‹ Chefs-d'œuvre des classiques français du 17e siècle, ou extraits de nos meilleurs écrivains en proseChapitre 8 sur 35 · A. UE C · texte numérisé non relu

A. UE C

La Pucelle d'Orléans sur le bûcher.

Eh bien, ètes-voiis à la fin de vos souhaits? M'avez-vous enûn amenée à on endroit oi'i vous pensez que je ne vous serai plus redoutable? Làciies que vous êtes, qui avez eu peur d'une (ille , et qui, n'ayant pu ^'•(re soldats, êtes devenus bourreaux; iuij)ies et impitoyables, qui vous el'forcez en vain de conibatlre contre Dieu, dites-moi, pensez-vous par votre tyrannie détourner les secrets de sa loute-|iuissance? Ne restait-il plus pour comble à votre orgueil et à vos inju.stices qui veulent, en dépit de la Providence divine, ravir la couronne do France au léjjitime héritier , que de faire mourir une innocente prisonnière de jjucrre par un supplice digne de votre cruauté? Celui-là même qui m'a donné la force de vous châtier en tant de rencontres, de vous chasser de tant de villes et de vous mener battant aussi facilement que j'ai mené autrefois un troupeau de moutons, m'a encore, par sa divine bonté , donné le courage de craindre aussi peu vos flammes que j'ai redouté vos cpées Vous ne me faites point injure, parce que je suis disposée à tout souffrir pour sa gloire; mais votre crime s'élevant contre sa majesté, vous sentirez bientôt la pesanteur de sa justice, dont je n'étais qu'un faible instrument. De mes cendres naîtront vos mal-

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heurs et la punition de vos crimes. \e vous mettez pas dans

l'esprit qu'avec moi la vengeance de Dieu soit étouffée

ma mort vous coûtera deux cent mille hommes; et, quoique morte, je vous chasserai de Paris, de la X'ormaudie et de la (iuyenne, où vous ne remettrez jamais le pied. Et après que vous aurez été battus en mille endroits et chassés de toute la France, vous n'emporterez avec vous en .Anjjleterre que la colère divine, qui, vous poursuivant toujours sans relâche , remplira votre pays de beaucoup plus grandes calamités, meurtres et discordes, que votre tyrannie n'a fait naître dans ce royaume ; et sachez que vos rois perdront le leur avec la vie pour avoir voulu usurper celui d'autrui. C'est le Dieu des armées, protecteur des innocents et sévère vengeur des outrages, qui vous l'annonce par ma bouche.

Matignon au connétable de Bouillon.

Si la fidélité que je vous ai toujours témoignée par mes très-humbles services et qu'il vous a plu honorer de tant de récompenses mérite d'être écoutée, en vos propres intérêts, je ne puis plus vous celer, monseigneur, qu'il est étrange •(jue ceux qui projettent de certains traités secrets sous couleur de fidélité et d'affection hasardent ainsi votre bonneur et votre personne pour se rendre considérables au désavantage de leur maître Je sais bien qu'il n'importe guère à des gens qui n ont plus ni conscience ni foi de ruiner leur patrie et de bouleverser un royaume où ils ne sont point considérés, mais quelqu'un de vos bons serviteurs peuf-il souffrir que leurs intrigues se fassent sous votre nom et qu'ils engagent un connétable et un prince du sang dans leurs attentats? Voyez, s'il vous plaît, monseigneur, de quelle affection ils sont portés à votre service, qu'ils veulent que l'appréhension de perdre une partie de vos biens vous les fasse perdre tous; que vous quittiez la France pour vous venger d'une injure que vous n'avez point encore reçue , et que vous preniez la fuite devant une femme de peur de lui céder. Certes ils vous offensent bien plus que ne font vos ennemis mêmes; le procès qu'on a intenté contre vous ne saurait vous ôter que des terres; mais les gens veulent vous ôter tout l'honneur que les âmes nobles estiment plus que tous les sceptres du monde; la gloire que vos ancêtres vous ont iiiiïJsé'e et que vous ;ivez portée vnns-niênve au plus haut

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point en chassant ileux grands empereurs, l'un d'Italie, et l'autre des frontières de France ; votre charge avec laquelle vous commandez aux armées victorieuses des Français; enfin les espérances de parvenir à la couronne, dont vous n'tHes éloigné que de trois degrés; et pour vous dédommager de toutes ces pertes irréparables, ils vous proposent sous la foi espagnole, sous la parole d'un prince qui désavouera ses agents quand il lui plaira, un mariage peu assuré, dont la dot est une injuste guerre contre votre patrie, et les avances un honteux bannissement. Il est vrai que la régente a fort maltraité Votre Altesse et qu'elle lui fait souffrir d'énormes injustices; mais quel déplaisir vous a fait la France, elle qui vous a si chèrement nourris, vous et vos ancêtres; elle qui vous a élevé dans un si haut éclat, et quia rendu Votre Grandeur si puissante qu'elle peut aujourd'hui lui être funeste? Oui, monseigneur, votre puissance est seule capable de la détruire ; mais votre vertu est trop grande pour se rendre complice d'un si étrange dessein. Vous n'eiposerez pas ce royaume en proie à ceux menus contre lesquels vous l'avez vigoureusement défendu; vous n'entreprendrez pas de ruiner un liéritage qui peut quelque jour vous appartenir, pour le partager avec des étrangers. Vous ne deviendrez pas le juge des ennemis de votre roi, dont vous êtes déjà le cousin, et dont vous pouvez être le beau-frère. Au reste, comme Sa Majesté est généreuse et magnanime , et que les offenses que vous avez souffertes ne .«ont pas venues de sou propre mouvement, il ne faut pa.s douter qu'elle les réparera avec d'autant plus de généiosifé que vous lui aurez témoigné de patience. Enfin, la force du sang et la raison seront plus puissantes dans son esprit que les mauvais conseils. Un peu de constance vous fera triompher de tous vos envieux; et la justice de votre cause, jointe à la gloire de vos belles actions, l'obligera, malgré l'envie, à vous donner la jouissance de tous vos souhaits. Mais quand le roi ne se porterait pas de lui-même à vous accorder ce que votre rang, votre souveraine vertu et vos services lui demandent, assurez-vous que la nécessité pressante de ses aliaircs l'y forcera. Car si ses ennemis n'espèrent point de le pouvoir surmonter sans votre moyen , aussi ne leur saurait-il faire tête sans votre invincible valeiu-.

