LES BÊTES QUI SONT EN LA TEEHE DE PRESTRE JEAN
pour leur donner des nouvelles de son pays, en offrant de leur céder, moyennant un tribut, la souveraineté liérédilaire de ses États, et certes, dans la description qu'il en donne, il y avait de quoi tenter l'empereur et le roi, tout en les effrayant un peu. Les bètes qui vivent sur la terre de Prêtre Jean atteignent des proportions gigantesques : les lièvres y sont gros comme des moulons, les mouches y sont grosses comme des vautours. D'immenses troupeaux de bœufs à sept cornes, des ours blancs, des lions rouges, verts et noirs, peuplent les plaines, les montapnes et les forêts. Des oiseaux, nommés yllerions, portent des ailes tranchantes comme des rasoirs ; ils vivent soixante ans, et, comme le phénix, ils ont la faculté de ressusciter ; mais au lieu de se brûler pour renaître, ils se jettent à l'eau, se noient, et reparaissent bientôt dans la force, et l'éclat de la jeunesse. Des vers, longs comme des boas, filent, pour Prêtre Jean et pour sa femme, une soie magnifique, au milieu d'un brasier que quarante mille personnes entretiennent jour et nuit au sommet d'une montagne. Un serpent ailé à neuf têtes, qui ne dort (ju'une seule fois dans l'anure, garde, à une journée de marche du piradis terrestre, l'aibre de vie qui produit le saint-chrême. Prêtre Jean, qui participe de la nature merveilleuse des sujets de son empire, est âgé de cinq cent sept ans, mais il ne ressent point les atteintes de l'âge, et il entreprend sans fatigues les expéditions les plus aventureuses. Chaque année, quand saint Thomas est venu prêcher le carême dans son royaume, il fait un pèlerinage au tombeau du prophète Daniel, avec dix mille clercs, autant de chevaliers , et deux cents éléphants qui portent, non plus des tours, mais des châteaux, pour exorciser et combattre les dragons qui guettent la caravane au passage; enfin, quand il entre en camp;igne, il se fait accompagner pai' des anthropophages qui se nourrissent de chair humaine en rémission de leurs péchés. 11 lâche contre