I.V-i LLS CONTLLIiS FRANÇAIS
\ivcnicnt, et juj-'ca à d'autres signes encore querahscnre de Saiiilré n'était point la seule cause des langueurs de la malade.
La reine, d'après lu rapport de messire Iluë, passa chez la Dame des Bellcs-Cousinesau sortir de la messe; et toncliée de Il ^oir pâle et défaite, elle l'embrassa tendrement, et s'altcndrit sur ses maux. Celle-ci répondit qu'elle était en effet très-souflrarilc, mais (|ue le médecin lui avait conseillé de prendre de la di>lraclion, et rpi'elle /espérait bien se rétablir par le changenienL d'air, le séjour de la campai^neet beaucoup d'exercice. La reine le pensant comme elle, d'après l'avis du médecin, la, pressa de hâtur son dé|'art; et, peu de jours après, elle partit, suivie des fidèles damoiselles Catherine, Jehanne et Ysabclle, pour se rendre dans son magnificiue château qui était situé à goixatile lieues de Paris, sur les bords d'un beau llcuve, enlouréà demi d'une vas'e foret.
Arrivée dans son domaine, la dame s'occupa les premiers jours à le parcourir et à donner ses ordres pour l'embellisse, ment des jardins.
Elle eut d abord un peu de peine à se faire aux galeries, à l'épaisseur des murs et aux appartements voûtés, et son premier soin fut de se ménager un appartement commoJe, et surtout un petit oratoire bien retiré qu'elle arrangea comme celui dont le souvenir lui était si cher; elle parut jouir d'abord d'une meilleure santé, mais les mêmes regrets, les mêmes inquiétudes secrètes commençaient à la faire retomber dans son premier état, lorsqu'un incident imprévu vint la distraire des rêveries, où sans cesse elle aimait à se replonger.
Un matin, ses damoiselles étant ras^enlblées de bonne heure dans sa chambre pour y déjeuner avec elle, entendirent une belle et forte sonnerie qui paraissait sortir de la forêt.
Elieappi'la le capitaine du château pour lui demander d'oii venait ce bruit.
— Madame iguore-t-clle, dit le capitaine, que l'abbaye de
, dont SCS ancêtres sont fondateurs, est située à moins d'une lieue d'ici ? C'est sans doute pour annoncer la fête des pardons, qui se célèbre tous les ans dans ce temps-ci, que les religieux l'ont sonner toutes leurs leurs clocbes.
Le désir de gagner les pardons la détermina à faire venir promplement ses voilures pour se rendie à l'abbaye, oii sa qualité de fondatrice lui donnait droit d'entrer.
L'abbé quii^ouvernait celle abbaye avait tout au plus vingtsix ans ; il était lils d'un riclie laboureur des environs qui avait mérité Jeux fois d'êti e récompensé par les officiers du roi pour s'être mis à la tête des communes contre les grandes compagnies qui, pendant la paix avaient pénétré dans la pro- ▼mce. Il avait gagné dix procès contre les curés envahisseurs du pays, dont il avait défendu les habitants qu'il aidait et nourrissait en temps de disette. Ce brave homme ne savait ni lire, ni écrire; mais n'imaginant pas qu'un peu d'instruction pût nuire jusqu'à un certain [)oint à ses enfants, il avait permis à son curé de les instruire à sa manière, tandis qu'il s'occupait de les former aux n.œurs honnêtes, et de les endurcir aux travaux de la campagne. L'ainé de ses fils ne j)romeltait que d'être un jour le meilleur laboureur et le meilleur père de famille des environs ; mais le second était un vrai prodige. Dès l'âge de seize ans, il savait lire et chauler au lutrin, d'une voix qui couvrait celles du vicaire et du maître d'école ; portant légèrement la grande croix d'une main à la procession, il encensait de l'autre à six pieds de hauteur; il sonnait deux cloches à la fois, mangeait la moitié d'un pain bénit, buvait le vin des burettes; et le curé ne cessait de dire à son père que s'il voulait mettre son fils en religion, il deviendrait une des lumières de l'Église. Ce curé môme, qui voyait tout en beau dans son disciple favori, l'ayant vu battre souvent les compagnons de son âge, assurait qu'il était né pour commander aux
1"'4 LES CONTtUnS FRANÇAIS.
liiiiiiincs, et qu'il surviendrait aux grandes dignités de son ordre. I.e l)on [lèreiic [ml se reluscr à ces pronostics brill mis; et s'apcrcevantqiiL' les jtunes filles du village cominenç.iient à joue r avec son (ils les jours de lète, et qu'il en avait niênie conduit (jiiel(jiies-unes dans le bois, il ne difiéra plu^ à suivre les conseils du curé, et alla le présenter à l'ubUiycîde **',oij il fut reçu à bras ouverts
Le jiMiiie novice s'y forma sans peine, .lamui- umi n.ui i\\>porté dans son état de plus lieureuses et de plus brillantes dispositions. 11 di vint le héros du chœur, de la cuisine et du cellier; levant un muid d'une main pourle ran.::er sur les tréleiux, composant les meilleures sauces, chantant les leçons à ténèbies et les hymnies d'une voix éclatante. Ses talent-, sa figure charmante, sa force, sa haute taille se perfectioniièreul dejour en jour. Il se fit aimer de l'abbé, de ses conlrères et, reçu profès, il passa rapidement par toutes les charges de l'abbaye. Cinq ou six ans après, l'abbé mourut d'indigestion, mais avant de rendre l'âme, il le désigna, aux moines rassemblé> autour de son lit, comme devant être son successeur, et ceux-ci le nommèrent d'autant plus volontiers qu'ils n'avaient point avec lui à craindre une réforme ^
Lorsque la Damo des Belles-Cousines arriva dans l'abbaye, quatre pères, portant un d;iis, l'attendaient à la porte de l'église : un riche carreau était préparé pour elle ; et l'abbé, couvert de sa mitre, tentât sa crosse d'argent d'une main, et de l'autre le goupillon pour lui présenter l'eau bénite. La Dame la prit de sa main ; et l'abbé l'ayant conduite sur un riche prie- Dieu près de l'autel, entonna le Te Deum.
La voix de l'abbé fit impression sur la Dame, et les yeux de la Dame firent impression sur l'abbé.
* Brantôme donne sur les élections de certains abbés au seizième siècle des détails exactement semblables à ceux-ci. « Les moines, dit- il, pour boire à leur aise, portent leur choix sur les meilleurs biberons. >
La messe étant dite, la Dame des Belles-Cousines se préparait à partir, lorsque l'abbé, Tayaut conduite à la porte de l'é^bse, lui dit respectueusement (pi'il était bien tard pour rcloluner dîner à son cbàteau ; et la supplia, comme l'ondatricede l'abbaye, de venir s'y reposer, et prendre un reps frugal (lansun monastère aimé de ses aïeux. Elle ne trouva aucune raison de reluser, et sa surprise l'ut graiide en entrant dans une vaste salle placée entre deux jardins, où déjà l'on dressait une table couverte du plus beau linge, et (pii bientôt fut joncbéede fleurs! Un festin superbe fut proprement servi ^ ; et ry.bbé parut encore»plus aimable à cette table, qu'il n'avait paru majestueux à l'église. La Dame le regardait du coin de l'œil, elle suivait sans cesse, et peut-èlre niôine sans s'en douter, tous ses mouvements, et n'en trouvait aucun qui ne fût animé par une grâce naturelle.
