PLAT A DÉCOR BI.K
FAlKNf.E ÉMAILLÉE. 15S
Mousliers, |>elilr villr iln miili «le In Fiance, qui s'empara spécialement du blanc et du bleu, cl qui s’en servit avec un goût très-lin : l'émail de Mousliers est de in plus rare qualité : il esl d’un blanc
laiteux el, par sa finesse et sa cohésion, peut seul lutter contre le blanc bleuâtre de Rouen. M. Davillicr, qui, dans le langage du moment, a a invente» leMousticrs, possède un plat su perlie décoré d’une de ces chasses à l’ours oit Tempesta mettait du fracas el du
Piilencp de jJoti'lier».
soleil : il esl signé « fi. Viry, chez Clerissy » lequel Pierre Clerissv était, en 1747, secrétaire du Koy en chancellerie, près le parlement de Provence. La bordure de celte chasse esl faite de tnasrarons et de griffons ailés, ancêtres de celui qui grini|>c ci-derrière au milieu de rochers fantastiques. La manufacture de Mousliers, comme on le peut voir encore dans cette élégante poudrière à sucre s’adonna presque uniquement à rendre d’un pinceau preslc el menu ces constructions aériennes, aux piliers grêles comme un lil d’acier, qui supportent des bustes de femmes au col long el |)enché et auxquels se suspendent des grotesques ou des singes grimaçants : c’est toute la troupe et toute la mise en scène des fantaisies de Claude Gillot, le maître de Watleau. el de llérain, le dessina leur- fournisseur des artistes industriels de son temps. Cela lomlic vite dans le maniérisme, et le dressoir s’augmente de pièces plus précieuses que variées. L’cITcl en esl monotone. C’est un peu de la faïence de pctilo-maitressc. De nos jours, des céramistes habiles, notamment MM. fienlis et Ithudart ont imité, presque à s’y méprendre, les pièces de servie*; de Mousliers.
Nous ne voulons pas prolonger plus longtemps cette revue des anciens centras de production. Nous avons signalé quelques-uns des plus intéressants, au moins en France. La faïence hollandaise, de Delfl surtout, quoique ayant eu de bien maladroits amis, n’a point succombé, dans l’estime îles gens impartiaux, sous les pavés qu’elle avait reçus. Elle a compté, parmi les artistes qui décoraient de paysages ou de scènes les plaques qu’on accrochait aux murs comme des tableaux, des maîtres d’un incontestable habileté; mais là n’était point le but, et cela doit cire compté pour des curiosités
FAIEXCK ÉMAILLÉE.
isolées. l)e nus jours, M. Pinarl , qui s’exerce à vaincre la plus haute difficulté pratique en peignant les sujets les plus terminés sur l’émail cru, et M. Bouquet, qui peint en couleur de grand l'eu (les paysages qu'envient bien des paysagistes de profession, ont atteint sinon dépassé ces chefs-d’œuvre des Hollandais que l’on n’a pas craint d’attribuer à des maitres tels queTéniers, Karel Dujardin ou Bcrgheiu.
La peinture à touche vive et à palette presque libre a été pratiquée couramment à Marseille. Il y a Ici bouquet de roses, de giroflées et de marguerites (pii |iourrait être signé Baptiste Mounoyer. Honoré Savy, qui avait obtenu le privilège de fabriquer de la porcelaine, recevait, en 1777, la visite du comte de Provence ■pii, enjambant sur notre siècle, fut Louis XV11I : « Monsieur fut introduit ensuite dans la grande galerie, où il vil un immensité d'ouvrages de faïence de toute espèce et dont il eut la bonté de louer la perfection. Le prince parut si satisfait qu’il permit au sieur Savy de mettre sa manufacture sous sa protection, d’y placer ses armes et d’élever au milieu de la galerie la statue du prince qu’il se pnqmsc de fabriquer. » Joli motif à une épigramme pour le prince qui plus tard aimait à traduire Horace que celle statue en faïence! La fleur de iis qu'on trouve en brun sous de jolies pièces de Marseille, s’applique vraisemblablement à la manufacture de Savy. Un doit encore à Marseille des oiseaux ou des légumes en re lief , poule avec ses (toussins, choux verts, dindons gloussants ou Utiles d'asperges, faisans dorés ou plats de noix. L’est le dineret le dessert d’une princesse métamorphosée en Belle au Uns dormant par la Fée (le la faïence! Les animaux, ces fruits ou
KlIËI'S-D'tELi \ il K H K S ARTS I MH Silll Kl. S
cos légumes ont aussi été cuits dans les fours de l'Allemagne. On en voit notamment un service conijdet dans 1’oflicc du cllàtcau de la Favorite, auprès de ltade.
La recherche des documents dans les archives ou des moulions dans les almanachs du temps a fait surgir autant de revendications
tOl'MÈIIt. A rORMi: II' ARGfc > IR Rit. P AiEXCE l>I HREtACRK. U I *- »li PTlt N K SlkCLL-
ipi’il y avait de centres importants dans les provinces ayant à proximité de l’argile plastique. Fl de là esl née une effroyable complication dans le classement des soupières et des fontaines d'appliques, des écuclles ou des carreaux de revêtement. Comment en sortir sans Lilesscr personne? Si nous mentionnons Rennes qui surmoulait des pièces d’argenterie, il nous faudra parler de Sinccny qui a singé les chinoiseries de Rouen avec une saveur fort
lUMifU X LiUR lt> «MIS».
[linin! «le lldiw-,
K Al EN G K ÉMAILLÉE.
plaisante, Sceaux-l’enlhièvre qui a des personnages aussi lins que ceux des émaux de tabatières, Strasbourg, qui imita lourdement Marseille et les jolis bouquets de la Saxe semés irrégulièrement, niais qui dans la seconde moitié du dix-huitième siècle succède, comme mode, au Rouen, et bordeaux, et bien d’autres encore... Fuyons donc el allons demander asile au shah île Perse el aux rajahs de l’Inde.
A l'exposition rétrospective de V Union centrale, toutes lis latences occidentales, française ou hollandaise, avaient été disposées autour d’une même salle ; seule la faïence de Rouen put soutenir le voisinage écrasant dis bassins et dis aiguières de la l’eise et de l’Inde. Sur le Rouen seul on put constater une expression d’art tout à l'ail tranchée et une tonalité qui, empruntée au principe à des modèles chinois ou japonais mais profondément modifiée, n’a rien perd u en se pliant aux exigences du goût français. Les autres fabriques parurent toutes ou vulgaires, ou mesquines, ou sans originalité propre. Mais l’Orient vainquit tout.
