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ment conU'slo , car 1 on choque ceux à (jui on parle de cet air ou en leur faisant sentir qu'ils contestent une chose indiihilable, ou en faisant paraîlrc qu'on leur veut ôter la libellé d'examiner et d'en juger par leur propre lumière, ce (|ui leur paraît une domination injuste.
La chaleur qu'on témoi<jne pour ses opinions est un défaut différent de ceux que je viens de marquer, qui sont compatibles avec la froideur. Celui-ci fait croire que nonseulement on est attaché à ses opinions par persuasion, mais aussi par passion; ce qui sert à plusieurs de préjugé de la fausseté de ces sentimenis et leur fait une impression toute contraire à celle que l'on prétend; car le seul soupçon qu'on a plutôt embrassé une opinion par passion que par lumière la leur rend suspecte. Ils y résistent comme à une injuste violence qu'on leur veut faire en prétendant leur faire entrer par force les choses dans l'esprit, et souvent même, prenant ces marques de passion pour des espèces d'injures, ils se portent à se défendre avec la même chaleur qu'ils sont attaqués.
C'est un défaut si visible que de s'emporter dans la dispute à des termes injurieux et méprisants, qu'il n'est pas nécessaire d'en avertir. Mais il est bon de remarquer qu'il y a de certaines rudesses et de certaines incivilités qui tiennent du mépris , quoiqu'elles puissent avoir un autre principe. C'est bien assez qu'on persuade à ceux que l'on contredit qu'ils ont tort et qu'ils se trompent, sans leur faire encore sentir par des termes durs et humiliants qu'on ne leur trouve pas la moindre étincelle de raison. Et le changement d'opinions où l'on les veut réduire est assez dur à la nature sans y ajouter encore de nouvelles duretés.
Enfin la sécheresse, qui ne c(msiste pas tant dans la dureté des termes que dans le défaut de certains adoucissements, choque aussi pour l'ordinaire, parce qu'elle enferme quelque sorte d'indifférence et de mépris. Car elle laisse la plaie que la contradiction fait sans aucun remède qui eu puisse diminuer la douleur. Or, ce n'est pas avoir assez d'égard pour les hommes que de leur faire quelque peine sans la ressentir et sans essayer de l'adoucir, et c'est ce que la sécheresse ne fait point, parce qu'elle consiste proprement à ne le point faire et à dire durement les choses dures. On ménage ceux que l'on aime et que Von estime, et ainsi on
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léuioiyuo piuprnueiit à ceux que ion ne lut-iiagt; point qny l'on n'a ni amitié ni i-stimc pour eux.
// nc/iiiil fds s'opposer sans discrction aux pussions des hommes.
(Je que nous avons dit des moyens de ne point blesser les hommes en contredisant leurs opinions nous donne beaucoup douvrrlurc pour comprendre de quelle sorte il les faut ménajjer dans leurs passions, pui?que ces opinions mêmes en font partie, et qu'ils ne se piquent, quand ou combat leurs opinions, que parce qu'ils les aiment et qu'ils y sont attaches par passion.
Ce dépit qu'ils ressentent quand on s'oppose à leurs désirs vient de la même source que celui qu'ils ont quand on contredit leur sentiment; c'est-à-dire d'une tyrannie naturelle par laquelle ils voudraient dominer sur tous les hommes et les assujettir à leurs volontés. Mais parce qu'elle paraît trop déraisonnable quand elle se montre à découvert , l'amour-propre a soin de la déguiser en couvrant les passions d'un voile de justice, et en leur persuadant que l'opposition qu'ils y trouvent ne les offense que parce qu'elle est injuste et contraire à la raison.
Mais encore que ce sentiment soit injuste et qu'on ne dût pas l'avoir, il n'est pas juste néanmoins de se mettre au hasard de l'exciter par son indiscrétion : et il peut souvent arriver que , comme celui qui s'offense de ce que l'on ne suit passes inclinations a tort, celui qui ne les suit pas en a encore davantage ; parce qu'il manque à quelque devoir à quoi la raison l'obligeait, et qu'il est cause des fautes que ce dépit fait commettre à ceux qui le ressentent.
11 faut donc s'appliquera ce que l'on doit aux inclinations des autres, parce qu'autrement il est impossible d'éviter les plaintes, les murmures, les querelles, qui sont contraires à la tranquillité de l'esprit et à la charité, et par conséquent à l'état d'une vie vraiment chrétienne.
