LES ROMANS D'AVENTURES
A côté des poèmes héroïques et chevaleresques, dont ils se rapprocIuMit en certains poiuls, nous trouvons, à dater de In fin du douzième siècle, une série de coni- [lositions, les unes en vers, les autres en prose, qui forment la branche la plus nombreustî et la plus variée
• Les manuscrits des poèmes chevaleresques sont ornés d'une grande quantité de miniatures, et iU n'ofTrenl pas moins d'intérêt au point de vue artistique qu'au point de vue littéraire.
*Sur les Rjiuanx d'aventures voy. M. Moland : Poètes françaiSj t I, p. 157 à 176 et 285 à 'J98.
LES ROMANS D'AVENTUUES. xtii
de la littérature du moyen âge ; les unes ont pour ressort les [)assions de l'amour, les autres roulent sur des aventures plus ou moins impossibles. Les traditions anti(jues, grecques, romaines, orientales, les traditions celtiques et Scandinaves, les faits vulgaires de la vie des nobles et des bourgeois en fournissent tour à tour les éléments, et la fantaisie des conteurs s*y donne libre carrière; les unes sont désignées sous le nom de lais, les autres sous le nom de romans.
Les écrivains qui ont composé des lais sont presque tous des Anglo-Normands, des Picards ou dos Artésiens, tels que Jean de Boves, Eustache d'Amiens, Audefroy, Haisiaux, Renaud, Rutebœuf, le bossu d'Arras; quel que soit le mérite de leurs œuvres, ils reslent au-dessous de l'une des rares femmes de lettres qu'a produites le moyen âge, Maiie de France, qui vivait au treizième siècle; un petit nombre seulemonldes lais (ju'elle a écrits sont arrivés jusqu'à nous*, mais ils suffisent encore à lui assurer une belle j)lace parmi les conteurs du moyen âge. Le Lai de Cugemer^ le Lai des Deux Amants^ le Lai du Loustic ou du Rossignol, le Lai du Chèvrefeuille, le Lai iVÉliduCy sont de petits cbefs-d'œuvre de grâce et de sentiment. Le Lai d'IlleetGaleron, composé par Gautier d'Arras et dédié à Béatrix de Bourgogne, femme de l'empereur Barberousse, n'est pas moins remarquable. Les lais paraissent avoir été primitivement
•Les Lais de Mario de France sont au nombre de quatorze. Us ont été publiés par Roquefort en lb!52.
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chantés, avec acconipagnemciil de vielle ou de liar[>p, p.'ir Ih8 poéU's nomades et niendiants qui, sous le nom de i<>n<(leiir.s, de mcneslreU, de ch.inUuni en plac**, cVsl-à-(lirp cri place piililiipie, couraient le» villes et les châteaux pour y raconter les his'oires ôt* jours anchiervi^ . Les romans pourraient former à eux sculu une vaste hihiiollic'pie. Quelques-uns, tels que ceux deJauffre et de Flamenca*, sont écrits dans la langue d'oc, ou Ian>^'ue du Midi, mais la piufiart sont écrits dans la langue d'oïl, on langue du Nord, et ils comprennent entre autres : Beaudous, (jui fu fiz le prow Gawein; — Cristal et Larie ; — la Ikime à la Itconie; — Guy de Warvike ; — Amadas et Idviiu, que t'auleur pl.ice parmi les merveilles du monde, parce quVIle est bonne, discrète et fidèle; — Fhfre et Blanche-Fleur; — la Violette, ou Gérard de Nevers ; — le roi Flore et la Belle Jeanne, qui a fourni à Shakespeare le type de Cvmbeliiie; — Parthenopeus de Blois, imitation fantaisiste de la i'ahle de Psyché ; — le Voyage d outre-mer du comte de Ponthieii, — le Petit Jehan de Saintré, le plus remanpiahle de tous peut-cire et que nous avons à ce titre reproduit dans ce volume par une exacte analvse.
* Il existait dans plusieurs commuoes du Nord des écoles de ménestrels. Ces communes leur donnaient de- ' ;ions, pour les tiieUre à même d aller dans les villes voisines ... de nouTeaux Lais. Ces écu es, comme les mjnestreis eui-uiéuie:<, di paraissent au quinzième siècle.
* Ce roman est sans contredit l'un des plus mgénieux et des plus piquants que nous ait légués le moyen âge. Il a été publié par l'on de n«« érudils les plus distingué?, M. P. Meyer. Paris,' 1.^6J, ui-8».
LES ROMANS ALLÉGORIQUES. xix
De même que les pocmcs chevaleresques, les romans d'aventures se distinguent par une grande fécondité d'invention, des sentiments d'une extrême délicatesse, une fine observation des mœurs du temps et de cliarniants détails mêlés, comme toujours dans les œuvres du moyen âge, aux trivialités les plus vulgaires. Les plus anciens en date sont les plus remarquables, car, pour celte branche, comme pour les poëuies chevaleresques, l'inspiration semble tarir lorsque l'on se rapproche de notre temps.