‹ Chefs-d'œuvre des conteurs françaisChapitre 69 sur 100 · I.E DON SOMMEIL · texte numérisé non relu

I.E DON SOMMEIL

Un soldaf, estant logé à l'csrarl, trouva un bon list garny de couverlureset de draps, et là estant bien à son aise ftsans bruit, dort depuis le soir jusques au lendemain après-midy : soit qu'il eut esté de garde la nnist précédenle, ^oit qu'il i'ut grand dormard, pour avoir les veifies fort prjiites, soit que la froideur du cerveau luy causast un si profond dormir, soit qu'il eustla teste grosse, contenant beaucoup de vapeurs, soit qu'il enst mangé d'un lièvre, qui provoque le doi mir, soit qu'il eust travaillé, les esprits ayant besoin d'estre récréés. Or, estant ce soldat absiendormy, il arrive en ceste maison im scr;:ent, qui exécute* le lict où il estoit, et enveloppant dans la couverlure le drap, le soldat, et le lict , les garrotte et cbarge dans une cbarrette, conduisant le tout jusques au plus prochain marché, sans que le soldat en sentist jamais rien, et sans que le sergent sceust que le soldat y fust. Estant le sergent airivé où se tenoitle marché, il fait la proclamation, reçoit les enchères, crie à pleine teste le lict à deux sols : Qui dit, qui dit, et ce pour la dernière fois.

Soit que le cry du sergent ou le bruit de la foire interrom-

* Le mot liard a fort exercé les étymolo^stes.On a dit que cette petite monnaie avait pris le nom du raonnayeur qui l'avait Irappée. lequel se serait appelé Liard. C'est une erreur, et voici la véritable ctymologie ; les premières pièces de ce prenre ont paru sous Philippe le Hardi ; elles portaient pour légende : Li hardi; les dernières leitres di étaient à peine lisibles, ce qui faisait Li hard, et celte appellation fut consacrée dans 'a langue vnlgaii-e.

C'est-à-dire qui s'empare du Ut.

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