Los 3xcellents vins de toute espèce, et surtout le vin de Tordre de Cîteaux, le bon vin de Voujeaux, béni par saint Bernard, les vins des Pyrénées et de la Grèce, (pie l'abbé faisait venir à grands fiais, et (|ui brillaient sur la table dans des banaps de cristal, firent naître la gaieté qui bannit la contrainte. L'une des trois damoiselles, madame Catherine, que quelques années de plus rendaient plus hardie que ses compagnes, aimail beaucoup à parler, et, trouvant Tabbé trèsaimable, elle l'agaça par quelques plaisanteries. L'abbé lui répondit de gaillarde laçoii. La Dame des Belles-Cousine^ dit son mot; et Tabbé cjui buvait toujours, se mit à comparer la fundairice de sou couvent aux saintes du paradis et à Vénus même, dont il avait appris l'histoire sur une ancienne tapisserie; il fit rougir la Dame des BeLes-Cousiues : mais il ne déplut pas. « J'espère bien, dit-i', madame que notre fondatiice
* La déesse on entrant qui voit la nappe mise
Admire un si bel ordre et recoiinaii l'Égli e.
BOiLEAU.
150 LES CONTEUItS KI'.ANÇMS.
ne voudra pas nous faire manfpHT aux stituls de noire maison, dont SCS aicux l'oiiL fiiilu la {irolectrice. L*iii) des plus sacrés (|ue notre bon el. s;uiit père liernanl nous ait laissé, c'est celui d'exercer l'hospitalilé. Quiconque, dil-il, ciilreiïi dans les monastères de mon ordre, doit y être reçu et traité, peinJant trois jours, connue le serait lui des enfants de l'abbaye. Les religieux même sont en droit d'exiger qu'il y reste au moins un jonr Iranc, pour qu'il .issiste à leurs prières, à leurs repas, et qu'il puisse s'associer anx mérites altacbés à l'ordie. Songez, niadime, que vous êtes veime dans celte maison pour gagner les pardons; et que vous ne pouvez les obtenir qu'en observant notre règle, et en nous accordant au moins toute la journée. Nous avons des cbambres commodes; demain vous pourrez assister à notre office, gagner les pardons, prendre un dîner comme celui-ci, et retourner le soir à votre cbâteau. i
Cette fois encore la Dame des Belles Cousines ne put trouver aucune bomie raison pour refuser ; elle promit donc de ne partir que le lendemain, et elle le promit avec un si doux sourire, que l'abbé tomba à ses pieds, et baisa tendrement le bas de sa robe. Elle trouva que, dans cette biimble altitude, il avait encore plus de grâce que sous ses ornements abbatiaux.
Après avoir vidé quelques petites coupes remplies d'une exquise liqueur de la Dalmatie, l'abbé conduisit la Dame des Belles-Cousines dans un vert et beau préau, oii des fauteuils étaient préparés à l'abri du soleil, et il lui dit d'un air riant:
— Madame, vous devez être lasse de ces joutes et de ces tournois présentés si souvent dans les grandes cours. Permettez-moi de vous laire voir les jeux que les enfants de saint Bernard se permetlent pour s'entretenir dans une souplesse de nerfs et dans un exercice utile à la santé.
A ces mots, donnant l'exemple aux jeunes moines de son couvent, il fut le premier à secouer son long scapulaire et «on chaperon ; il retroussa sa robe dans sa ceinture, et
. Iais5:ant voir des bra^ l)lancs et nerveux ilétouverts jusqu'audessus du coude, il provoijua les relii:icux à la course, au saut et même à la lutte.
Quelques-uns des jeunes moines parurent des émules dignes de lui dans les deux premiers jeux; mai?, quoicjue presque tous fussent grands et bien faits, aucun n'approchait de sa taille nerveuse; aucun n'eût osé se présenter pour la lutte, si l'ablié, en provoquant les deux plus forts, ne les eût piqués d'hoinieur. 11 les laissa, pendant (juelque temps, faire des efforts inutiles; et voulant enlin terminer ces jeux qui duraient depuis une heure, il enleva tout à la fois ses deux adversaires, et alla les porter entre ses bras aux pieds de la Dame des Belles-Cousines.
Celle-ci se rappela les joules où, dans un temps bien éloigné déjà, elle avait admiré la grâce et la souplesse de Saiiitré, mais elle trouvait l'alibé beaucou}) plus vigoureux, et quand il vint mettre ses deux compagnons à ses pieds, en lui disant : a Madame, c'est à vous de nommer le vainqueur; et c'est de voire main qu'il doit recevoir le prix de sa victoire. » Elle rougit, et tirant de son doigt une grosse émeraude, entourée de diamants jaunes :
— Sire abbé, lui dit-elle, qui pourrait ici vous rien disputer? Recevez donc de ma main ce léger prix de votre victoire, dans ces jeux plus agréables pour moi que les combats souvent ensanglantés de nos tournois.
L'abbé, se jetant une seconde fois a ses genoux, présenta sa main pour recevoir la bague; en voulant la placer elle-même» elle Serra le doigt, et l'abbé embrassa la main qui le pressait.
L'un et Tautre se levèrent enfin. L'abbé la conduisit à une voiture qu'il avait fait prép:irer pour une chasse et une promenade à travers les belles roules de la foret. Bientôt des fauconniers, bien montés, entourèrent la voiture; l'abbé, vêtu
1J8 LES CO.NTEliUS NtANÇAIS.
(I'i:ii liril)it do cani|):i;^iic, parut sur un beau cheval. Lesdiiens lirLiîl lever le gibier d»; toutes parts*, el les aliiuelt''s furent eiilevrcs par les énierilions; les perdrix furent portées à terre. par le coup de talon des tiercelets; et un héron s'étant élev»» d'uiietourie de roseaux, trois laucons (pii furent l'iustint d'après décliaperoniiés, s'élevèrent en louruanl |X)ur suivre le héron, (jui déjà se dérobait aux yeux etpiraissait avoir percé la nue; qiiehjuts moments api es on le vit se précipiter sous les coups redoublés des lançons, qui l'ayant à la fin surmonté dans son vol, le frappaient tour à tour de Knjrs talons, et descendirent avec assez de rapidité, pour le li<T dans leurs Serres au moment qu'il allait toucher la terre. L'abbé s'avançaiit prom[)tenient, reçut de ses fauc Miniers la patte et les belles plumes de l'ai^Tette du héron, et vint les offrir à la Dame.
La chasse étant fini-', lu voiture prit la route de la foret. Bientôt un repas friand lut olfert à la compagnie et la Dame des Belles Cousines se dit en elle-même, qu'elle avait agréablement pa;?sé la journée et que les abbés étaient aussi aimables que les chevaliers.
En arrivant à l'abbaye, les premières ombres de la nuit, augmentées [)ar un léger orage, lui firent voir la façad ■ illuminée; et ce fui à la clarté de vingt (lamb&iu>L tenus à la main, que l'abbé la conduisit dans Tappartemenl qu'il lui avait lait préparer. Un concert se fit bientôt entendre; mais la Dame très-agitée ne put prêter attention à cette nouvelle fête; quelques moments de repos lui paraissant préférables, elle passa dans l'intérieur de son appartement avec ses damoiscUes et l'aLbé, qu'elle eût trouvé bien impoli de bannir d'auprès d'elle.
