II. Grandeur et faiblesse de l'homme
...Que l'homme contemple donc la nature entière dans sa haute et pleine majesté, qu'il éloigne sa vue des objets bas qui l'environnent, qu'il regarde cette éclatante lumière mise comme une lampe éternelle pour éclairer l'univers; que la terre lui paraisse comme un point, au prix du vaste tour que cet astre décrit, et qu'il s'étonne de ce que ce vaste tour lui-même nest qu'un point très -délicat à l'égard de celui que les astres qui roulent dans le firmament emhiassenl '. Mais si notre vue s arrête là, que l'imagination passe outre ; elle se lassera plus tôt de concevoir que la natun' de fournir. Tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature ^ ; nulle idée n'en approche. Xous avons beau eufler nos conceptions au delà des espaces imaginables, nous n'enfantons que des atomes au prix de la réalité des choses : c'est une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part*; enfin c'est le plus grand caractère sensible de la tontepuissance de Dieu que notre imagination se perde dans cette pensée.
Que riiomme étant revenu à soi considère ce qu'il est au prix de ce qui est; qu'il se regarde cotnme égaré dans ce canton détourné de la nature; et que de ce petit cachot où
1 Qaelle langae magnifîqae ! La phrase de Pascal a ici l'ampleur et l'harmonie de celle de Bossuet
- Pascal avait d'abord écrit : n'est qu'un alome dnns l'immentiU ; et ensuite : dans Y umpUiude de la nature.
■^ Celte comparaison célèbre n'est point de Pascal. Dès le treizième siècle, \ incent de Beauvais la donnait dans son Miroir historique, en l'altribnant à Empédocle : Detis est spheru , cujus ceiitrum iibiqiif , circiim/frentia niisqunm.
so Irouvp logi- , j'entends l'univers ^ , il apprenne à estimer terre, les royaumes, les villes et soi-même son juste
Q'est-ce qu'un homme dans l'infini? Mais, pour lui prénter un autre prodige aussi étonnant, qu'il recherche dans ; qu'il connaît les choses les plus délicates; qu'un ciron i offre dans la petitesse de son corps des parties incompablement plus petites , des jambes avec des jointures, des 'ines dans ces jambes, du sang dans ces veines, des hneurs dans ce sang, des gouttes dans ces humeurs, des ipeurs dans ces gouttes; que, divisant encore ces derniè- •s choses, il épuise ses forces en ces conceptions et que le îrnier objet où il peut arriver soit maintenant celui de no- 6 discours; il pensera peut-être que c'est là l'extrême pelisse de la nature. Je veux lui faire voir là dedans un abîme ouveau. Je lui veux peindre non-seulement l'utiivers visible , ais l'immensité qu'on peut concevoir de la nature dans enceinte de ce raccourci d'atome ^. Qu'il y voie une inliité d'univers, dont chacun a son firmament, ses planètes, i terre, en la même proportion que le monde visible, dans ette terre, des animaux, et enfin des cirons, dans lesquels retrouvera ce que les premiers ont donné; et, trouvant icore dans les autres la même chose , sans fin et sans repos , u'il se perde dans ces merveilles aussi étonnantes dans leur elilesse que les autres par leur étendue : car qui n'admifra que notre corps , qui tantôt n'était pas perceptible dans univers, imperceptible lui-même dans le sein du tout, lit à présent un colosse, un monde ou plutôt un tout à égard du néant où l'on ne peut arriver?
Qui se considérera de la sorte s'effrayera de soi-même , et , l' considérant soutenu dansla masse que la nature lui a donnée ntre ces deux abîmes de l'infini et du néant, il tremblera ans la vue de ces merveilles, et je crois que sa curiosité, i changeant en admiration, il sera plus disposé à les con- 'mpler en silence qu'à les rechercher avec présomption. Car enfin qu'est-ce que l'homme dans la nature? Un néant
1 Par l'univers, Pascal entend le monde visible, qu'il considère
imme un canton détourné de la nature. - Port-Royal avait reculé devant la liardiesse de cette expression, et avait mis à la place tiiome impinrpiib/c. C'est M. P. Faugère qui a
eslitué la véritable leçon.
à l'éfjard do rinfini, im (ont à l'égard du nt-aiit, un milieu I t'ntri! rirn et toiil. Infinimont éloitjné dfi oornprrndre I ('xlr(^nios, la fin des choses et leur principe sont pour Im invinciblement cachés dans un secret injpénétrahle ; éj{al<ment incapable de voir le in-ant d'où il est tiré et l'infini où il est cnjjlouli.
Que fera-t-il donc , sinon d'apercevoir quelque appareil . du milieu des choses, dans un désespoir éternel de conn.i tre ni leur princij)e ni leur fin ? Toutes choses sont sorlii du néant et portées jusqu'à l'infini. Qui suivra ces étonnantes démarches? L'auteur de ces merveilles les comprend ; tout autre ne le peut faire.
Manque d'avoir contemplé ces infinis, les hommes sont portés témérairement à la recherche de la natun , comme s'ils avaient quelque proportion avec elle.
C'est une chose étrange qu'ils ont voulu comprendre les principes des choses, et de là arriver jusqu'à connaître toiil, par une présomption aussi infinie que leur objet, car il est sans doute qu'on ne peut former ce dessein sans une présomption ou sans une capacité infinie comme la nature!
Quand on est instruit, on comprend que la nature ayant gravé son image et celle de son auteur dans toutes choses, elh tiennent presque toutes de sa double infinité. C'est ainsi que nous voyons que toutes les sciences sont infinies en l'étendue de leurs recherches; car qui doute que la géométrie , par exemple, a une infinité d'infinités de propositions à exposer? Elles sont aussi infinies dans la multitude et la d('lieatesse de leurs principes; car qui ne voit que ceux qu'on propose pour les derniers ne se soutiennent pasd eux-ménii et qu'ils sont appuyés sur d'autres qui, en ayant d'auli pour appui, ne souffrent jamais de dernier?
Mais nous faisons des derniers qui paraissent à la raisoi comme on fait dans les choses matérielles, où nous appelon un point indivisible celui au delà duquel nos sens n'aper çoivent plus rien, quoique divisible infiniment et par sa na ture. De ces deux infinis de sciences, celui de grandeur es bien plus sensible, et c'est pourquoi il est arrivé à peu di personnes de prétendre connaître toutes choses. « Je vai parler de tout. « disait Démocrite.
Mais l'infinité en petitesse est bien moins visible. Les phi losophes ont bien plutôt prétendu d'y arriver, et c'est là O!
ous ont achoppé. C'est ce qui a donné lieu à ces titres si irdinaires : u Des principes des choses... des principes de la ihilosophie, » et autres semhlables, aussi fastueux en effet, juoique non en apparence, que cet autre qui crève les jeux : De omni re scibili.
On se croit nalurolleiiient hicii plus capable d'arriver au entre des choses que d'embrasser biir circonférence. L'éendue visible du monde nous surpasse visiblement; mais, •omme c'est nous qui surpassons les petites choses, nous lous croyons capables de les posséder, et cependant il ne aut pas moins de capacité pour aller jusqu'au néant que usqu'an tout. Il la faut infinie pour l'un et l'autre, et il me semble que qui aurait compris les derniers principes des loscs pourrait aussi arriver jusqu'à connaître l'infini : l'un lépend de l'autre, et l'un conduit à l'autre; les extrémités e louchent et se réunissent à force de s'être éloignées, et e retrouvent en Dieu, et en Dieu seulement.
