‹ Chefs-d'œuvre des classiques français du 17e siècle, ou extraits de nos meilleurs écrivains en proseChapitre 33 sur 35 · Deuxième partie · texte numérisé non relu

Deuxième partie

Une pai.x universelle régnait dans tout l'univers, quand Jésus-Christ, le prince de Ut paix ^ , parut sur la terre toutes les nations soumises à l'empire romain perlaient paisiblement le joug de ces maîtres orgueilleux du monde : Rome elle-même, après des dissensions civiles qui avaient dépeuplé ses murs, répandu ses proscrits dans les îles et dans les déserts, et inondé l'Asie et l'Europe du sang de ses citoyens, respirait de l'horreur de tous ces troubles; et réunie sous l'autorité d'un César, elle trouvait dans sa servitude la paix dont elle n'avait jamais pu jouir dans sa liberté.

L'univers était donc paisible; mais ce n'était là qu'une fausse paix. L'homme en proie à ses passions injustes et violentes éprouvait au dedans de lui-même la guerre et la

1 Is., i\, ti.

dissension la plus cruelle : éloigné de Dieu , livré aux agitations et aux fureurs de son propre cœur, combattu par la multiplicité et la contrariété éternelle de ses penchants déréglés, il ne pouvait trouver la paix, parce qu'il ne la cherchait que dans la source même de ses troubles et de ses inquiétudes. Les philosophes s'étaient vantés de pouvoir la donner à leurs disciples : mais ce calme universel des passions qu'ils promettaient à leur sage , et qu'ils annonçaient avec tant d'emphase, en pouvait réprimer les saillies , mais en laissait tout le venin et tout le tumulte dans le cœur. C'était une paix d'orgueil et d'ostentation : elle masquait le dehors; mais sous ce masque d'appareil, l'homme se retrouvait toujours lui-même.

Jésus-Christ descend aujourd'hui sur la terre pour apporter aux hommes cette paix véritable que le monde jusque-là n'avait pu leur donner. 11 vient porter le remède jusqu'à la source du mal : sa divine philosophie ne se borne pas à donner de ces préceptes pompeux qui pouvaient plaire à la raison, mais qui ne guérissaient pas les plaies du cœur; et comme l'orgueil, la volupté, les haines et les vengeances avaient été les sources fatales de toutes les agitations que le cœur de l'homme avait éprouvées, il vient lui rendre la paix en les tarissant par sa grâce , par sa doctrine et par soa exemple.

Oui, mes frères, je dis que l'orgueil avait été la première source des troubles qui déchiraient le cœur des hommes. Quelles guerres , quelles fureurs celte funeste passion n'avait-elle pas allumées sur la terre ? De quels torrents de sang n'avait-elle pas inondé l'univers? Et l'histoire des peuples et des empires , des princes et des conquérants, l'histoire de tous les siècles et de toutes les nations, qu'est-elle, que l'histoire des calamités dont l'orgueil avait, depuis le commencement, affligé les hommes? Le monde entier n'était qu'un théâtre lugubre oîi cette passion hautaine et insensée donnait tous les jours les scènes les plus sanglantes. Mais ce qui se passait au dehors n'était que l'image des troubles que l'homme orgueilleux éprouvait au dedans de lui-même. Le désir de s'élever était une vertu : la modération passait pour lâcheté; un homme seul bouleversait sa patrie, renversait les lois et les coutumes , faisait des millions de malheureux, pour usurper la première place parmi ses con-

citoyens; et le succès de son rrirnc lui attirail des hommages , et son nom, souillé du sang de ses Jrèrcs, n'en avait que plus d'éclat dans les annales publiques qui en conservaient la mémoire; et un scélérat heureux devenait le plus grand homme de son siècle. Celle passion, en descendant dans la foule, était moins éelalanle , mais elle n'en était pas moins vive et furieuse : l'homme obscur n'était pas |;lu3 tranquille que lliomme public ; chacun voulait l'importer sur ses égaux : l'oniteur, le philo.-ophe se disputaient, s'arrachaient la gloire, l'unique but de leurs travaux et de leurs veilles : et comme les désirs de l'orgueil sont insatiables, l'homme à qui il était alors honorable de s'y livrer tout cnlier, ne pouvant s'y fixer, ne pouvait aussi èlre calme et paisible. L'orgueil devenu la seule source de l'honneur et de la gloire humaine, était devenu l'écueil fatal du repos et du bonheur des hommes.

