‹ Chefs-d'œuvre des conteurs françaisChapitre 78 sur 100 · LE QUESTEUR ET LES DEUX POUKCEAUX · texte numérisé non relu

LE QUESTEUR ET LES DEUX POUKCEAUX

— Doucement, mou ami, je vous la quitte volontiers ; priant Dieu de vous partioimer l'injure que vous me l'iictes en m'oslanl ce qui m'avoit été donné pour récompense du grand j)rofit .porté à vostre maison. Je n'ay pas regret à la toile ; mais j'espère pourtant que le glorieux b;iron sainct Antoine moiitreia un évident miracle, et de bref, pour vous apprendre à ne traiter pas ainsi les bons serviteurs et amis de Dieu.

Le boueber qui ne prenait fjarde à de telles paroles, s'en retourna tout gay d'avoir sauvé sa toile ; mais estant à un trait d'arc du moine, il commença à sentir le brûlé, et voir quelque peu de fumée autour de luy: ce qui le rendit si entonné et ses compagnons aussi, que la toileestawl jetée sur le clianq», cliacun d'eux conunença à crier: « Sainct Antoine l'b rmite, sainct Antoine de Pade.wA cette voix accoururent le moine et son valet, fiiisant aussi bonne mine l'un (pie l'autre : niais le valet se mit incontinent à éteindre le feu ; le questeur commença à décbai ger forces bénédictions sur les testes de ces pauvres suppliants, qui estoient agenouillez, ayant jà perdu la parole à force de crier mercy à luy et au sainct. Ce qu'ayant faict, il les mena à la messe de paroisse, où la toile ayant esté déployée et bien visitée, aussi Tbistoire racontée, fut solennellement crié : « Miracle! miracle! » Et pour pénitence fut en joint au pauvre boueber de faire compaignie audict moine par tout le pays de Calabre, pour porter témoignage à ceste liistoire. *

* Ce n't'laicnt pas seulement les moines qui faisaient de faux miracles» c'étaient ausj=i les va<;abon(ls. Au treizième siècle, dans la petite ville de Saiiit-Ritiuier cn-Ponlhieu, deux individus promené) ent jetidant le temps d'une i'oirc une châsse renfermant des os de chat, qn ils faisaient pisscr pour des os de saints. Le peuple s';igenouillait devant la cliàssc. et des Compères étaient là, se disant [)ar:ilyliques el se faisant guérir p:w l'atloucheinent des os. les piétendus thaumaturges ramassaient de bonnes •iommes de deniers. Les faits de ce gcmc sniil assez communs, mais nous»

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