Connaissons donc notre portée ; nous sommes quelque •hose et ne sommes pas tout. Ce que nous avons d'être nous érobe la connaissance des premiers principes, qui naissent lu néant, et le peu que nons avons d'être nous cache la vue e l'infini.
Xotre intelligence tient dans l'ordre des choses intelligibles e même rang que notre corps dans l'étendue de la nature. Borné en tout genre, cet état qui tient le milieu entre leux extrêmes se trouve en toutes nos puissances.
Nos sens n'aperçoivent rien d'extrême; trop de bruit nous assourdit, trop de lumière éblouit, trop de distance et trop e proximité empêchent la \rue. . . Nous ne sentons ni l'extrême chaud ni l'extrême froid. Les quaUtés excessives nous sont ennemies et non pas sensibles; nous ne les sentons plus, nous les souffrons. Trop de jeunesse et trop de vieillesse empêchent l'esprit, trop et trop peu d'instruction. Enfin les choses extrêmes sont pour nous comme si elles n'étaient point, et nous ne sommes point à leur égard; elles nous échappent, on nous à elles.
Voilà notre état véritable. C'est ce qui nous rend incapables de savoir certainement et d'ignorer absolument. Nous voguons sur un milieu vaste, toujours incertains et flottants, poussés d'un bout vers l'autre. Quelque terme où nous pensions nous attacher et nous affermir, il branle et nous quitte;
r»2 P A se AI,.
r( , si nous \o suivons, il écliappo à nos prises, nous «jlissp i't fiiil rl'niii^ l'iiilc ('lornfllc Rifn no s'arr^'fc pour nous , c'est l'état qui nous est naturel et toutefois le plus contraire a notre inclination ; nous brûlons de désir de trouver une assiette ferme et une dernière base constante pour y édifier une tour qui s'élève à l'infini, mais tout notre fondement craque et la terre s'ouvre jusqu'aux abîmes.
* ... Les principales forces des pyrrhoniens, je laisse les moindres, sont que nous navons aucune certitude de la vérité de ces principes, hors la foi et la révélation, sinon en ce que nous les sentons naturellement en nous; or ce sentiment naturel n'est pas une preuve convaincante de leur vérité, puisque n'y ayant point de certitude hors la foi , si l'homme est créé par un Dieu bon, par un démon méchant, ou à l'aventure, il est en doute si ces principes nous sont donnés ou véritables, ou faux, ou incertains, selon notre origine. De plus, que personne n'a d'assurance, hors | de la foi, s'il veille ou s'il dort, vu que durant le sommeil on croit veiller aussi fermement que nous faisons; on croit voir les espaces, les figures, les mouvements; on sent couler le temps, on le mesure, et enfin on agit de même qu'éveillé ; de sorte que , la moitié de la vie se passant en sommeil, par notre propre aveu, où, quoi qu'il nous en paraisse, nous n'avons aucune idée du vrai, tous nos sentiments étant alors des illusions, qui sait si cette autre moitié de la vie où nous pensons veiller n'est pas un autre sommeil un peu différent du premier, dont nous nous éveillons quand nous pensons dormir?
Voilà les principales forces de part et d'autre. Je laisse les moindres, comme les discours que font les pyrrhoniens contre les impressions de la coutume, de l'éducation, des mœurs, des pays, et les autres semblables, qui, quoiqu'elles entraînent la plus grande partie des hommes communs , qui ne dogmatisent que sur ces vains fondements , sont renversées par le moindre souffle des pyrrhoniens. On n'a qu'à voir leurs livres si l'on n'en est pas assez persuadé, on le deviendra bien vite et peut-être trop.
Je m'arrête à l'unique fort des dogmatistes, qui est qu'en parlant de bonne foi et sincèrement, on ne peut douter des principes nnlurels.
Coiilrc quoi les pyiilioniens opposent en un mot I incertitude tic notre origine, qui cnfernie celle de notre nature ; il quoi les dojjinatistes sont encore 'a répondre depuis que le monde dure.
Voilà la guerre ouverte entre les hommes, où il faut que chacun prenne parti et se range nécessairement, ou au dogmatisme, ou au pyrrhonisme ; car, qui pensera demeurer neutre sera pyrrhonien par excellence. Cette neutralité est l'essence de la cahale : qui n'est pas contre eux est excellemment pour eux. Ils ne sont pas pour eux-mêmes; ils sont neutres, indifférents, suspendus à tout sans s'excepter.
Que fera donc l'homme en cet état? I)outera-t-il de tout? l)outera-t-il s'il veille, si on le pince, si on le hrùle? Doutera-t-il s'il doute? Doutera-t-il s'il est? On n'en peut venir là, et je mets en fait qu'il n'y a jamais eu de pyrrhonien effectif parfait. La nature soutient la raison impuissante, et l'empêche d'extravaguer jusqu'à ce point.
Dira-t-il donc, au contraire, qu'il possède certainement la vérité, lui qui, si peu qu'on le pousse, ne peut en montrer aucun titre, et est forcé de lâcher prise?
Quelle chimère est-ce donc que l'homme ? Quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradiction, quel prodige ! Juge de toutes choses, imhécile ver de terre, dépositaire du vrai, cloaque d'incertitude et d'erreur, gloire et rebut de l'univers!
Qui démêlera cet embrouillement? La nature confond les pyrrhonicns , et la raison confond les dogmatiques. Que devicndrez-vous donc, ô homme, qui cherchez quelle est votre véritable condition par votre raison naturelle ? Vous ne pouvez fuir une de ces sectes, ni subsister dans aucune.
Connaissez donc, superbe, quel paradoxe vous êtes à vous-même. Humiliez-vous, raison impuissante; taisezvous, nature imbécile : apprenez que l'homme passe in(î^ niment l'homme, et entendez de votre maître votre condition véritable que vous ignorez : écoutez Dieu *.
* S'il se vante, je l'abaisse ; s'il s'abaisse, je le vante; et le contredis toujours jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il est un monstre incompréhensible ^.
' Que cela est beau de dédain !
2 Pascal humilie et renverse la raison qui fait la ficrc cl repousse
* L'homme ne sait à quel rang se mettre. Il est véritablement égaré et tombé de son vrai lieu sans le pouvoir retrouver*. 11 le cherche partout avec inquiétude et sans succès dans des ténèbres impénétrables.
* Il est dangereux de trop faire voir à l'homme combien il est égal aux bêtes sans lui montrer sa grandeur. Il est encore dangereux de lui trop faire voir sa grandeur sans sa bassesse. Il est encore plus dangereux de lui laisser ignorer l'un et l'autre. .Mais il est très-avanlageux de lui représenter l'un et l'autre.
* Nous avons une impuissance de prouver, invincible à tout le dogmatisme.
