FA PUNITION DU CORDELIER
tant belle el sage, qu'il n'était possible de plus, en devint si îiniouieux, qu'il en perdit le boire et manger, et toute raison naturelle. Kt, un jour, délibérant exéiuler son entreprise, s'en alla tout seul en la maison du gonlilbomme, et, ne le trouvant point, demanda à la danioiselle où il était allé. Elle lui dit (ju'il était allé à une sienne terre, où il devait demeurer deux ou trois jours; mais, s'il avait aifaire à lui, elle y envoierait un bomme exprès. Il dit que non, et commença à aller et venir parla maison, comme celui qui avait quelque adaire d'inq)ortance en son entendement. Et, quand il fut sorti bors de la cbambre, elle dit à une de ses femmes (des quelles n'avait que deux) :
— Allez près le beau père, et sacbez ce qu'il veut; car je lui trouve le visage d'un bomme qui n'est pas content.
La cbambrière s'en alla à la cour lui demander s'il voulait rien. Il lui répoiulit qu'oui; et, la tirant en un coin, printu/* poignard qu'il avait eu sa mancbe, et luimit dedans lagorge. Ainsi qu'il eut achevé, arrive en la môme cour un serviteur du gentilbomme, étant à cbeval, lequel apportait la rente d'une ferme. Incontinent qu'il fut à pied, salua le cordelier qui, en l'embrassant, lui mit par derrièie le poignard en la goige, et ferma la [)orte du château sur lui. La danioiselle, voyant que sa chambrière ne revenait point, s'ébahit pourquoi elle demeurait tant avec le cordelier, et dit à son autre chambrière :
— Allez Voir à quoi tient que votre conq)agne ne revient. La chambrière s'y en va, et, si tôt qu'elle fut descendue,
1 1 que le beau père la vit, il la tira à part en un coin, et en fit comme de l'autre; et quand il se vit seul en la maison, s'en vint à la damoiselle et lui dit qu'il y avait longtemps qu'il était amoureux d'elle, et que l'heure était venue, qu'il la lia il qu'elle lui obéit. Elle, qui ne s*en fût jamais doutée, lui dit :
2KS LES CONTKI RS I RANÇAIS.
— Mon p?in', je crois (juc, si j'avais une folonté si malh^'Ureusc, que me voudriez lapider le premier.
Le II li'^ioux Itii dit :
— Sortez en c( ttc ( our, et vous verrez que j'ai fait, (juaiid clin vil ses deux chundirières et son valet morts, ell<î lui si très-elTrayée de peur, (ju'flle demeura commeiiiie statue sans sonner mot. A l'Iieuie, le méchant, qui ne voulait point] iiir d'cllo pour une lieure seul»3, ne la voulut prendre par force ; ni;\is lui dil :
— Madenjoiselle, n'ayez peur ! vous êtes entre les mains de riionimc du monde qui j)lus vous aime.
Disant cela, il dépouilla son grand liabit, dessous lequel en avait un plus petit qu'il présenta à la damoiselle, en lui disant que, si elle ne le prenait, il la mettrait au rang des trépassés qu'elle voyait devant ses yeux. La damoiselle, plus morte que vive, délibéra de feindre lui vouloir obéir, tant pour sauver sa vie que j)Our gagner le temps qu'elle es[>érait que son mari reviendrait. Et, par le connnaudement dutli^ cordelier, commença à se décoiffer le plus longuement qu'elle put ; et, quand elle fut en cheveux, le cordelier ne regarda à la beauté qu'ils avaient, mais les coupa hâtivement, et ce fait, la fit dépouiller tout en ehemise et lui vêtît le petit babil qu'il portait, reprenant le sien accoutumé, et, le plus tôt qu'il put partir de léans, menant avec soi son pe^it cordelier, que si lon;i temps il avait désiré ; mais Dieu, qui a {>itié deTiimocent en Iriiiulalion, regarda les larmes de cette pativre damoiselle; en sorte que le mari ayant fait ses affaires plus tôt qu'il ne cuidait, retourna en sa maison par un même chemin que sa femme s'en allait. Mais quand le cordelier l'aperçut de loin, il dit à la damoiselle : -
— Voici votre mari que je vois venir. Je sais que si vous le regardez il vous voudra tirer hors de mes mains; parquoi, mardiez devant moi et ne tournez nullement la tête du côté