‹ Chefs-d'œuvre des classiques français du 17e siècle, ou extraits de nos meilleurs écrivains en proseChapitre 22 sur 35 · FLECHI ER · texte numérisé non relu

FLECHI ER

Pourquoi, mon Dieu, sijosu répandre mon àmc eu volrr présence et parler à vous, moi qui ne suis que poussière el que cendre, pourqu(»i le perdons-nous dans lu nécessité la plus pressante, au milieu de ses «[rands exploits, au plus haut point de sa valeur, dans la maturité de sa sagesse? Est-ce qu'après tant d'aclions digues de 1 immortalité il n avait plus rien de mortel à faire? Ce temps élail-il arrivé oii il devait recueillir le fruit do tant de vertus chrétiennes, et recevoir de vous la couronne de justice que vous gardez à ceux qui ont fourni une glorieuse carrière? Peut-être avions-nous mis

en pièces, nos fronlières découvertes, et les ennemis prêts à pénétrer dans le cieur de l'Ktal. Ensuite, oubliant l'iulérèt général, on n'était sensible qu'à la perle de ce grand homme. Le récit de ce funeste accident tira des plaintes de toutes les bouches et des larmes de tons les yeux. Chacun à l'envi faisait gloire de savoir et de dire quelque particularité de sa vie et de ses vertus. L'un disait qu'il était aimé de tout le monde sans intérêt ; l'autre, qu'il était parvenu à être admiré sans envie ; un troisième, qu'il était redouté de ses ennemis sans en être hai : mais enfin, ce que le roi sentit sur cette perle, el ce qu'il dit à la gloire de cet illustre morl, csl le plus grand el le plus glorieux éloge de sa vertu. Les peuples répondirent à ladouleurde leur prince. On vil dans les villes par où son corps a passé les mêmes sentiments que l'on avait vus autrefois dans l'empire romain lorsque les cendres de Germanicus furent portées de la Syrie au tombeau des Césars. Les maisons étaient fermées, le triste el morne silence qui régnait dans les places publiques n'était interrompu que par les gémissemeufs des habitants ; les magistrats en deuil eussent volontiers prêté leurs épaules pour le porter de ville en ville ; les prêtres et les religieux à l'envi l'accompagnaient de leurs larmes el de leurs prières. Les villes pour lesquelles ce triste spectacle était tout nouveau faisaient paraître une douleur encore plus véhémente que ceux qui l'accompagnaient ; et, comme si en voyant son cercueil on l'eiil perdu une seconde fois, les cris et les larmes recommençaient.

' Ce regret n'a point été particulier à la France; les étrangers qui l'ont admiré pendant sa rie l'ont pleuré à sa morl ; el je ne puis m'empêcher d'entrer ici daus un sentiment contraire à celui qu'eut David sur la mort de Saùl et de Jonalhas. Il ne voulait pas qu'on apprit aux Philistins la perte de ces illustres défenseurs d'Israël : Xoliic annimliore in Gelh, neque in plaleis Ascalonis. \on, non, que la renommée porte la nouvelle de cette perte aux ennemis de la France. Partout où la vertu sera aimée, on regrettera cet illustre mort. Dans les cours les plus opposées à nos intérêts, il se trouvera des princes généreux qui donneront des éloges à sa mémoire, des regrets à sa perte, et des prières à son âme. »

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