Nous avons une idée de la vérité, invincible à tout le pyrrhonisme.
tout secours surnaturel. Mais ce n'est pas à dire , pour cela , qu'il nie tout pouvoir luilnrel de coiinaîtrc. Fcnelon , dans son Traité dv la connaissance de Dieu, a dit des deux raisons qui sont en nous : L'une qui est moi est tris-imparfaite, /(attire, incertaine , préccnue , précipitée , sujette à s'égarer, changeante , opiniâtre, ignorante et bornée; C antre est commune à tous les hommes et supérieure à eux; elle est parfaite , éternelle , immuable , toujours prête à se communiquer en tout lieu et ii redresser tous les esprits qui se trompent, etc. Bossuet, qu'on oppose souvent à Pascal, pour prouver que ce dernier est sceptique, Bossuet a dit aussi dans son Sermon du vendredi de la quatrième semaine de Carême : ■■ Les sages du monde , voyant l'homme d'un côté si -grand, de l'autre si méprisable, n'ont su ni que penser nique dire » d'une si étrange composition. Demandez aux philosophes profanes » ce que c'est que l'homme : les uns en feront un Dieu, les autres en
- feront un rien ; les uns diront que la nature le chérit comme une ' mère , et qu'elle en fait ses délices ; les autres , qu'elle l'expose -comme une marâtre, et qu'elle en fait son rebut; et un troisième " parti, ne sachant plus que deriner touchant la cause de ce grand mé- ' lange, répondra qu'elle s'est jouée en unissant deux pièces qui n'ont « nul rapport, et ainsi que, par une espèce de caprice, elle a formé ce
- prodige qu'on appelle homme ! Vous jugez bien que ni les uns ni les
- autres n'ont donné au but, et qu'il n'y a que la foi qui puisse eipli- » quer une si grande énigme. '•
(Voir aussi, à l'article Bossuet, un extrait àa Sermon pour le dimanche de la Quinquagésimc. )
1 L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux I
(L.UIARTIXt.)
l'ASCAL. 145
* \ous soubaitoiis la vérité et ne trouvons eu nous (|u'iiicertitude. \ous reeherchous le bonlieur et ue trouvons que misère et que mort.
* \'ous sommes incapables de ne pas souhaiter la vérité et le bonheur, et sommes incapables de certitude et de bonheur.
Ce désir nous est laissé, tant pour nous punir que pour nous faire sentir d'où nous sommes tombés.
* Quand je considère la petite durée de ma vie absorbée dans l'éternité, dans ma vie précédant et suivant; le petit espace que je remplis et même que je vois abîmé dans l'in- Hnie immensité des espaces que j'ignore et qui m'ignorent, je m'effraie et je m'étonne de me voir ici plutôt que là; car il n'y a point de raison pourquoi ici plutôt que là, pourquoi à présent plutôt que lors? Qui m'y a mis? Par l'ordre et la conduite de qui ce lieu et ce temps a-t-il été destiné à moi?
* Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie '.
■ * L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant^. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser. Une vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer; mais quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que limivers a sur lui, l'univers n'en sait rien.
* Le plus grand philosophe du monde, sur une planche, plus large qu'il ne faut, s'il y a au-dessous un précipice, quoique sa raison le convainque de sa sûreté , son imagination prévaudra. Plusieurs n'en sauraient soutenir la pensée sans pâlir et sans suer.
Qui ne sait que la vue de chats, de rats, l'écrasement d'un charbon, etc., emportent la raison hors des gonds? Le ton de voix impose aux plus sages et change un discours et un poëmc de face.
^ Ces mots, d'une harmonie saisissante, inspirent une sorte d'effroi.
- lma<jc admirable, mais qui, toutefois, aurait pu paraître ctraiiyc , si elle n eût été habilement préparée. Pascal n'a rien écrit de plus profond que CCS (|ucl(|ucs lignes.
"^ l/csprU de ce souverain ju*jl' du inuude n est |ias si indépendant qu il ne soit sujet à être troublé par le premier tintamarre qui se fait autour de lui. Il ne faut pas le bruit (I un canon pour empècber ses pensées, il ne tant que le bruit d'une girouette ou d'une poulie. Xe vous étonnez pas s'il ne raisonne pas bien à présent, une mon( lie bourdonne à ses oreiller, c'en est assez pour le rendre incapable de bon conseil. Si vous voulez qu'il puisse trouver la vérité, • basse/ cet animal qui lient sa raison en écbec', et trouble cette puissante intelligence qui gouverne les villes et les royaumes. Le plaisant Dieu que voila ^ !
* Qu'on s'imagine un nombre d'hommes dans les chaînes et tous condamnés à la mort, dont les uns étant chaque jour égorgés h la vue des autres, ceux qui restent voient leur propre condition dans celle de leurs semblables, et, se regardant les uifs les autres avec douleur et sans espérance, attendent leur tour : c'est l'image de la condition des hommes '.
' Montaigne avait dit : l'ai l'esprit tendre et facile à prendre l'essor ; quand il est empesché à part soy , le moindre hovrdonnemenl Je mouche l'assassine • — Mais qu'il y a loin de celle phrase à l'inimitable moquerie de l'ascal : Chasser cet animal qui lient sa raison en échec ! ~ Pascal fait sans doute allusion à un mot d'Epictète (Il . 8) sur le Dieu qui est en chacun de nous.
■^ Nicole, dans son Trai'é do la connaissance de Dieu, cliap. v, s'est
souvenu de ce lugubre tableau : Le monde entier, dit-il, est un lieu de
supplice où l'on ne découvre par les yeux de la foi que des effets ef-
■ froyables de la justice de Dieu Figurons-nous un lieu vaste, plein
' de tous les instruments de la cruauté des liommes, et rempli d'une part de bourreaux, et de l'autre d'un nombre infini de criminels abandonnés à leur rage. Représentons-nous que ces bourreaux se jettent sur ce» misérables,... et qu'ils en font tous les jours périr un grand nombre, qu'il y en a seulement quelques-uns dont ils ont ordre d'épargner la rie ; mais que ceux-ci mêmes n'en étant pas assurés, ont sujet de craindre pour eux-mêmes la mort qu'ils voient souffrir à tout moment à ceux qui les environnent, elc. • Le doux Nicole, on le voit, s'était proposé de faire une peinture encore plus effrayante que celle de Pascal. Mais, en forçant son talent, il rst tombé dans l'enflure . cl 1 effet qu'il \oulail produire a itc tout à fait manque.
P.ASCAI,. IV7
Enlreticn de Pascal avr M. de Saci , sur Kpictlte et Montaigne.