L'abbé resta seul avecla Dame aux Belles-Cousines, après le
• Ceci nous donne un renseignement peu connu sur les chasses à loi- «eau, c'est-à-dire l'emploi des chiens pour battre la plaine.
Lt: PETIT JEHAN DE SAINTIIÉ. 159
ooparl de ses suivantes. Le lendemain il élail près d'elle au moment de su loilolLe, et quand la nuit lut venue, il ne vint ])as au cliœur pour chanter vigiles avec les moines. Ias pardons devant encoïc duriT cinq jours, la Dame pensa (jn'elle ferait bien de ne point partir, afin de gygner une iui'ulgcnce plénière, et trois mois après elle était encore dans l'abbaye, lors(ju'un messager lui apporta une lettre de la renie, (jui la rappelait à la cour. Prévenue de son arrivée, elle ent grand soin de rester au lit et de ferinev ses rideaux, de peur qu'il 'je la vit fraîche et vermeille.
— Je souffre encore trop, lui dit-elle, pour retourner à la cour ; mais le Irailement, ordonné par messire Iluë me fait {jiand bien, et je veux encore attendre quelque temps avant de le cesser.
Le messager partit avec cette réponse.
Saintré pendant ce temps, s'était acquis une nouvelle gloire par la défaite des Sarrasins; ils avaient fui devant lui et la chrétienté tout entière célébrait ses exploits. Ilenrenx de mettre aux pieds de sa dame les trophées qui témoignaient de sa vaillance, il revint à Paris, et se présenta au château royal; il pensait trouver la Dame des Belles-Cousines chez la reine, et recevoir le signal de la petite épingle; mais quelles furent sa surprise et sa douleur, en apprenant de la bonche de la reine même, que depuis plusieurs mois la Belle-Cousine s'était retirée dans l'un de ses châteaux, qu'elle donnait rarement de ses nouvelles, et se servait même de nouveaux [uélextes [)our prolonger son absence! Li douleur et les inquiétudes deSain- Iré ne portèrent que sur la langueur et la maladie qui retenaient depuis si longtemps celle qu'il aimait: il prit le prétexte de la mort de son père, de la nécessité d'aller se faire reconnaître par les vassaux de sa baroimie ; et dès le surlendemain, suivi d'un seul écuyer, il se rendit au cliàleau de la Dame des Bellos-Cousinci.
100 LES CONfEimS KHANÇAIS.
Arrivé dans 1c parc, il appiit par un valet que sa maître?**» jouissait de la santé la plus parfaite, et qu'elle venait de liaverscr le parc, moulée sur sa haqueriéc*, et suivie de ses trois dames, pour aller rlnsser dans la foi-tt. Saintré se mit à sa rcclicrclie; et, diiigé parle hrnit des corset la voix des cliieiis, il Tapciçut bientôt arrêtée dans une clairière. Voler près d'elle, se jeter à bas de son cheval, embras>er ses genoux, fut l'ouvrage d'uu moment. La Dame, qui ne l'attendait pas, qui ne ])ensait plus à lui, que sa présence accusait, fit un cri de surprise :
— Ah! c'est vous, monseigneur de Saintré? lui dit-elle, vraiment je ne vous attendais pas sitôt. Mais pourquoi donc avez-vous quitté votre bon maître? pourquoi êtes-vous venu me chercher ici?
— Juste ciel ! madame, dit Saintré, est-ce bien vous qui tenez ce laugage, et me recevez avec une si cruelle froideur?
— Si je ne me trompe, répondit-elle d'un air secethautam, vos propos renferment un reproche ; de quel droit venez-vous troubler mes amusements?
Saintré pensa mourir d'étonnement et de douleur. Il n'avait pas la force de se relever, et la Dame des Belles- Cousines était déjà prête à s'éloigner, lorsque l'abbé arriva à toutes jambes, un cor passé dans ie bras gauche, et, sans prendre garde à Saintré, il dit à la darae '
— Ne perdez pas un moment, si vous voulez voir le cerf encore vivant.
— La dame frappa sa haquenée, et s'éloigna brusquement avec l'abbé.
Saintré chercha à deviner quel était cet homme. Il le suivit tristement de loin et le vit bientôt qui levait le pied du cerf pour l'offrir à la dame. Celle-ci avait eu le temps
* haquenée était le nom des chevaux montés parles dames.
d avertir l'abbé que le chevalier qu'il venait do voir était le céhhve Jehan de Saintré, l'élève du roi, qui possédait un cliàteau près de son abb;»ye.
Saintré ne tarda pas à rejoindre la Dame des Belles Cousines, il la salua profondément (juand il fut près d'elle.
— Sans doute, sire, lui dit-cllu, vous êtes venu de votre chàteiiu pour voir un moment la chasse?
— Non, madame, lui répondit-il; arrivé depuis très-peu de jours de l'armée d'Allemagne, je n'ai paru qu'un moment à la cour. L'inipjiélude que me donnait la maladie d'une dame qui m'a toujours protégé, ne m'a pas permis de diflérer un moment de venir moi-même m'informer de sou état.
— Vraimentj réponJit-elle, vous aviez grand tort de vous en in(]uiéter : vous pouvez voir qu'il n'a jamais été meilleur qu'aujourd'hui ; et même, ajouta-t-elle en regardant l'abbé qui souriait, jamais mon àme ne fut plus tranquille que depuis que je goûte ici des plaisirs qui m'étaient incouims.
L'abbé empêcha Saintré de répondre, et, s'approchant de lui d'un air lamilier :
— Monseigneur de Saintré, lui dit-il, j'apprends que nous sommes voisins ; il ne tiendia pas à moi que nous ne vivions dans la meilieiue intelligence.
A ces mois , sans même attendre la réponse de Saintré, il s'approcha d'un air familier de la Dame :
— M.ulame, lui dit-il assez haut pour être entendu, ne me conseillez-vous pas de prier le seigneur de Saintré de venir souper ce soir à l'abbaye?
— Eh mais, dit-elle assez embarrassée, comme vous ▼oudrez;... ci pendant... ne déchirez pas sa robe pour l'arrêter, s'il se re(u^e à votre iuviliition.
Saintré, qui voulait pénétrer ce mystère, se rendit à l'invi* tation ; et tous ensemble ils prirent le chemin de l'abbaye, m y entrant, il se crut dans un château préparé pour les noces
du seignnnr du lieu, plutôt que daus le séjour d'un moiue lût-cc mémtî d'iui uioine de l'ordre de Citeaux.
