LA PEINE DU TALION
mieux de son niaiy qui esloit plas jeune qu'elle, de faire boiiiie chère; elle s'en excusoiL disant avoir sur le cœur une tristesse, sans savoir d'oii elle procédoit. Son mary lui va dire (|u'elle n'avoit ludle occasion de se fascher, veu qu'il ne lui faisoit faire rien, et (jue pour avoir de l'argent fraiz et une autre l'oMiine, il Tiudroit bien qu'elle eust plus ^'rande maladie que de l'ennuy, les femmes ne mourant jamais de mélancolie comme font les lionmies.
— Pourquoi non ? ré[)liqua la dame.
— Parce, luiré[)liquason mary, que Ks hommes ayant beau- ( oup de chaleur, et la chaleur estant révoquée par la tristesse aux parties internes et au dedans elle opprime et suffoque par trop grande chaleur les parties les plus nobles, ce qui ne se feroit pas es femmes, ayant moins de chaleur et plus d'humidité.
— Vous voulez donc inférer, répliqua la dame, qu'il n'y a nul danger de contrister et ennuyer une femme, veu qu'elle n'en meurt pas? Bien, si je n'avoisque cette fascherie, mais avec cela je me trouve parfois mal d'une reume et fluxion qui me tombe sur une es[)aule.
— M 'amie, luy va dire son mary qui estoit accort et lest, vieillesse est, une hostellerie de langueur, et oîj il pleut par tous endroits; cela n est rien, il ne s'en faut point fâcher, car communément en vieille maison il y a toujours quelque goutièie.
La dame, se sentant piquée, luy va dire :
— Ouy bien, quand on ne monte pas souvent dessus.