Bethsabé ail Musée de Cluny. — L Adoration de ta Vierge , d'après van Eyck, â Home.
L’Ecole italienne trouble l’ordre. — Les Cartons de Rnphaèl, à llamplon-Court. — I. Histoire de Scipion et de* Fruits de h Guerre , par Jules Romain, dans les dessins du Louvre. C'est un peintre anglais qui en n gratifié la France. — Correspondance* échangées , à propos de tentures entre le nonce G. Bentivoglio et le cardinal Boighèsc. — Le» Verdures «le M. Guillaume dans I Amour médecin.
Histoire sommaire de la Manufacture des Gobclins. — François 1" et ses maisons royales.— Henri II, Henri IV et Louis XIV. — Le Bran et Desportes. — Boucher et scs élève». — la» tapisseries signées par les entrepreneurs. — Les Gobetios de nos jours; M. Cbab.il hiissiirgey. — Le tapis persan de M. de Saint-Seine. — Détails sur la fabrication du» tapisseries «le haule-H»»u et de» lapis de ba<£edis*e, dite de la Savonnerie. — Avenir de la Manufacture des GuIm-Iîiis. — Emploi, par 1 industrie privée, du métier â la Jacquart. — Conclusion.
Us Tapisseries à la main et les broderies vénitienne* du soûièutu siècle. — Ilos.il La Caméra. — Fin.
TAPIS ET TAPISSERIE
C’est dans l’Inde, berceau de l'humanité et jardin des arts décoratifs, qu’a pris naissance l'art de la Tapisserie. C'est sous les lentes, c’est dans les palais de celte immense agglomération d'antiques royaumes que nous appelons l’Orient, que, pendant les longs repos d’une vie presque végétative, l’aiguille de la femme a tracé pour les premières fois sur la toile des fleurs, des oiseaux ou des rêves. C’est autant pour obéir à un besoin que pour satisfaire à un luxe que la navette de l'ouvrier s’est apprise à lisser des lapis, doux pour les pieds nus du maître comme la fourrure des bêtes fauves. Aujourd’hui encore les tapis sont, avec les armes, le dernier signe des splendeurs fabuleuses des radjahs. Un voyageur russe raconte que lorsque ces radjahs traversent la ville, dans les cérémonies, on étend sous le pied de leurs chevaux des slialls de cachemire d’une Iteauté et d’une antiquité singulières. Un tapis, grossier comme
SGG
nnf! natte (le jonc, est l'unique meuble rie ces bijoutiers nomades qui travaillent l’or avec des mains et des outils de fries. C'est les jambes repliées sur un tapis que le fakir, dans une farouche immobilité, converse nuit et jour avec la nature clémente. C’est agenouillé sur un lapis dont la valeur est, selon sa fortune, ou bien bumble ou considérable, que le musulman s’oriente vers la Mecque pour réciter ses prières.
Par le prix que les riches Asiatiques y attachaient, dans des périodes pour nous anlé-hisloriques, on ne peut douter de la perfection des produits de la tapisserie à la main ou nu métier. Homère y revient à maintes reprises. Lorsque Troie semble déjà en danger, Hector dit à sa mère : « la1 voile le plus élégant, le plus grand que tu possèdes dans ton palais, celui que tu aimes le mieux, dépose-le sur les genoux de Minerve à la belle chevelure... II dit, et la reine descendit elle-même dans la chambre odoriférante où étaient des voiles travaillés avec art, ouvrage des femmes sidoniennes que Péris, semblable aux dieux, avait amenées de Sidon. » Celui qu’elle choisit était le plus beau par la variété des broderies, « il brillait comme un astre. »
Dans les vitrines du Musée égyptien, au Louvre, on peut voir, parmi les objets de la collection Clol-Bey, des fragments de tissus qui marquent, selon les spécialistes, le premier emploi du métier à basse-lisse.