Le morceau suivant esl l'un des plus admirables qui soient sortis de la plume de Pascal. Ce n'est pourtant qu'une simple analyse ; mais l'immortel penseur y a tout mis, ses idées, ses croyances, son cœur, son génie. C'est pendant un séjour à Port-Uoyal que Pascal eut avec \I. de Saci l'entretien qu'on va lire. " M. deSaci, rapporte le P. Des Molels . avait cru devoir parler à M. Pascal des lectures de philosophie dont il s'occupait le plus. Il le mit sur ce sujet aux premier» entrelien» qu'ils eurent ensemble. M. Pascal lui dit que ses deux livres les plus ordinaires avaient été Epictèle et Montaigne, et il lui 6t de grands éloges de ces deux esprits. M. de Saci, qui avait toujours cru devoir peu lire ces auteurs, pria M. Pascal de lui en parler à fond :
« Epictète, lui tlil-il, est un des philosophes du moiiih; qui tiit lo mieux coiiuu les devoirs de l'homme. Il veut, avant tontes choses, qu'il regaide Dieu comme son principal objet ; qu'il soit peisuadé qu'il (][<)uverne tout avec justice , qu'il se soumette à lui de bon cœur et qu'il le suive volontairement eu tout , ciunme ne faisant rien qu'avec une très-grande sagesse : qu'ainsi celte disposition arrtUeia tontes les plaintes et tous les murmures , et préparera son esprit à soufiVir paisiblement les événements les plus fâcheux. Xe dites jamai.s j'ai perdu cela; dites plutôt je l'ai rendu. Mon fils est mort, je l'ai rendu. Ma femme esl morte, je l'ai rendue, .'\insi des hiens et de tout le reste. Mais celui qui me l'ote est un méchant homme, dites-vous. De quoi vous mettez-vous en peine, parce que celui qui vous la prêté vous le redemande? Pendant qu'il vous eu permet l'usage, ayez-en soin comme d un bien qui appartient à autrui, comme un homme qui fait voyage se regarde dans une hijtellerie. Vous ne devez pas, dit-il, désirer que ces choses qui se font se fassent comme vous le voulez ; mais vous devez vouloir qu'elles se fassent comme elles s<' font. Souvenez-vous, dit-il ailleurs, que vous êtes ici comme un acteur et que vous jouez le personnage d'une comédie tel qu'il plaît au maître de vous le donner. S'il vous le donne court , jouez-le court; s'il vous le donne long, jouezle long : s'il veut que vous contrefassiez le gueux , vous devez le faire avec toute la naïveté qui vous sera possible ; ainsi du reste. C'est votre fait de jouer bien le personnage
qui vous est donné; mais do le clioisir, c'est !<• fail d'un autre. Ayez tous les jours devant les yeux la mort et ies maux qui semblent les plus insupportables, et jamais vous ne penserez rien de bas et ne désirerez rien avec excès.
» Il montre ainsi en mille manières ce que doit faire l'homme. Il veuf qu'il soit humble , qu'il cache ses bonnes résolutions, surtout dans les commencements, et qu'il les accomplisse en secret ; rien ne les ruine davantage que de les produire. Il ne se lasse point de répéter que toute l'étude et le désir de l'homme doivent être de reconnaître la volonté de Dieu et de la suivre.
n \oilà, monsieur, dit M. Pascal à M. de Saci, les lumières de ce grand esprit qui a si bien connu les devoirs de l'homme. J'ose dire qu'il méritait d'être adoré, s'il avait aussi bien connu son impuissance, puisqu'il fallait être Dieu pour apprendre lun et l'autre aux hommes. Aussi, comme il était terre et cendre, après a\oir si bien compris ce qu'on doit, voici comment il se perd dans la présomption de ce que l'on peut. Il dit que Dieu a donné à tout homme les moyens de s'acquitter de toutes ses obligations ; que ces moyens sont toujours en notre puissance ; qu'il faut chercher la félicité par les choses qui sont en notre pouvoir, puisque Dieu nous les a données à cette fin ; il faut voir ce qu'il y a en nous de libre ; que les biens, la vie, l'estime ne sont pas en notre puissance et ne mènent donc pas à Dieu ; mais que l'esprit ne peut être forcé de croire ce qu'il sait être faux, ni la volonté d'aimer ce qu'elle sait qui la rend malheureuse : que ces deux puissances sont donc libres , et que c'est par elles que nous pouvons nous rendre parfaits ; que l'hommr peut par ces puissances parfaitement connaître Dieu, l'aimer, lui obéir, lui plaire, se guérir de tous ses vices, acquérir toutes les vertus , se rendre saint et ainsi compagnon de Dieu. Ces principes d'une superbe diabolique le conduisent à d'autres erreurs, comme : que l'âme est une portion do la substance divine ; que la douleur et la mort ne sont pas des maux ; qu'on peut se tuer quand on est tellement persécuté qu'on peut croire que Dieu appelle; et d'autres.
» Pour Montaigne, dont vous voulez aussi, monsieur, que je vous parle, étant né dans un état chrétien, il fail profession de la religion catholique, et en cela il n'a rien de particulier; mais comme il a voulu chercher quelle morale
la raison doirait dicter sans la lumière de la foi, il a pris ses principes dans cette supposition ; et ainsi, en considérant l'honiine destitué de toute révélation , il discourt en cette sorte. Il met toutes choses dans un doute universel et si <i[énëral que ce doute s'emporte soi-même, c'est-à-dire s'il doute, et doutant même de cette dernière proposition, son incertitude rouie sur elle-même dans un cercle perpétuel et sans repos; s' opposant éj^alement à ceux qui assurent que tout est incertain et à ceux qui assurent que tout ne l'est pas, parce qu'il ne veut rien assurer. C'est dans ce doute qui doute de soi, et dans cette ignorance qui s'ignore, et qu'il appelle sa maîtresse forme , qu'est l'essence de son opinion , qu'il n'a pu exprimer par aucun terme positif; car s'il dit qu'il doute il se trahit en assurant au moins qu'il doute; ce qui étant formellement contre son intention, il n'a pu s'expliquer que par interrogation ; de sorte que ne voulant pas dire : « Je ne sais, " il dit : « Que sais-je? » dont il fait sa devise en la mettant sous des balances qui , pesant les contradictoires, se trouvent dans un parfait équilibre, c'est-à-dire qu'il est pur pyrrhonien. Sur ce principe roulent tous ses discours et tous ses essais, et c'est la seule chose qu'il prétende bien établir, quoiqu'il ne fasse pas toujours remarquer son intention. Il y détruit insensiblement tout ce qui passe pour le plus certain parmi les hommes, non pas pour établir le contraire avec une certitude de laquelle seule il est ennemi , mais pour faire voir seulement que , les apparences étant égales de part et d'autre,
on ne sait où asseoir sa créance
n C'est dans cette assiette , toute flottante et chancelante qu'elle est, qu'il combat avec une fermeté invincible les hérétiques de son temps, sur ce qu'ils s'assuraient de connaître seuls le véritable sens de l'Écriture , et c'est de là encore qu'il foudroie plus vigoureusement l'impiété horrible de ceux qui osent assurer que Dieu n'est point. Il les entreprend particulièrement dans l'apologie de Raimond de Sebonde ; et les trouvant dépouillés volontairement de toute révélation et abandonnés à leur lumière naturelle, tonte foi mise à part, il les interroge de quelle autorité ils entreprennent de juger de cet Ktre souverain qui est infini par sa propre définition, eux qui ne connaissent véritablement aucune chose de la nature! Il leur demande sur quels
