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substitué, comme symbole impérial, le dragon à cinq griffes; le Ki-lin, quadrupède au corps couvert d’écailles, à la tête rameuse, si doux qu’il se détourne dans son élan le pins rapide pour éviter de fouler un vermisseau ; le Dragon, esprit de l’air et des montagnes, sur lequel fut enlevé au ciel avec soixante-dix fidèles serviteurs l'empereur Hoang-ti: plusieurs des autres courtisans cherchèrent à s'accrocher aux barbes du reptile sacré, mais les barbes s’arrachèrent cl ils tombèrent lourdement à terre. Et qui sait si ces bétes, que notre (erre épuisée ne pourrait plus nourrir, n’ont point piétiné les fanges, foulé le sol, fendu les flots, traversé les éclairs du inonde ancien? Oui peut affirmer que les ancêtres ont menti, et que l’imagination fortement ébranlée des peuples primitifs ne nous a pas transmis les traits généraux de monstres disparus? I.a science qui ressuscite d’une part ce qu’elle lue de l'autre n’a-t-elle pas reconstitué dans ces dernières années plus d’un animal fabuleux? L’épiornis passait jusqu’à ce jour pour n'avoir volé que dans le ciel des Mille et une nuits : si on n’avait retrouvé par hasard la coquille d’un de ses œufs gros comme un obus, un de ses fémurs solide comme un aviron, les hommes graves ne croiraient point encore au récit de l’Oiseau-Rock !
l’Ius on a él udié sincèrement le génie chinois, dans sa céramique ou ses bronzes, plus on a pénétré dans son pays intérieur parles relations des voyageurs, plus on a relu ce qui a été traduit de son théâtre, de son roman ou de sa poésie et plus on se sent pris d’intérêt pour celte race sénile et mélancolique qui semble, après d’interminables successions de siècles, avoir épuise* toutes les combinaisons de l'esprit, des arts et des métiers. De toutes celles qui quittèrent lesplateauxde l'Inde pour coloniser l’Asie, ce fut la rare
CIIKPS-D’ŒPYRE DES AltTS INDUSTRIELS.
In mieux douée, la (dus forle, la plus palicnle, la plus chercheuse. Son plus grand malheur fui peut-être d’avoir vieilli sur place sans avoir élé rajeunie comme l'Europe par des immersions successives et répétées d’invasions barbares. L’esprit de, la Grèce, celui de Itome et celui des races du Nord, se combattant et se remplaçant tour à tour, ont formé cet esprit européen, sonore et compliqué comme ce métal qu’on recueillit après l’incendie des palais de Byzance et qui était formé de cent métaux différents. Les Ghiuois ont au contraire toujours absorbé leurs conquérants.
Gomme ils aiment la nature! S'ils la plient à leur fantaisie jusqu’à orner leurs appartements de chênes qui n'ont qu’un pied de haut et de pêchers dont les fruits sont gros comme une noisette, avec quelle volupté ils vont au printemps respirer dans les vallées les parfums de l’abricotier el du nélumlio en fleurs. Ceux de leurs romans qui ont été traduits en français, les lieux cousines, les Deux couleurrts fies, les Jeunes filles lettrées , sont pleins de ces rendez-vous que les amis se donnent au retour des beaux jours, prétextes à dis défis de poésie en vidant des tasses de saki.