La naissance de Jésus-Christ, en corrigeant le monde de cette erreur, y rétablit la paix que l'orgueil avait bannie de la (erre. H pouvait se manifester aux hommes avec tous les trails éclatants que les prophètes lui avaient attribués : il pouvait prendre les litres pompeux de conquérant de Juda, de législateur des peuples, de libérateur d'Israël : Jérusalem, à ces caractères glorieux, aurait reconnu celui qu'elle attendait; mais Jérusalem ne voyait dans ces titres qu'une gloire humaine , et Jésus-Christ vient la détromper et lui apprendre que celle gloire n'est rien ; qu'une pareille attente n'eût pas été digne des oracles de tant de prophètes qui l'avaient annoncé ; que l'Esprit saint qui bs avait inspirés ne pouvait promettre que la sainteté et des biens éternels aux hommes ; que tous les autres biens, loin de les rendre heureux, multipliaient lenrs malheurs et leurs crimes, et que soti ministère visible n'allait répondre aux promesses éclatantes qui l'annonçaient depuis (ant de siècles que parc? qu'il serait tout spirituel et qu'il ne se proposait que le salut de tous les hommes.

Aussi il naît à nefhléheni dans un état pauvre et abject, sans appareil extérieur, lui dont les cantiques de toute la milice du ciel célébraient alors la naissance ; sans titre qui le dislingue aux yeux des hommes, lui qui était élevé audessus de tonte principauté et de toute puissance : il souffre que son nom soit inscrit avec les noms les pins obscurs des

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sujets de César ; lui dont le nom étail au-dessus de foui autre nom, et qui seul avait droit d'écrire le nom de ses élus dans le livre de l'éternité : des pasteurs simples et c[rossiers tout seuls viennent lui rendre hommage; lui, devant qui tout ce qu'il y a de grand dans le ciel , sur la terre et dans les enfers, doit fléchir le genou : enfin tout ce qui peut confondre l'orgueil humain est rassemhlé dans le spectacle de sa naissance. Si les titres, si l'élévation, si les prospérités avaient pu nous rendre heureux ici-has, et mettre la paix dans notre cœur, Jésus-Christ en aurait paru revêtu et aurait apporté ces hiens à ^es disciples; mais il ne nous apporte la paix qu'en les méprisant et en nous apprenant à les mépriser nous-mêmes : il ne vient nous rendre heureux qu'en venant réprimer des désirs qui, jusque-là, avaient formé tontes nos inquiétudes; il vient nous montrer des hiens plus réels et plus durahles, seuls capables de calmer nos cœurs , de remplir nos désirs, de soulager nos peines; des biens que les hommes ne peuvent nous ôter, et qu'il suffit d'aimer et de désirer pour être assuré de les posséder. Cependant cette paix heiueuse, qui la goùle ?I,es guerres, les troubles, les fureurs, en sont-elles plus rares dans l'univers depuis sa naissance ? Les empires et les états qui l'adorent en sont-ils plus paisibles ? L'orgueil qu'il est venu anéantir en met-il moins le tumulte et la confusion parmi les hommes? Cherchez au milieu des chrétiens celte pais qui devait être leur héritage : où la trouvez-vous? Dans les villes? L'orgueil y met tout en mouvement; chacun veut monter plus haut que ses ancêtres : un seul que la fortune élève y lait mille malheureux qui suivent ses traces sans pouvoir atteindre où il est parvenu. Dans l'enceinte des murs domestiques ? Elle ne cache que des soins et des inquiétudes ; et le père de famille sans cesse occupé, agité, plus de l'avancement que de l'éducation chrétienne des siens, leur laisse pour héritage ses agitations et ses inquiétudes , qu'ils transmettront un jour eux-mêmes à leurs descendants. Dans le palais des rois? Mais c'est ici qu'une ambition démesurée ronge, dévore tous les cœurs; c'est ici qne, sous les dehors spécieux de la joie et de la tranquillité, se nourrissent les passions les plus violentes et lespliis auières: c'est ici, où le bonheur semble résider, et où l'orgueil fait plus de malheureux et de mécontents O paix de Jésus-

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Christ, qui surpassez toul sentiment, seul remède des troubles que l'orjjueil ne cesse d'exciter dans nos cœurs, qui pourra donc vous donner à l'Iiomme?

