L IMAGE DE SAINT ROCH
Le prieur de Cbâteau-Bourg, successeur de ce docte Pierre Colson, qui a laissé une belle mémoire par sa l>ombarde, voyant que Tiuiage de saint Rocb, quictoit eu sou église, gaguoit bonnètement ses dépens, et étoitde bon revenu, encore qu'il fut tout poudreux et pourfdé d'iraignes, s'avisa le faire repeindre (oui à neuf, jugeant par l'argument a majori ad minus, qu'on estime valoir beaucoup en logique, et au midi deux degrés par deçà le bois de Viuceimcs, que si les bonnes gens lui apportoient force dons, présents et offrandes, étant SI pauvrement vêtu et accoutré en gueux, à plus forte raison bausseroient-ils les brevets et s'élargiroicnt davantage, quand il seroit magnifiquement babillé et bien en point. Mais, commô
268 LES CONTEUnS FRANÇAIS.
(li^oit (le bonne mémoire Mérence, la chose tourna sur le chose; il en arriva loiit au rebours, comme il survient bien des inconvénients enlre bouche et cuiller; car les pauvres villageois, voyant ce bon patron saint Hoch ainsi brave * et en équipage (Je chevaliei- de l'ordre de la gramie aimée *, cessèrent lui rien donner, disant entre eux ; (t A cette heure qu'il est gcMitilhomme, pensez-vous qu'il voudroit prendre un denier, une poignée de filasse, deux œufs, comme il faisoit lorsqu'il étoit roturier et du tiers état? b Tels éloient les discours et pourparlers de cette su[)Crslitieuse simf)licité rustique en matière de théologie; car en choses poh tiques, et oij il va de leur profit ou perte, ils sont autant avisés qu'en autre saison qui ait jà pieça passé ; ce!a fut occasion que le saint fut remis en son premier état, sali et barbouillé comme devant. Ceci soit dit sans olf user la mémoire et vénération des vertueux et saints personnages passés de ce siècle en l'autre, qui jouissent, bienheureux, du repos éternel *.
* C'esl-â-dire brillant, bien habillé.
* Il s'agit sans doute ici de l'ordre du Saint-Esprit créé par Henri III, en 1378.
* Le conte ci-dessns ne donne qu'une faible idée de l'irrévérence avec laquelle les catholiques du seizième siècle eux-mêmes traiUiient les saints. Quant aux protestants, on peut dire qu'ils ont épuisé tous les outrages. Nous pensons, quant à non», que si le culte des saints a donné lieu à des supeFïtitions grossières, il n'a pas été non plus sans exercer sur les mœurs barbares du moyen âge et sur les destinées même du royaume une salutaire influence. Les milices communales marchaient sous la bannière de leurs patrons et s'en battaient mieux, parce qu'elles croyaient qu'ils intercédaient pour leur donner la victoire. La France tout entière avait une invincible confiance dans le pouvoir de saint Denis; chaque ville se croyait protégée par le saint sous l'invocalion duquel elle était placée. En tenip? de peste comme en temps de guerre, les bonnes gens du moyen âge attendaient toujours un secoî/rs rf'e/i haut, et c'est là ce qui a fail tout à la fois leur force et leur consolation.
BEROALD DE VERVILLE
(xvi* siècle)
Le Motjen de parvenir, contenant la raison de tout ce qui a été, ^rstet sera ', nous a fourni les contes que nous reproduisons ici. Ce livre a pour auteur Fninçois Beroalil, sieur de Vcrville, gentilhomme parisien et chanoine deSaint-Gatien-dL'-Tours,en 1593. C'est une espèce de dialogue où figurent des personnages de tous les temps et de tous les pays, discutant sur toute sorte de sujets, et entremêlant leurs discussions d'historiettes et de contes. On y trouve quelques passages remarquables par leur verve, mais le cynisme y dépasse toutes les bornes et l'on a peine à comprendre parfois en le lisant qu'il ait pu obtenir la faveur dont il a joui de son temps. Les gens d'Eglise y sont surtout fort maltraités, et si lauleur n'^î'-iit été chanoine, on pourrait le prendre pour un des pamphlétaires les plus violents de la Réforme.