‹ Chefs-d'œuvre des conteurs françaisChapitre 35 sur 100 · LE TRÈS-CIIEVALEUREUX COMTE D'ARTOIS · texte numérisé non relu

LE TRÈS-CIIEVALEUREUX COMTE D'ARTOIS

et en tira plusieurs riches joyaulx, en disant : Tenez, Biauli sire ; or pensez du choisir, et en prenez autant qu'il vous pli«ira. La contesse veant le dyamant qui estoit rais en son traicté, le cognent légièrement, car moult d'aultres fois l'avoit vehu. Si le prist, et dist que cestuy avoit-elle bien apené, si ne vouloit plus avant estre *.

Lls iniîi< ni :1'; i'ini Mit, f^r» tmt plus croissoit Iç fruict de son ventre, et avoiL de iroio a i] i i.ic laoy» ; pour quov clic se appallissoit par la tendreur de sa déliée nature, et perdit comme tout appétit. Et bien se donna garde le conte de sa maladie ; non mie qu'il se fust jamais doubté que ce l'iist raald'enlant, mais, ainsi que les hommes ne sont pas toujours en honne disposition de leurs corps ; si luy enquist de sa santé par telle voye :

— Trop faictes mate chière *, Philipot, fait-il; et bien scay et voy que mie n'estes à vostre aise ; si me dictes privéement où ce mal vous tient, et dont il puet vous estre venu, affin qu'on y remédie, ainsois huy que demain * ; car de vostre grande inliernjiré que je vous voys avoir sent mon cuer grant méaise et d splaisance.

Grant bien tirent 5 la contesse d'Artois les doulces paroles de son seigneur oyr ainsi amiablemeiit dire; et, au vray entendre, elles servoient bien à son jeu. Si lui respoiidit comme celle qui par grand sens et subtilité coiiduisoit sa poursuite, désirant la fin d'icelle.

— Toujours ay trouvé en vous amours et humilité jusques à oœs*, monseigneur, fait-elle, et encores trouve si certaiune que trop ne ra*en scaroie louer ; si ne doy riens tenir secret

* Et dit que ce diamant lui suffisait et qu'elle n'en voulait pas choisir

un aulro.

- Vous vous nourrissez mal.

^ Plutôi aujourd'hui que demain,

* Jusqu'à présent.

120 LES COMEinS FHANÇAIS.

conlre vous, qui de ma privelez daignés enquérir et voulus scavoir, pour moy iescoii(orter scuUemeiit, ce don*, mon Irèschier seigneur, je vous remercie. Il est bien vray doncrjues (pie avant mon département d'Amiens, que je voay et [ifomis payer ung pélerinaige que je n'ay point faicl, pour ce que je me suis mis entre vostre service et croy que pour cestuv délay Dieu s'est couroucié à moy, comme je n'en fays nulle doubte, pour tant que je ne suis plus sain et traictié comme cstre souloye, et que plus est ay grand paour que pis ne m'en soit, se je laisse passer le terme que je y avois mys ; pour quoy je Je (eroys volontiers à vostre congié, si je pourroye avoir cheval qui me puist iégièrement pouiter jusques là, ce que non *, dont je suis triste et mérencolieux trop plus que je ne vous dist.

— De cheval, fait le conte, biaux sire, et en esles-vous en dangier? jà ne savez-vous que j*ay ung coursier qui n'a point de pareil pour voyager et pourter ung homme doulcement, tant seur du pied que nul plus, dont j'ay été bien servis er maint estour? pour quoy je le doys moult amer, comme si fais-je, certes; mais pour vostre santé, que je désire sur toute riens*, veul que le cheval soit à vous comme à celluy que j'ayme mieux que nul homme de ce monde; si le recepvez et prenez en gré, car je le vous donne en pur don, avec ie congié de faire vostre pèlerinage.

Biaux Dieu 1 que la contesse d'Artois fut adonc pei fecleL ment esjoye, et^nou sans cause; et dès lors luy fut deslivrez le cheval, sur quoy elle monta et le mena au logis, oîi son vieillard Olivier estoit, qui recogneut à cop le bon Blanchard. Et se tost que la dame fut descendue, elle le fist establer et

* Ce que je n'ai pas,

* Par-dessus tout.

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