L’origine, la date de ces faïences orientales qui remportèrent le triomphe sont obscures. Ce n’est que depuis peu de temps qu’un écrivain plein de tact el d’érudition, M. Albert Jacquemart, a démontré les différences des faïences de la Perse avec celles de l’Inde. Faut-il n'entendre par la Perse que la contrée proprement dite qui s’étend entre la mer Caspienne et le golfe Pcrsique ? Sait -on si les royaumes qui la séparent de l’IIindoustan, de l’Afghanistan, du Beloutcliistan et du Pendjab, n’ont pas donné des produits participant du génie des deux peuples? Disons seulement que l’on
attribue à l’Inde des plats dont le dessin montre particulièrement
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des oiseaux lu i liants au milieu de tiges de Meurs qui s'enlacent. Uuanl à la porcelaine ap|ielée des Indes par une appropriation malencontreuse des termes, pendant le dix-huitième siècle, c'est toute une famille que nous retrouverons plus loin.
De même que les faïences hispano-moresques à rellels irisés, certaines faïences de Perse sont aussi décorées avec des lustres métalliques. Cela indique la communauté d’origine. En effet, dès le dixième siècle on retrouve ici des traces non douteuses de l'influence des Arabes, à ce moment vainqueurs et souverains. Dès 044, le dernier roi de la dynastie sassanidc avait été défait ; mais si dans ses désastres ce beau royaume perdit son nom antique pour prendre celui d’Iran, il n'ahjura jamais ses traditions de luxe, de poésie et de sensualisme. Aujourd'hui même qu'elle n’est plus guère qu’un vaste plateau aride, dépeuplé, les voyageurs qui traversent la Perse sont saisis par le charme de ses vallées embeauinéeset par la souplesse intellectuelle de ses habitants. Ce n'est pas sans raison qu’on l’a appelée l’Italie de l’Orient : elle a parlé la langue la plus sonore de toute l’Asie ; elle a eu des poêles exquis ; ses arts décoratifs sont dignes d’exercer sur les nôtres, eu égalai au génie des nations modernes qui diffère tant de celui de la Kenaissancc, une iuilueucc décisive.
Nous ne savons rien sur ses arts céramiques |>eudunl les temps Mûrissants de Cambysc ou de Cyrus, pendant les démembrements qui suivirent la conquête d’Alexandre ; à peine quelque chose sur la période de la domination arabe. Ce qui me lrap|H*, c'est que c’est dans ce pays où s’ouvrent les mines de turquoises les plus riches du monde, les mines de Nicbapour, que l’on chercha et que l’on obtint ce ton bleu qui participe aussi du vert et qui passe parla
I Alt.\i:K I. MAI l.l, K K.
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gamme clirouialiipic des gris bleutés un verdàlrcs les plus délicats. Presque toujours les arts imluslriels décoratils se proposèrent I iinitntinn plus ou moins absolue d’un produit nalurel rare el séduisant. Nous le verrons eu Chine pour le jade. Dans l’Occident les émaux cloisonnés prétendirent eertaiuemenl imiter la mosaïquc eu marbre cl pierres dures.
i.Abt.xK k> rum:nt aisk m l'hur.
les Persans ont décoré les objets de. la vie courante, tuiles de revêtement, narguilbés, gourdes à vin, seaux à glace, tasses à sorbets, soucoupes à confitures, plats à viandes, à (cuits ou à légumes, avec ce qu’ils aiment le mieux après l'or, les perles, les vêtements de soie, les fourrures, c’est-à-dire avec des Ileurs et des scènes de chasse, ba chasse au lion, au taureau sauvage, à l'antilope, au lièvre, lut le délassement favori des rois des grandes
Itii
CHEKS-li-(Ki;VRB HKS ARTS IMIUSTKIBLS.
dynasties : on les voit sur les has-reliefs de granit, pereaut les animaux féroces, corps à corps, d’un coup de poignard, ou les atteignant de leurs llèches de 1er. Nous aurions vu plus tard ces princes puui]ieux et graves chassant au faucon ou au lévrier, si le Coran avait permis, même au pinceau du céramiste, la représentation de la ligure humaine. A défaut de leur image, ces anciens adorateurs du feu, convertis par le sabre à la foi de Maliomcl, trouvaient encore sur les murs de leur palais ou sur leur riche vaisselle les panthères, les gazelles, qu’ils venaient de forcer dans les plaines vertes qui s’étendaient jadis du Caucase aux contre-forts de rilimalnyo. Parfois la harpie à visage de femme et à queue de paon se dessine sur la gorge de ces gargoulettes à long col, à étroite ernlsmchure, avec lesquelles les serviteurs aspergent, sur le seuil de. la maison, les vêlements de l'invité.
Après la chasse et la bonne chère, les Heurs sont la grande passions des Persans, l.eurs poètes ont célébré en strophes brillantes et chastes les amours du rossignol et de la rose, lantrs tapis nous offrent comme un tableau de ces jardins enserres dans les cours des maisons par des galeries à jour, rafraîchis par des jets d’eau retombant dans des bassins de marbre et où l’on va fuir les vents desséchants venus de l’Arabie, là s’épanouit la tulipe, Heur mystique, emblème d’un cœur consumé par la passion, aux profils purs cl rcnllés comme une colonne ionique, au tissu nacré comme celui du neluniho, aux poi ntes aiguës comme une flèche et qui tirent dans le cœur du flegmatique Hollandais une si profonde et si cuisante blessure, là se cueillent et s’assemblent ces bouquets qui parlent « le langage des Ileurs, » messagers muets et éloquents, dont chaque mot surprend tous les sens, hiéroglyphes faits de par-
Faifwe de Perv.
FAÏENCE ÈMAIM.fiE. 1B7
(unis il (le couleurs i|iii se fanent cl meurent aiissilôi que déchiffrés.
Ce sont, après la tulipe qui a été à l’origine une fleur sacrée, el séjiarées par la liai inc mi rigide ou alanguie, ce sont des fleurs aux parfums capiteux qu’on rencontre le plus souvent dans les décors : la rose pourpre et la jacinthe, le chèvrefeuille, l’ieillel d’Inde et l’crillet à longue tige. F.lles sont ou représentées à peu près au naturel ou franchement ornemanisées, car, très-délicats dans leur poésie, dans leurs arts, dans leur existence, les l’ersans raffinent sur tout. Ils attribuent à chaque fleur comme à chaque parfum un seus caché.
