‹ Chefs-d'œuvre des conteurs françaisChapitre 74 sur 100 · LA CLEMENCE DE LOUIS II · texte numérisé non relu

LA CLEMENCE DE LOUIS II

Un pauvre malfaiteur condamné à eslre pendu par la Cour du Parlement, ainsi qu'on le menoit au supplice, advisa le bon roy Louis XI, le priant de lui octroyer un don, el qu'il ne lui demanderoit delà vie plus rien. Le roi passant outre luy va dire :

— Je scay bien que tu veux demander, c'est que je te sauve la vie.

Ce pauvre patient luy répliqua :

— Non, Sire, ce n'est point cela; que si je vous le dy, me promettrez-voussur vostre âme d'accomplir ce que je vous demande?

Leroy avec serment l'ayant assuré qu'oiy, moyennant qu'il ne le prie point de lui pardonner, ce pauvre pendu lui va dire :

LA CLÉMEÎsCE DE LOUIS XI. 297

— Je vous prie seulement, Sire, de me baiser au cul, mais que je soye mort*.

Le roy, qui vouloit tenir la promesse, pour ne le baiser an cul après sa moi l, lui donna sa grâce*.

* Aussitôt que je sorai mort.

• Le droil de grùcf s'exerçait de trois manières : par lettre» de pardon, qui dispensaient purement et simplement le coupable de la peine à laquelle il élaii condamné; — par lettres de rémission, qui le rétablissaient dans les droits dont il jouissait avant sa condamnation; — pnr lettres d'abolition, qui elfaçaicnt jusqu'au souvenir même du délit. Ces diverses sortes de lettres furent d'abord accordées gratuitement ; mais, peu à peu, elles devinrent un objet de trafic. — A l'époque de la première féodalité, les seigneurs s'étaient attribué le droit de grâce; miiis, peu à peu, les lois se le réservèrent exclusivement et refusèjc^ni même aux reines de l'oxorcer. L'usazo voubii qu'à leur première entrce solennelle dan« une ville, ils GsscQt grâce à deux prisonniers.

MÉTAMORI'HOSE DTN HOMME EN COICOU

(ivi* silcle)

Les contes en vers sont assez rares au seizième siècle, et celui que nous publions ici nous paraît fun des meilleurs d»^ coux que nous avons rcnconlrés. L'auteur, Jean Pa^serat, est né à Troyes en 1534. Il fut nommé en 1572 professeur royal d'éloquence, tt tn. vailla en 1593 au pamplilet célèbre connu sous le nom de Satire Ménippée. Il mourut en 1602, et peut être justement considéré comme l'un des meilleurs écrivains du seizième siècle. La Uarpe dit, non sans raison, que le conte suivant est un petit chef-dœuvrc digne de la Fontaine.

M;irs est passé; voici le premier jour

Du mois sacré à la mère d'amour :

Dites, oiseaux de diverse peinture,

Sentez-vous point rajeunir la nature?

Sus! mes mignons, recommencez vos chants;

Réjouissez les forests et les champs :

En récompense, ici gisant à l'ombre,

Je chanterai quelqu'un de votre nombre.

Qui autrefois entre nous a vécu,

Ore est oiseau, et s'appelle cocu ;

Fameux oiseau, de qui prit la semblance

îlÈTAMuia'ilUSi: D'UN HOMME KN COLCOU. 299

Le roi (lu ciel, qui la tempe^te luiicc, Pour assurer le courage penreuN:

De sa JiHîOu, au combat auioureux.

Ce cocu lut un bourgeois de Corinthe, Fort ombrageux, et sujet à la quiutc, Puissant d'amis, père aux écus comptans, Mais qui avait passé son meilleur temps. Il épousj une femme geutille, Dclle, en sa fleur, fine, aecorte et subtile, Dont Gupidon le sçut tant enflammer, Qu'il l'aima trop, si l'on peut trop aimer. Il ne tasclioit, sinon qu'à lui complaire : Voire l l'aisoit plus qu'il ne pouvoit faire. Ce bon vieillot jn roi t tous ses grands dieux Qu'il l'aimoit |)lus que son cœur et ses yeux. En peu de teinj)s, l'épouse jeune et roide Romiiit les reins à la vieillesse froide*. Le bon hommeau, qui vit longuement* Ne fourniroit à tel appointement.

Ayant tiré ses plus grands coups de lance, Eut son recours à sainte remontrance.

De mari donc il devint sermonneur, Qui ne prescholt que vertu et qu'honneur. Que bon renom, c'étoit tout son langage. Qu'il faut garder la foi en mariage; Que du logis femme ne doit sortir Sans son mari. Il l'eust pu convertir, A ce qu'on dit, si Parcherot qui voie

• Passerai en écrivant ces vers se rappelait peut-être Louis XII, qui, à force de vouloir prouver à Marie d'Angleterre qu'il était plus jeune qu'il n'en avait l'air, avança de quelques années l'ouverture de la tuo^ cession royale,

* Ce mol est ici scandé en quatre syllabes : lon-gu-e-ment.

300 LES COMKUUS FRANÇAIS.

Se coiitciiloiL scuhimciit de purol*',

Ce qu'il ne luit : il est par trop dispos,

Volage, ardent, ennemi du repos,

Pour enduivr qu'une belle jeunesse

Languisse à l'ombre, et moisissr; en paresse.

Assez de fois clic en montra semblant,

Dont le mari, cbaudc fièvre tremblant,

Laissa glisser dedans sa fantaisie

Un certain mal qu'on nomme jalousie.

Si tost qu'au vif de ce mal il fut [loinf.

Sot, il voulut tenir sa femme en mue,

Lui dcfeiidil de se trouver en rue,

Veilloit après, ne cessoit d'épier;

A son œil mesme il n'osoit se fier.

Mal est gardé ce que iiande la crainte.

Le corps étoit au logis par contrainte;

L'esprit debors, à ce seul but tendoit

De faire en bref ce qu'on lui dél'endoit.

C'est la coutume; il se pique et s'offense.

Ainsi voit-on les \il!ageois troublés

Contre un torrent qui vient gaster leurs blés,

Dresser rempart de fagots et d'argile,

Se travaillant d'une peine inutile.

Cela ne sert, sinon que d'irriter

Le fier torrent qui ne veut s'arrêter :

Il pousse avant son onde courroucée.

Puis, quand il a mis à bas la chaussée,

A gros bouillons, de plus grande fureur,

S*en va noyer l'espoir du laboureur.

Pour abréger, dès la première année,

Elle trouva parti par sa menée :

* II fut frappé.

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