Mais en second lieu, si les inquiétudes de l'orgueil avaient banni la paix de la terre, les désirs impurs de la chair n'y avaient pas excité moins de troubles. L'homme, ne se souvenant plus de l'excellence de sa nature et de la sainteté de son origine, se livrait sans scrupule, comme les bétes, à l'impétuosité de cet instinct brutal. Le trouvant dans son cœur le plus violent et le plus nniversel de ses penchants, il le croyait aussi le plus innocent et le plus légitime. Pour l'autoriser même davantage , il le fit entrer dans son culte, et se forma des dieux impurs dans le temple desquels ce vice infâme devenait le seul hommage qui honorait leurs autels. . Plus ce vice était universel, plus il perdait le nom de vice ; et cependant quel déluge de maux n'avait-il pas répandu sur la terre ! avec quelle fureur ne l'avait-on pas vu armer les peuples contre les peuples, les rois contre les rois, le sang contre le sang, les frères contre les frères; porter partout le trouble et le carnage, et ébranler l'univers entier! Les ruines des villes, les débris des empires les plus florissants, les sceptres et les couronnes renversés devenaient les monuments publics et lugubres que chaque siècle élevait pour conserver, ce semble, aux âges suivants le souvenir et la tradition funeste des calamités dont ce vice n'avait cessé d'affliger le genre humain. Il devenait lui-même un fonds inépuisable de troubles et de chagrins pour l'homme qui s'y livrait alors sans mesure : il promettait la paix et les plaisirs, mais les jalousies, les soupçons, les fureurs, les excès, les dégoûts, les inconstances, les noirs chagrins marchaient toujours sur ses pas; jusque-là que les lois, la religion , 1 exemple commun l'autorisant, le seul amour du repos, dans ces siècles même de ténèbres et de corruption , en éloignait un petit nombre de sages.

Mais ce motif était trop faible pour en arrêter le cours impétueux et en éteindre les feux dans le cœur des hommes : il fallait un remède plus puissant, et c'est la naissance du Libérateur, qui vient retirer les hommes de cet abîme de corruption pour les rendre purs et sans tache ; les dégager de ces liens honteux et leur donner la paix en leur rendant la liberté et l'innocence que la servitude et la tyrannie de ce

vice leur avaient ôtée. Il naît d'une mère vierge, et la plus pure de toutes les créatures : par là il met déjà en honneur une vertn inconnue au monde, et que son peuple même regardait conune un opprobre. De plus, en s'unissant à nous, il devient notre chef, nous incorpore avec lui, nous fait devenir les membres de son corps mystique , de ce corps qui ne reçoit plus de vie et d'influence que de lui , de ce corps dont tous les ministères sont saints, qui doit être assis à la droite du Dieu vivant et le glorifier dans tons les siècles.