Quoique musulmans, ils boivent avec passion le vin couleur de rubis et de flamme qu’ils récoltent sur le versant de leurs montagnes. Aussi combien leur vaisselle est plus claire el plus gaie que celle des pays où se cueille le houblon ! Si ce n’est le café à l’arôme pénétrant, ce sont des vins capiteux et limpides qui jaillissent en long lilet de leurs aiguières au goulot orfèvre d’or. C’est un raie mérite pour une femme que de verser avec grâce el il a été célébré. « L’échanson avec sa coupc, chante un de leurs poètes bachiques, m’a doublement rendu fou ! On dirait que cette jeune lieauté au parfum de rose s’est entendue pour m’enivrer avec le vin qu’elle me verse ! »
Ils ne sont pas seulement des décorateurs d’un goût parfait, ils sont aussi des potiers consommés. C’est dans la riche collection de M. Schefler, interprète de l'Empereur, qu’il faudrait introduire le lecteur pour lui montrer pièces en main la différence, du reste pou sensible, entre la faïence el la porcelaine persane. Il arrive mémo que celte faïence, de pale siliceuse, très- fi no cl très-blanche.
rilKFS-n'ŒlSVflE DUS ARTS IMtb’STMKI.S.
1fi8
s’est vitrifiée en siiliissanl une très-haute température, et est devenue par places translucide. La porcelaine, généralement modelée en bols ou en compotiers, n’est pas toujours à fond blanc, mais souvent teintée en chamois, en brun ou en beau bleu. On a constaté sur certaines pièces le cyprès et le taureau symboliques, ce qui les ferait remonter aux temps où la Perse suivait encore exclusivement le culte de Zoroaslre.
Nous ne savons à quelle épique les produits de la Perse pénétrèrent en Europe, mais il est un fait curieux, qui s’est plusieurs fois reproduit lorsque nous avons feuilleté des manuscrits postérieurs de peu aux premières Croisades : sur l’appui des fenêtres, des galeries, dans les oratoires, ou bien encore dans les jardins, nous avons distingué des (leurs s’épanouissant dans des vases à fond blanc et à décor bleu : ces lleurs sont le plus ordinairement des millets ou des tulipes. Ne serait-ce point une mode qui serait à ce moment entrée d'outre-mer en France et, en appirtaut la fleur, les croisés n’auraient-ils point apporté le vase lui-même, qu’ils avaient trouvé charmant?
Tout récemment, le musée de l’hétel Cluny s’est enrichi d’un lot considérable de ces boires et de ces plats, recueillis dans File de Ithodes. Ils y avaient été fabriqués aux quinzième et seizième siècles. Non-seulement ils renferment très -souvent dis, figures d’hommes et de femmes habillés à la levantine et qui durent être inspirées par les chrétiens, mais plusieurs portent, en guise de signature de l’ouvrier, des lignes entières de plaintes et de regrets d’esclaves potiers persans : ils regrettent la patrie, et en promenant leur pinceau sur le marly ou le revers du plat, ils le chargent de répéter les larmes de l’exilé.
FAÏENCE KM A II, l,ÉE. 18#
l/i jioinl do départ de ce décorde l’Iran est toujours le jardin : les plantes partent du bas et montent comme des épis ou «les lis. Ils son! parfois rehaussés de touches d'or qui, n’étant pas sous la couverte ont généralement été en parties effaaies . Les tons qui reviennent le plus souvent sont le violet «le manganèse, le jaune paille, le vert, le bleu turquoise et un ruuge magnifique «pii ressemble a de la brique pilée ou à du jaspe sanguin non |mli, et que les potiers européens ne sont pas encore parvenus à imiter complètement. Le four européen qui est approché le plus près est relui «les frères Deck, TD mais son rouge n’a pas «mcore tout l'éclat désirable et son bleu-vert, compost1 d'un oxyde île cuivre qui ne ri-siste pas à une haute cuisson, est peu stable. Cependant les p rogiés que les frères Deck ont réalisés dans ces derniers temps sont considérables.
la-s frères Deck ont été mis sur la voie de l’imitation «les produits orientaux et surtout persans, par un voyageur des plus sagac«-s et un esprit des plus indépendants, M. Adalberl de Ileauinonl. Il avait visité, le crayon et la plume à la main, l'Italie, l’Kgyptc, l’Asie Mineure. Il en avait rapporté d’innombrables dessins de détails ou d’ensemble, des noli-s précieuses et cet enthousiasme qui enflamme tout ce qu’il approche. Il dirigea les premiers «>ssais des frères Deck, et depuis il s’est associé un chimiste praticien, M. Collinol. Dans l’avenue du Parc aux Princes il a décoré lui-même de plaques blanches où s’enlèvent en caractères bleus les versets du Coran, une maison qui est la plus singulit'-rc curiosité du nouveau Bois de Boulogne. Là il grave à l'eau-forle la série d«*s documents qu’il a relevés d’un crayon liih’-li- dans les
nn OIIRFS-b’tEllVRR ORS ARTS INIlUSTRIRhS. églises ('I 1rs plais de Florence cl «le Venise, dans les mosquées el les kiosques de Constantinople el du Caire, sur In crosse du fusil du liédnuin ou sur le casque damasquiné du Cirrnssicn. Du four qui fume dans un angle de la cour sont sortis non-seulement des vases, des caclie-pois splendides, des plaques de revélcmenl pour la salle de bain d’une sultane des Mille et une nuit* ; mais aussi une invention céramique d’une fabrication toute aristocratique, qui a pissé à peu près inaperçue prmi les docteurs en faïence, el qui cepndanl est d’un intérêt capital. On décalque un dessin quelconque sur une plaque de faïence, celui, par exemple, d’une branche chargée de feuilles ; les deux profils de la tige et de la feuille sont tracés avec un oxyde qui a la propriété de rester fixe et de provoquer le retrait des émaux colorants qui simuleront soit le ton de l’écorce ou de la feuille, soit le fond, soit les plumes de l’oiseau ; à la cuisson, cet émail, chassé par celle ligne qui reste mince comme un fil, se relève en talus et forme, une sorte de petite éminence, comme la terre qu’on rejette sur le boni en creusant un fossé. On a donc, outre le ton, nn relief qui accroche la lumière el précise l’intention du décor. Tout cela est très-doux, très-harmonieux, un peu éteint parfois, parce que M. A. de Beaumont a pris peut-être trop à la lettre le goût des Orientaux pour les Ions intermédiaires ou rompus, et que les matières premières européennes sont peut-être d’une qualité moins fine que celles de l’Iran. Ce décor est appelé par lui «cloisonné».
Rapprochement singulier, cet entraînement tout récent du public pour la céramique orientale marche de pair avec la passion pour les arbres d’essences rares el pour les fleurs réellement
K A ! K N 0 K KMA1U.KK.
décoratives. Entre la prruque solennelle de Louis XIV et les buis de Versailles correctement taillés en pions d'échiquier, les rap|iorls sont étroits : des parterres n’avaient le droit de se garnir que de soleils et de lis. Les charmilles qui tombaient sur les ronds-points comme les rayons au centre d'une étoile, alignaient sous la serpe leurs murailles de verdure.