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Réception de Henri, dite d'Anjou (depuis Henri III), dans les Etats de l'électeur palatin * .

L'électeur palatin fut le seul qui sembla avoir traité moins honorablement qu'il ne devait, voire même bravé un si puissant roi ^. Car l'ayant envoyé visiter à Landau avec un compliment assez civil en apparence et prié de passer par Heidelberg, disant que les gouttes qui le tenaient au lit l'empêchaient d'en sortir pour avoir l'honneur de lui aller faire la révérence, il y ajouta cette condition : que ce ne fût qu'avec les princes qui l'accompagnaient et vingt gentilshommes seulement. C'était à la vérité un sensible déplaisir à ce roi d'être contraint de se dépouiller ainsi de sa suite et de se voir traité d'inférieur par un prince momdre que lui; mais puisqu'il avait nécessairement à passer sur ses terres, il fallait accepter cette condition et n'irriter point sa mauvaise humeur par d'inutiles défiances. La cour de cet électeur étant pleine de religionnaires français échappés de la Saint-Barthélémy, il appréhendait que la fureur de ces gens-là ne les portât à quelque atteijtat contre sa personne, et on se peut bien imaginer que toutes leurs suggestions tendaient à lui persuader un coup si tragique. 11 u'est pas à croire néanmoins que cet électeur y consentît ; mais on connut bien que d'abord son cœur prenait plaisir à faire éclater son ressentiment et que, si l'honneur et la conscience ou quelque autre considération lui défendaient une si cruelle vengeance sur un roi, au moins il se donnait cette satisfaction de la lui faire appréhender. Deux mille chevaux qu'il avait envoyés au-devant viennent à lui au galop et en escadron, avec contenance d'ennemis, et l'enveloppent au milieu d'eux : il trouve double corps de garde aux portes de la ville, le canon pointé sur les avenues, des arquebusiers en haie tout du long des rues où il passe , la mèche sur le serpentin; il ne trouve personne à la porte du château pour le recevoir que des gens de guerre , personne dans la bassecour, si bien qu'après s'être arrêté quelque temps pour at-

■ 1 L'électeur dont il s'agit ici est Frédéric III, surnommé fc Pieux par ses sujets protestants. Il avait succédé en 1559 à l'électeur Otton Henri.

- Le duc d'.^njou venait d'être appelé au trône de Pologne. \

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teudie si 1 ou ne viendrait point le recevoir, il est contraint de monter les degrés tout seul. Au milieu, il rencontre le rhingrave et deux «jentilshonimes écliapjxîs du massacre de Paris , qui lui veuaient l'aire compliment de la part du palatin, de ce que son indisposition ne lui permettait pas de descendre. Il l'attendait à l'entrée de sa chambre, appuyé sur un gentdliomme, feignant qu'il avait grand'peine à se tenir debout. Dans cette chambre il y avait un grand tableau du massacre de la Saiut-Bartbélemy, si bien représenté qu'on y reconnaissait les personnes des morts et des meurtriers , et si bien placé , qu'on ne pouvait entrer là sans l'avoir en vue. Le roi jetant les yeux dessus, le palatin lui demande aussitôt s'il connaissait bien ces gens-là, et le roi ayant répondu que oui, il lui repart avec un grand soupir mêlé de douleur et de colère : Ah! que c'étaient des gens de bien rt de bons Français que ceux qu'on égorgea si cruellement, et que ceux qui les firent mourir étaient perfides et méchanls! A souper, il ne fut servi que par des gentilshommes qui s'étaient sauvés du massacre ; il ne voyait à l'cntour de lui que des visages menaçants , des regards de travers , de fréquentes allées et venues, des gens qui se parlaient à l'oreille comme s'ils eussent porté quelques ordres secrets , et d'autres qui déclamaient contre les auteurs de celte tragédie et désignaient les ducs de Nevers et du Maine , qu'il avait auprès de lui, par les noms injurieux de traîtres Italiens et de bouchers de Lorraine. Et pour dernier effroi, le feu s'étant mis par hasard en quelque cheminée sur la minuit, le bruit et le tumulte furent si grands dans tout le château, qu'il crut tout de bon que c'était la revanche de la Saint-Barthélémy. A toutes ces alarmes, son hôte ajouta le lendemain un trait de mépris fort piquant : lui qui le soir avait feint de ne se pouvoir tenir sur ses pieds, l'invita le matin à se promener en sa galerie et y fit trente tours à si grands pas qu'il le mit hors d'haleine. L'art de dissimuler ne fut jamais plus nécessaire à ce roi qu'il le fut en cette occasion; aussi ne montra-t-il aucun signe d'altération pour toutes ces bravades et ne témoigna point de s'en vouloir ressentir; mais le jour qu'il partit , il fit dire la messe dans sa chambre , dont le palatin fut si vivement piqué qu'd jura Dieu que s'il l'eut su, il eût fait mettre le feu dans son château. Presque tous les princes blâmèrent ce rude procédé du palatin envers un

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