Le soiijior lut assez gai , Saint? 6 ne cliercliant d«'j;*i plus à |tcnctier les seiitinnnls de la I)om«j des Ij<'llc's-Cou,siueb et 1 abhé se livrant à la joie bruyante d'un lioninie licureux. Bientôt même, excité par les regards et les applaudisscment> de la Darne, qui ne se contraignait plus, il essaya de faire quelques plaisanteries sur la chevalerie, et sur ceux qui tiraient leur Itouneur et leiu- renommée de cet état. Le vin, la bonne chère, les œilhclesde 1 1 dame remportant encore plus loin, il osa lui presser les genoux. Sainlré vit le mouvement; et, quoiqu'il eût pris le parti de n'avoir [dus qu'un Iroid mépris pour l'infidèle, il ne put s'emiiêcher de rougir pour elle. Le moine, voyant son air sérieux et embarrassé, se crut en droit de le braver. « Qu'est-ce donc, monseigneur de Saintré, lui dit-il, vous avez l'air de vous ennuyer avec nous? Le vin ne V3US paraît-il pas bon, ou Li pitance d'un simple religieux ii'esl-elle ])as digne d'un chevalier souvent admis à la table des phis grands souverains? »
Saintré l'assura qu'on ne pouvait rien ajonter à Texcellence du vin et à la bonne chère ; et que d'ailleurs, la présence d'une aussi grande dame honorerait la piu> vile diaumière.
— Tous ces chevaliers et ces écuyers, dit l'abbé, qui vont si souvent courir le monde, seraient bien heureux de trouver quelquefois de pareilles chaumières en leur chemin.
La Dame sourit de la réponse de l'abLé, et, le pressant du genou à son tour, semblait l'animer à poursuivre la plaisanterie.
— Convenez, seigneur de Saintré, lui dit-il, que de tous ces batailleurs il en est bien peu qni soient co/iduits par l'amour de la gloire. Se trouvant oisifs dans une cour, ils comakenvent par y chercher quelque lolle ou quelque beauté
niaise, facile à séduire ; s'ils la trouvent, ils la tronipcnl ; s'ils sont rebutés, ils gémissent, ils pleurent; et les ftinines, qui ne sont que trop portées à croire aux grandes passions, en sont souvent les dupes. Mais un des moyens les plus sûrs de ces quêteurs d'aventures, c'est défaire avec éclat pour tlles 00 qu'ils nomment des entreprises d'amour. Alors s'attadiant quelque espèce d'eniprinse* sur le bras, au cou ou à la jambe, ils l'ont accroire en [)articulier à toutes ces pauvres dmjes, qu'ils les ont prises pour elles, et que c'est pour leur en apporter le prix qu'ils vont courir les plus grands hasards. Ils trouvent même un double avanta;:e à celte feinte; l'ancien usage des grandes cours étant de favoriser de pareilles entreprises, ils savent (ju'ils recevront de la bonté du maîtie de la fanulle royale le moyen d'aller courir le monde, et de se donner du bon temps. Successivement ils parcourent les cours de l'Europe, ne songeant qu'à s'y amuser. Les salles de bal sont leurs lices. Lorsqu'ils ont bien battu le pays, ils reviennent avec un valet menteur qu'ils habillent en héraut d'armes; et le chargeant de mentir encore plus (pi'eux, il ré^ulte des contes les plus faux la [)lus fuisse renommée et le plus brillant accueil. Qu'en pensez-vous, madame?
— Je pense, dit la Dame, que vous venez de peindre, trait pour trait, tous ces jeur.es aventuriers*.
* On donnait le nrin deinprinse à certaines marques que portaient les chevaliers, en l'honneur de lour diinie. C'est ainsi (jne Jean, duc de HourhoM, voulant, cumnie il disait dans son dôfi, « eschiner oisiveté, avancer son honneur et acquérir la grâce de la très-hcUc dame dont il étoit serviteur », fit puhlier en 1 il4 un cartel où il s'engageait, en son nom et au nom de seize autres chevaliers, à portor à la j;:nihe jiaiK lie un anneau de pri-oniiier, c'e^t-à-dire une emprinsc, en or pour l s chevaliers, en jir^'ent pour les écuyers, jusqu'à ce qu'il eût trouvii seize ailvcr>aires disposés à accepter Icionibat.
* Cette vive et souvent juste critique de la chevalerie est la picmicre de ce genre qui se r. nconlre dans nos anciens' romans, le. homs de la WaiicLe, et le curé, dans le chel'-d œuvre de Corvanles, ne paileionl pas
]r,\ LES CONTErnS FRANÇAIS.
■ — Tons! s'écria Saintié on la (ixaiit, tous!... Ah! mriflanip, i) n'est pas possible que vous le pensiez; et je suis étonnéque ];i [trotcclrice née de la noblesse du roy.mnie, et rpii s'est nionlréc; telle ju>(ju'ii re jour, la laisse avilir en sa pré-ence, avec autant d'audace et de fausseté.
— Parbleu ! monseigneur de Sainiré, reprit rabl)é, il peut bien y avoir qu«lques exceptions ; mais, en général, c'est riiistoire fidèle de tous ces gens qui se couvrent de fer, et qui souvent auraient grand'peur, s'ils rencontraient un véiitable danger.
— Père abbé, répondit Saintré, vous osez trop ; respertez ini état qui vous dote, vous protège, et vous aide à recueillir tranquillement les richesses dont souvent vous abusez. Si vous (tiez d'état à soutenir les propos téméraires que vous venez (le hasarder, vous subiriez bientôt la punition qu'ils m''ritent.
— Ma foi, monseigneur de Saintré, du brusquement le moine, je les soutiendrais envers et contre tous, si ce pouvait être avec des armes égales, et dont je fusse accoutumé à me servir. Il est vraiment bien aisé à un homme si enveloppé de fer qu'on aurait peine à le blesser avec une aiguille, de braver un pauvre moine qui n'a que son froc et son scapulaire : mais si, pour soutenir vous-même ce que vous m'avez dit, vous me présentiez un champion qui acceptât de lutter avec moi, madame connaîtrait bientôt qui de nous deux a rai-on.
La Dame des Belles-Cousines se pâmait de rire de cette dispute : ses yeux, ses pieds, ses mains encourageaient l'abbé, et paraissaient lui applaudir. Bientôt, perdant toute retenue, et Ue cherchant plus qu'à braver et à mortifier Saintré, con-
autrement, François !•' essayera en vain de faire revivre la chevalerie, elle ne sera plus désormais qu'un souvenir, et de toutes ses institutions ellene laissera que de vains litres et la coutume barbare du duel où les adversaires s'égorgeront avec politesse, comme les champions dos tournois.
LE PETIT JEHAN DE SAÎNTIiË. 105
naissant les forces de 1*1111 et de Taiitre, et jugeant l'abhô supérieur par ce (|u*elle avait déjà vu sur le préau :
— Père abbé, dit-elle avec un rire mocpicnr, savez-vousce que vous risquez |)ar un pareil défi ? et ne voyez-vous pas que le seipriieur de Saintré, qui se trouve maintenant sans armes, ne doit point balancer de raccepler?
— A la bonne lieure, dit l'abbé, si le jeu plaît à monseigneur, je suis son bomme. Non, je ne m'en dédirai pas; et je serai cliarmé si madame veut bien être témoin de cette lulle, et couronner de sa main celui qui remportera la victoire.
Saintré sentit bien toute la noirceur et l'adresse de celle qu'il méprisait déjà d «ns son âme. Mais son grand cœur ne put souffrir d'être défié par un moine insolent; et il ne résista point à son premier mouvement qui le portait à celte lulle inégale : il se leva de table le premier, et regardant la dame avec fierté :
— C'est, en effet, madame, lui dil-il à demi-voix, la seule espèce de combat que vous méritez qu'on accepte aujourd'hui pour vous.