. . . deux à deux,
Homme s Vu vont leu vers classiques et les Itfeufv
Vers la fin du dix-huitième siècle, au parc à la française pompeusement monotone succède, avec peut-être trop encore de temples à la sibylle, de pavillons chinois et de chaumières abandonnées, le pare à l'anglaise : au moins l’arbre n’y est plus torturé, la rivière y peut mordre ses berges, et les moutons ont h‘ droit de tondre les vertes j>chmscs. De nos jours, surtout depuis une trentaine d’années, les jardiniers décorateurs ont de mieux en mieux compris que les chênes pourpres, les saules argentés, les thuyas sombres, les bouleaux clairs, étaient comme les tons d’une vaste palette que l’artiste pouvait distribuer à son gré, et l’on a transformé le parc incolore en un tableau plein de vigueur, d’imprévu et d’harmonie. Les pares, plus vivants et plus gais, ont habitué à comprendre l’adorable abandon de la vraie nature champêtre (pii les entoure; le goût des voyages alpestres ou maritimes s’est répandu; les peintres paysagistes ont broché sur le tout, nous forçant d’accepter sur les murs de nos salons les coins de rivière les plus frais, les forêts les plus désertes, les pâturages les plus ensoleillés. La Muse classique des Champs élyséens ne sait plus oi'i déposer son « horizon » d’outremer, ses « Ilots murrou-
«•«s,» s»1» « rochers suspeml iis » et ses arbres en fer-blanc, l'école «les Reaux-Arts elle-int'me lui ayant dos la porte....
I.«>s fleurs enfin s*1 sont fuites nos compagnes «le toutes les saisons et «le toutes les heures. Nos rapports plus fréquents avec le Japon, qui a, en gém;ral, la même température que la France, les excursions de nos naturalistes dans les fon'lsde l’Amérique, nous ont enrichi «le toute la famille des orchidées, aussi variée, aussi étrange que les rêves d’un mandarin en gaieté, et de cent fleurs de massifs aux tons ardents ou aux feuillages abondants : il n’est guère d’hôtel «pii li ait aujourd'hui son jardin d’hiver, et guère de cabinet de travail où ne s’épanouissent les plantes à feuilles persistantes. Tout cela est nu profil de l’agrément des intérieurs et «le la saine éducation des yeux. La contemplation d’un iris aux | «:lales violets, d’un liliuui «pii se crispe comme une patte «le crabe japonais, en apprennent plus sur la profondeur d’un ton «*l l’nltrail d’une silhouette découpée, que tous les professeurs des «Voles. Une pivoine ne coiffe pas de bonnet carré, une chrysanthème 11e porte pas de lunettes. Ni les unes ni les autres «les (leurs charmanli's «pii s’élancent en gerl«‘ des plates-bandes de nos sipiares, ou «pii embaument les marchés, nVmargent nu budget, et cepenilanl c’est à la persuasion de leur doux enseignement que l’on doit d’avoir un public plus ami de la couleur. Dès que revenait l’automne, Kugène Delacroix plaçait dans son antichambre de grands pots de chrysanthèmes. Il les interrogeait, avant d’entrer dans son atelier, avec le soin que tel autre artiste met à feuilleter un carton de gravures d'après l’anliipie. Aussi quels immortels bouquets «pie ses grands lablisuix et ses décorations!
JfoaâC de rUôicl Uunji.
l'A I KM : K KM.MLl.Ki;. 17:.
C'est ii l’imitation intelligente, sinon directe, des luîmes de l;i nature occidentale, que nos potiers cuiilein|Kiniins doivent désormais s’astreindre. MM. Deck, Collinot, Laurin, Genlisel Rhmlarl, Itarhizet, Gouvrion, et d'autres encore, ont montré jusqu’à quel degré ils pouvaient pousser l’imitation des modèles étrangers. Il faut aujourd’hui qu’ils cherchent et qu’ils exécutent des modèles originaux. Certaines des matières dont ils disposent et que leur fournit le sol sont sans rivales. Je ne rappelle que {tour mémoire ces émaux liruns et verts, d’un éclat et d'une profondeur inconiparaldes, qui couvrent les plus vulgaires poteries du Midi. Il suffirait de les appliquer sur des formes plus pures et plus neuves |iour avoir des objets aussi décoratifs que tout ce que l’on peut désirer. L’émail bleu de M. Jean, obtenu par une supcr[>osiliou de fondant, petit, en étant moins uni et moins pousséau noir, fournir des fonds d’une unité puissante, la» lustres deM. Brianchoil, qui imitent la nacre de la perle, de l’écaille de l’ablette, dans leurs débauches de rose, de gris, de bleu ou de vert, n’attendent aussi qu’un emploi plus heureux. Le lait n’en existe pas moins.
De toutes |>arls nous trouvons des ouvriers habiles, intelligents, souples, instruits. Ce qui leur manque, c’est un terrain qui les porte, c’est un publie qui s’intéresse à leurs efforts. Uu’osl devenue celle fabrique de Kubclles qui exécutait des services de table avec ce qu’on apjiclait des émaux ombrants? la' baron du Tremblay la patronna pendant quelques années. M. de Uourgoing avait inventé, je crois, le procédé, et avait demandé à des artistes distingués des modèles de choix ; on répétait la pratique que nous avons expliquée plus haut pour les carreaux de dallage du moyen âge: h» moules en relief formant ou des marines, uu des paysages, ou
ne. CIIKFS-ll'ŒUVIlE DES AltTS INDUSTRIELS, des scènes, ou des guirlandes do fleura el de fruits, ou des armoiries, — ces derniers étaient les plus réussis, — étaient appliqué'» sur la pâle fraîche; le vernis hleii-lurquoise, vert, brun ou violet, était coulé sur celle surface, el par sa transparence plus ou moins forte formait dits tons plus ou moins mats. Ce procédé peu coûteux a produit surtout d’intéressants services à dessert. Puis la lahrique de Kubelles a éteint ses fours.
