‹ Chefs-d'œuvre des conteurs françaisChapitre 48 sur 100 · LA REINE DE NAVARRE · texte numérisé non relu

LA REINE DE NAVARRE

(xvi* siècle)

La femme célèbre que Ton désigne sous ce nom est Marguerite de Valois, fille (le Charles d'Orléans, duc d'Angnulème et sœur de François !«'. Née en 1499, elle épousa en 1527, après un premier veuvage, Henri d'Âlbret, roi de Navarre, donnn le jour à Jeanne d'Albret, mère de Henri IV, et mourut en 1549. Oti lui doit, outre le recueil de contes connu sous le nom à'Heptaméron, un volume de poésies intitulé : Marcjuarites de la marguerile des princesses^ et dans lequel se trouve un poëme mystique, le Miroir de l'âme pécheresse.

La reine de Navarre aimait à s'entourer de poètes et de savants; elle était liée avec Calvin, Marot, Dolet, Despériers, et sa petite cour de Nérac était comme un péristvle de l'hôtel de Rambouillet, oii venaient se réunir une foule de beaux esprits, les plus vaillants soldats de la Réforme, et quelques-uns de ses martyrs. C'est de là que sont sortis les Contes, dont quelques-uns sont imités de Boccace et qui sont, com.me le dit l'nn des personnages qu'on y voit figurer : c le Recueil de tous les mauvais tours que les femmes ont faits aus pauvres hommes*. »

* En 1851, M. Scribe a fait jouer une pièce intitulée : les Conte* de la reine de Navarre qui est l'une des meilleures de son répertoire.

2ï'* LES CONTKLIIS FRANÇAIS.

Les Contes de Vlléptaméron sont au nombre de soixrinte-<louxp. Nons en reprodiiisoiisrinq choisis parmi ceux qui nou£ ont pani offrir le plus dinlrrèl.

Nous en;;ageons les personnes qui veulent se faire une idée exacte des évoliili.ins fie l'esprit fr.inçais U comparer les'Co;j(e* de la reine de Nnvarre et les romans de mademoiselle de Srud.-rv. La reine de Navarre est morte en 1547; mademoiselle ne Scudt-rv est née en 1 GO ! . et qu;md on les lit toutes deux, on les croirait séparées par la distance de plusieurs siêcle>, car les modes littéraires changent en Fiance aussi vile que les modes du costume.

UN GENTILHOMME EST hNOPINEMENT GUARF DC MAL D AMOCR, TROUVAiNT SA DAMOISELLE RIGOUREUSE ENTFiE LES BRAS DE SON PALEFRENIER.

Au pays du Dauplùné, y avait uu gentilhomme, nommé le seigneur du Ry ml, qui était de la maison du roi François, premier de ce nom, autant beau et hoimcte qu'il était pos?ible. Or, il fut longuement serviteur d'une dame vefve, laquelle il aimait et révérait tant, que, de peur qu'il avait de perdre sa bonne grâce, ne l'osait importuner de ce qu'il désirait Itî plus. Et lui, qui se sentait beau et digne d'être aiiiip, croyait l'ermement ce qu'elle lui jurait souvent, c'est qu'elle l'aimait plus que tous les gentilshommes du monde, et que, si elle était contrainte de faire quelque chose pour un gentillioaime, ce serait pour lui seulement, comme le plus pariait qu'elle avait jamais connu ; et lui priut de se contenter sei.lement, sans oulre-passer, de cette hoimête amitié ; assurant que, si elle connaissait qu'il prétendît davantage, sans se contenter de la raison, que du tout il la perdrait. Le pauvre gentilhomme non-seulement se contentait de cela, mais aussi se tenait lrès-heureu\ d'avoir gagné le cœur de celle qu'il pensait tant honnête. Il serait long de vous raconter le di-cours

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