principes ils s'appiiionl, il les presse de les monder, il examine tons ceux qn'ils peuvent produire et y pénètre si avani parle talent où il excelle, qu'il montre la vanité de tons ceux qui passent pour les plus naturels et les plus fermes. Il demande si l'àme connaît quelque chose, si elle se connaît elle-même, si elle est substance on accident, corps ou esprit, ce que c'est que chacune de ces choses , et s'il n'y a rien qui ne soit de l'un de ces ordres; si elle connaît son propre corps, ce que c'est que matière, et si elle peut discerner entr(! l'innombrable variété des corps qu'on en produit; comment elle peut raisonner si elle est matérielle ; et , comment elle peut être unie à un corps particulier et en ressentir les passions, si elle est spirituelle; quand a-t-elle commencé d'être? avec le corps ou devant? et si elle finit avec lui ou non ; si elle ne se trompe jamais ; si elle sail quand elle erre , vu que l'essence de la méprise consiste à ne pas la connaître; si dans ses obscurcissements elle ne croit pas aussi fermement que deux et trois font six qu'elle sait ensuite que c'est cinq; si les animaux raisonnent, pensent, parlent; et qui peut décider ce que c'est que le temps, ce que c'est que l'espace ou l'étendue, ce que c'est que le mouvement, ce que c'est que l'unité, qui sont toute» choses qui nous environnent et entièrement inexplicables ; ce que c'est que santé, maladie, vie, mort, bien, mal, justice, péché, dont nous parlons à toute heure; si nous .'ivons en nous des principes du vrai, et si ceux que imns croyons et qu'on appelle axiomes ou notions communes, parce qu'elles sont communes dans tous les hommes, sont conformes à la
vérité essentielle
>) Enfin il examine si profondément les sciences et la géométrie, dont il montre l'incertitude dans les axiomes et dans les termes qu'elle ne définit point, comme d'étendue, de mouvement, etc. ; la physique en bien plus de manières et la médecine en une infinité de façons, et l'histoire, et la politique, et la morale, et la jurisprudence et le reste. De telle sorte qu'on demeure convaincu que nous ne pensons pas mieux à présent que dans un songe dont nous ne nous éveillons qu'à la mort, et pendant lequel nous avons aussi peu les principes du vrai que durant le sommeil naturel. C est ainsi qu'il gourmande si fortement et si cruellement la raison dénuée de la foi, que lui faisant douter si elle est
l'ASCAI- 151
raisonnuble , el si les aiiiinaiix l«^ >nii( nii non, ou plus on moins, il la fait descendre dr rp>^cellrnce qu'elle s'est attribuée, et la met par grâre en parallèle avee les bètes, sans lui permettre de sortir de cet ordre jusqu'à ce qu'elle soit instruite par son Créateur mOnie de son rang qu'elle ignore; la menaçant si elle gronde, de la mettre au-dessous de tout, ce qui est aussi facile que le contraire, et ne lui donnant pouvoir d agir cependant que pour remarquer sa faiblesse avec une humilité sincère au lieu de s'élever par une sotte insolence. »
M. de Saci, se croyant vivre dans un nouveau pays et entendre une nouvelle langue, se disait en lui-même les paroles de saint Augustin : 0 Dieu de vérité 1 ceux qui savent ces subtilités de raisonnement vous sont-ils pour cela plus agréables ? Il plaignait ce philosophe qui se piquait et se déchirait de toutes parts des épines qu'il se formait, comme saint Augustin dit de lui-même lorsqu'il était en cet état. Après donc une assez longue patience, il dit à M. Pascal :
K Je vous suis obligé, monsieur; je suis sûr que si j'avais longtemps lu Montaigne, je ne le connaîtrais pas autant que je fais depuis cet entretien que je viens d'avoir avec vous. Cet homme devrait souhaiter qu'on ne le connût que par les récits que vous faites de ses écrits ; et il pourrait dire avec saint Augustin : Ibi me vide, attende. Je crois assurément que cet homme avait de l'esprit, mais je ne sais si vous ne lui en prêtez pas un peu plus qu il n en a, par cet enchaînement si juste que vous faites de ses principes. Vous pouvez juger qu ayant passé ma vie comme j ai fait, on m'a peu conseillé de lire cet auteur, dont tous les ouvrages n'ont rien de ce que nous devons principalement rechercher dans nos lectures, selon la règle de saint Augustin, parce que ses paroles ne paraissent pas sortir d'un grand fonds d'humilité et de piété. On pardonnerait à ces philosophes d'autrefois, qu'on nommait académiciens, de mettre tout dans le doute. Mais qu'avait besoin Montaigne de s'égayer l'esprit en renouvelant une doctrine qui passe maintenant aux yeux des chrétiens pour une folie? C'est le jugement que saint Augustin fait de ces personnes. Car on peut dire après lui de Montaigne : Il met dans tout ce qu'il dit la foi à part; ainsi nous, qui avons la foi, devons de même mettre à part
tout ce qu'il dit. .If ne blâme point l'esprit de cet auteur, qui est un grcind don de Dieu ; mais il pouvait s'en servir mieux et en faire plutôt un sacrifice à Dieu qu'au démon. A quoi sert un bien quand on en use si mal ? Quid proderat , etc.? dit de lui ce saint docteur avant sa conversion. \'ous êtes heureux , monsieur, de vous être élevé au-dessus (le ces personnes qu'on appelle des docteurs plon>{és dans l'ivresse, mais qui ont le cœur vide de la vérité. Dieu a répandu dans votre cœur d'autres douceurs et d'autres attraits (|iie ceux que vous trouviez dans Montaigne »
M. de Saci dit à M. Pascal plu.'<ieur.« choses semblables , sur quoi M. Pascal lui dit que s'il lui faisait compliment de bien posséder Montaigne et de le bien savoir tourner, il pouvait lui dire sans compliment qu'il savait bien mieux saint .Augustin, et qu'il le savait bien mieux tourner, quoique peu avantageusement pour le pauvre Montaigne. Il lui témoigna être extrêmement édifié de la solidité de tout ce (|u'il venait de lui représenter; cependant, étant encore (nul plein de son auteur, il ne put se retenir et lui dit :
« Je vous avoue, monsieur, que je ne puis voir sans joie dans cet auteur la superbe raison si invinciblement froissée par ses propres armes, et cette révolte si sanglante de Ibommc contre l'homme, qui de la société avec Dieu, où il s'élexait par les maximes, le précipite dans la nature des liètcs ; et j'aurais aimé de tout mon cœur le ministre d'une si grande vengeance, si, étant disciple de l'Eglise par la foi, il eût suivi les règles de la morale, en portant les hommes qu'il avait si utilement humiliés à ne pas irriter par de noiiveaux crimes celui qui peut seul les tirer des crimes qu'il les a convaincus ne pouvoir pas seulement connaître.