La fabrique fondée par Million, en Angleterre, jouit aujourd'hui d’une célébrité européenne. Les produits sont d’une perfection qui gène par l’excès même de la perfection. Les Ions sont si unis, les traits si bien lilés, les reliefs si scrupuleusement nets que le froid gagne , et que l’on se surprend à préférer à ces sus|tcnsions glacées, à ces porte-lumière vernis coin me un panneau d’équipage, les assiettes rugueuses de nos pauvres paysans. Mieux \ .-ml alors la porcelaine. Les Anglais, qui sentent si justement le moment où leurs qualités deviennent des défauts, ont successivement fait veniren Angleterre des artistes d'élite ; M. Carrier-BcIlcuse, qui a modelé des vases décoratifs, des statuettes en biscuit, des pots à bière; ou M. Lessore, qui avait saisi ce Irait essentiel de la peinture sur faïence, (pii est de (aire vibrer le Ion, el non de l'étaler par égales épaisseurs. Mais quand les artistes français ont passé quelques années au delà du détroit, ils deviennent purement anglais ; ou bien, dès qu’ils sont rentrés en France, les élèves qu’ilsonl formés oublient leur enseignement. « Qu’a produit cet industriel, écrivait à la suite de l’Exposition universelle de 1851, M. Léon de Lahordccn parlant de Minlon? D’abord d’excellente faïence usuelle à bas prix; ici les formes étaient le principal, et il a su les ramener à leur destination. Il s’est mis à
KA1KNLK KM Al LL K K.
étudier la céramique de la Grèce, des Étrusques, du moyeu âge eu Angleterre et eu France, des Italiens des quinzième et seizième siècles, de Bernard Halissy, des fabriques françaises île Rouen et de Nevers, et prenant à chacune d’elles des idées, des formes et des modèles, il est parvenu à composer l’ensemble de fabrication le plus séduisant, applicable à tous les usages, à la portée de toutes les fortunes. » En effet, il est telle chope à anse, en terre, noire, en grès jaune ou gris, décorée d’une branche de houblon, d’une feuille de vigne, d’une tige de roseau pour rompre l’unilormité des contours, qui est un chef-d’œuvre de sobriété.
Depuis l’Exposition de 1855, depuis celle de 1802 où figurait, à Londres, ce grand vase modelé par M. Carrier-Bel leuse et dont les qualités d’élégance cl de liberté furent si mal comprises par la presse anglaise, nos céramistes ont bien dépassé les produits de Minton pour la liberté du décor peint, aucun ne les a égalés pour l’appropriation aux usages et le goût dans le choix des prolils. Ces deux recherches ne peuvent cependant marcher l’une sans l’autre. Due l’on peigne sur émail cru, pour compliquer la dilïieulté, des scènes du dix-huitième siècle ou des paysages, c’est fort bien, mais ce n’est donner satisfaction qu’aux désirs de quelques curieux. Or la faïence a une destination plus large; son vrai rôle est la décoration. Il est dans mille endroits publics, dans les collèges, dans les gares, dans h-s halles, dans les foyers de théâtre, dans les escaliers des monuments, des places où elle servirait de revêtement aussi pompeux que sain; un coup d’éponge. suflit pour rendre à son épiderme tout son lustre , et soit qu’on l’emploie
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CIIKIS-II'ŒIVIIK UES A II T S INIfUSTIllKLS.
par («■lits carreaux assembles, soit |>ar grandes plaques, soit même, en <|ueli|ues cas, comme l'a essayé M. lionsseau, par sujets décou- |>és et rapportés comme les divisions d’un jeu de ptience, elle s’alliera toujours au Ion du marbre ou de la pierre, et sera plus solide et moins coitleuse que n’est le stuc. Entre autres exemples.
»A‘É DE TEItltE ÉMAILLÉE,
ModeUt |*i M. pour la fabrique île Million, de Lundi».
nous citerons celui d’une maison de garde dans les bois, décorée exléricuiemcnl de grandes plaques sur les<[uelles, à l’exemple des Ja|>ouais, M. Ilraeipiemond avait dispersé des vols de mésanges s’abattant sur les roseaux d’un marais, au milieu des hérons
i iiuiiobi les et préoccu|>és. Point tic personnages surtout, car l’un court risque de tomber dans le précieux ou d’ébaueber de liantes caricatures.
Le procédé de peinture sur lave, que M. Jtdlivet pratique avec une grande facilite , pourrait servir à garantir, par d’exactes copies, de la destruction qui attend les panneaux, les toiles ou les fresques, les chefs-d’œuvre de la grande peinture. En plein air, il donne aussi bien que la faïence des surfaces inattaquables |iar l’eau, le soleil, la gelée et les injures des petits polissons.
Dans la pratique du ménage, la faïence, très-supérieure à lu terre de pipe, qui est terne, d’un ton louche, et qui prend au nettoyage une odeur infecte, est facilement vaincue par la porcelaine blanche, qui passe pour plus hygiénique, dans le sens étroit du mot. Cependant, elle accepte si gaiement le décor, que, si l’on inventait un procédé qui lui conservât quelque apparence d’originalité, elle reconquerrait vite le terrain perdu. On a essayé l’impression, le résultat est fort triste. On a essayé une application de papier chromo-lithographié : à la cuisson le papier brillait et s’évaporait, et le Ion laissé libre adhérait, mais le résultat encore avait une régularité mathématique ennuyeuse. On vient enfin de tenter un essai qui nous semble résoudre a; problème des temps modernes qui se dresse sur le seuil de toute industrie : produire beaucoup, produire vite, produire à bon marché, produire bien. On a confié à un artiste très-intelligent le soin de dessiner un certain nombre de types, soit de fleurs, soit de feuillages, soit d’oiseaux, et «le les graver fermement à l’eau-forte, en accusant bien les contours ou les divisions; ces contours seront imprimés sur l’assiette, et les intervalles seront remplis au pinceau par des
ISO
ÜHKKS-D'ŒIjVIIK DtS AIITS IN1IUSTKIELS.
ouvriers à la journée. Un aura ainsi un contour d’arlislc cl des milieux librement appliqués.
K litre les faïences, sur lesquelles nous nous sommes longuement arrêté, parce qu'elles occupent une place des plus im|Kirtanles dans la classification des arts décoratifs, et les grès cérames que Ziegler a tenté, de nos jours, de remettre à la mode, se placent les terres de pi|H!. C'est en Alsace et en Lorraine, provinces qui renferment plusieurs variétés d’argiles plastiques, que l’on a modelé les groupes les plus recommandables. Iles 1721, Charles Ilannoug, dont voici la marque, avait tenté de monter à Strasbourg une fabrique de porcelaine dure. Hélait fabricant de pi|ics.
