‹ Chefs-d'œuvre des conteurs françaisChapitre 47 sur 100 · DINDENAULT ET LES MOUTONS DE PANURGE · texte numérisé non relu

DINDENAULT ET LES MOUTONS DE PANURGE

(Jlyxes et ses compnlgnons. Autant en firent les autres bergicrs et moulonnicrs, les prcnans les uns par les cornes, autres par les jambes , autres par la loison. Lesquelz tous lurent pareillement en mer portés et noyés misérablement.

Pannrge, à cousté du fougon, tenant un aviron en m.iin, non pour aider les moutonniers, mais j)Our les enf^arder de grimper sur la nauf, et évader le naufrage, les preschoit elo- (juentement, comme si fust un petit frère Olivier Maillard, ou un second frire Jean Bourgeois * ; leur remonstrant par lieux de rlii''torie({ueles misères de ce monde, le bienet l'iieur de l'autre vie, afiermant plu> lieureux estrc les trépassés que les vivans en ceste vallée de miseie, et à un chascun d'eux l)romett;uU ériger un beau cenotapbe, et sepulchre lionoraire au plus haut du mont Genis à sou retour, de Lanternois : leur optant ce neantmoius, en cas cpie vivre encores entre les humains ne leur fasehast, et noyer ainsi ne leur vint à propos, bonne adventure, et rencontre de (piel(|ue baleine, laquelle au tiers jour subséquent le rendist sains et saulves en quelque pays de satin, à rexem[)le de Jonas.

La naul viudée du marchant et des montons, reste il icy, dist Pauurge, ulle ame moutonnière? Où sont ceux de Thibault TAi^iielet? et ceux de Regnauld Belin, qui dorment quand les autres paissent? Je n'ysçay rien. C'est un tour de vieille guerre.

* Olivier Miiillard et Jean Bourgeois sont des prédicateurs populaires du quiiizièuïe si(clc, (|ui ont altaqiié avec une grande vigueur les vices et les al)us de leur temps. Maillard surtout ne ménageait rien, pas même Lou's XI. Ce roi, qui n'entendait pus raillerie, lui envoya un jour un de ses olficiers lui dire qu'il eût à tenir sa langue; mais celui-ci ne se laissa pas intimider, et quoiqu'il pût s'attendre à tout de la part de Louis XI, il répondit à l'oflicior : a Va dire à ton maître qu'il fasse de moi ce qu'il voudra; que* j'irai en paradis plus vile que lui avec ses chevaux de poste. »

Personne plus que nous ne rend justice ii Rabelais, nous ferons remarquer cependant que, parmi les écrivains faiitai«ifeles du Reiziènie si("'clu, il en est quelques-uns qui rappellent son originalité et son style, et, comme on le verra plus loin, >ocl du Faill et Béroalde de Verville rapprochent qudquelois d'assez j)rès, sinon par retendue des conceptions générales, du moins par les détails et la veiv<moqueu&e.

Page 1