Dès que l'abbé vit Saintré debout, il quitta la table en faisant un saut de joie ; il courut s'emparer familièrement de la main que Saintré avait si souvent pressée, et il entraîna plutôt qu'il lie conduisit la Dame dans le préau voisin. Là, dès qu'il fut arrivé, il se dépouilla proiiiptementdetous ses babils monasti(jues, et ne conserva pas même le dernier vêtement que la décence lui prescrivait de garder en présence des dames*. Pendant ce temps, le modeste Sainlré, servi par
* Ce moine se battant nu devant sa maîtresse ne faisait que continuer les habitudes du moyen âge. Au treizième siècle les magistrats municipaux d'une ville du Midi, voulant attirer le» étrangers, à leurs foires, donnèroni des courses où des filles de joie Tinrent toutes nues disputer le prix de l'agilité. Dans certaines communes, les femmes surprises en adultère étaient promenées nues par les carrefours, et les miniatures des manuscrits repré.-'entent souvent des femmes et des maris couchés tout
100 LES COMI'linS FKAKÇAIS
l'c'ciiyer ({iii le suivait, roii^'is^ait de se voir forcé à iciiilre i»;s îiriiics ('cilles, t't à ne con>oi*vi*r aiicnii rsjM'ce d'avaiilag»; sur 1 ;«1j1jû. Mesdames Callicrine, Is;iI)l*IIl' et Jehaniie l»ai>saMMil i^s jeux, ou se l»s couvraient avec leurs clias>e-m<iuclies, Umdis que la Dame admirait Talbé et faisait remarquer aux autres moines, tout lieis de la valeur de leur chef, la su|>criorilé qu'il annonçait sur son adversaire,
Samtié se présenta de bonne j^ràce aux bras l<m;j;s et nerveux de labbé qui pouvait en embrasser deux comme lui. 11 se soutint deux ou trois tours avec assez de forte; mais le moine, dès longtemps exercé dans ce genre de combat, lui tirant ibrtement un jarret avec le sien, les deux pieds de Saintré parurent bientôt en Tair; rin<oleiitabljé,s'éciiant alors: « Ah! madame, priez un peu monseigneui de Saintré de m'épargner, » l'étendit sur l'herbe tout de son lon>'. Tandis que Saintré se relevait assez honteux de sa chute, le moine était déjà aux genoux de la Dame des Belles-Cousines.
— Madame, lui dit-il, je viens de soutenir mon dire; mais si monseigneur de Saintré veut recommencer une seconde lutte en l'honneur de ses amours, je lui ferai voir que lorsque j'ai mis bas mon scupulaire, je peux aussi bien que lui accomplir i'iisage des joutes qui prescrit de rompre une dernière lance en l' honneur des dames.
— Ah ! vraiment, s'écria-t-elle, je crois monseigneur de Sainiré trop galant pour se ref'iser à remplir cet usa^e; et s'il y manquait, je le tiendrais le reste de ma vie pour ehe\alierde mince valeur, et lui en ferais la honte en présence de la reine et de mes Belles Cousines.
Furieux de cette infâme conduite, el de ces propos d'une
nus dans leurs lits. La chemise figurait au nombre des présents que les dames faisaient aux clievaliers, et c'était là, il faut en convenir, un singulier gage de leur pudeur. Les chemises de la Vierge figurent aussi parmi les reliques du moyen âge.
femme il'aiilaiiL pins haïssable qu'elle avait été plus aimée, Saiiitré se présenta pour la seconde fois à la lutte, et ue lut pas plus lieun ux. Le vinoureux moine s'amusaiit de ses vains efforts le mit hors (riialiine, et retendit encore une fois sur riieibc. (lelte ciutlle plaisanterie n'a\ant été déjà que trop piolou^ée, les trois damoiselles de la piiucesse, qui aimaient aussi teiîdremeut S:iinlré (ju'elles l'estimaieiit, ne puient s'empèclier lie faire entendre à leur Dame combien elles étaient seanda'isées de voir qu'elle l'eiit si longtemps soulfcrte; rentrant i;u peu eu elle-même, elle revint à 1 -bbiiye, se mita table avec elles, et fit signe aux frères servants -d'apporter les confitures et les vins de liijueur.
L'abbé s'babiUa prouq)tement pour revenir joindre la Dame des BelKs-Consines. La joie et l'audace brilliient dans ses yt'Uv, et la Dame des Belles-Cousines s'aitplaudissait secrètement de son choix, et d'avoir vu le plus biave et le plus renommé des chevaliers français terrassé par un moine qu'elle lui avait préléré.
(juaut à Saintré, froissé de ses deux chutes, il reprit ses habits; et cachant sa colère, il méditait sur les moyens de s'assurer une prompte vengeance.
Cette lutte, le train de vie que l'abbé menait depuis cinq mois, excitaient alors un grand miirmure parmi les anciens religieux de l'abbaye. Us se repentaient déjà d'avoir élu riioiiime K' moins propre à remplir les vrais devoirs de son état; el l'aïuien procureur de l'abbaye leur ayant représenté que le nom it la personne de monseigneur de Saintré devaient leur être chers et respectables, et que ses ancêtres étaient ( om[)tés paiiui le? bienlaiteurs ilont les fondations les avaient eiu ichis, ils craignirent, avec raison, le juste re.^st'utiment de ce seigneur, et députèrent snr-le-champ deux d'enlreeux pour faire les repré^eiitalions les plus fortes à l'abbé, et pour exiger même de lui qu'il se soumit à tous les moyens possibles de
108 LES CONThUnS FflANÇAIS.
réparer en partie la faute mi'il venait de commettre. Les députés ayant ou le temps de lui piu 1er avant que Saintré se fut remisa table, Tabljé convint avec eux qu'il avait poussé trop loin ce qu'il osait nommer une plaisanterie : et il promit de faire on soi le (jue le SL'igneur de Saintré l'excusât, et en perdît le souvenir.
Saintré rcvmt peu de moments après et parut avec un maintien qu'il affectait de rendre ouvert et riant. L'al»bé se leva, et le conduisit respectueusement à sa place.
— Monseigneur, lui dit-il, tels sont les jeux de la campagne ; et vous n'avez pas moins marque la bonté de votre âme en daigant vous y prêter, que vous avez prouvé son élévation les armes à la main, à la tête des armées. Saintré sut dissimuler son ressentiment; et recevant avec une cordialité apparente les respects de l'abbé :
— Eu vérité, madame, dil-il gaiement à la Dame dos Belles- Cousines, c'est bien domma^^e qu'un bomme de il ricbe taille, aussi bien fait et d'une force aussi prodigieuse, se soit consacré parmi les enfants de saint Bernard. De quelle utilité n'eùt-il pas été pour le service du roi s'il eût porté les armes? Deux seuls chevaliers tels que lui renverseraient un escadron de nos plus braves hommes d'armes; et nous en tiouverions difticilement un qui ait un air aussi guerrier, aussi redoutable que l'aurait eu le père abbé, couvert d'une riche armure, et combattant à la tête de nos premiers rangs.