Dans ses Métamorphoses , Ovide raconte, sans paraître en pénétrer le sens caché, la lutte de Pallas et d’Arachné : c’est une fable que la lirèee avait certainement empruntée à l’Asie, et qui symbolise la mauvaise humeur traditionnelle de l'artiste contre l’artisan trop habile. Araclmé était lydienne; son père était un
TAPIS ET TAPISSERIE
ouvrier de Colophon, célèbre pour ses teintures de laine en jmurprc. Quand l’allas, provoquée par Arachné, s’ast fait reconnaître, « aussitôt loules deux s'assoient et tendent les fds de la double chaîne sur un métier léger ; elles les fixent ; un roseau les sépare ; lancée par leurs doigts, la fine navette glisse et forme la trame; puis elles consolident le travail en le frap|>anl d’un peigne dont elles font glisser les dents entre les fils de la trame. » C’est exactement ainsi que travaillent aujourd’hui les tapissiers des Gohelins. Comme ceux-ci encore, les deux rivales procèdent par teintes fondues et mèlenl « à la laine préparée à Tjr des fils d’or ». Ce sont également des scènes à personnages qu’elles traduisent : l'austère Pallas, le destin déplorable des humains qui veulent lutter contre les dieux, l’imprudente Arachné, les gala literies de l’Olympe. L’une et l’autre, enfin, circonscrivent leur tableau d’une bordure : celle-ci d’une guirlande de Meurs et de feuilles de lierre enlacées, celle-là de rameaux d'olivier.
n Les tapis de Smyrne et de Caraman , a écrit un spirituel voyageur, M. Léon Lagrange, sont tissés par des mains féminines. Quand une enfant est arrivée à l’âge de tenir une navette, on lui donne des laines de toutes les couleurs ; on tend entre deux arbres les cordes qui doivent former la chaîne et on lui dit « C’est à toi de faire ta dot ». Le sentiment inné de l’association des nuances et du charme de la ligne, la tradition et l’exemple de ses compagnes, voilà ses guides. L’œuvre se poursuit lentement. Chaque semaine, chaque mois, chaque année voit grandir l’œuvre et l’ouvrière. Lorsque l’enfance est passée, le tapis est d’ordinaire terminé aussi : deux maîtres, deux acheteurs se présentent, et l’un emjiorle le lapis, l’autre la femme. »
1,’art île la Tapisserie semble Cire demeuré, dans l’anliqiiilé, le monopole des villes du centre de l’Asie et du littoral. Ses produits entraient en Europe dans les flancs des vaisseaux marchands de Tyr et ils la séduisaient , comme celte Cléopâtre qui pénétra dans le camp de César roulée dans un tapis, sur l'épaule d’un esclave. Le cataclysme de l’empire romain dut lui porter un coup fatal. Lie fortes armes, des chevaux, des milliers d’esclaves, tel était surtout le luxe des conquérants nomades, et lorsque la grande désolation qui suivit leurs invasions successives se fut apaisée, le monde occidental se releva barbare lui-même et façonné aux moeurs rudes de ses vainqueurs.
Comment et à quelle époque l'art du tapissier pcnét ra-t-i 1 en France? C’est ce que la critique historique n’a point encore établi. C’est sans aucun doute par les Sarrazins qui, après avoir franchi les Pyrénées, arrivèrent jusqu’au coeur de la France, et vraisemblablement aussi par des ouvriers de Byzance qui avaient accompagné les mosaïstes sous les prédécesseurs de Charlemagne.
Les annales de nos villes du centre, du nord-est et du nord constatent au moins, depuis le milieu du neuvième siècle, l'établissement de métiers do, haute-lisse. Une charte montre un évêque d'Auxerre, dont la mort eut lieu en 840, commandant des tapis pour son église; vers 890, on voit que les religieux d’une ahbaye de Saumur en fabriquaient eux-mêmes. Ainsi pour Poitiers, pour Reims, pour Troyes, Beauvais, Auhusson, Valenciennes, Tours, Arras. Mais dès le quinzième siècle, les lapis d’Arras l'emportent sur tous les autres. Les Italiens eux-mêmes, qui les admirent, adoptent le terme « Arrazzi » pour désigner les « Tapis
I A Cltiit Al' PAUCOS.