Un pied de variété de pivoine se paye à Pe-king au delà de deux cents francs, laturs jardins ont servi de modèle, au dixhuitième siècle aux jardiniers anglais, et c'est de ce moment que date la défaite des parterres où le soleil nous dévorait, et des buis taillés en brosse à moustache. Un officier français qui faisait partie de l’expédition de Chine et qui en a rapporté plusieurs objets précieux, le capitaine Negroni, a décrit en ces termes les jardins de ce Palais d’été qui fut réduit en cendres par les barbares de l’Occident : u Les jardins étaient féeriques : c'étaient des collines couvertes d’arbres en fleurs, séparées par des vallons où serpentaient
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dos piviftrrs artificielles et des bassins aux eaux limpides; des chemins tortueux et des galeries eirrulaires; des bosquets touffus, des sentiers sinueux coupés par des massifs de fleurs ; çà et là des kiosques, aux tuiles émaillées de différentes couleurs; des ruisseaux Ixirdés par des rochers, traversés par des ponts embellis de balustrades sculptées, et des grands dragons, attributs de la puissance impériale ; au centre on voyait un lac d’une prodigieuse étendue, où s’élevait une île formés1 de rochers, qui servait de base à un joli pavillon. »
féest dans la nature, et non dans les vagues combinaisons des laboratoires, qu’ils ont puisé leurs splendides décors : ils ont le violet d’aubergine, le ronge de haricot , ils ont le blanc pur, laileux, épais du pétale de camellia, le vert de l’émeraude et le lapislazuli veiné d’or. Le « bleu du ciel après la pluie, » ce ton insaisissable de l’azur voilé par quelques vapeurs attardées, leur a été proposé par un de leurs empereurs, cl ils l’ont exprimé jusqu'à décourager notre grand paysagiste Corot lui-même. Il est tel vas»1 de porcelaine que vous croiriez de bronze, et tel autre que vous prendriez pour un objet d’orfévrerie Ouvriers attentifs aux moindres détails du métier, ils ont su aussi se servir des moindres accidents, et en tirer les effets les plus extraordinaires. Ce craquelé qui, sur certaines pièces, est espacé comme les mailles d’un filet de pêcheur, ici il est fin comme le dos d’une truite, et là régulier comme les alvéoles d’un gâteau de miel; vraisemblablement, au principe, ce dut être le résultat d’un manque d’homogénéité entre le noyau et la couverte qui revêtait les vases dits Céladons : l’intérieur se rétrécissant plus que la surface extérieure, celle-ci se trouve infiniment fendillée. !,es flambés sont encore dus à ces jets de chaleur,
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— car les gaz sont tellement incandescents qu’on ne saurait plus parler de flammes, — qui lèchent telle portion de la paroi d’une pièce, et, en portant la température à un degré plus élevé, modifient le tondes éléments minéraux qui la décorent : «La couverte haricot, dit à ce propos M. Jacquemart qui a le mieux parlé des arts de l’Orient pour les avoir le plus sincèrement étudiés, arrive à prendre un aspect des plus pittoresques; dis colorations veinées, changeantes, capricieuses comme la flamme du punch, diaprenl sa surface : l’oxydule rouge passant au bleu pâle par le violet, et au protoxyde vert, s’évapore même complètement dans certaines saillies devenues blanches, et fournit ainsi d’heureux accidents interdits au travail du pinceau. »
Ces beaux tons unis, violet, bleu turquoise, vert, que l’inégalité calculée et habilement dissimulée de l’épaisseur du décor fait vibrer sourdement et comme palpiter, sont attribués aux plus anciennes fabrications et sont vivement recherchés. A la vente de Férol (mars lXtiô), une petite urne de onze centimètres de hauteur, ovoïde, à bord renflé en bourrelet, entièrement émaillée en vert feuille de camcllia , à grandes craquelures, atteignait 1 ,205 francs : (die vaudrait le double aujourd’hui qu’elle est entrée dans la précieuse collection de M. II. Barbet de Jouy. Plus récemment, une carpe avec ses carpeaux, émaillés de violet intense, dépassait 5,000 francs. Dans le milieu du dix-huitième siècle, un magot dépareillé bleu turquoise', se vendait déjà à Paris 340 livres.
