LA PENDAISON DU VILAIN
Un gentilhomme de ce pays, qui avoit nouvellement fait leMlir un gibet pour avoir haut tt bas la chemint'e, qui fut tant sollicité par les iniportuiiités de sa femme, qu'il hii promit fiiiievoir pendre un homme à iielui, d'autant qu'elle n'avoit oncquos vu tel passe-temps, comme elle disoit, ce qu'elle dé>iroit sur toutes clioses ; et pour complaire à telles impnrtunilcSj car autrement elle lui eût fuit le groin, jilus de deux lieues à pied, il s'avisa d'un pauvre compagnon sien voiî«in, qui lui dcroboit parfois quelque peu de bois pour soi chauffer, quelques pommes, et peut-être des poires, qu'il le meltroit en procès criminel. Ce qui lut fait; témoins pour cet effet administrés, et si fut écrit et rapporté par le greffier, ail! gens de bien, je ne vous (mis voir, mon chapeau est; percé : que l'accusé confessoit tout, en avoit bien fait d'autres, qu'il avoit au>si dérobé des prunes; et tellement exploité, que, pour gratifier ladamoiselle, ce pauvre paysan fut pendu : et pour le réconfoiter, le prêtre de la mai>on lui disoit, étant jà en l'échelle :
— Mon ami, ce t'est un grand honneur d'être le premier pendu à cette bel. e justice toute neuve, joint le grand plaisir que tu donneras à ma damoiselle, qui autrement seroit en grand danger de perdre son enliuit : y a plus, car on chaulera pour toi à goriie déployée, et une bonne mine de blé pour ta femme et tes enfants.
A cette charge, fit le pauvret le saut périlleiiz^
* Nous ne pouvons dire si ce conte repose ?ur un fait réel, niais s'il n'est que de pure invention, il n'en louthc pas moins de bien près la vérité. Aux yeux de quelques sci;j;iicurs haut-justiciers, la vie d'un vilain ne valait pas celle d'une bithe, et l'on a plu^ieul•s exemples de mal-
D vy APOTiricAinE d a?(0Ers.
Tn la ville d'Angers y avoit un apothicaire, noire voisin» qu'on a|i|telait niaîtie IMerre, et parfois Pierre maître, [wrce (ju'il prciioil fort grand plaisir être maîtrisé * et qurdifié, et ^i ne peiisoit, Tliomme do bien, qu'il eût à la jouriu'e d'un cheval, voire deux, un plus habile, o»i qui le secondât en son métier; combien qu'il n'eût su dispenser ne mettre quatre simples ensemble, et le plus beau de son métier étoit à f lire l'hypocras et louer des accoutrements de masques. Toutefois, })Our demeurer ordinairement sur la besogne carré et assuré en sa boutique comme un meurtrier, «donnant dessus sonmortiei" la Moulnière de Vemon, ou la Défaite d'un pairt de seigle à quatre per>onnages, et autres carillonnements empiriques et sp'igiriques, entra en tel crédit et si haute réputation du commun peuple, (|u'il n'y avoit chambnère qui ne s'estimât bien fière d'avoir m irché avec lui, menaçant sans cesse les marier, et qu'il savait bien leur fait; en avoir déjà jeté quelques mots à la volée et en passant; mais qu'il fallait un peu attendre; que les ponts de Ce ne furent faits en un jour; que tout iroit bien, et que l'on verroit beau jeu, si la coide ne rompoit. S'il vendoit pour un double* d'huile ou raisin, i! menoit un bruit comme s'il eût vendu autant de drogues en gros que les Pepoli de Raguse, ou les Pihiers de €onetils à Melesse. A l'ouïr si haut louer et raconter ses sens, littérature, et prud'hommie, et expérience, comme il avoit
heureux qui furent pendus pour des délits du genre de ceux qui sont racontés ci-dessus On peut voir, dans les Mémoires de Flécliier sur les Grands jours de Clermont, à quels excès certain? gentilshommes de province se portaient encore sous Louis XIV envers leurs tenanciers.
^ Appelé maître.
* Petite monnaie qui valait deux deniers.