‹ Chefs-d'œuvre des conteurs françaisChapitre 77 sur 100 · LE QUESTEUR ET LES DEUX POURCEAUX · texte numérisé non relu

LE QUESTEUR ET LES DEUX POURCEAUX

soit l'asne |)ort('iir des besaces, passa p.udevaiit le logis a'iin boudier: où le valet ayant sonné la clochett»', la femme vint onvrir, et les ayant faicl entrer dedans, lenr alla qnerir quelque pièce de chair. Cependant ce beau frère ayant apperçu (k'iix beanx pourceaux se goguayant sur un fumier, attendit que II femme fut revenue : et alors se tournant vers son valet,

— C'est grand domage (dict-il) que ces deux belles bcstcs meurent si îjoudainement.

Ceste fennue dresse Torcille à ce propos, et s'emiuete plus avant du beau père. Lecpicl luy fait] réponse :

— M'amie, je ne vous puis dire autre chose sinon que ces deux pourceanx me font grand pitié, qui s'en vont mourir soudainement : et il n*y a homme vivant qui s'en peu;t apercevoir s'il n'ha la grâce du bcnoist sainct Antoine. Mais il y auroit bien remole si j'avois deux des glaus que le secretain de noslre église bt'nit tout les ans. *

La femme, l'ayant prié à jointes mains de lui faire tant de bien que de luy en donner, avec promesse de reconnoître ce plaisir, il commença à regarder son ^ valet (qui estoit faict au badinage, et au profit de la besace) et lui demanda s'il en avoit de reste de ceux qu'il avoit donnés au village duquel il estoit nouvellement sorti. Le valet, après avoir bien cherché, dit qu'il n'en tronvoit que deux, lesquels il gardoit pour leur asnc, qui estoit souvent malade. A quoy il re[)lique:

ordres mendiants, et quélaiont pour leurs maisons; les autres quêtaient pour les |)api's cl le doiiior do Sainl-l'irrre. Les quêlcs des ordres mendiants n'ont jamais clé interdites, niais les aiiltes l'ont été très-souvent, car les rois ne voul;iienl point permettre (|ue l'or de la Fiance s'en allât, conmii* on dis.iil, en pclcrmajrt' à Rome; rancionnc monarchie était sur ce point beaucoup moins tolérante que nos i;ouveinants modernes.

* Il ne r ut point s'éloiinci qu'on ait héni des i;lands pour guérir les porcs, quand on donnait aux malades des clystcrcs avec de l'eau danf laquelle on iaisait tremper des relique».

306 LKS CONTtUUS t i.A .^«..^^5.

— Si nostre a&iie devoit mourir, si faut-ii faire pl.ùsir j cellti bomi'' dame, (jiic je conj^Mioy cslre foit afrecliormée J iiostn^ religion.

tl. ce|und;mt d'un œil fnvyeux ayant guigné une oièce de loile, lui di(t, en continuant son propos:

— Ma Ijoiuiesœur, je m'asseure tant de votre libéralité, fjn' vous ne lefusurtz un peu de linge pour les pauvres malades dr notre maison.

Elle luy oHre et linge et tout ce qu'il voudra pourvu qu'il ^e haste de remédier à ce mal. Prenant donc ces deux glans en sa main, et un vaisseau plein d'eau, dedans laquelle il met un peu de sel, puis s'estant décapluthonné, vient à dire force menus suffrages (le valet respondant toujours : Amerij et la femme avec ses enfants estant à genoux.) Les oraisons estant dictes, il met ces glans en poudre dans cest eou, \m\r> ayant brouillé le tout ensemble, le fait boire aux j>onrC( aux, leur donnant une grande bénédiction sur le dos, et invoquant le bon baron sainct Antoine à ce miracle. Ce qu'ayant faict, il dit à la femme que ses pourceaux estoyeut hors de danger. Elle, pour s'acquitter de sa promesse changea sa toile à un grand merci du beau-père. Le mari étant arrivé peu après leur départ, et ayant entendu toute la larce, et co'unient >a toile estoit du ieu, court après eux menant deux ou trois de ses compères avecsoy. Le moine les voyant venir envers >oi embastonuLZ fut aussi étonné qu'un coupeur de bourse pris sur le laict, toutelois il essaya de gagner une maison qui étoit assez près du lieu où il se trouvoit, en laquelle le valet entre et secrètement apporte deux charbons, et les enveloppe au milieu de la toile. Gela faict, ils poursuyvent leur chemin, sans faire semblant de rien. Le boucher bientôt après atteint le moine, et le saisit rudement par le froc, luy demandant la toile, en l'appelant larron et lui faisant de erandes menaces. A quoy il respondit :

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