>i Alais il agit au contraire en païen de cette sorte. De ce principe, dit-il, que hors de la foi tout est dans l'incertitude, et considérant bien combien il y a que l'on cherche le vrai et le bien sans aucun progrès vers la tranquillité, il «onclat qu'on en doit laisser le soin aux autres, et demeuler cependant en repos , coulant légèrement sur les sujets, de peur d'y enfoncer en appuyant ; et prendre le vrai et le bien sur la première apparence, sans les presser, parce (pi'ils sont si peu solides, que quelque peu qu'on serre les mains, ils s'échappent entre Ips doigts et les laissent vides. (I est ])oinquoi il suit le rapport des sens et des notions
PASCAL. l.'>:^
rommiiiifs, parce qu'il faudrait qu'il se fit violeuor pour los démentir, rt qu'il ne sait s'il gagnerait, ignorant où est le irai. Ainsi il fuit la douleur et la mort parce que son instinct l'y pousse et qu'il ne veut pas résister par la même raison , mais sans en conclure que ce soient de véritables maux, ne se fiant pas trop à ces mouvements naturels de crainte, vu qu'on en sent d'autres de plaisir qu'on accuse d'être mauvais, quoique la nature parle au contraire. Ainsi, il n'a rien d'extravagant dans sa conduite ; il agit comme les autres hommes , et tout ce qu'ils font dans la sotte pensée qu'ils suivent le vrai bien, il le fait par un antre principe, qui est que les vraisemblances étant pareillement d'un et d'autre côté, l'exemple et la commodité sont les contrepoids qui l'emportent. Il monte sur sou cheval comme nu autre qui ne serait pas philosophe, parce qu'il le souffre, mais sans croire que ce soit de droit, ne sachant pas si cet animal n a pas, au contraire, celui de se servir de lui... Il rejette donc bien loin cette \ertu stoique qu'on peint avec une raine sévère, un regard farouche, des cheveux hérissés, le front ridé et en sueur, dans une posture pénible et tendue, loin des hommes, dans un morne silence et seule sur la pointe d'un rocher; fantôme, à ce qu'il dit, capable d'effrayer les enfants, et qui ne fait là autre chose, avec un travail continuel, que de chercher le repos où il n'arrive jamais. La sienne est naïve, familière, plaisante, enjouée et pour ainsi dire folâtre : elle suit ce qui la charme et badine négligemment des accidents bons ou mauvais , couchée mollement dans le sein de l'oisiveté tranquille, d'où elle montre aux hommes , qui cherchent la félicité avec tant de peines, que c'est là seulement où elle repose, et que l'ignorance et l'incuriosité sont deux doux oreillers pour une tête bien faite, comme il dit lui-même.
>' Je ne puis vous dissimuler, monsieur, qu'en lisant cet auteur et le comparant avec Kpictète, j'ai trouvé qu'ils étaient assurément les deux plus grands défenseurs des deux plus célèbres sectes du monde et les seules conformes à la raison, puisqu'on ne peut suivre qu'une de ces deux routes, savoir : ou qu'il y a un Dieu , et lors il y place son souverain bien; ou qu'il est incertain, et qu'alors le vrai bien l'est aussi , puisqu'il en est incapable. J'ai pris un plaisir extrême à remarquer dans ces divers raisonnements en quoi les uns
el les aiiln's soiil arriv/'S à {jnclqui' ronlorniili- .ufc la .>-atjosso v(''ri(al)l(' qu'ils oui ossayr do ccnnaîlro. Car, s'il csl agréable d'observor dans la iiaturo lo désir qu'elle a de peindre Dieu dans tons ses ouvrages, où l'on en voit qnelqnts earactères, parce qu'ils en sont les images, combien est-il pins juste de considérer dans les productions des esprits les elT( ris qu'ils font pour imiter la vérité essentielle, même en la fuyant , et de remarquer en quoi ils s'en égarent, comme j'ai tâché de faire dans cette étude!
)i II est vrai , monsieur, que vous veViez de me faire voir admirablement le peu d'utilité que les chrétiens peuvent retirer de ces études philosophiques. Je ne laisserai pas néanmoins de vous en dire encore ma pensée, prêt néanmoins de renoncer à toutes les lumières qui ne viendront pas de vous, en quoi j'aurai l'avantage ou d'avoir rencontré la vérité par bonheur ou de la recevoir de vous avec assurance. Il me semble que la source des erreurs de ces deux sectes est de n'avoir pas su que l'état de l'homme à présent diffère de celui de sa création ; de sorte que l'un, remarquant quelques traces de sa première grandeur et ignorant sa corruption, a traité la nature comme saine et sans besoin de réparateur, ce qui le mène au comble de la superbe ; au lieu que l'autre, éprouvant la misère présente et ignorant la première dignité, traite la nature comme nécessairement inlirme et irréparable, ce qui le précipite dans le désespoir d'arriver à un véritable bien, et de là dans une extrême bâchetc. Ainsi ces deux états, qu'il fallait connaître ensemble pour voir toute la vérité, étant connus séparément, conduisent nécessairement à l'un de ces deux vi(('s, d'orgueil ou de paresse, où sont infailliblement tous les hommes avant la grâce, puisque, s'ils ne demeurent dans leurs désordres par lâcheté, ils en sortent par vanité, tant il est vrai ce que vous venez de me dire de saint Augustin, et que je trouve d'une grande étendue ; car, en effet, on leur rend hommage en bien des manières.
>; C'est donc de ces lumières imparfaites qu'il arrive que l'un, connaissant les devoirs de l'homme et ignorant son impuissance, se perd dans la présomption, et que l'autre, connaissant l'impuissance et non le devoir, s'abat dans la Icàclieté ; d'où il semble que, puisque l'un conduit à la vérité, l'autre à l'erreur, on formerait en les alliant une morale
pui-raite. Mais, au lieu de cette paix, il ne résulterait de leur assemblage (juune guerre et qu'une destruction générale : car l'un établissant la certitude, l'autre le doute, l'un la grandeur de l'homme, l'autre sa faiblesse, il ruine les vérités aussi bien que les faussetés l'un de l'autre. De sorte qu'ils ne peuvent subsister seuls, à cause de leurs défauts, ni s unir à cause de leurs oppositions, et qu'ainsi ils se brisent et s'anéantissent pour faire place à la vérité de l'Evangile, (l'est elle qui accorde les contrariétés par un art tout divin, l't, unissant tout ce qui est de vrai et chassant tout ce qui est de faux , elle en fait une sagesse véritablement céleste où .s accordent ces opposés, qui étaient incompatibles dans ces
doctrines humaines \oilà l'union étonnante et nouvelle
que Dieu seul pouvait enseigner et que lui seul pouvait faire, et qui n'est qu'une image et qu un effet de l'union inelfable de deux natures dans la seule persoiuie d un homme-Dieu . . »
M. de Saci ne put s'empêcher de témoigner à M. Pascal qu'il était surpris connnent il savait tourner les choses; mais il a\oua en même temps que tout le monde n'avait pas h .secret , comme lui , de faire sur ces lectures des réflexions si sages et si libres. Il lui dit qu'il ressemblait à ces médecins habiles qui, par la manière adroite de préparer les plus grands poisons, en savent tirer les plus grands remèdes. Il ajouta que, quoiqu'il vit bien, par ce qu'il venait de lui dire, que ces lectures lui étaient utiles , il ne pouvait pas croire iiéanmoins qu elles fussent avantageuses à beaucoup de gens dont l'esprit se traînerait un peu, et n aurait pas assez il'élévation pour lire ces auteurs et en juger, et savoir tirer les perles du milieu du fumier, uiirum ex stercore , disait un Pcre...
Cl Pour l'utilité de ces lectures, dit M. Pascal, je vous (lirai fort siuiplemcnt ma pensée. Je trouve dans Epictète un art incomparable pour troubler le repos de ceux qui le cherchent dans les choses extérieures, et pour les forcer à re*connaître qu'ils sont de véritables esclaves et de misérables aveugles; qu'il est impossible qu'ils trouvent autre chose que l'erreur et la douleur qu'ils fuient, s'ils ne se donnent sans réserve à Dieu seul. Montaigne est incomparable pour confondre l'orgueil de ceux qui, hors la foi, se piquent d'une i <Tilable justice ; pour désabuser ceux qui s'attachent à leurs "pinions, et qui croient trouver dans les sciences des vérités
J5(i PASCAL.
inébranlables; ci, pour convaincre si bien lu raison de son peu (le lumière et de ses égarements, qu'il est difficile, quand on fait un bon usage de ses principes, d'être tenté de trouver des répugnances dans les mystères : car l'esprit en est si battu qu'il est bien éloigné de vouloir juger si l'incarnation ou le mystère de l'eucbaristie sont possibles : ce que les bommes du commun n'agitent que trop souvent.
