‹ Chefs-d'œuvre des conteurs françaisChapitre 24 sur 100 · DU VILAIN QUI CONQLIST LE PARADIS E>' PI AIDANT · texte numérisé non relu

DU VILAIN QUI CONQLIST LE PARADIS E>' PI AIDANT

au moment de sa mort ni ange, ni diable, ni personne pour lui rien demander ou lui donner des ordres, car on ne vient pas pour un vilain du ciel ou de l'enfer. Son âme, qui était fort craintive, regarda vers le ciel à droite et vit Tarchange saint Michel qui emportait tout*joyeux une autre ame; elle le suivit et fit si bion qu'elle entra en paradis. Saint Pierre, qui gardait lu porte, reçut l'àme que portait rarcbangeet,se tournant vers l'autre qui était seule, il lui demanda par qui elle était conduite *.

— Nul, lui dit-il, n'entre (hez nous s'il n'en estjugé digue, et surtout j'en jure par saint AUain, il n'y a point ici de place pour les vilains.

— Beau sire Pierre, répondit l'âme, plus vilain que vous ne peut être ici, et cerles il fallait que Dieu fût fou pour vous prendre poui' apôtre. Vous avez renié trois foisNotre-Seigneur. Le paradis ne vous appartient j)as, allez avec les traîtres ; mais moi qui suis brave homme et loyal, j'ai le droit d'y rester.

, Saint Pierre s'esquiva tout confus. 11 rencontra saint Thomas, et lui conta sa mésaventure.

— Je vais, dit saint Thomas, parler à cette âme insolente et je la ferai bien dégueipir.

Il va la trouver.

— Vilain, lui dit-il, ce manoir est à nous seuls, aux martyrs etaui confesseurs. En quel lieu as-tu fait les belles actions

* L: chanson de B ranger, les Deux sœurs de Charité, offre une analogie frappante avec le f.ibliau ci-dessns. Changez le mot confesseur en conducteur et vous aurez exactement les mêmes idées.

Vierge défunlo une scrur grise Aux portos des cieiiN remontra Une beauté loste et bien mise, Qu'on regrollait à rOpéra.

Aprôs un Ave pour la sœur, Là haut sailli l'iorre en sentinelle Dit ù raclnco : On peut, ma belle, Entrer che/ nou> sans conducteur

52 LES CO.NTtLIiS FIU^gAIS.

pour lesquelles tu prétends n ster ici, (Ijiis la demeure de« lions serviteurs ?

— Tlioni.is, Thomas, vous êtes tro[) vii ; vous répond.z couinic un légiste. C'est vous, on le sait bien, qui avez dit aux apôtres, (juanj ils ont vu Notre-Seigneiir après la résurrection, que vous ne croiriez pas en lui si vous ne touchiez ses plaies. Vous vous êtes conduit ce jour-la comme un infidèle et un mécréant.

Sairl Thomas n'eut pas envie de discuter plus longtemps. Il alJa trouver saint Paul, et lui conta sa déconvenue.

— Par mon chef ! dit saint Paul, je vais voir ce que l'âme du vilain osera me répondre.

Celle-ci n'avait garde de se cacher, et se promenait dans le païadis.

•• — Ame, dit saint Paul, quel est ton conducteur? quels sont les mérites qui t'ont lait ouvrir les portes? Vide le paradis, maudit vilain.

— Qu'est-ce? dom Paul le chauve. N*êtes-vous donc pas le soldat qui fut le plus cruel des tyrans? Saint Etienne le sait bien, lui que vous fîtes lapider. Vous avez mis à mort une foule de braves gens ' ; croyez-vous que je ne vous connais pas ?

Saint Paul, fort désappoinfé, va retrouver saint Thomas, qui tenait conseil avec saint Pierre, et il leur raconte comment le vilain lui a fermé la bouche.

— Quant à moi, dit-il, je l'admets en paradis, il l'a bien gagné.

Tous les trois vont s'en référer à Dieu.

Saint Pierre lui raconte comment le vilain lui a fait honte.

* On sait que saint Paul, né à Tarse en Cilicie, l'an 2 de notre ère, fut élevé dans les principes du phrisaïsmc, que dans sa jeunesse il manilesla con re les chrétiens une huine violeaie. et leur fit subir de cruelles persécutions.

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