‹ Chefs-d'œuvre des classiques français du 17e siècle, ou extraits de nos meilleurs écrivains en proseChapitre 18 sur 35 · Acte de foi sur toutes ces choses · texte numérisé non relu

Acte de foi sur toutes ces choses

Vous êtes tout-puissant, ô Dieu de gloire! J'adore votre immense et volontaire libéralité. Je passe tous les siècles et toutes les évolutions et révolutions de la nature : je vous regarde comme vous étiez avant tout commencejiient et de toute éternité, c'est-à-dire que je vous regarde comme vous êtes , car vous êtes ce que vous étiez ; la créature a changé , mais vous, Seigneur, vous êtes toujours ce que vous êtes. Je laisse donc toute créature , et je vous regarde commô étant seul avant tous les siècles. 0 la belle et riche aumône que vous avez faite en créant le monde ! Que la terre était pauvre sous les eaux, et qu'elle était vide dans sa sécheresse avant que vous en eussiez fait germer les plantes avec tant de fruits et de vertus différentes, avant la naissance des forêts, avant que vous l'eussiez comme tapissée d herbes et de fleurs, et avant encore que vous l'eussiez couverte de tant d'animaux ! Que la mer était pauvre dans la \ aste amplitude de son sein, avant qu'elle eût été faite la retraite de tant dé poissons! Et qu'y avait-il de moins animé et de plus vidtî que l'air, avant ([ue vous y eussiez répandu tant de volatiles? Mais combien le ciel même ctait-il pauvre , avant que vous

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l'eussiez semé d étoiles , et que vous y eussiez allumé le soleil pour présider au jour, et la lune pour présider à la miil ! Que toute la masse de l'univers était informe, et que le eliaos en était affreux et pauvre lorsque la lumière lui man- (|uait! Avant tout eela que le néant était pauvre , puisque ce n était qu un pur néant! Mais vous, Seijjneur, qui étiez, et qui portiez tout en votre puissance, u vous n'avez fait qu'ou- ^ vrir votre main, et vous avez rempli de bénédictions ' » le ciel et la terre.

O Dieu, que mon âme est pauvre! C'est un vrai néant d où vous tirez peu à peu le bien que vous voulez y répandre; ce n'est qu'un chaos avant que vous ayez commencé à en débrouiller toutes les pensées. Oii^^nd vous commencez par la foi à y faire poindre la lumière, qu'elle est encore imparfaite, jusqu'à ce que vous l'ayez formée par la charité, et que vous, qui êtes le vrai soleil de justice, aussi ardent ((ue lumineux, vous m'ayez embrasé de votre amour! 0 Dieu! soyez loué à jamais par vos propres œuvres. Ce n'est pas assez de m'avoir illuminé une l'ois; sans votre secours, je retombe dans mes premières ténèbres. Car le soleil même est toujours nécessaire à 1 air qu'il éclaire, afin qu'il de-' meiu'e toujours éclairé : combien plus ai-je besoin que vous ne cessiez de m'illuminer, et que vous disiez toujours : u Que la lumière soit faite! d {Elécalions, etc.)

De la science humaine, ou qui sont les mages?

Je vous dirai seulement que c'étaient les savants de leur pays, observateurs des astres, que Dieu prend par leur attrait, riches et puissants, comme leurs présents les font paraître; s'ils étaient de ceux qui présidaient à la religion, J)ieu s'était fait connaître à eux, et ils avaient renoncé au culte de leur pays.

Philosophes de nos jours, de quelque rang que vous soyez, ou observateurs des astres, ou contemplateurs de la nature inférieure et attachés à ce qu'on appelle physique, ou occupés des sciences abstraites qn on appelle mathématiques, où la vérité semble présider plus que dans les autres, je ue veux pas dire que vous n'ayez de digues objets de vos pensées; car de vérité eu vérité vous pouvez aller

1 Ts. cxLiv, 16.

jusqu'il Dieu, qui est la vérité des vérités, la source de la vérité, la vérité même, où subsistent les vérités que vous appelez éternelles, les vérités immuables et invariables, qui ne peuvent pas ne pas être vérités, et que tous ceux qui ouvrent les yeux voient en eux-mêmes, et néanmoins audessus d'eux-mêmes, puisqu'elles règlent leurs raisonnements comme ceux des autres, et président aux connaissances de tout ce qui voit et qui entend, soit hommes, soit anges. C'est cette vérité que vous devez chercher dans vos sciences. Cultivez donc ces sciences; mais ne vous y laissez point absorber. Xe présumez pas, et ne croyez pas être quelque chose plus que les antres, parce que vous savez les propriétés et les raisons des grandeurs et des petitesses : vaine pâture des esprits curieux et faibles, qui, après tout, ne mène à rien qui existe, et qui n'a rien de solide, qu'autant que, par l'amour de la vérité et l'habitude de la connaître dans des objets certains, elle fait chercher la véritable et seule certitude en Dieu seul.

Et vous, observateurs des astres, je vous propose une admirable manière de les observer. Que David était un sage observateur des astres lorsqu'il disait : u Je verrai vos cieux, 1 reuvre de vos mains, la lune et les étoiles que vous avez fondées! » Figurez-vous une nuit tranquille et belle, qui, dans un ciel net et pur, étale tous ses feux. C'était pendant une telle nuit que David regardait les astres, car il ne parle point du soleil : la lune et l'armée du ciel qui la suit faisait l'objet de sa contemplation. Ailleurs, il dit encore : « Les cieux racontent la gloire de Dieu; n mais dans la suite il s'arrête sur le soleil. « Dieu a établi, dit-il, sa demeure dans le soleil, qui sort richement paré comme fait un nouvel époux du lieu de son repos, » et le reste : de là il s'élève à la lumière plus belle et plus vive de la loi. Voilà ce qu'opère dans l'esprit de David la beauté du jour. Mais dans l'autre psaume, où il ne voit que celle de la nuit, il jouit d'un sacré silence; et, dans une belle obscurité, il contemple la douce lumière que lui présente la nuit, pour de là s'élever à Celui qui luit seul dans les ténèbres. Vous qui vous relevez pendant la nuit, et qui élevez à Dieu des mains innocentes, dans l'obscurité et dans le silence, solitaires, et ous, chrétiens, qui louez Dieu durant les ténèbres, dignes observateurs des beautés du ciel, vous verrez l'étoile qui

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