;; Mais si Ej)ictète combat la paresse, il mène à l'orgueil; de sorte qu'il peut être très- nuisible à ceux qui ne sont pas persuadés de la corruption de la plus parfaite justice , qui n'est pas de la foi. Et Montaigne est absolument pernicieux à ceux qui ont quelque pente à l'impiété et aux vices. C'est pourquoi ces lectures doivent être réglées avec beaucoup de soin, de discrétion et d'égard à la condition et aux mœurs de ceux à qui on les conseille.... i;
Ce fut ainsi que ces deux personnes d'un si bel esprit s'accordèrent enfin au sujet de la lecture de ces philosophes, et se rencontrèrent au même terme , où ils arrivèrent néanmoins d'une manière un peu différente : M. de Saci y étant arrivé tout d'un coup par la claire vue du christianisme, et M. Pascal n'y étant arrivé qu'après beaucoup de détours en s'attachant aux principes de ces philosophes.
Montaigne était-il réellement sceptique? .Asseoir un jugement sur un homme à principes si (lotlants est chose presque impossible. Ce qu'il y a de certain, c'est que sa vie valait mieux que ses principes, et qu'il est mort en clirétien. Aussi de vouloir établir la moindre assimilation eulre Pascal et cet insaisissable Prolée, est-ce le comble de la déraison. Pressé de s'endormir sur l'oreiller de la paresse, Montaigne ne se fatigue point à la recherche des grands problèmes de l'existence de Dieu, des devoirs de l'homme, elc, Ce qui lui grée dans ses moments de réveil, c'est de raconter des histoires sans fin, de parler de soi , de rire , de se moquer. Chez Pascal , au contraire , une seule pensée domine , et c'est la plus sérieuse que puisse agiter l'esprit humain : arriver à la certitude sur Dieu, sur son âme, sur sa fîn dernière I Apologiste d'une religion divine , et par conséquent mystérieuse, Pascal triomplie de l'impuissance des philosophes orgueilleux qui veulent voir au fond des vérités les plus insondables. Mais loin de prendre la défense du scepticisme , il le combat et le réfute avec une force invincible.
PASCAL. i57
Deuxième partie. — Félicité de l'homme avec Dieu, ou qu'il y a un réparateur par l'Ecriture.
* Je vois donc des foisons de religions en plusieurs endroits du monde et dans tous los temps, mais elles n'ont ni la morale qui peut me plaire ni les preuves qui peuvent m'arréter ; et ainsi j'aurais refusé également la religion de Mahomet et celle de la Chine , et celle des Romains , et celle des Egyptiens, par cette seule raison que l'une n'ayant pas plus de marque de vérité que l'autre, ni rien qui déterminât nécessairement, la raison ne peut pencher plutôt vers l'une que vers l'autre.
Mais en considérant ainsi cette inconstante et bizarre variété de mœurs et de créances, dans les divers temps, je trouve en un coin du monde un peuple particulier, séparé de tous les autres peuples de la ferre , le plus ancien de tous, et dont les histoires précèdent de plusieurs siècles les plus anciennes que nous ayons. Je trouve donc ce peuple grand et nombreux, sorti d'un seul homme, qui adore un seul Dieu, et qui se conduit par une loi qu'ils disent tenir de sa main. Ils soutiennent qu'ils sont les seuls du monde auxquels Dieu a révélé ses mystères; que tous les hommes sont corrompus et dans la disgrâce de Dieu ; qu'ils sont tous abandonnés à leur sens propre et à leur propre esprit , et que de là viennent les étranges égarements et les changements continuels qui arrivent entre eux , et de religions et de coutumes, au lieu qu'ils demeurent inébranlables dans leur conduite; mais que Dieu ne laissera pas éternellement les autres peuples dans ces ténèbres; qu'il viendra un libérateur pour tous; qu'ils sont au monde pour l'annoncer; ju'ils sont formés exprès pour être les avant-coureurs et les léraufs de ce grand avènement, et pour appeler tous les peuples à s'unir à eux dans l'attente de ce libérateur...
Plus je les examine , plus j'y trouve des vérités : ce qui a précédé et ce qui a suivi; enfin eux sans idoles ni rois, et ctte synagogue qui est prédite , et ces misérables qui la -uivent , et qui étant nos ennemis sont d'admirables témoins le la vérité de ces prophéties, oii leur misère et leur aveu- ;Iement même est prédit. Je trouve en cet enchaînement •cite religion toute divine dans son autorité, dans sa durée,
Ji
158 l'ASCAL.
dans sa perpéUiité , dans sa luoralf, dans sa cuiidiiilc , dans sa doclrin»!, dans ses effets...
Dès là je refuse toutes les autres religions.
Par là je trouve réponse à toutes les objections.
Il est juste qu'un Dieu si pur ne se découvre qu'à ceux dont le cœur est purifié...
Jfi trouve d'effectif que, depuis que la mémoire des hommes dure, il est annoncé constamment aux hommes qu'ils sont dans une corruption universelle, mais qu'il viendra un libérateur;
Que ce n'est pas un homme qui le dit , n)ais une infinité d'houuues et un peuple entier, durant quatie mille ans, prophétisant et fait exprès...
* Ainsi je tends les bras à mon libérateur, qui, ayant été prédit pendant quatre mille ans, est venu souffrir et mourir pour moi sur la terre, dans les temps et dans toutes les circonstances qui en ont été prédites; et par sa j^jrâce j'attends la mort en paix dans l'espérance de lui être éternellement uni, et je vis cependant avec joie, soit dans les biens qu'il lui plaît de me donner, soit dans les maux qu'il m'envoie pour mon bien, et qu'il m'a appris à souffrir par son exemple.
Jésus-Christ considéré en supersonne divine.
* ... Tout l'éclat des grandeurs n'a point de lustre pour les gens qui sont dans les recherches de l'esprit.
La grandeur des gens d'esprit est invisible aux rois, aui riches , aux capitaines , à tous ces grands de chair.
La grandeur de la sagesse n'est nulle part sinon en Dieu, est invisible aux charnels et aux gens d'esprit. Ce sont trois ordres différents en genre.
Les grands génies ont leur empire, leur échtt, leur grandeur, leur victoire et leur lustre, et n'ont nul besoin des grandeurs charnelles, où elles* n'ont pas de rapport. Ils sont vus non des yeux, mais des esprits; c'est assez.
Les saints ont leur empire, leur éclat, leur victoire, leur lustre, et n'ont nul besoin des grandeurs charnelles ou spirituelles, où elles* n'ont nul rapport, car elles n'y ajou-
1 C'esi-a-dirc : les grandeurs charnelles. - C'tst-à dire : les grandeurs de la saintelc.
PASCAL. l.V.»
tent ni ùleiil. Klles sonf vues de Dieu el des anjjes, e( non des corps ni des esprils enrieux; Dieu leur suffil.
