‹ Chefs-d'œuvre des conteurs françaisChapitre 71 sur 100 · L'ARÊTE DE POISSON · texte numérisé non relu

L'ARÊTE DE POISSON

gon, et par un petit trou voyoit venir ceux qui lui apporloient des urineg : et estant entrez en la court, sa femme bien instruite, se venoit assoir près de l'estude, disant au porleur d'urine que son raary ne demeureroit guère à venir, elle l'inlerrogeoit du jour de la maladie, en quelle partie du corps étoit le mal, et conséquemeuL de tous les eflels et sii^nes. Le médecin escoutoit tout par Je trou de son estudc et sortant par la porte de derrière, enlroit par le devant, ayant regardé l'urine, il faisoit le discours de la maladie comme il l'avoit entendu ; le porteur d'urine estant de retour contoit comme le médecin avoit cognu toute la maladie.

Or, ce messire Grillo, ayant ainsi acquis ce bruit, arrivé qu'il fust, alla visiter la pauvre malade qui n'en pouvoil plus; ayant entendu son m.d l'asseura que ce n'étoit rien, et que s'il eust esté appelé plustost, qu'il y a longtemps qu'elle ne fust pas là , et que les médecins qui l'avoieut traictée n'y entendoient rien et si n'estoieut qu'asnes; il va sur l'heure demander du beurre frais et de ce beurre, sans autre mystère, va oindre et gresser toutes les parties basses de ceste pauvre fdle, qui estant près de la mort et ne demandant que santé se laisse aisément manier et gresser là oii le médecin vouloit, mais elle, voyant (|ue le njédecin ne faisoit autre chose que de la frotter où elle n'avoit point de mal, se print si fort à rire de la récepte et de la sottise du médecin qu'elle mit tt jetta l'areste hors de la gorge, dont elle fut incontinent guérie.

Les uns estimoient que ce n'estoit pas le ris qui estoit la principale cause de la guérison, mais que l'assurance que messire Grillo avoit donnée â ceste fille, ayant si bien foi tifié la nature jà affaililie, qu'elle fut assez forte pour chasser le mal et l'areste qui en estoit Ciiuse; les autres disoienl que le beurre pouvoit bien avoir guéry ceste fille, à cause de quelque vertu obscure et latente, ou bien à cause d'une similitude et sera.

21)4 LES CONTEUnS FfîXNÇAIS.

blunce du beurre à rare>le du poissfiu. (juoy (|u'il en soit ccslc onction ayant si bien succédé* à mcssire Grillo, il en fnt estimé savant et expert, tellrment qu'il esloit appelé 5 toutes mal. ((lies, principalement dc> femmes et des filles, auxiprelles il ne fiiisoit (|ue presser leur je ne sais comment et leur derrière (le beni re frais.

Au temps de Guillaume Boucher, il y avait deux écoles médicale» en présence: Tune voulait guérir par les contraires «tl'autrepïir les semblables, ce qui se résumait dans la formule Similia similihiis. Contraria contrariis. De là celte opinion que le beurre avait pu à cause fie sa semblance faire sortir l'arête. La médecine est ccrLiinemenlTune des sciences qui sont restées le plus loni:lemus stationnaires en France. Tandis qu'un homme de génie, Ambroise Paré, jetait les bases de la chirurgie et lui faisait faire en quelques années des progrès extraordinaires, la médecine proprement dite vivait des traditions de l'astrologie judiciaire et du plus aveugle empirisme. Ses progrès sous Louis XIV étaient encore peu sensibles, et l'on peut s'en convaincre en lisant le Journal de la santé de ce prince, tenu par ses premiers médecins, et publié il y a quelques années en 1 vol. in-8°. On le purgeait une centaine de fois par an, on le saignait de même, et Ton peut dire que ce n'était pas trop des productions les plus rares et les plus précieuses des trois règnes de la nature pour composer ses clystères et ses onjjiuents. Louis XllI était encore plus médicamenté que Louis XIV. Son médecin dans une seule année lui fit prendre deux cent dix-huit purges, deux cent quarante-trois ch stères et le saigna quarante-deux fois. C'était du reste un fort bon métier que celui de médecin du roi de France, car Coytier, le médecin de LouisXI, reçut d'une seule fois 90,000 écus d'or pour avoir guéri son client de la fièvre.

LE CHAUD ET l'hUMIDE.

Une dame durant un souper fut priée de tous les convys, et * Réussi,

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