Ce n’est pas que les céramistes chinois contemporains ne soient capables de refaire, aussi bien que possible, res merveilles du décor et de la cuisson. la; Chinois porte jusqu’au génie le sentiment de l’imitation. On sait la mésaventure d’un capitaine anglais qui, sur
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son pantalon de gala, avait renversé un encrier : il relâche dans un port de la Chine, appelle nn tailleur et lui demande s'il |>eiil (aire Ihhriquer dans le pays un drap semblable et lui en exécuter un pantalon; le tailleur répond affirmativement, et quinze jours après rapporte un pantalon si semblable... que la tache d'encre avait été scrupuleusement imitée. — De tous temps, les mandarins chinois ayant prisé très-haut les |iorcelaines antiques, il s’est rencontré des faussaires pour les imiter. Voici un trait que raconte un de leurs auteurs à propos d’un célèbre artiste appelé Tcliconlan-lsiouen : Comme il passait à Pi-ling, il alla rendre visite à Thang, président des sacrifices, et lui demanda la permission d’examiner A loisir un ancien trépied en porcelaine de Ting qui était l’ornement de son cabinet. Avec la main il en obtint la mesure exacte ; puis il prit l’empreinte des veines du trépied à l’aide d’un papier qu'il serra dans sa manche. Six mois après il revint et fil une nouvelle visite au seigneur Thang. Il sortit alors de sa poche un trépied et lui dit : « Votre Excellence |)ossède un trépied cassolette
sorti; »r. rmim camoisr.
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en porcelaine blanche de Ting, en voici nn semblable que je possède aussi. » Thang fut rempli d’étonnement. Il le compara avec le trépied ancien, qu'il conservait précieusement, et n’y trouva pas un cheveu de différence. Il y appliqua le socle et le couvercle du sien, et reconnut qu’ils s’y adaptaient avec une admirable préei-
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--ion. Alors seulement Tchcoii avoua sa fraude ou pluléii si myslilicalion. On conçoit qu’avec des faussaires aussi habiles il est bien dilllrile, pour les experts européens, de ne pas être induit en erreur!
LesCliinois sont très-collectionnours,li'èvriches, très- patients. L‘ goût des collections ne semble pourtant pasêtre très-ancien chez eux. Au moins au dix-septième et au dix-huitième siècle, les Hollandais importèrent-ils en Kuropc des morceaux très-précieux, que depuis ils ont en grande partie recherchés pour les réimporter en Chine. On affirme qu’à la suite du sac du Palais d’été, qui était comme le Couvre, le Versailles et le magasin des menus plaisirs réunis des empereurs, les mandarins rachetèrent de nos soldats jusqu'aux tessons de porcelaines antiques qu'ils avaient ramassés. Il est certain qu’il est nouvellement pénétré peu de morceaux notables en France.
Ce n’est qu’une longue pratique, jointe à l’instinct naturel, qui peut faire reconnaître que les pièces de fabrication moderne sont. )iar exemple, moins sonores que les anciennes. Les plus anciennes pièces signalées jusqu’à ce jour ne remontent pas, du reste, plus liant que la dynastie des Ming, qui régnait dans le quatorzième siècle. Les marques que plusieurs auteurs ont publiées, notamment M. Stanislas Julien dans son Histoire de lu Porcelaine chinoise, ne peuvent servir que comme un renseignement vague et toujours péri lieux. Ces marques en bleu, telles qu’une feuille ou une sorte d’équerre nouée par des rubans, sont, non pas des marques de fabrique, mais des signes de destination religieuse ou honorifique. Mais qu’importent les marques?
Dans les pièces décorées, si les copies textuelles, absolues, littérales, restent toujours susceptibles d’embarrasser le connaisseur,
PORCELAINE
ans
le costume, li's attrihuLs, le sujet , l’exécution, le choix «le certains inolils répétés, permettent du moins des classifications générales. Dans ce pays du rite par excellence, lorsque tel système de décor a été mis à la mode par des influences régnantes, la politique, la philosophie ou la littérature, il a été pendant de longues années reproduit aussi strictement que tel type hiératique adopté par l’art égyptien. On a divisé ces décors en « familles ».