Archimède" sans éclat serait en même vénéralion. Il n'a pas donné des batailles pour les yeux, mais il a fourni à tous les esprits des inventions. 0 qu'il a éeluté aux esprits !
Jésus-Christ, sans bien et sans aucune production au dehors de science, est dans son ordre de sainteté. Il n'a point donné d'invention, il n'a point régné, mais il a été humble, patient, saint, saint, saint à Dieu, terrible aux dénions, .«sans aucun péché. 0 qu'il est venu en grande pomp(> et en une prodigieuse magnificence aux yeux du cœur et qui voient la sagesse!
Il eût été inutile à Archimède de faire le prince dans ses livres de géométrie, quoiqu'il le fut.
Il eût été inutile à \olre-Seigneur Jésus-dhrist, pour éclater dans son règne de sainteté, de venir en roi; mais qu'il est bienvenu avec l'éclat de son ordre !
* Quel homme eut jamais plus d'éclat! Le peuple juif tout entier le prédit avant sa venue. Le peuple gentil l'adore après sa venue. Les deux peuples gentil et juif le regardent comme leur centre.
Et cependant quel homme jouit jamais moins de cet éclat? De trente-trois ans il en vit trente, sans paraître. Dans trois ans il passe pour un imposteur; les prêtres et les principaux [de sa nation] le rejettent; ses amis et ses plus proches le méprisent ; enfin il meurt trahi par un des siens e( abandonné par tous.
Quelle part a-t-il donc à cet éclat? Jamais homme n'a eu tant d'éclat; jamais homme n'a eu plus d'ignominie. Tout cet éclai n'a servi qu à nous, pour nous le rendre reronnaissable, et il n'en a rien eu pour lui ^
* Jésus-Christ a dit les choses grandes si simplemenf qu'il semble qu'il ne les a pas pensées, et si neltemeni néanmoins qu'on voit Lien ce qu'il en pensait. Cette clarté jointe à cette naïveté est admirable.
La conversion des païens n'était réservée qu'à la grâce du Messie. Les juifs ont été si longtemps à les combattre
' Il faut lire et relire cette patje immortelle où, parlant de Celui qui a réalisé sur la terre l'idée de la véritable grandeur, Pascal nous fait pnrrourir avec lui l'échelle de toutes les grandeurs.
sans siirrès; loiU co qu'en onl dit Snlomon et los propliôlos a éfé innfilo. I.cs sagj'S, cnninic Platon rt Socialr, n'ont pu l«'S pcrsiiadrr.
* Jt'sns-Clirist ost nn Dieu dont on b'approclie sans orgueil, et sous lequel on s'abaisse sans désespoir.
Mystère de Jésus.
On a pu se ronralncre, en jetant les yeux lur les pages qui précèdent, qu'il y a de tons les styles dans le style de Pasral : et la précision malhéniatique de Desrarles, et la véhémence oratoire de Rossuet, el l'énergique concision de la Rochefoucauld, et l'esprit charmant de Fénelon , et les contrastes piquants de la Bruyère. Maintenant, roici un Iragment que l'ascal a intitulé le Mijsiire df Jésus, et où, contemplant le divin Maître au milieu de ses disciples endormis, il épanche son cœur aux pieds du Sauveur avec des accents d'une incomparable suavité
* Jésus soufTre dans sa passion les lounnents que lui font les hommes , mais dans ra«](mip il souffre les tourments qn il se donne à lui-même : Turhare semet ipsum. C'est un supplice d'une main humaine, mais toute-puissante, et il faut être tout-puissant pour le soutenir.
* Jésus cherche quelque consolation au moins dans ses trois plus chers amis, et ils dorment; il les prie de soutenir (se tenir) un peu avec lui *, et ils le laissent avec une négligence entière, ayant si peu de compassion qu'elle ne pouvait seulement les empêcher de dormir un moment. Et ainsi Jésus était délaissé seul avec la colère de Dieu...
* Il souffre ceiU' peine et cet abandon dans l'horreur de la nuit.
* Je crois que Jésus ne s'est jamais plaint que cette fois; mais alors il se plaint comme s'il n'eût pu contenir sa douleur : Mon âme est triste jusqu'à la mort...
* Jésus sera en agonie jusqu'à la fin du monde : il ne faut pas dormir pendant ce temps-là.
' Il y a dans saint Marc, xxiv, .3i : -- Etait illis : Trislii est anima mea usque ad moriem ; susiiiiete hic el rigilate. Le mot soutenir est probablement une faute de copiste . Pascal avait sans doute dicté : se tenir: sustineie hic, demeurez ici.
PASCAL. Ifil
(Mais voici que, comme danaV Imittilion, un (lialotjue s'établit entre Jésus-i'.hrist et son disciple ravi dans une tendre contemplation :)
* — Console-toi, tu ne me chercherais pas si tu m'avais trouvé.
* Je pensais à toi dans mon agonie; ;j'ai versé telles gouttes de sang pour toi...
* Laisse -toi conduire à mes règles ; vois comme j'ai bien conduit la Vierge et les saints qui m'ont laissé agir en eux.
* Le Père aime tout ce que jk fais.
* Veux-tu qu'il me coûte toujours du sang de mon humanité sans que tu donnes des larmes ?
* Je te suis présent par ma parole dans l'Ecriture ; par mon esprit dans l'Eglise; par les inspirations, par ma puissance, dans les prêtres; par ma prière, dans les (idèlcs.
"^ Les médecins ne te guériront pas, car tu mourras à la fin. Mais c'est moi qui guéris et rends le corps immortel.
* Souffre les chaînes et les servitudes corporelles ; je ne te délivre que de la spirituelle à présent.
* Je te suis plus ami que tel et tel, car j'ai fait pour toi plus qu'eux, et ils ne soulïriraierit ])as ce que j'ai soulTcrt de loi, et ne mourraient pas pour toi dans le temps de les inlidélités et cruautés, comme j'ai fait et connue je suis prêt à faire...
* Si tu connaissais tes péchés, tu perdrais cœur...
'■' — Je le perdrais donc , Seigneur, car je crois leur ntalice sur votre assurance.
* — Non , car moi par qui tu l'apprends t'en peux guérir, et ce que je te dis est un signe que je veux te guérir. A mesure que tu les expieras, tu les connaîtras, et il te sera dit : Vois les péchés qui te sont remis !
* — Seigneur, je vous donne tout.
* — Je t'aime plus ardemment que tu n'as aimé tes souillures.
* Qu'à moi en soit la gloire et non à toi, ver de terre.
' — Seigneur, je vois mon abîme d'orgueil, de curiosité, de concupiscence.
11 n'y a nul rapport de moi à Dieu , ni à Jésns-Clirisl jiisin. Vlais il a élv fait péché ponr moi ; tous vos fléaux sont tombés sur lui... Ses rnnpniis n'ont crssé de le travailler qu'au sépuliro...
* Mais il s'est fjuéri lui-m<*n)e et me «jnérira à pin» juste raison.
* Il faut ajouter mes plaies aux siennes el me joindre à lui, et il me sauvera en se sauvant.