‹ Chefs-d'œuvre des conteurs françaisChapitre 70 sur 100 · LE DON SOMMEIL · texte numérisé non relu

LE DON SOMMEIL

pist le sommeil du soldat, soit ({lu; l'air leidermé en snii oreille eust esté mou et poussé par un autre air venant du dehors, soit (jue l'Iieure de son réveil fust venue, les vapeur*' montées au cerveau, procédantes de la viande digérée en l*estomai'h, estant cuites, atténuées et consumées par la chaleur qui se retire au dedans durant le dormii, soit que lés femmes qui mcltoienl à l'enchère, en maniant le lict, fissent tourner le soldat d'un coslé sur l'autre*, il se varesveillcr sur les fjuatre heures du soir et se développant du lict, du drape! du la couverture, sort hors tout nud, sejettant au milieu de la foire, comme une mouche sans teste, et ayant son pistolet bandé commence à crier- : a Goujat*, apporte une chemise.» Les femmes qui vouloieiit acliepterce lict et le remuoient eurent si grand peur que depuis ne furent en leur bon sens : le sergent qui n'a [)oint faict son profit de ce temps-là, estimoit estre un esprit qui le vouloit punir d'avoir exécuté de pauvres gens qui avoient tant de maux, les hommes n'estoient pas plus asseurés que les femmes*, bref, comme si c'eust esté une Iremeur pa nique, tous ceux de la loire s'enfuyientet arrivèrent bien tard à leur louis, à cause de la peur qui leur entravoit les pieds.

Le pauvre soldat se trouvant ainsi tout nud sans s'avoir qui l'avoit apporté là et que tousceuxde la foire le fuyoient comme

* Ce passage, entre bicu d'autr'-; du même genre qui se rencontrent dans les œuvres de Boucher, nous ait connaître comment les phénomènes de la vie étaient compris et expliques de son temps. Quand Sganarelle parle des vapeurs pesantes formées par les exhalaisons des influences (|iii s'élèvent dans la région des maladies, et Defoiiandrès « d'une pourriture d'humeur causée par une trop grande réplction > ils font de la médecine comme l'auteur des Sérées.

- On d 'signait sous le nom de goujats les vivandiers et les hommes do peine qui suivaient les armées pour faire le service des gens de guerre. Celte sorte d'individus était fort grossière, et le nom de goujat fut plus tard appliqué par extension aux gens mal élevés.

' Nous supprimons ici quelques membres de phrases, qui s'enchevêtrent dans le récit, elle rendent peu compréhensible.

'i92 M S CONTEUÎlS FHANÇAIS.

s'il eut esté galxloiix*, pciisoit ôlre \h en autre monde, et cstrc ciic.lianl»' et quo qiirlquc sorricre de Bodin, l'ayant gruiss(! et luy ayant nus nn hàton entre les jarril>es i*eust enlevé en Pair et laissé là, estant si étonné qu'il ne faifcoit semblant de couvrir ce qu'on ne puvoit dire sa pauvreté.

Ce conte est cxtrnil de la 25* séréc, intitulée leiGen» de guerre; cette sérée donne de curieuses indic:ilions sur rorganisation et l'indiscipliae des troupes au xvi* siècle.

Làhete de poisso.i.

Il y avoit ces jours passez une damoiselle de grande maison qui estoit en danLier de mort, à cause d'une areste de |>oisson (ju'eile avoit en la gorge, laquelle tous les médecins ne leurs remèdes n'avoient pu mettre dehors, ne faire avaler ne pourrir, soit en faisant avaler à cette pauvre fille un morceau de pain molet, ou une figue sèche un peu ma^chée, ou la faire vomir avec un porreau huilé, ou lui jetant dans le nez un sternutatoire, ou lui procurant la toux avec choses aigres.

Les médecins de tous les pays estant hors de leur catholicon et cabale, dirent aux parens qu'il falloit laisser faire à nature et au vouloir de Dieu. iNonobslant cela, l'oncle de la fille s'advisa d'appeler un médechi d'assez loing qui se nommoit messire Grillo, après avoir enchanté par charmes les arestes et les petits os arrestés dedans le gaviou et en la gueule, selon que ^tius excellent médecin l'a écrit et pratiqué.

Ce messire Grillo avoit un grand bruit dans toute la contrée et voicy comment :

11 avoit une estude secrette bien près de la porte de sa raai-

* C'est-à-dire sergent des gabelles

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