Il lit souche de céramistes à llagucnau. — la fabrique deNidervillcr, qui avait été fondée vers 1 7ti0 parM. de Beyerlé, directeur de la Monnaie de Strasbourg, marqua de scs initiales les groupes si fins qu’elle moulait, à l’imitation de la Saxe. Plus tard, elle fut achetée par le général de Custinc, et on lit la date 1774 à la suite de deux C renversés et accolés. Cette fabrique occupa le sculpteur Lemire, et le sculpteur Cyfllé à qui la ville de Nancy doit les grandes ligures allégoriques des fontaines de la place Stanislas; celui-ci crû» à Lunéville, en 1708, une manufacture qui fil oublier la manufacture royale qui fonctionnait déjà dans celte ville, Les grands biscuits de Cyfllé sont composés avec goût, exécutés avec délicatesse, modelés avec une pâte très-blanche, très-ferme et très-lisse dont il n’a point laissé le secret, et dans la composition de laquelle entraient des os broyés; ils sont estampilles dans le socle « Terre
faïence émmu.Ee. IKI
île Lorraine. » Son établissement lut détruit dans les guerre» de la Révolution. Il était né à Bruges en 1724; il alla mourir en Belgique, en I 80fi, dans l’oubli et la misère. Ses groupes de petites dimensions représentent d’ordinaire des scènes badines, dans lesquelles les chasseurs entreprenants et les bergères naïves jouent le principal rôle. Ils sont décorés de tons roses et bleus, tiès-légers et très-artistes, le musée de Cluny possède un joli exemplaire du Cordonnier travaillant dans son échoppe et causant avec un merle qui sautille dans sa cage. Les faïenceries du pays possèdent encore les moules de ces ligurines ou de ces groupes, faciles à mouler, mais difficiles à réparer et à décorer au point de t rom per les experts. Comme ils sont livrés au public sans marque, je laisse à penser si les brocanteurs se font faute de les présenter pour d’anciennes épreuves. On exécute encore journellement des vases, des candélabres, des jardinières, des cache-pots du règne de faillis XVI, décorés de guirlandes ou de médaillons sus|>endusà des rubans. Avisait public, qui |ieut, dans la fabrique môme, se les procurer en toute connaissance de cause ô un prix modique, tandis que dans les boutiques borgnes, une seule pim* atteindra le prix de la garniture complète '.
A propos de la terre à modeler les pipes à tabac, qui est plus poreuse que celle de ces groupes et n’est pas vernie, Marpherson raconte, dans ses Amin In du commerce, une curieuse anecdote : Une manufacture établie en Flandre portait ombrage aux Hollandais ; ils n’auraient pu réussir à la faire crouler que par une im-
1 Kn 1X05, on a publié, dans la Chronique des arts et de la curiosité, b liste des inouïes qui existent encore à Saint-Clément : le Bélisaire, le Savetier, les Cris de Paris, 1* Agréable leçon, la Céda, Vénus et Adonis, etc.
rilF.FS-D'ŒI'VRF. DES ARTS I NRESTIIIELS.
porlatiou considérable, mais les droits qui frappaient leurs produits à la frontière étaient si élevés qu’il fallait renoncer à relie loyale concurrence. Ils frétèrent de pipes un grand vaisseau et lui tirent faire côte auprès d’Oslende. Il’après les lois en vigueur, la cargaison dut être vendue de suite. Elle le fut en effet, et à de si bas prix que la fabrique rivale fut deux ans sans travailler!
Les gris cérames, lins ou communs, remontent en Allemagne et dans le nord de la France à une liante antiquité. Ils semblent particuliers aux pays qui consomment la bière. le buveur ne tient apparemment pas à juger de la transparence du liquide; mais il y a un certain charme à suivre la mousse qui s’élève, légèrement teintée de topaze, par-dessus les bords, et glisse en longs pleurs sur les lianes gris d’une canette de Nuremberg. Les pots flamands et anglais datent du seizième siècle. Ils sont rudes encore dans la forme et l'ornementation, et n’approchent point de ceux que produisirent plus tard les Flandres et la Hollande. C'est toute une partie des domaines de la curiosité qui n’a guère été parcourue ni étudié»* par les érudits et qui mériterait de l’étre. Il y a en Allemagne, en Belgique, et nous connaissons à Bade de grands amateurs de grès décorés; mais en Franc»* on ne |x*ut guère citer comme séries importantes que celles des musées Sauvagcol et de Cluny. Là, presque toutes i»*s pièces portent des i’*cussons de tamillcs allemandes, des dates ou des monogrammes de |n>liers.
La plus célèbre collection de grès jaunes, blancs, gris, bleus, violacés, bruns, qui ait été réunie, était celle de M. Iluyvollcr, de Garni; à la vente qui »*n fut faite en I 864, certaines gourdes ou cruches dépassèrent 2,500 francs. Kilos étaient destinées aux
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(îrf'. il»1 FbiiMre*. — Collection SnMV«ign>i
FAÏENCE F.MAILLÉE. 185
dressoirs des bnrgs ou des palais; elles portaient d’ordinairo des armoiries, des devises ou des scènes de sainteté. Souvent aussi la riche bourgeoisie les commandait à propos d’un mariage, d'une naissance. Cette façon de faire entrer le mobilier dans la famille en lui confiant la mention des grands actes de la vie, et en en faisant une sorte de conservatoire respecté des archives, est bien touchante, et il est regrettable que cet usage soit lomlie en désuétude.
Comme tous les objets anciens, les grès allemands ou flamands ont été l’objet de contrefaçons d’autant plus redoutables que celte matière ne comportant pas des tons bien variés, un lion moule peut donner des exemplaires tout à fait trompeurs. Les grès pseudo-anciens viennent aujourd’hui surtout de Mayence.
La France, lira avais surtout et Savignies, ont produit des grès admirables, couverts d’un riche vernis de plomb vert ou marron. On y a surtout moulé des plats avec des sujets de la Passion et des sentis de fleurs de lis. En I 51 5, on en présenta à François 1" à l’occasion de son arrivée au trône, et l’usage subsista jusqu'au milieu du dix-septième siècled’en offrir aux tètes couronnées qui traversaient Beauvais. C'est une robuste et noble vaisselle. Quel parti on pourrait tirer de nos jours encore de ces magnifiques vernis verts dont on revêt en Provence les jarres à huile!
L’Angleterre importe en France des cruchons à eau, d’une forme très-simple, revêtus d’un vernis passant du ton mastic à celui du paiu brûlé. C’est un ornement charmant et plein de couleur pour une table de campagne, au milieu de corbeilles pleines de fruits et de fleurs. L’eau s’v conserve plus fraîche que dans lis carafes en verres.
iso CHEKS-mKi'vnK des arts iMUSTniEi.s.
Ziegler, à Vnisin-I.icu, mm loin dellcauvais, on 1KÔ9, fonda nno manufacture de grès cérame. C’élail un peintre de talcnl. Il avait, llicori<|uemcnt, étudié à fond la matière. Il publia un livre d’un
VA»r.t K T HOI TEI1. LK* t« Cftftf.