îipiwrii’ «l'Arras, au «-lidlcati il'Aroiu*.
TAPIS ET TAPISSERIE
à histoires ». Cependant, eetle stipérioriuS rie l’industrie française avait été lente à se manifester, car, en 1200 encore, les produits du métier des « tapissière de lapis sarrazinois» n’appartiennent qu’aux églises et aux gentilshommes et au roi. Au contraire ces « tapis nostrez, » qui étaient probablement, purement nationaux rie (aire et d’aspect, sont abandonnés au petit monde.
l'eu importe comment le métier, les secrets de la teinture de la laine furent importés et enseignés. Ce qui est frappant, c’est le sentiment de l’harmonie générale avec lequel ce moyen âge français, si calomnié au prolit de la Itcnaissance italienne, se servit de la tapisserie comme élément décoratif. Hans l’église, elle fut l'écho adouci du vitrail. Suspendue aux murs et aux colonnes, pendant les fêles solennelles, elle parait d’un éclat nouveau leurs peintures fatiguées par le temps. Elle enseignait aux humbles les épisodes de la bible et du Nouveau Testament. René d’Anjou ( 1 40 1 ) léguait « à l'églize de Monsieur Saint-Maurice. d’Angers» sa tapisserie de l'Apocalypse, en soixante-quinze tableaux, sur fond alternativement rouge et bleu, et aujourd'hui elle est encore l’ornement de cette cathédrale. — Dans le château féodal, la tapisserie fut comme une page nouvelle du livre miniaturé, traduisant pour ceux qui ne savaient pas lire, les «histoyres, odes romans en vogue, rappelant les fêles ou les chasses, racontant le récit des tournois célèbres ou des Ixitailles fameuses, et faisant aussi d'un ton grave de belles moralités. Les tapisseries de Valenciennes décrivent en trois chapitres clairs et naïfs une chasse au faucon. Au musée de Clnny, on peut voir la Bataille de .larnac et la Bataille de Saint- Denis « pourtraiclcs au naturel, » à Orléans, l'entrée de Jeanne d’Arc.
C IIEFS-D'ŒCVnE DES ARTS INDUSTRIELS.
A Nancy, dans la salle des cerfs du palais ducal, on conserve une tapisserie de haute-lisse composée de sept pièces d’œuvre, en laine et en soie, prise, selon la tradition, dans la tente de Charles le Téméraire, à la bataille de Nancy (5 janvier 1477). Outre l’intérêt d’orgueil national qui s’y rattache, elle est curieuse par son sujet : la Condamnation de Souper et de Banquet. C’est tout une histoire dont le fond allégorique a pour but d’exposer les inconvénients de la bonne chère. Des inscriptions en lettres gothiques « déclarent les noms des personnages et les beaux mystères è ce pertinents. » Ces personnages sont : Dîner, Souper, Banquet , et aussi Bonne-Compagnie, Passe-Temps, Gourmandise, Friandise, Je-Boy-à-Vous , etc.; puis un Fol avec sa marotte, et les acolytes de Itanquet : Apoplexie, Pleurésie, Colique et dame Expérience, qui, après un combat terrible, accourt suivie de Remède, Diète, Pillule, etc. C’est comme ce que nous nommons aujourd’hui en assez mauvais français « un livre illustré», et ces piquantes illustrations nous font nous asseoir à la table d’un riche gourmet de 1450 : on y voit deux paons portant chacun au cou une espèce d’écusson destine à recevoir les armes de l’amphilrvon ; une truie tatouée, un vaisseau rempli d’oiseaux, voguant dans une mer pleine de poissons, jioussé par une voile de soie et d’hermine et portant en guise de pavillon une Vénus pudique; des cires colorées éclairent la nap]>e cl font vibrer un magnifique dressoir pliant sous les orfèvreries ; des musiciens égayent l’assemblée. Rappelons, comme un Irait qui n’est peut-être point indifférent dans la moralité définitive de ces tableaux, que le duc Charles le Téméraire étant, au milieu de sa cour sensuelle, noté pour sa sobriété, celle tapisserie de C ondamnaeion, de Souper et de Ban-
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quel renfermait suis üuutc une mordante et diserèle épigiamme.
