‹ Chefs-d'œuvre des conteurs françaisChapitre 7 sur 100 · LA MOUT DE ROLAND · texte numérisé non relu

LA MOUT DE ROLAND

Le preux Roland coiUinue à sonner avec tel elTort, ahan et douleur immense, que le sang vermeil jaillit de ^a bouche, et que la tempe de sou Iront en éclata. La voix du cor aussi porta bien loin! Cbarlemagne l'entend du bout des défilés; le vieux duc Naismeet les Irançais l'écoutent, et dit le roi : « C'est le cor de Roland ! jamais il ne le sonna qu'au cœur d'une bataille! — De bataille il ne s'agit point, réplicjua Ganeloii; vous êtes vieux, déjà tout blanc-fleuri; avec de pareils discours vous resseuïblez à un enfant ! Vous savez, du reste, l'orgueil de votre ne\en; c'est grande merveille, si Dieu le soulfre si longtemps ! Sans vos ordns, déjà il a pris Naples ; les Sarrasin» qui riiabitaient en sortirent; six de leurs chefs vinrent trouver le preux Roland... Pour un seul lièvre il va cornant toute une journée ! A cette heure, il est à rire et gaber devant ses pairs, car il n'est homme au monde qui l'osât appeler. Chevauchez donc ; pourquoi vous arrêter? Le grand pays est bien loin devant nous! »

Li qupii^ Hollans par peine et par alians,

l'argiaiil diilor, suntt suri olifan;

Parmi la Iiuche en sait H cler saiics,

De sum cervel le temple en est rumpant;

Del corn qu'il lient l'oie en est mult grantt

Karics l'enti'nt. kie>t a porz passant;

Maisnies l'oîJ, si l'escullent !i Franc.

Ço dist li rcis : « Jo oi le corn Rollant !

Une ne 1' sunast se ne fust en cumbatant. »

Ciienes respunt : « De bataille est nient ;

Ja estes [vu>] vcilz e fluriz e blancs;

Par tels paroles vos rc->emlilez enfanll

Asez savez le grant orjjoill Rollanl :

Ço est (};ranl] merveille que Deus le soefrol tant

Ja prisl il Naples sanz le vostre C()mant; Fors s'en cissin-nt li Sarrazins de deiiz ; Sis cuens i vinrent al bon vassal Rollant.

Pur un seul lèvre vat tule jur cornant;

Devant ses pers vail il ore gabant.

Suz cel n'ad gent ki (1'] osa->t querre en cbamp.

Car (hevakez : pur jqu'alez arestant

Tero Major luuUest loinz ça devant! »

4 LES COMErrtS FRANÇAIS.

I.e (ircux Rolniul a la l>oii( tic &aiigl:iiitc ; la U^mfie de son fioiil est rompue, et toujours sonne rolifarit à grandV xjlcur cl graiid'pL'ine; l*(;rii|nTtîiii et ses Français !*• ' ' * 'il

le loi : « Ce «or i\ longu*' lialcinc! > Naisme i j . , . t

uu brave qui âouiic ! ou se bat autour de IioLind ! sur ma coiiscieiia^ celui-là Ta tmlii ({ui voulait vous donner le clianf:^. Doni|ues adoul)cz-\ous, criez votre de\isc et secourez votre noble compagnon. Vous entendez assez si Roland désespère! i

LES ADIEUX DE FiOLAND A S05 tvÛE

Cliarlemagne s'est enfin décidé h marcher, mais avant qu'il arrive, Roland, entoure d'ennemis dont le flot grossit toujours, tombe blessé sur le chiimp de bataille. Le sang coule de ses blessures, il no veut pas dnns ce péril suprême que sa vaillante épée, sa ditrandol, toinl)e aux mains de l'ennemi; il lui fait ses adiem et essaye de la briser.

Roland s'aperçoit qu'il n'y voit plus, se lève sur ses pieds tant (ju'il peut, s'évertue, mais son visage est blême et s.ins couleur. Devant lui se dresse une roche brune, de gian I dé-

Li quens Rollant a la bûche ^anglenlp.

De >un cervel rumpul en est li temples; l.'oliran ^unet à dulor c a peine; Rarles l'oït, e ses Franceis rcntendeiit. Ço dist li reis : • Cel cora ad lunge aleioe I » lti'>l>ODtdu\ Naismes : « Baron i fait la peine 1 l'.aiaille i ad I Par le men escientré, CiJ l'a liai ki tos en voevet feinJre; Adoubez vos; si criez vo>tre enseigne; Si sucurez voslre m»»snie gent ; Assez del que Rolland se déiuenieL. '

Ço sent Rollans la vue ad perdue;

Biet sei sur piez. -]u.inqu'il poet s'esTerluet;

€.1) Sun visage sa culur ad perdue.

^•e c-fy^' lu: cl »ue j^rr: *>r*néi

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