FaltrH|ur* de Ziegler, * YoKin-ltai.
grand intérêt, dans lequel les classi lirai ions tiennent trop de place, mais qui renferme sur l’ensemble de la céramique dos vues originales. Sa fabrication fut peu goûtée du public et cessa, je crois, en ixr.lï. Il livra d’intéressants modèles d’un goût vraiment mo-
dcme : ils sont aujourd'hui très- recherchés. Ils sont d’un jaune chaud ijiii devient très-riche lorsque le vase est rempli de feuillages et de fleurs. Sur les consoles d’une galerie, sur la table d'un château, on ne peut rien choisir, parmi les objets modernes, de plus décoratif (pie ces cornets sur la panse desquels grimpent des branches de lierre ou des pampres. Ils sont française! contemporains, et cette franchise d’allure leur assure de ne point périr dans l’oubli qui attend tous les pastiches.
C'est parce souvenir de sympathie pour une tentative, qui méritait un meilleur sort, que nous terminons celle première partie de notre rapide étude sur la Céramique. Ziegler, comme tant d’autres artistes, n'eut qu’un tort, — mais il est irréparable. — celui de ne point arriver à son temps.
l’OKCELA I NE
Y a-t-il en Chine un Dieu de U Porcelaine? — «h» le de la découverte de la porcelaine eu CIiiim*. — Elément» qui la composent. — Elle imite. mu> lu vtdonté de» céramistes chinois. toute» les sul*l.mces matérielles. — Mythologie, amour de la naluie, jardin», poésie. — Le» Chinois sont le» plu» habile» faussaire* du immde — Classement par fnmïllra. — Difficulté*» pour i donnait rc le» produit* de la Chine de « eux du Japon.
U*» Japonais. — II» iinilenl le» Chinois et le» »urpa»»ent. — Fausse» porcelaine» de la Chiuc et du J;i|>oii fabriquées à Pmi». — La porcelaine de» Indes au dix-huitième siècle et «le no» jour».
Introduction en Europe de la porcelaine orientale. — Le» prince» de ilédici* parviennent à Limiter. — Essai en Saxe de l’alchimiste Boelger. — Le hasard lui révèle uii gisement de kaolin. — La fabrique de Meissen et de Dresde.
Essai» en France de Claude Révérend et de Louis Poler.it — La inanularlurc de Saint-Cloud, Chantilly. — Marque» de» IhIm iques les |»lu» inléics*imte» de P Allemagne et de la France. — Fondation de Sèvres. — Découverte d'un gisement de kaolin à Saint-Yrieix. — Influente de Sèvres en Europe.*— Les Vase* de Fontenoy. — L’écritoire de Marie-Antoinette. — Prix énormes. — Décadence passagère. — Les (aux. — Essais d’une Renaissance. — Le» plaque» sur céladon «le II. Solon. — Décor |«r impression. — Conclusion.
Si un pays avait le droit de diviniser l’Iionune qui avait inventé la poreelaine, c’était bien la Chine. Longtemps on crut en Europe à l’existence de cette divinité. Le Père d’Entrecolles, un jésuite missionnaire du commencement du siècle dernier, qui nous a laissé des notes curieuses sur la Chine, raconta qu’un empereur avait voulu qu’on lui (il des porcelaines sur un certain modèle. On avait vainement représenté à Sa Majesté que la chose n’était pas possible ; les officiers envoyés pour surveiller les travaux activaient inutilement à coups de rotin l’imagination et le zèle des artistes : l'un de ceux-ci entin, pris de désespoir s’élance dans le foyer et y est consumé en un instant. O merveille ! La cuisson a réussi, et la pièce de porcelaine sort du four telle que l’avait rêvée le Néron aux yeux obliques! C’était le moins qu’on lit de ce martyr un héros, un demi-dieu ! Il n’en fut rien. De uos
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OIIKKS-l»-(EUVnE ItKS AI1TS INHUSTUIKI.S.
jours, les savants, qui n’ont aucune déférence pour la légende, ont reconnu dans le |>oussnh obèse et rieur, que l'on nous donnait pour le dieu de la Porcelaine, Pou-Taï, le dieu du «Parlait contentement. »
Ce sont aussi nos sinologues modernes qui ont infiniment rapproché de nous l’invention de la poreelaine que l’on croyait se perdre dans une antiquité fabuleuse; elle ne daterait, selon M. Stanislas Julien, de guère plus d’un siècle avant Père chrétienne. Il est bien entendu que celle date ne s’applique strictement qu’à la pâte kaolinique, et que l'on fait toutes réserves pour le reste des produits céramiques en terre cuite ou en grès. Le boccaro, par exemple, qui est un grès cérame d’une pâte extrêmement line et légère, brune, rouge ou chocolat, porte souvent l’empreinte de cachets très-antiques. Mais les pièces de (xircelaine dont on a ingénieusement indiqué la période à l’aide des personnages ou des emblèmes formant le décor, ne remontent certainement point au delà de notre moyen âge.
Expliquons de suite la composition de la porcelaine, telle que l’ont donnée MM. Elielmen et Salvetat, d'après l’analyse des matières premières qui leur furent envoyée* directement de la Chine.
En Europe?, comme dans le royaume bleu, on soumet au lavage les kaolins bruts pour en retirer la matière argileuse, que l’on mêle ensuite avec des sables quartzeux et feldspathiqucs, réduits en poudre impalpable par le broyage et les lavages répétés. Les kaolins chinois, de même que ceux d’Europe, proviennent évidemment de la désagrégation et de la décomposition de roches granitiques; c’est ce qui forme le corps de la pâle. Les pe-lun-lzé, qui sont la partie vitreuse, protectrice du noyau blanc qui serait
l'OlKlKI.AINK.
rayablu et comme spongieux, sont des feldspalhs compacts ou des pétrosilex. La p:He et la couverte chinoises sont notablement plus fusibles que celles de nos porcelaines et se cuisent conséquemment à une température moindre. Chacun sait que ec qui différencie la porcelaine de la faïence sèche ou émaillée, c’est la translucidité, l'homogénéité parfaite de la couverte extérieure et du noyau intérieur, et une dureté telle qu’elle jette sous le briquet des étincelles. Elle subit sans éclater, dans les usages de la vie, l’action de l’eau bouillante ou du feu. Elle ne retient aucune partie graisseuse après le lavage à l’eau pure et chaude. Elle résiste à la morsure des substances chimiques les plus violentes sauf à celle de l’acide Iluorhydrique.