La Tapisserie, jusqu'à la lin du quinzième siècle, ré|xmdail aux principes les plus sages de la décoration : elle procédait par tons plais juxtaposés; elle imposait à ses personnages des gestes sobres, des étoffes à plis nets, des expressions bien déterminées; elle les groupait, les échelonnait et plaçait le jaiint de pcrs|>cctive très-haut de façon à ce que l'œil pût embrasser facilement l’ensemble de la scène; elle simplifiait le plus possible les dégradations de tons amenées par la perspective aérienne. Elle évitait, en un mot, de « faire tableau » et de s’isoler, soit par la multiplicité des couleurs, soit par la disposition des lignes, de la muraille qu’elle cachait sans prétendre la percer, et du mobilier qu’elle complétait sans prétendre l’écraser. Aussi, si mordues qu’elles aient été par le temps, les tapisseries de celle époque ont-elles conservé une singulière harmonie, et alors que le sujet ne se pourrait plus distinguer, il restera encore je ne sais quelle combinaison de méandres et de colorations qui sont comme le canevas même de toute décoration. Renvoyons le lecteur qui voudra s’en convaincre à celle magnifique tenture flamande du lègue de Ixjuis XII, V Histoire tic llacid et Belhmbè, que [lossède le Musée de l'hôtel üluny et qui garnissent les parois du grand salon carié, au rez-de-chaussée. Exécutée, croit-on, |H>ur la cour de France, elle a appartenu au duc d’York, aux marquis de Spinola, cl ensuite à la famille des Serra, de Gènes.
Ces principes étaient, à vrai dire, à celle époque dans une large mesure, ceux des peintres français et surtout des peintres allemands et flamands. Les coui|iositions religieuses de Lucas, de Lcydc, pouvaient, par exemple, sans danger subir la transposition
574 CHEFS-D'ŒUVRE DES ARTS INDUSTRIELS, du panneau au métier. On a retrouvé récemment à Home et lait réparer avec soin, dans une famille particulière, une tapisserie d’après van Eyck : M. Alfred Micliiels la décrit avec les plus grands détails dans son Histoire si consciencieuse de la Peint are flamande. La soie el l’argent y ont été prodigués; on y voit Marie avec son divin lîls sur les genoux, neuf anges qui l’adorent et qui lui font fêle, quatre pasteurs, le donateur, sa ville natale, etc.
L’art italien, el non pas encore celui des premières années, vint changer tout cela. Il ne faut pas moins que tout le génie du Raphaël et tout le respect qui s’est attaché à ses œuvres pour que nous acceptions sans protester la révolution qu’il introduisit dans les modèles de tapisseries. Les arabesques qu’il composait avec un suave ressouvenir de l’antiquité ne suffisaient-elles pas? el quel besoin y avait-il de transformer la tapisserie en une sorte de fresque sans profondeur? On sait que Raphaël avait été chargé, |>ar Léon X, de compléter, par une suite de dix tapisseries, cette chapelle Sixtine dont la voûte avait été décorée par Michel-Ange. Ces tapisseries au nombre de dix furent exécutées à Arras en tissus de soie, de laine el d’or. Elles arrivèrent à Rome en 1519, peu de mois avant la mort du maître. Elles excitèrent un enthousiasme universel, et Vasari déclare « qu’elles paraissent plutôt ciéées par un miracle que par la main des hommes. » Raphaël avait emprunté ses sujets aux Actes des apôtres el ajouté, pour l’autel, qui occu|*e le fond de la chapelle, le Couronnement de la Vierge.