Entre ces inclinations, il y en a que l'on peut appeler justes, d'autres indifférentes et d'autres injustes. Il ne faut jamais contenter positivement celles qui sont injustes; mais il n'est pas toujours nécessaire de s'y opposer. Lorsqu'on le fait , il faut toujours comparer le bien et le mal et voir si
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l'on a suj('t d'fspérpr un plus grain! l)ioii de ccllv oppo.-i- Jion que le mal qu'elle pourra eauser. Car on peut appliquer à toutes sortes de gens la règle que saint Augustin donne pour reprendre les grands du inonde : Que, s'il y a à craindre qu'en les irritant par la rcprchension, on ne les porte à faii i quelque mal plus grand que n'est le hicn qu'on leur reut prucurer, c'est alors un conseil de charité de ne les pas nprendre , et non pas un prèle.rte de la cupidité.
Il y a des passions indifférentes el mi'tnc des passions qu'on peut appchr justes.
J'appelle passions indifférentes celles dont les objets n'étant pas mauvais en eux-niènics pourraient être recherchés sans passion et par raison , quoique peut-être on les rechereho avec une attache vicieuse. Or, dans ces sortes de choses nous avons encore plus la liberté de nous rendre aux inclinations des autres. Car nous ne sommes pas leurs juges, et il faut une évidence entière pour avoir droit de juger qu'ils ont trop d'attache à ces objets d ailleurs innocents. Nous ne savons pas même si ces attaches ne leur sont point nécessaires, puisqu'il y a bien des gens qui toniberaiciil dans des états dangereux si on les séparait tout d'un coup de toutes les choses auxquelles ils ont de l'attache. De plus, ces sortes d'attaches se doivent détruire avec prudence cl circonspection, et nous ne devons pas nous attribuer \c droit de juger de la manière dont il faut s'y prendre. Knfiii il est souvent à craindre que nous ne leur fassions plus df mal par l'aigreur que nous leur causons, en nous opposant indiscrètement à ces passions que l'on appelle innocentes, que nous leur procurons de bien par l'avis que nous leur en donnons.
11 peut donc y avoir de rindiscrétiou à parler fortement contre l'excès de la propreté devant les personnes qui y ont de l'attache ; contre l'inutilité des peintures devant ceux qui les aiment; contre les vers et la poésie devant ceux qui s'en mêlent. Ces sortes d avertissements sont des espèces de remèdes ; ils ont leur amertume, leur désagrément et leur danger. Il faut donc les donner avec les mênies précautions que les médecins dispensent les leurs ; et c'tst agir en em-
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pirique ignorant que de les proposer à fout le monde sans discernement.
J'appelle passions justes celles dans lesquelles nous sommes obligés par quelques lois de suivre les autres; quoiqu'il ne soit peut-être pas juste qu'ils exigent de nous cette dél'érence. Car, comme nous sommes plus obligés de satisfaire à nos obligations que de corriger leurs défauts, la raison veut que nous nous acquittions avec simplicité de ro que nous leur devons, et que nous leur ùtions ainsi tout sujet de plainte, sans nous mettre eu peine s'ils ne l'exigent point avec trop d'empire ou tiop d'empressement.
Or, pour comprendre l'étendue de ces devoirs, il faut savoir qu'il y a des clioses que nous devons aux hommes selon certaines lois de justice que l'on appelle proprement lois, et d'autres que nous leur devons selon de simples lois de bienséance, dont l'obligation naît du consentement des hommes, qui sont convenus entre eux de blâmer ceux qui y manqueraient. C'est de cette dernière manière que nous devons à ceux avec qui nous vivons les civilités établies entre les honnêtes gens, quoiqu'elles ne soient point réglées par des lois expresses ; que nous leur devons certains services, selon le degré de liaison que nous avons avec eux; que nous leur devons une correspondance d'ouverture et de confiance à proportion de ce qu'ils nous en témoignent. Il y a de certaines choses qu'on doit faire pour ceux avec qui on est en un certain degré de familiarité, que l'on pourrait refuser à d'autres sans qu'ils eussent droit de le trouver mauvais.
Il ne /(tut pas établir sa paix sur la correction des autres. Il faut nous corriger nous-mêmes et ne nous plaindre de personne.
Il ne suffit pas pour conserver la paix avec les hommes d'éviter de les blesser, il faut encore savoir souffrir d'eux lorsqu'ils font des fautes à notre égard; car il est impossible de conserver la paix intérieure, si l'on est si sensibb; à tout ce qu'ils peuvent faire et dire de contraire à nos inclinations et à nos sentiments; et il est difficile même que le mécontentement intérieur que nous aurons conçu n'éclate au dehors, et ne nous dispose à agir envers ceux qui nous auront choqués d'une manière capable de les choquer à leur tour :