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I,i « famille verte » est facilement reconnaissable. Outre qu’elle est signalée aux yeux par un vert franc et riche, qui s’enlève chaudement sur une pâle d’un blanc un peu crémeux, les personnages qu’elle offre sont le plus souvent des lettrés récitant îles vers, des
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philosophes méditant on des divinités évoquées. Comme la dynastie de Ming avait adopté pour livrée le vert, — In dynastie actuelle, qui est d’origine lartare, a choisi le jaune, — on peut supposer que c’est dans le quinzième siècle que ce déeor fut florissant. Si vous y distinguez un guerrier, ce sera quelque descendant de celui dont Li-taï-pé', le grand poêle de la dynastie des Thang {l’an 750 de notre ère), a peint le terrible portrait : « L’homme des frontières, en toute sa vie, n’ouvre pas même un livre; mais il sait courir à la chasse, il est adroit, fort et hardi. — A l’automne, son cheval est gras, l’herbe de scs prairies lui convient à merveille; quand il galope il n’a plus d’ombre. Quel air superbe et dédaigneux! Son fouet sonore frappe la neige ou résonne dans l’étui doré. — Animé par un vin généreux, il appelle son faucon et sort au loin dans la campagne. Son arc, arrondi sous un effort puissant, ne se détend jamais dans le vide; deux oiseaux tombent souvent ensemble, abattus d’un seul coup par la flèche sifflante. — I,es gens au lvoril de la mer se rangent tous pour lui faire place... » On reconnaît encore dans la « famille verte » des scènes mythologiques, des traits d’histoire, des délassements familiers aux temps anciens, des types robustes d’hommes aux yeux bridés, aux pommettes hautes, à la barbe rare et pendante, au crâne dénudé comme celui du pélican.
Si un argument basé sur l’instinct est acceptable, mille traits secrets nous portent à croire que ce qu’on appelle « la famille
1 Poésies di* l'époque dr* Thang , septième, huitième el neuvième siècles de noire ère, traduites du chinois pour In première fois, par le marquis dTlervey Saint* Denis.
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ruse, » est tout au moins originaire du Japon. Mais c’est ici <|u’il nous faut avouer que l’on ne sait, à peu près pas du tout, reconnaître ce qui différencie la porcelaine de la Chine de la porcelaine du Japon, si ce n’est que celle-ci a toujours passé, depuis le dix-huitième siècle, pour être la plus parfaite et la mieux décorée. Tout récemment, quand les ambassadeurs japonais vinrent en I rance, ils parurent fort surpris qu'on leur posât celte question. Dans le musée céramique île Sèvres, ils ne surent distinguer aucune pièce et affirmèrent que dans leur pajs on ne se préoccupait pas de ce triage. Naïfs Japonais) Sancla simplicitas, qui ne fait point contrôler la jouissance par l’érudition !
C’est de la Corée, au printemps de l’an ‘27 avant Jésus-Christ, que le Japon reçut les seerets de l’art de la porcelaine, lai Corée est cette presqu'île qui, terminant au sud la Manlehuurie, s’avance comme un promontoire entre la mer du Japon et la mer Jaune. C’est à la Corée, qui semble destinée à servir de lien amical entre l’ile de Nipon et la Chine, quq l’on doit certaines porcelaines d’une apparence archaïque et robuste. Fils d’une race line, ardente et artiste autant et plus qu’aucune autre au monde, le Jajionais saisit rapidement tous les secrets de la fabrication, et imprima au décor un caractère de charme et d’éclat qui certainement n’a jamais été dépassé. Ixs plus anciennes porcelaines sont , dit-on, reconnaissables à la marque que laisse sur le revers l’empreinte des cinq ou six petits morceaux de pâte qui, pendant la cuisson, maintenaient l’assiette ou le plat. Ce détail existe sous ce beau plat à hérons reproduit ci-derrière ; il est encore un détail que le dessinateur n’a pu retidre : dans le marlv, et sous les branches ou les feuilles dorées qui s’étalent entre les oiseaux, on distingue,
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eu relief dans la pâle, tics marguerites ou chrysanthèmes, Heur qui appartient au prince souverain de celle île féodale, comme le lis appartenait à nos anciens rois.
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C’est donc au Japon qu’il faudrait rendre, au moins comme invention première, toute cette famille où domine un Ion de rose ordinairement réchampi de noir, d’une délicatesse admirable. Il suflit de feuilleter les albums, modernes il est vrai, mais peignant en traits vifs et rapides la physionomie de ce peuple spirituel