L’Angleterre possède aujourd’hui sept de ces cartons originaux : ils ont été mouillés, flétris el piqués par l’aiguille du décalqueur, collés sans soin sur un épais papier commun, retouchés surtout
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avec une indifférence ou une prétention navrantes, mais co|>oiul:iiil ils moiilrcul encore, comme ces fragmenls de torse antique que le temps n'a point rongés partout, la touche savante d’un grand maître et décorateur, lîubens les retrouva gisants dans un coffre, et coupés en morceaux étroits pour le besoin des tapissiers; en Itiôü, il les lit acheter au roi Charles lw, qui les plaça à Whitehall. Cromwell obtint que l'État les acquit pour trois cents livres sterling, et, après d’autres mésaventures trop longues à rapporter, iis furent installés dans une salle du palais d'Ilamplon-Courl. Un }>eul aujourd’hui les étudier, à Londres, dans le Musée de Soulh-Kensinglon auquel la reine Victoria les a gracieusement prêtés. De belles photographies en ont été faites il y a quelques années par ordre du prince Albert.
Des tapisseries, fabriquées d’après ces cartons, furent cx|iosées en l’an Vlll — ce détail est bien peu connu — à Paris, dans la cour du Palais National des sciences et arts, c’est-à-dire dans la Cour du Louvre, conformément à l’article premier de la fêle anniversaire de la fondation de la république. Elles arrivaient d'Italie. Les commissaires du gouvernement à Home les avaient accpiises |>our la France à la vente du mobilier du pape. Un y avait joint les plus beaux produits des Cobclins d’après Jouvenel, Keslout, l>e Brun, Coypcl. Nous ignorons si elles existent dans les magasins du Mobilier de la couronne, ou si, malgré qu'elles aient été achetées, elles lurent rendues aux alliés à la chute du premier empire.
Nous avons à Paris même, dans les salles consacrées aux dessins de l’école italienne, quatre grands carions de. Jules Domain (tour des tapisseries. S’ils le cèdent à ceux d'Ilamplon-Eourl
sous le rapport dis la conception et de l’exécution, ils serviront du moins à offrir un point de comparaison. Ils sont peints à la détrempe; l’un d’eux, la Marche triomphale, est détaché d’une Histoire i le Scipirn qui appartient à la famille de Chavagnac, et qui a élé récemment exposée dans la galerie privée du cercle de la rue de Choiseul. Les trois autres, les Prisonniers, la Ville forcée et le Triomphe, font partie des Fruits de la guerre, fruits amers,
dont l’humanité n’est point encore dégoûtée La « grande
tenture deScipion, » exécutée en France, vers 1554, en laine et soie relevée d’or, par les ordres et sur les instructions de Priinaliee, lit longtemps l’admiration des étrangers, et existait encore sur les inventaires de la Couronne au milieu du dix-septième siècle. Elle a disparu. Heureusement la « petite tenture de Scipion » s’y trouve encore. Elle se compose de dix pièces de cinquante-sept aunes de cours. La tenture des Fruits île la guerre lut copiée aux Gokclins sous Louis XIV.
XI. A. Cunningham, dans son Histoire des l’ei litres anglais, raconte comment ces quatre superbes cartons de Jules Humain rentrèrent eu France, a pris avoir élé sans doute vendus comme rebuts par les tapissiers qui s’en étaient servis. En jour le miniaturiste Kichard Cosway, grand amateur de dessins et de curiosités, visitait le Louvre en eoni|>agnie de sa femme. Il fut surpris de la nudité des murs, et dit : « Maria, mes cartons feraient bien ici, et, pour dire la vérité, ils y seraient nécessaires. » Il les estimait fort, et en avait refusé de la Russie un prix considérable. Il les idfrit, en I78Ô, au roi, qui les accepta, et lui envoya en gracieux échange un exemplaire complet des estampes de la Chalcographie et quatre belles pièces de tapisseries des Gobelius, les Aventures
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de Han Quichotte de la Manche, d'après Coypel et qui valaient 14,210 livres. Richard Cusway, toujours généreux, lit hommage de ces tapisseries au prince de Galles.