— Vraiment, répondit la Dame, je crois bien que la plupart de ceux qu'on voit briller aujourd'hui dans de pareils postes y seraient bien éclipsés par un tel gendarme.
Pour la première fois l'abbé ne reçut cette louange qu'avec une extrême modestie.
— J'aurais pu valoir quelque chose à ce noble métier, répondit-il, si j'avais servi longtemps d'écuyer au seigneur de Saintré, la fleur de notre chevalerie. Vous devez savoir, m^ia-
LE Pi-TIT JEHAN DE SAINTKÉ. 109
soigneur, continiia-t-il, lous les droits que vous avez dans ce monastère, don! les liommes, les trésors et les équip;igt.'S seront à vos ordres, (juand il vous plaira de vous en servir. C'est le moins que nous devions au petiUfds de nos hicnlaiteui"s.
Alois Sainlré, tirant l'abbé à l'écart, lui dit de l'air le [ilus simple et le plus lionnête :
— Je suis sensible à vos offres, et je soutiendrai désormais, contre l'opinion la plus générale, qu'il est possible de trouver ^quelquefois de la reconnaissance dans les monastères. Vous autres bernardins, vous êtes tenus, plus que la plupart des autres ordres, à pratiquer cette noble vertu. Votre saint instituteur* naquit lionime de liant parage, et tenait à la maison royale par le sang. Ses enfants doivent conserver quelque cliose de ses sentiments; et le froc, l'esprit de cloître, ne doivent pas entièrement les détruire. Mais, père abbé, comblé des bienfaits de mou auguste et bon maître, je n'ai besoin que de It'S méiiter par ma conduite, et de travailler à los et lionneur acquérir. Je vous dirai cependant, qu'arrivé depuis peu dans une dépendance de ma baroiuiie, il me serait bien lionorable parmi mes égaux, que la Dame des BelLs-Cousines se trouvant dans ces cantons, elle me donnât une marque de distinction précieuse, ipu serait de venir dans mou château et y dîner demain avec vous et sa suite. Je n'ose l'un supplier; mais le seul et premier don (jue je vous requière, c'est que vous lâchiez de m'obteuir l'iionneur de sa présence.
* Saint Bernard, l'un des plus grands esprits du moyen âge, né en 1091, mort en lirS 11 fui le fondaleur et le premier abbé de Cllairvaux. Il fallait que les moines de son ordre se fussent étrangement relâchés de la règle qu'il leur avait donnée, pour que, même dans une fiction romanesque on ait pu leur faire jouer le rôle que l'auteur attribue au rival heureux de Saintré. Le traité oclèhre de Nicolas de Clémangis : de Corrupto Ecclesiœ statu, ne montre que trop du reste combien le relâchement était profond.
lu
170 LES CONTKUKS FR\NÇAIS.
— Je vous le proiiielSf irpond l'alibé sans hésiter; et se sentant lorl de fout li* pouvoir qu'il avait sur elle : Vous pouvez, monseigneur, le lui propo^ei dès ce moment, en nu piéscnce.
Quoique S.iintré sentît intérieurement l'humiliation de ne devoir qu'à la protection d'un moine heur»»ux une faveur qu'autrefois la Dame lui eût offerte d'elle-même, il fei;jnit de la recoiuiaissance; et retournant vers la Damt; d»'S B<%l<s- Coiisincs, il la [)iIm, de l'air le [ilus re>peclu(;ux, de lui fjire riiouii^ur de venir diner le lendemain dans son château, qu'elle ne coimaissait point encore, et oii elle pourrait varier •ses éimiisements. La Dame reçut la prière de Saintré avec la plus gntnde hauteur :
— Apprenez, seigneur de Saintré, que les Belles Cousines de la reine, jouissant des honneurs du hanquet royal, ne peuvent accorder de telles demandes qu'aux princes de leur lignage. Quand la dévotion m'appelle dans cette ahbaye, je puis, sans conséquence, y prendre tous les rafraîchi semenls qui me conviennent, et nul, tel qu'il soit, ne | eut s'autoriser de cette démarche de ma part, pour me demander la même grâce. Non, non, seigneur de Saintré, je ne peux pas m'abaisser par une faveur qui serait désapprouvée par toutes celles de mon rang.
S'il y eût eu dans le cœur de Saintré quelque reste de ses anciens sentiments, cette nouvelle mai que de mépris eût bien achevé de le détruire. Il n'était plus niailre de son dépit, lorsqu'il aperçut l'abbé qui, prenant la Dame des Belles-Cousines à part, lui parlait d'un air d'autorité, et semblait exiger d'elle qu'elle tînt la parole qu'il venait de lui donner lui-même. L'inslant d'après, Saintré ne put douter de ce qui s'était dit. La Dame le rappela avec des yeux un peu rouges, et l'air de dépit sur le front.
— Seigneur de Saintré, dit-elle, Tabbé vient de me repré-
sciifer que, dans la liante faveur où vous êtes en ce moment au|)ièsduroi, mon redouté seigneur et mon cousin, il me saurait peut-être mauvais gré de vous refuser une grài e qu'il accorderait lui-même à celui qui vient de l'aire triompliei- sa L>annière. Je consens donc à dîner demain chez vous ; mais ne mettez aucun apparat à ce dîner ; je ne prétends pas que ma vivite ait l'air d'être annoncée ni marquée par une fêle : c'est bien assez, pour un simple baron t*el (pie vous, qu'on n'y voie que relïet du hasard et de la proximité de nos ehàleaux.
Saintré reçut, avec l'air de la reconnaissance, une grâce qu'en toute autre occasion son cœur eût peut-être rejetée. Le repas s'acheva, sans (jue rien de ce qui s'était passé dans la journée fût rappelé. La Dame des Belles-Cousines eut une contenance embarrassée, les dames de sa suite, celle de l'incertitude. L'abbé reprit bientôt l'air d'un amant heureux qui sort de table, pour passer le soir avec celle (ju'il aime. Saintré, toujours modeste et respectueux, piit con^é de la princesse, en l'assurant qu'il se conformerait à ses ordres.
Pendant lanuit, tout fut disposé pour un festin somptueux; et lorque la Darne des Bel es-Cousines arriva, vers le midi, montée >ur sa haipienée et l'émerillon sur le poing^ les gentils! loumies et les pages de Saintré étaient rangés en haie dans la première salle. Elle affecta de dire, en entrant, qu'ayant été entraînée par le vol de ses oiseaux, et se trouvant, à l'heure
* Les chfvaliers et les cliâtelaines ne marchaient jamais sans porter un oiM^nii de chasse sur le poin|r, qu'on avail soin, pour évilcrd'êlrc blessé par les serres, de munir d'un g.uit de peau. La lête de loiscau était garnie d'une espète de coillé ()ui lui couvrait les yeux, et qu'on enlevait au mouient de le lâcher sur la proie. Celte coifie se nommait chaperon. La i hasse ô l'oiseau était très-cullivée par les lemmos « Chacun, dit Lacurue de Sainte l'alaye, s'empressait de témoigner combien il était jaloux de iil.iire à sa dime par les .«-ouïs et les allenlions qu'il avait pnur sou oiseau. » Aujounl'hui. les oiseaux sont remplacés par les pelils chiens, et se montrer prévenant pour les chiens est encore un moyen de plaire tux dames.
du dîner, si près du château du seigneur de Sainlrc, elle avait espéré qu'elle y serait reçue pour s'y rafrakliir pendant cpielques heures. Saiiitré, pour la servir à sa guise, alfccta d'être surpris de l'honneur qu'il recevait; et, pour ;ibréger une conversation cnnh.iriassanle, dès que la clej)sy(lre du diàfeau marqua douze heures, il lui présenta res[ie(:tijeiisenient sa main i'.ouvj-rle d'un gant, et la conduisit dans un grand salon, où la table dressée achevait d'être couverte p;ir les niaîtres-d'hùtel. La Danrie s'élant placée dans un fauteuil doré, préparé pour elle, labbé alla s'asseoir sans façon sur un tabouret; les dames prirent leurs chaises à dos; et Sainiré, une serviette sur l'épaule, se tint debout près de la Dame pour la servir. Il n'avait pas négligé défaire mettre devant le moine plusieurs hanaps, où l'on voyait briller le vin deCahors et de Roussillon.
