‹ Chefs-d'œuvre des arts industrielsChapitre 6 sur 29 · I-' Al EN CK EMAILLEE · texte numérisé non relu

I-' Al EN CK EMAILLEE

\iiincru l'obstacle, il laul le tourner. Ici, il faut, par des cours pratiques dans lesquels on ferait passer sous les jeux des spécimens de céramique choisis parmi les meilleures séries de tous les pays et de tous les temps, habituer ces intelligences qui sommeillent à saisir par la comparaison les lois générales du beau. 11 ne faut pas demander aux (ailiers ni veinais de nous faire plutôt du persan ou du ja|>onais que de l'étrusque ou de l’italieu ; il faut lus amener à comprendre ce que c’est que l'harmonie dans la forme et dans le décor, et mettre au concours aussi bien des vases pour les galeries extérieures d’un (niais que des assiettes (tour les pauvres gens. Un artiste de Nevers, M. Chantrier, auiait pu, sans doute, donner la (dus heureuse impulsion, mais il s’est éteint après n’avoir guère laissé qu'un chef-d’œuvre, un plat décoré pour un amateur de la ville qui a écrit une excellente histoire de l’art Hivernais, M. du llrucde Segange.

F.a vraie faïence française, celle dont le succès est surtout légitime, c’est celle de Rouen. C’est celle-là seule qui, A l’instar des pioduitsdc l’Orient, joint à un émail brillant et harmonieux un décor vraiment original, fin et varié, souple et franc. Et cependant c'est précisément celle-là que les céramistes contemporains, lamssés si malheureusement au pastiche par le caprice du public, c’est celle-là qu’ils ont négligé de refaire. Je crois, du reste, que Rouen ne compte plus aujourd’hui un seul four. C’est là un fait très-singulier, car si altérées qu'elles soient, les traditions de la fabrication se retrouvent toujours dans quelque coin dans les pays où une industrie a élé longtemps florissante. C’est ainsi que M. Duvillicr a retrouvé récemment en Espagne, à Manisos, un

148 CllhFS-irŒtIV Itfc IlES A1ITS IMll'STKIKLS. dernier descendant des fabricants de poteries hispano-moresques. « Après avoir traversé pendant une heure, raconte-l-il, la ferlile Hucrta, j’aperçus, ail milieu de la verdure, la coupole de l’église de Mariiscs, dont un soleil ardent faisait briller du plus vif éclat les tuiles à reflets de cuivre, l’eu de temps après, j’étais chez le fabricant « d’ouvrage doré, » comme on dit à Valence. Ce fabricant est un simple posadero du nom de Jayinc Casseus, qui fait de la faïence à moments |>erdus, quand sa modeste auberge manque de voyageurs. Sa femme est spécialement chargée de la décoration des pièces (pii sont, pour la plupart, des tasses, des assiettes et quelques vases de fantaisie ; ils se vendent quelques sous, sauf les lasses dont les reflets cuivreux sont les mieux réussis et on emploie à juger la qualité du vin qui, plus ou moins limpide, laisse plus ou moins voir le fond miroitant. » Sic transit tjlwia...

La faïence de Itoueu n’a pas eu moins de succès au dix-septième et jusqu’au milieu du dix-huitième siècle, au moins en France, que n’en avaient eu en Italie, un siècle avant, les vases hispanomoresques à lustres métalliques. « Le roi délibéra de se mettre en faïence, » écrit Saint-Simon, au moment où le roi-soleil envoya aux creusets de la Monnaie son argenterie et ses meubles massifs. On pourrait presque écrire l’histoire du blason français dans une sdle qui réunirait tous les plats, toutes les assiettes, tous les hanaps eu forme de casque, toutes les pièces de service de Itoueu qui portent des armoiries. Ce dut être, à ces moments où la royauté jalouse et impérieuse avait pressuré et épuisé celte noblesse dont Hichelieu avait abattu les dernières tètes hautaines et grondeuses, ce dut être une vraie vaisselle de luxe remplaçant, au moins pour la vie courante, la vaisselle de métal. M. André Potticr,

faïence émaillée. u»

île Rouen, descendant lui-même d’une famille de céramistes et conservateur du musée de relie ville, nous dira peut-être quelque

FIAT F E nom, itNC Altcu:.

folli-rlMui «le X. Mathieu Meunier.

jour à quel prix on la payait. Mais il est évident à la dimension des pièces, à la belle réussite du pinceau, que ce prix devait être élevé, et l’influence de la protection de l'aristocratie s’y fait sentir visiblement.

On a la preuve qu'au milieu du seizième siècle, Rouen avait déjà des fours allumés, et que de là vinrent à Écouen les pavages émaillés qui racontaient les histoires de (àirlius et de Sca-vola.

nilKKS-lf(Kt!VIIK II F. S A H T S INDUSTRIELS.

Juste un siècle après, en 1(147, îles plats et des pots y sont signés par des potiers venus, à n’en pas douter, de Nevers, et dont l’un s'appelle|prérisénienl Custode. (Jueltpies années avant, un huissier

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de la Chambre de la Heine, Nicolas Poirel, sieur de Grau val, avait ohtenu la concession de la fabrication dans la province pour cinquante années. Itouen imita aussi la Hollande et Del fl surtout ; mais ce n’est pas dans ce T tel fl qui parodiait la porcelaine orientale avec une lourde patience, ni dans quelques imitations maladroite".

KAIENCE fiMAIM.EE. (51

ilt» la mnjolique italienne que Rouen puisa l’idée de ce décor rayonnant,;! fleuron central, qui, composé simplement de bleu, de noir ou de rouge, emplit avec tant de charme et de logique tout l’orbe intérieur d’un plat. Cela se sent seulement alors qu’on est eu face d'un bel original, et l’on s’explique facilement que tel de ces plats qui constellent comme des étoiles de diverses grandeurs le dressoir de M. l.oysel, de Berttay, ou à la salle de la collection Levcel, au musée de Gluny, ait pu dépasser mille francs en vente publique.

le due de Hamillon avait prélé au musée de South-Kensington, en 1 8(12, les quatre Saisons, bustes décoratifs dans le style de la fin du siècle de Louis XIV, posés sur des consoles de l’aspect le plus riche. Les fleurettes qui jouent et s’enlacent entre les rinceaux ressemblent A celles du joli pichet à cidre en l'egard de ces lignes et qui fut acheté A Baveux par nous, en 1854, au grand étonnement de nos compagnons de voyage (pii ne pensaient guère au succès qui attendait ces pièces de dressoir |iopulaire.

Le décor dit « à la corne » succéda au décor chinois, qui n’était |>as très-plaisant, et il précéda de peu la décadence totale. L'assiette que nous avons fait reproduire et dont la finesse est remarquable et rare, est dite « nu cornet, » c’est-à-dire que la corne d’où s'échappent les (leurs i-st de forme carrée. Celle corne d'abondance s'exécutait en réalité en faïence et s’accrochait au mur pour servir de vase à fleurs ; on en rencontre encore en Angleterre, mais en fer blanc peint. Il yen a au musée de Rouen, avec des aiguières en forme de casque, des souliers de Noël , des encriers, des consoles, des poudrières pour le sucre, des tètes à poser la perruque, et enfin ce fameux violon de faïence dont l’histoire, très-véridique au fond, a fourni à M. Champlleury le prétexte d’une si amusante

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