LA VIE DE SAINCT HARENG
Le mangea avec les aulx.
Les autres l'ont chargé sur leurs chevauk . Et les enimainent à Paris, Et si en eut, ce m'est advis, Que en cacques forment sallèrent.
De telz y eut qui le brûlèrent Tout vil, dont ce fut grand dommage.
Oncciues on n'en fist tel oultrage Conmie ou en fist ceste année :
Car il lust rais à la fumée, Pendu en guise de larron, El depuis mangé en cresson, Au vinaigre et à la moutarde; Mais je me donnay de garde Que cesainct dont nous parlons Fut mis avec des ongnons En ung pot par niaintz morceaulx, Et fut happé de deux ribaux^ /
nui remportèrent par grande haste.
Et puis fut mis le sainct en pa^te.
Eu quaresme certainement 11 fait criin- bien souvent Dedans Paris, en plusieurs lieux.
SaincL llarenc est moult précieux; Il hiit des miracles sou\ent :
Il l'ail tousser assez de gens; Chacun sait bien que pas ne ment, Il lait gaigner le tavernier.
S>iiuct llarenc est moult à priser, Qui tant est renommé en France; Sainct llarenc donne pitance
• Le ne m de ribauds est synonyme de gens sans aveu.
Aux Cainics et aux Augiislins; Aussi faict-il aux Jacopiris.
Sniiict Ilarenc, qui bien se nomme, Il est coiigiieu jusques à Rommo; Aussi est-il en Aiigli terre.
En Fhiuireset en plusieurs lerre».
Ce sîiincl dont ouy avez Fust né au milieu delà mer; Ef) son sainct corps n*eust point d'amer» Ne n'en mangea onc en sa vie, De cela je vous affie* ; Mais bien souvent voulust-il boire.
Mais, bonnes gens, vous devez croire Que, quand on menge sainct ILirenc, On y doibt boire bien souvent.
Aussi comme vous m'orrez relraire»
Il y en a de deux manières :
^ L'un est sor et l'autre est blanc, Et si en a de bien puant :
Car on dit tout communément, En uiig proverbe bien souvent :
Ce harenc put, c'est si nature ; Si fleure bon, c'e^t adventure.
Povres gens ne le dient mye.
Car souvent leur sauve la vie.
Tant est gracieux et courtois.
On le menge avec les poix En karresme certainement ; Chacun sçctbien si je mtns; Et les bonnes gens de village En font souvent de bon polagc.
* Je vous assure.