Voilà, mes frères, à quel degré d'honneur Jésus-Christ, dans ce mystère, élève notre chair : il en fait le temple de Dieu , le sanctuaire de l'Esprit saint , la portion d'un corps où la plénitude de la Divinité réside, l'objet de la complaisance cl de l'amour de sou Père. Mais ne profanons-nous pas encore ce temple saint ? \e faisons-nous pas encore servir à l'ignominie les membres de Jésus-Christ ? En respectons-nous plus notre chair, depuis qu'elle est devenue une portion sainte de son corps mystique ? Cette passion honteuse n'exerce-t-elle pas encore la même tyrannie sur les chrétiens, c'est-à-dire sur les enfants de la sainteté et de la liberté ? Ne trouble-t-elle pas encore la paix de l'univers, la tranquillité des empires, le repos des familles, l'ordre de la société, la bonne foi des mariages, l'innocence des commerces, la destinée de chaque particulier? Xe donnet-elle pas encore tous les jours des spectacles tragiques au monde ? Respecte-t-elle les liens les plus sacrés et les caractères les plus respectables ? Ne compte-t-elle pas pour rien tous les devoirs? Compte-t-elle pour beaucoup les bienséances mêmes? et ne fait-elle pas de la société entière une confusion affreuse où l'usage a effacé toutes les règles? Vousmêmes, qui m' écoutez, d'où sont venus tous les malheurs et tous les chagrins de votre vie? N'est-ce pas de cette passion déplorable? n'est-ce pas elle qui a renversé votre fortune, qui a mis le trouble et la division dans l'enceinte même de votre famille, qui a englouti le patrimoine de vos pères, qui a déshonoré votre nom, qui a ruiné votre santé et qui vous fait mener une vie triste et ignominieuse sur la terre? N'est-ce pas elle du moins qui actuellement déchire votre cœur qu'elle possède? Que se passe-t-il au dedans de vous, qu'une révolution tumultueuse de frayeurs, de désirs, de jalousies, de défiances, de dégoûts, de noirceurs, de

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dépits, (le cliagiliis, de lureurs? et avez-ii»us goiilé un seul laonient de paix depuis que cette passion a souillé voire ànie et est venue troubler tout le repos de votre vie? Faites renaître Jésus-Christ dans votre cœur, lui seul peut être votre paix véritable : chassez-en les esprits impurs, et la maison de votre âme sera paisible : redevenez un enfant de la grâce; l'innocence est la seule source de la tranquillité.

Eniin, la naissance de Jésus-Christ réconcilie les hommes avec son Père : elle réunit les gentils et les juifs, elle anéantit toutes ces distinctions odieuses de Grec et de Barbare, de Romain et de Scythe; elle éteint toutes les inimitiés et toutes les haines : de tous les peuples elle n'en fait plus qu'un peuple ; de tous ses disciples, qu'un cœur et qu'une âme : dernier genre de paix qu'elle vient apporter aux hommes. Ils n'étaient liés auparavant entre eux ni par le culte, ni par une espérance commune, ni par l'alliance nouvelle qui dans un ennemi nous découvre un frère. Ils se regardaient presque comme des créatures d'une espèce différente; la diversité des religions, des moeurs, des pays, des langages, des intérêts, avait, ce semble, diversilié en eux la même nature ; à peine se reconnaissaient-ils uuituellement à la figure de l'humanilc, le seul sitjne d'uuion qui leur restait encore. Ils s'exterminaient connue des bêles féroces ; ils faisaient consister leur gloire à dépeupler la terre de leurs semblables et à porter en triomphe leurs têtt s sanglantes, comme les numiuncnts éclatants de leurs victoires : on aurait dit qu'ils tenaient leur être de dilTérents créateurs irréconciliables; toujours occupés à se détruire, et qui ne les avaient placés ici-1 as que pour venger leur querelle et terminer leur différend par l'extinction universelle de l'un des deux partis : tout divisait les hommes, et rien ne les liait entre eux que les passions et les inlérêls, qui étaient eux-mêmes la source unique de leurs divisions et de leur discorde.

Mais Jésus-Christ est devenu notre paix, notre réconciliation, la pierre angulaire qui assemble et réunit tout l'édifice, le chef vivifiant qui unit tous ses membres et n'en iail qu'un même corps. Tout nous lie à lui, et tout ce qui nous lie à lui nous unit ensemble. C'est le même esprit qui nous anime, la même espérance qui nous soutient, le niêine sein qui nous enfante, le même bercail qui nous rassemble et le même pasteur qui nous conduit : nous sommes les enfants

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d'un même pèro , les héritiers des mémos promesses, les citoyens de la mémo cite ctorneile, les membres d'un même corps.