An commencement du dix-septième siècle, les tapisseries de Flandres dans le goût italien étaient encore en grande faveur, lin érudit fort épris des notes d’art, M. Armand liaschet, a publié la correspondance échangée entre Guido Itentivoglio, mandé nonce aux pays de Flandres en 1007, et le cardinal Borghèse, à propos d’une acquisition de tapisseries qui ne s’achevait (tas assez vite, au gré de ces deux amateurs. Il se fût agi d’annexer une province au saint-siège ou de conquérir pour le ciel des âmes de mécréants, que les missives n'eussent point été plus redoublées, plus pressantes, plus inquiètes ! Bentivoglio vient d’acquérir pour le cardinal Montalto une tapisserie exécutée pour le roi Philippe 11, sur les dessins « d’un vaillant peintre, » lorsque lui arrive la lettre de son illustrissime seigneurie, le requérant de s’occuper sans relâche de ces mêmes matières. Il découvre «le projet» d’une autre tenture chez son même fabricant : ce projet représente l’ Histoire de Sam ton. «Il lut fait, écrit-il, aux instances du roi de France Henri II; mais par suite de la mort du roi et des troubles du royaume, l’ouvrage ne fut pas entrepris. Le peintre était de Matines. Bien que né en France, il vécut cependant de longues années en Italie, où, imitant les vaillants artistes de ce temps, il s’acquit là aussi une grande réputation. Ce projet est de la plus grande beauté; on y remarque beaucoup d’invention ; il est rempli de très-grandes figures respirant une extraordinaire majesté. » Le dessin de cette Histoire de Sanuon était en douze pièces, toutes d’une hauteur de cinq aunes sans la bordure. Quel
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grand air devaient avoir « ces histoires» sur les murs de tes palais italiens du dix-septième siècle, si pompeux et d’une richesse si grave!
Plus lard, pour en revenir à nos prélats, Bentivoglio ollre au cardinal, en Italie, « une tenture en six morceaux qui convient pour toute une chambre. Ce sont différents jardins en perspective du plus gracieux effet et aspect. » C’est à peu près ce que l’on appelle encore aujourd’hui « des verdures » et cela était fabriqué à Beauvais. Plus tard encore, en 1(517, mandé nonce en France, il en trouve de nouvelles. «... Les couleurs de celle-ci sont des plus vives, elle est enrichie de beaucoup d’or ; la bordure surtout est très-belle, tant en singularité qu’en munificence, étant presque toute d’or. Toutes les ligures sont de grandeur naturelle et représentent les Fable » de Itiunc. I-c possesseur actuel en demande seize mille cens, et il prétend en avoir trouvé douze mille.» Qu'est devenue encore cette suite de « fables de Diane» ? Nul ne le sait. Mais celle bordure, « presque toute d’or », me donne l’espoir qu’elles furent brûlées pour en recueillir les cendres. Mieux vaut, pour ce qui appartient à l'aristocratie de la curiosité, le feu des bûchers que la dent du rat ou la botte du chiffonnier!
A vrai dire, ce. sont les derniers lieaux jours de la tapisserie. Dans les appartements qui se faisaient déjà moins vastes, elle commence à céder le pas aux cuirs frapj>és plus économiques. La mode passait du grand monde à la petite bourgeoisie. «Et moy, dit M.tjuilinumc dans l'A mour Médecin, lorsque Sganarelle demande » scs voisins, compères et amis, un remède ]H>ur égayer Lucinde, sa lille, et moy, si j’eslois en voire place, j’achètcruis line belle tenture de tapisserie de verdure nu à personnages, que je l'emis
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mettre à sa chambre, pour lui resjouir l’esprit et la vcuë. » On sait que Molière affectionnait ce genre de décor, ear plusieurs verdures figurent dans les inventaires qui suivirent sa mort.