La conversation devint, en effet, plus vive et plus gaie au second service : la Dame parut même oublier qu'elle étiit chez Saintré; et le croyant bien maté par sa hauteur et par les propos qu'elle lui tenait, elle eut bientôt l'air de ne s'occuper que de l'abbé.
On compHmenta beaucoup le seigneur de Saintré sur la beauté de son château, sur la bonté de ses vins, l'excellence de son repas, et surtout sur les ornements nobles, simples et militaires qui paraient la grande salle et les trophées suspendus aux lambris.
Saintré saisit cette occasion de faire renaître l'entretien de la veille : il fit remarquer les grandes et fortes armes d'un des soudans qu'il avait tué de sa main, en ajoutant qu'il y aviiit bien peu d'hommes assez robustes pour les porter et s'en servir :
— Ma foi, monseigneur, dit l'abbé, s'il ne fallait que les porter pendant deux heures, courir, sauter même avec pour les gagner, vous trouveriez facilement tel qui souscrirait à ce marché.
LE PETIT JEiiAN DE SALNTRÉ. 173
— Peut-être bien, répondit Saintrc; je crois wème que si quelqu'un pouvait gagner le pari, ce serait un homme de votre taille, et qui serait aussi robuste que vous : car le soudan qui les portait était le plus redoutable Turc dont j'aie jamais éprouvé la valeur; et je n'aurais pu en venir à bout, si son haubert, mal allaché, ne m'eût offert un passage pour lui donner n:on épée dans le corps. Au reste, ajouta-t-il, si je croyais qu'elles pussent vous servir, je serais charmé de vous les ofl'rir, sans vous proposer de les gagner par une semblable épreuve.
La Dame des Belles-Cousines fut absolument la dupe de l'air de politesse et même d'amitié que Saintré avait pris en parlant, et curieuse de voir à quel point ces belles armes pouvaient relever la taille de l'abbé, qu'au fond de sa pensée elle regardait déjà comme un héros, elle l'excita elle-même à les éprouver.
— Parbleu ! dit à la fin l'abbé, en vidant une large coupe de vin de [lous>illon, je me souviens d'avoir dans mou église un grand et vieux Saint-Georges tout délabié, à moitié couvert d'armes rouillées : si monseigneur de Saintrc veut me mettre à l'épreuve, sous la condition de me donner celles-ci, je vais essayer de les gagner pour remettre mon Saint Georges en honneur.
Tout le monde applaudit à la proposition de l'abbé, qui se leva de table et se dépouilla promptement de ses habits, tandis que Saintré, préparant les différentes pièces du trophée d'armes, se disposait à les lui attacher lui-même. Il ne manqua pas de les joindre fortement par de doubles nœuds qu'il fit à chaque lacet; et dès qu'il eut pris les mêmes précautions pour le casque, il profila du temps oîi l'abbé, se promenant d'uq air martial, arrêtait ses yeux sur ceux de la Dame des. Belles- Cousines et des autres dames. Alors il se couvrit lui-même de ses armes ordinaires qu'un de ses écuyers lui laça dans un in-
17 i LES CONTEURS FRANÇAIS.
siaiit. L*abl)é s'enfliit des éloges que la Dame lui prodi^Mjait, et sn i)lai;,'ii;iit seulement (le ce que le cas<|uc élait \)'u'\i plus lourd (jiie son chaperon, lorsf^ne tout à coup il vil paraître Saiiilré armé d<' Ion tes pièces, suivi d'nn Itérant d'-irnios et di" SCS livrées (|ni porlaieut deux rondaclies, deux ép t'es de combat et deux dagues. Au même inslant, on vit les deux portes de la salle occupées par des lionunes d'armes, qui pi ésentaient la pointe de leurs lances et de leurs épérs.
— Ou'e'st-ce que cela veut dire, Sainlrc? .>*écria la Dame des Belles-Cousines trcs-elfrayée ; que prétendez-vous donc laire?
— Piien que de très-juste, madame. Iliei, le seigneur l'abbé me provoqua chez lui à une csjièce de combat dont il connaît depuis longtemps Tusage : vous eûtes l'air de l'approuver, et vous sûles même par vos propos me forcer de me rendre à .son déii ; moi, je provoque à mon tour Tabbé à la seule espèce de lutte que j'aie apprise ; et vous èles trop juste, madame, pour ne le pas presser aussi Je ne me pas refuser.
Pendant ce temps, le héraut d'armes offrait le choix des haches, des épées et des dagues à l'abbé, qui les refusait constamment et avec une mine très-pileuse et très-embarrassée.
— Arrêtez! Saintré, s'écria la Dame des Belles-Cousines en prenant le plus grand air d'autorité, arrêtez! ou craignez les plus cruels effets de mon indignation.
Mais Saintré, perdant enfin toute patience, s'approcha d'elle, la pi il par le bras, et la fit rasseoir sur son fauteuil.
— Osez-vous bien encore, s'écria-t-il, perfide et déloyale que vous êtes, vous servir de votre rang, après vous être avilie par votre honteuse faiblesse pour un truand de moine, à qui vous avez sacrifié le plus fidèle et le plus loyal des servants d'amour? Non, je ne vous reconnais plus pour la souveraine de mon âme, ni pour la cousine de mon roi; non, vous n'êtes
LE l'ETIT JEHAN DE SAINTKÉ. 175
plus à mes veux (jue l;i créiiUire la plus coupable qui respire. Et loi, mallieureiix, m; balance plus à te siTvir de ta force et des armes à ré[iieuvc dont je t'ai couvert : déleiids ta vie contre moi, ou dans Tiuslanl je te lais jeter par les fenêtres de mou cliàleau, armé comme tu l'es; et tu périras aux yeux mêmes de la làdie et indigne maîtresse.