Or, mes iVèros , tant de liens sacres ont-ils pu réussir à nous unir ensemble? Le christianisme, qui ne devait être que l'union des cœurs, le lien des fidèles entre eux et de Jésus-Christ avec les fidèles, et qui devait retracer l'image de la paix du ciol sur la terre, le christianisme n'est plus lui-ménjo qu'un théâtre affreux de dissensions et de troubles: la guerre et la fureur semblent avoir établi parmi les chrétiens une demeure éternelle : la religion qui devait les unir les divise elle-même. L'infidèle, l'ennemi de Jésus-Christ, les enfants du iaux prophète, qui n'est venu porter que la guerre et le carnage parmi les hommes, sont en paix; et les enfants de la paix et les disciples de Celui qui vient l'apporter aujourd'hui aux hommes ont toujours en main le fer et le feu les uns contre les autres ! Je le dis hardiment devant un prince qui a mille fois préféré la paix à la victoire. Los rois s'élèvent contre les rois, les peuples contre les peuples; les mers qui les séparent les rejoignent pour s'entre-délruire : un vil monceau de pierres arme leur fureur et leur vengeance; et des nations entières vont périr et s'ensevelir sous ses murs pour disputer à qui demeureront ses ruines : la terre n'est pas assez vaste pour les contenir et les fixer chacun dans les bornes que la nat :re elle-même senïlile avoir mises aux Etats et aux empires : chacun veut usurper sur son voisin; et un misérable champ de bataille, qui sulfit à peine pour la sépulture de ceux qui l'ont disputé, devient le prix des ruisseaux de sang dont il demeure à jamais souillé. 0 divin réconciliateiw des homn:es! revenez dimc encore sur la lerre , puisque la paix que viuis y apportâtes en naissant laisse encore tant de guerres et de culamiiés dans l'univers!

Ce n'est pas tout : l'enceinte elle-même des villes, qui nnus unit sous les mêmes lois, ne réunit pus les (ceius et les alfeitions, les haines, les jalmisios divisent les (iloyens, connue elles divisent les nat fins: les aniumsilés se perpétuent dans les familles, et les pères les transtueltenl aux enfat.ts comme un l.éritage de maléiliction. L'autorité du prince a beau désarmer le bras, elle ne désarme pas les cœurs; il a beau ôter le glaive des mains, on perce mille

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fois plus ciuelleuient son t'niiemi avec le glaive de lalan<]ue; la haine, obligée de se renfermer au-dedans, en devient plus profonde et plus amère; et pardonner est une faiblesse qui déshonore. 0 mes frères, Jésus-Christ est donc venu en vain sur la terre? Il est venu nous apporter la paix; il nous l'a laissée comme son héritage ; il ne nous a rien tant recommandé que de nous aimer : et l'union et la paix semblent bannies du milieu de nous; et les haines partagent encore la cour, la ville, les familles: et ceux que les places, que les intérêts de l'Etat, que les bienséances même, que le sang du moins devrait unir, se déchirent, se dévorent, voudraient se détruire, et s'élever sur les ruines les uns des autres; et la religion qui nous montre nos frères dans nos ennemis n'est plus écoutée; et la menace qui nous fait attendre la même sévérité de la part de Dieu que nous aurons eue pour nos frères ne nous touche plus; et tous ces motifs si capables d'adoucir le cœur y laissent encore toute l'amertume de la haine ! Xous vivons tranquillement dans cet état affreux : l'équité de nos plaintes envers nos ennemis nous calme sur l'injustice de notre haine et de notre éloiguement pour eux : et si nous nous en rapprochons à la mort, ce n'est pas que nous les aimions; c'est que le cœur mourant n'a plus la force de les haïr; c'est que tous nos sentiments sont presque éteints; ou du moins, c'est que nous ne sentons plus rien que notre défaillance, et notre extinction prochaine. Unissons-nous donc à Jésus- Christ naissant; entrons dans l'esprit de ce mystère; rendons à Dieu avec lui la gloire qui lui est due : c'est le seul moyen de nous rendre à nous-mêmes la paix que nos passions nous avaient jusqu'ici ôtée.

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