LA CUÉRISON DU MAL D'AMOUR
de son amitié et longue rré(jiu;iit;ilion qu'il eut ;ivcc elle, et les voyages (ju'il Taisait pour la venir voir. Mais, pour conclusion, ce pauvre martyr d'un feu si plaisant, que plus on ea brûle, plus ou en veut brûler, cbercliait toujours le moyeu d'augmenter son martyre. Et, un jour, lui print fantaisie daller voir en poste celle qu'il aimait plus ipie lui-même et (ju'il eslimaîL par-des^us toutes les femmes du monde. Lui arrivé, alla en sa maison et demanda où elle était. On lui dit qu'elle ne faisait que venir de vêpres et qu'elle était entrée en la garenne ^ [tour tinir son service. Il descendit de cheval, et s'en va lout droit en la gareime oii elle était, et trouva ses feniFuesqui lui dirent (ju'clle s'en allait toute seule promener en une grande allée étant en ladite garemie. 11 commença plus que jamais à espérer ((uehpic bonne loriuue i our lui ;et, le plus doucement qu'il put, sans faire bruit, la chercha le mieux qu'd lui fut possible, désirant sur toutes choses de la pouvoir trouver seule. Mais quand il fut auprès d'un pavillon d'arbres ployés, qui était un lieu tant beau et [daisant, qu'il n'était possible de plus, entra fort soudainement dedans comme celui à qui tardait de voir ce qu'il aimait. Mais il trouva, à son entrée, ladamoiselle couchée sur l'herbe entre les bras d'un palefrenier de la maison, aussi laid, ord * et infâme que le gentilhomme était beau, honnête et aimable. Je n'entreprends jias de vous dépeindre la dépit qu'il eut; mais fut si grand, qu'il eut puissance d'éteindre eji un moment le feu si embiasé de longtemps. Et, autant rempli de dépit qu'il avait été d'amour, lui dit :
* Le droit dt ijarenne était un droit féodal. Il y avait des garennes dans la plupart des terres seigneuriales; elles offriiiont une grnnde res- ^olln•<^ pour l'aliinciilalion, et Olivier df Serres nous iipptend. dans le Trailé iVrujricuUurc, qu'il ne l'allait pas nndns de deux cimiIs douzaines de liipiiis poiu' l'aliuienlaiion de la maison d'un bon genlilhuniino.
* Ord, sale; cet adjectif a disparu de la langue, mais il nous a laissé le mol uniure.
tte LES CONTEUUS FRANÇAIS.
— Madame, prou vous fasse *! Aujourd'hui, par voire mé- (lianceté connue, suis ^;uari et délivré de ma conlinuelle dou- Jcuf, dont l'hoiHiételé que j'estimais en vous était occasion.
El, sans autic adiL'u, s'en retourna plus vite qu'il n'était vpnu. La pauvre femme ne lui fit ;iulre i épouse, sinon de meltre la main devant son visage, car pui>)qu*elle ne pouvait couvrir sa honte, elle couvrait ses yeux.
EXÉCRABLE CRUAUTÉ d'uN CORDELIER* POUR PARVENIR A SA DÉ- TESTABLE PAILLAHDISE, ET LA PUNITION QUI E» FIT FAITE.
Aux terres sujettes ï l'empereur Maximilien d'Autriche, il y avait un couvent de cordeliers fort estimé, près duquel un gentilhomme avait sa maison, et portait telle amitié aux religieux de léans, qu'il n'avait bien qu'ii ne leur donnât, pour avoir part eu leurs bienfaits, jeûnes et disciplines. Et, entre autres, y avait léans un grand et beau cordelier que le gentilhomme avait pris pour son confesseur, lequel avait telle puissance de commander en la maison du gentilhomme, que \ui-même. Ce cordelier, voyant la femme de ce gentilhomme
* Grand bien vous fasse.
• A propos des cordeliers que la reine de Navarre met en scène dnns ses contes, nous ferons remarquer que ces moines sont clioisis de préférence par les écrivains du seizième siècle, comme sujets de .''îurj gausseries. Dans l'ixTRODucTiox au traité de la conformité des metTeilles anciennes avec les nouvelles, de Henri Estienne, on ne trouve pas moins de vingthuit liisloires de cordeliers, toutes moins édifiantes les unes que les autres. Les autres ordres religieux, tels que les bénédictins, les cisterciens, Il s dominicains, no figurent jamais dans les joyeux devis. Les conteurs n'en parlaient pas, parce qu'ils n'avaient rien à en dire, et que ces moines menaient une vie régulière, et conforme aux lois de l'Église. On s'est si souvent autorisé contre le clergé des satires des conteurs, qu'il est juste de faire des résenres en faveur de ceux qui les méritent