I.e moiue, qui vit alors que son unique ressource était de se défendre, se confia dans sa force prodigieuse, et se saisit d'une haclie et d'autres armes que le béraut lui présentait. Lorsqu'il eut choisi, Saintré leçnt It s mêmes armes de la main du bcraut; etl'ablié, jilus haut que sou adversaire de toute la tète, courut de désespoir sur lui, espérant l'anéantir d un seul coup. Mais l'adroit et valeureux Saintré détourna ce coup du dos de sa hache d'armes; et, sans vouloir en frapper le moine à son tour, il lui en poi ta seulement la pointe à la visière. Il l'enlirra, et le prenant du fort au faible, il le fit reculer dix pas jusque sur un des tréteaux de la table, sur lequel labbé tomba lourdement, fai>ant retentir la salle de sa chute et du bruit de ses armes. Il demeurait immobile sous la hache tranchante de Saintré, qui semblait se préparera lui couper la tète, lorsque la dame des Belles-Cousines s'écria douloureusement :
— Arrêtez, ariètez! hélas! Saintré, qu'allez -vous faire?
— Le punir à vos yeux, s'écria celui-ci, ô la plus déloyale de toutes les femmes! mais son sang ne sera point répandu par ma main.
A ces mots, il releva la visière de l'abbé, qui perdait la respiration et étouffait dans son casque :
— Tu seras seulement puni, dit-il, comme doivent Têtre tous les blasphémateurs, des propos injurieux que ta bouche impie a vomis contre l'ordre sacré de la chevalerie et contre ceux qui le compO;eut.
ITr. LES CONTEURS FHANÇAIS.
Alors il lui saisit la langue, qu'il tirait pour reprendre haleine , et se contenta de la percer légèrement de sa
dagno.
Sjinlré voyant ensuite que la D ime des Belles-Cousines était évanouie sur son fauteuil, et (\\U'. ses dames eflrayées étaient en pleurs autour d'elle, s'émut encore [m- un mouvement de pi lié. II se tourna vers les trois dames, et levant les 3 eux au ciel :
— Pouvais-jc faire moins? leur cria-t-il. Je pars; ayez encore pitié d'elle, quelque indigne qu'elle soit de vos soins.
En achevant ces mots, il remarqua la ceinture bleue que portait la Dame des Belles-Cousines, et qui était alois l'emblème de la loyauté : il ne put le souffrir; et, dénouant cette ceinture, il la mit dans son aunionière et s'éloigna. Tout était préparé pour son départ : il monta à cheval et abandonna la Dame à ses remords, le moine à ses soins, son château à ses concierges.
Peu de jours après, Saintré rejoignit la cour, et fit observer à tous ses gens le plus profond silence sur l'événement singulier qui venait de se passer. Ses serviteurs, élevés sous l'œil d'un maître vertueux, furent fidèles au serment qu'il leur fit prêter; et lui-même eût cru commettre un crime impardonnable, s'il eût révélé rien de ce qui touchait à l'honneur d'une dame, même de la plus coupable.
Quinze jours après, la Dame des Belles-Cousines ne pouvant plus prolonger une absence dont la reine commençait à se l^laiiulre (car elle n'avait pu se refuser quelques légers soupçons), rejoignit aussi la cour, qui, revenue de la campngne, se trouviiit rassemblée dans l'hôtel de Saint-Paul. Elle fut reçue à bras ouverts par Bonne de Luxembourg, et dut bien rougir en se voyant dans les bras de cette illustre reine, et dans ceux de mesdames de Berri, de Bourgogne et d'Anjou ses belles cousines. Son arrivée occasionna des fêles, dans les-
LE ri:TIT JEHAN DE SAINTI'.É. 177
quelles Saîntré se trouva près d'elle aussi respectueux et avec l'air aussi attaché qu'il avait toujours paru l'èlre à son ancienne protectrice. Ce fut, il est vrai, avec moins de regret qu'elk n'en avait peut-être alors, qu'il ne revit plus le signal de cette épingle, qui, pendant si longtemps, avait toujours été celui de son bonheur, et qu'il n'avait jamais reçu sans que son cœur en ticssaillît d'aise.
Un jour, après le dîner de la reine, toutes les Belles-C'iusineset(|uelques seigneuis distingués, tels queSainlré, furent admis dans l'intérieur des appartements, dont les gardes interdisaient l'entrée au reste de la cour. La reine n'était pas fàthée qu'on lui contât quelquefois des histoires; et comme personne ne racontait plus af;réablement que Saintré, ce fut lui (jue la reine choisit ce jour-là. Saintré prit son parti; mais ce ne fut qu'après avoir bien assuré qu'il ne pouvait croire que tous les faits fussent exactement vrais dans l'histoire singulière dont on venait, disait-il, de lui envoyer les détails du fond de la Hongrie. Ensuite il raconta, devant tout le monde, l'histoire fidèle de ses amours avec la Dame des Belles-Cousines, et ne su[)prinia aucune circonstance des événemeuls arrivés dans l'abhaye, et, en dernier lieu, dans son château.
La reine se montra très-scandalisée : elle dit que la dame lui faisait horreur et niéritail la punition la plus éclatante. Mesdames de Bourgogne, de Berri et d'Anjou, la comtesse de Périgord, la belle et vertueuse dame de Gravelle, enchérirent sur le genre de cttte punition, et imaginèrent tout ce c|u'elles crurent de plus déshonorant et de plus cruel. Le tour de la Dame des Belles-Cousines étant venu, Saintré ne put s'empêcher de lui dire aussi :
— Et vous, madame, quel est votre avis?
La Dame, trop accoutumée à braver les remor Is, u*o-a pas excuser l'héroïne de l'histoire; mais elle hlàma fortement la conduite du chevalier : elle le trouva inexcusable d'avoir porté
178 LES CONTEURS HIA«<;ai.^.
si loin la vengeance, et surtout d'avoir osé enlever la ceinture hlcue (J(ï son ancienne dume et liienfaitricc. Sainirc, pi'pié de ce qu'elle avait pris un ton très-haut en prononçant ces dernières paroles, lui laissa entrevoir un lx)ut de cette même ceinture qu'elle seule aperçut; et il la caeli,» presque aussitol. ^•c lut la tin de sa vengeance et de son amour.
(âv* siècle)
Le recueil qui porte ce nom se compose de récits qui ont été fiiHs à Geriappe, petite ville du Brabant mt'ridional (Bolgique), par les gens de la maison de Louis, dauphin de France, depuis Louis XI, qui avait été demander asile au duc de Bourgogne, au moment de bà querelle avec son père Charles VU. Ils ont été composés de 1 i5G à 1401. Louis XI en a fourni quelques-uns, mais c'est à tort qu'on les lui attribue d'une manière générale.
Sous le rapport de l'imagination, ils ne valent pas les fabliaux, mais au point de vue de la langue et de la mise en œuvre littéraire, ils peuvent être considérés comme Tun des modèles de notre vieille prose au moment où elle se dégage de la rouille du vieux temps. Le style en est simple, clair, souvent rapide ; quant aux sujets, ils sont presque tous tirés d'aventures galantes, empruntées les unes à la vie léello, les autres aux fabliaux et aux conteurs italiens. On a souvent loué leur naïveté ; mais ce n'est point assurément par là qu'ils brillent, et Ton serait plus près de la vérité, le lecteur en jugera luimême, en les considérant comme l'expression d'un société très-raf-j finée, très-positive * et passablement corrompue.
* On trouvera sur les Cent nouvelles nouvelles une étude intéressant* placée en tête de l'édition iju'en a donnée M. Leroux de Lincy, danslt l)ibliothèque Charpentier, 1813, 1 vol. in- 18.