I n rapide résumé de l’histoire de la manufacture des Cobelins va nous amener jusqu’à nos jours.
Le premier des Cobelins qui s'établit à Paris s’appelait Jean et venait, dit-on, de Reims. C’était vers la fin du quinzième siècle. Il prospéra rapidement, et son fils Philibert acquit dévastés terrains sur Ira rives étroites de la Bièvre, celle petite rivière, alors abondante et limpide, à laquelle Baladais, dans son PrtHfrtÿi Me/, assigne une si plaisante origine et qui est devenue aujourd’hui un ruisseau à demi desséché et infect. Ses eaux passaient pour posséder des vertus toutes particulières pour la teinture des laines: probablement tout le secret était dans l’habileté des ouvriers ; en tout cas, les laines sont aujourd’hui aussi brillantes et aussi solides que jamais, quoique n’ajanl baigné que dans l’eau de la Seine nu dans celle d'un puits profond.
La famille des Cobelins avait fait une fortune énorme : l'un d’eux, Antoine, devint marquis de Brinvilliers et sa femme fut la fameuse empoisonneuse qui décima la cour et la ville. Ils cédèrent leur établissement aux frères Cannayc qui occupaient le laird opjiosé de la rivière. Ils appelèrent des Flandres des ouvriers de haute-lisse dirigés par un nommé Jans. Lorsque plus tard Collier! acquit pour le compte du roi l’hôtel proprement dit des Cobelins, il appartenait à un conseiller au parlement, Deleu; mais les bâtiments adjacents continuaient, sous la direction du Hollandais Gluck, à former la manufacture de teinturerie et de tapisserie.
CH EKS-D'Œl) V It B DKS AIITS IMDUSTKIKLS.
C'est François I" qui, pour subvenir au prodigieux embellissement de ses maisons royales, pensa à centraliser la fabrication des tapisseries exécutées d’après les décorateurs qu’il avait appelés ou ramenés d’Italie. Il établit la manufacture à Fontainebleau, sous la direction de Philibert llabou, surintendant île ses bâtiments, et de l’architecte Sébastien Serlio.
Sous Henri II, Philibert Delorme prit la direction de la manufacture royale. Une autre fut créée, rue Saint-Denis, à Paris, dans l’hôpital de la Trinité. Henri Leramhcrt lui fournit des cartons, ainsi qu’à la manufacture de Tours.
Henri IV, malgré la persistante opposition de Sully, qui voulait que toutes les forces de la France se concentrassent sur l’agriculture et l’industrie, protégea royalement l’art du tapissier. Il (it ap|H'l aux plus habiles ouvriers flamands, La manufacture royale lut transférée de l’hôpital de la Trinité à la maison du faubourg Saint-Antoine laissée libre par l’expulsion des jésuites ; de là au palais des Tournelles, puis à la place Royale et dans les galeries du Louvre ; elle fut définitivement installée aux fiobclins, en 1 0Ô0, sous la direction des sieurs Raphaël du la Planche et Charles de Coma ns.
Enfin, en 10(12, Louis XIV et Colbert réunirent dans cet établissement, qui, depuis, n’a guère changé de physionomie, tous les corps de métiers d’art travaillant pour le souverain : les tapissiers, les teinturiers, les brodeurs, les orfèvres, les fondeurs, les graveurs, les lapidaires, les ébénistes, etc. Charles Le Rrun fut, en 1063, nommé directeur, et donna à la production une vigoureuse impulsion. On connaît les belles tapisseries qui furent exécutées, soit d’après son Histoire d'Alexandre le Grand, soit