Il est très-probable qu’elle prétendit, au principe, imiter le jade, cette sorte de pierre vitreuse qui se récolte en Chine, par petits échantillons dans le lit des rivières. Le jade est d’une dureté telle qu’il ébréche l’acier, et si, ce que l’on est amené à soupçonner par le nombre de pièces qui en sont entrées en Europe, si les ouvriers n’ont pas quelque secret pour en attendrir la compacité, tel vase ou tel groupe a dû coûter le travail sans relâche de la vie d’un homme. Confucius le regardait comme le symliolc de toutes les vertus. Il n’y a rien que de naturel à ce que les potiers, qui, dans ce [ri y s antique et rélléchi, avaient atteint une extrême habileté, tendissent à fac-similer une gemme d’un si grand prix. Le kaolin leur permit d’y arriver. On appelle aujourd’hui dans le commerce hollandais ou français « la marque à l’F» un signe chinois qui rappelle la forme européenne de celte lettre;
il signifie yu, jade, et se trouve sous des pièces relativement mo-
dénies, mais d’une belle qualité. En Chine on tient pour de
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CHKi’S-ll'tEUVUK UKS AIU' S INhUSTHIELS.
liantes curiosités des pièces fabriquées en l’an 600, par un potier célèbre nommé Tha-yu, pour un empereur, et qu’on appelle « vases de jade factice. » Au jatle encore se rapporte l’Iiistoire de l’hirondelle blanche, qui passe et voltige dans les romans chinois : l’empereur Han-vou-ti recevait dans son palais de Tchaoting les visites d’une fée. Un jour elle y oublia une épingle de jade qu’elle avait retirée de sa coiffure. L’enipereur en lit présent à la favorite Fey-ycn. Plus lard, sous le règne de son successeur, les femmes du palais découvrirent ce bijou magique, furent effrayées de son éclat, qui leur paraissait surnaturel, et après avoir passé la nuit à se consulter , elles résolurent de le briser. Mais quand elles ouvrirent la boite dans laquelle la veille elles l’avaient entériné, il s’en échappa une hirondelle blanche, qui disparut comme un trait dans l’azur profond.
lais céramistes chinois réussirent au delà de tout ce qu’on |miuvait désirer. Us 610111 de la |Hircelaine une substance magique qui accepta toutes les formes, tous les tons, qui se plia à tous les caprices, et l’on sait si l'imagination décorative cl l’habileté imitative des artistes duCélestc-Empire connaissent des bornes : c’est le chien de Fo, barbu, moustachu, frisé comme un bichon, liarliouillé de rouge et de vert, qui au seuil des temples ou des jardins ouvre la gueule, lire la langue et montre les dents ; c’est une carpe et ses carpeaux, qui se tordent, les ouies palpitantes, au milieu d’une touffe de roseaux ; c’est une pèche qu’un rat des jardins entame ; dans les racines entremêlées d’une tige de bambou rampe un crajiaud au dos bombé; là une lleur de nélumbo s’épanouit el forme une lasse dont la théière est faite de telle sorte, que non-seulement ses anneaux mobiles ont été pris dans la masse, mais que scs parties
l'Ult CKLAINt.
sonl concentriques et tournent sur elles-mêmes, sans (|ue l’on puisse comprendre comment à la cuisson on a obvié à l’adhérence ; cette lasse a été recouverte extérieurement d’une couche de Impie, et ce bol est aussi (in et aussi nacré que la coquille d’un œuf du tourterelle... Ce qui fait ici l'immense supériorité des potière chinois sur Ire nôtres, c’est qu’ils parlent toujours de l’imitation, plus ou moins libre, plus ou moins capricieuse, d’un produit naturel. L’objet, si singulier qu’en soit le profil, offrira toujours à l’esprit un souvenir proche ou lointain d’un objet réel : les fleurs et les fruits, les vermisseaux et les monstres, les nuages et les flots, les éclairs et la pluie, les tiges coupées et les coquilles vides, rien ne leur a semblé indigne d’attention , et ils ont gagné à cette élude incessante et naïve des caprices on des fonctions de la vie cl de la nature, des êtres et des phénomènes, de se rajeunir sans cesse par mille nuances délicates.
Certaines formes chinoises sont aussi pures que les plus pures que nous ail léguées la Grèce, celles surtout qui remontent à une haute antiquité. Si elles nous inquiètent parfois, c’est que notre éducation classique nous a mis en garde contre tout ce qui est vie, couleur et mouvement, mais il faut leur rendre cette justice que, même dans leurs expressions vulgaires, elles dépassent du beaucoup les imitations, que les nations occidentales répètent avec tant de peine, des types grecs ou latins. Celte incessante variation du vase Médieis qui dure en France depuis le triomphe du la Renaissance italienne, cette insistance de nos artistes à faire entrer la figure humaine, soit comme support, soit comme relief dans l'ornementation, sont des abus qui ne nous frappent plus parce que nous sommes blasés sur ce qui nous entoure. N’csl-ce pas infiniment
CIIKKS-U'Œl V UK UKS AHTS INÜUSTKIKLS.
moins intéressant et logique qui; l’imitation , si indépendante ut fantaisiste qu’elle puisse être, des merveilles de la nature 'l
Nous ne voulons pas pousser plus loin qu’il ne eonviendrait notre admiration ]wur un peuple dont tant de points d’origine, d’antiquité, de philosophie, de climat, nous séparent. Les Chinois ont une certaine tendance vers le violent et le tortillé, dont l’esprit européen, plus froid et plus critique, s’accommoderait mal. Ce qu’ils aiment, c’est la silhouette rompue ; la ligne courbe les charme ; leurs portes et leurs fenêtres sont rondes ; l’angle des dix toits superposés de la fameuse Tour de porcelaine, qu’ont détruite il y a quelques années les rebelles, se recourbait comme l’ongle du petit doigt d’un lettré de première classe. Leurs architectes seraient réellement capables de trouver, à Paris, froids et lourds les profils de la Madeleine....
C’est aux Chinois, bien plus justement qu’aux Japonais, que MM. de Goncourt devaient adresser ce paragraphe coloré de leur dernier livre : « Là-bas le monstre est partout. C'est le décor et presque le mobilier de la saison. Il est la jardinière et le brûle-parfum. Le potier, le bronzier, le dessinateur, le brodeur, le sèment autour de la vie de chacun. Il grimaee, les ongles en colère, jusque sur la robe de chaque saison. Pour ce inonde de femmes («des aux |>aupières fardées, le monstre est l’image habituelle, familière, aimée, presque caressante, comme est pour nous la statuette d’art sur notre cheminée. » Ce monstre est a vrai dire presque toujours un animal sacré : le cheval merveilleux qui sortit d’un fleuve aux yeux du philosophe législateur Fou-hi, portant sur son dos les huit caractères mystiques ; le Fong-hoang, oiseau immortel qui servit d'armoiries aux anciennes dynasties et auquel on a plus récemment