SALNCT PIERRE DES BOUDINS
La chambrière * d'un prestre (à parlci par révérence) avoil reçu le sang d'un pourc^au dedans un grand plat d'estain, ayant au milieu l'image de sainct Pierre eslevce en bosse; duquel plat le curé se survoit à recevoir les offrandes, et Icqu 1 aussi il metlait en parade sur Tautel, où estant un jour, lut apperceu quelque goutte de sang sur la face desiinct Pierre dont le curé commença à faire grand bruit, n'oubliant entre autres choses d'en faire les cloches sonner, comme d'un très certain et très bien qualifié miracle. Ceci y fit incontinent assembler les processions de toutes les paroisses d'alentour. Ce que voyant un curé voisin fut tenté du péché d'envie : et pourtant s'enquit si soigneusement de ce faict, qu'il trouva que du sang que ceste chambrière du eu ré avoit reçu en ce plat, quelques gouttesestoyententrées en la concavilédeladictebosse par quelque endroit oii elle n'étoitbien jointe au plat; lesquelles s'estant gelées y estoyent demeurées jusqnes au temps de dégel : et alors en sortant estant apperçues sur la face de sainct Pierre, firent courir le bruit qu'il pleuroit. Lequel bruit depuis (ceci estant avéré) futcliangé en risée, et en mo-
qui nous prétendons si avancés en civilisation, avons-nous le droit d'en rire, quand nous avons vu tant de gens, parmi ceux même qui se disent raisonnables, croire aux tables tournantes, aux esprits frappeurs, aux escargots sympathiques, aux effluves maj^nétiques de mademoiselle Pigeaire, sans compter les miracles plus ou moins apocryphes dont le récit vient à tout instant nous surprendre?
* Les chambrières des curés figurent souvent dans les fabliaux, comme on le voit entre autres dans le fabliau du Boucher cV Abbeville. — Les chambrières paraissent aussi fréquemment dans les satires du seizième siècle. Yoy. dans le Recueil des poésies françaises du quinzième et seizième siècle^ par M. A. de Montaiglon, t. II, aux pages 270, 278,
LE CHEMIN DU CIEL. fiOO
qucrie de ce pouvre sainct Pierre d'estain, car il en fut ap pelé sainct Pierre des boudins. '
LE CHEMin DU CICL.
Frère Robert ayant à preschcr en la présence du pope l» de ses cardinaux, quant il eut bien consiiléré toutes leurs pompes, et nommôment comme on adoroit le pape, ne dict aultre chose estant en chaire, sinon : « Fy sainct Pierre, fy sainct Paul. » Et après auoir plusieurs fois reitéré ces mots, en crachant, puis d'un côlé, puis d*autre (comme font ceux à qui quelque chose fait mal au cueur), il sortit vitemcnt de la chaire, laissant tous les auditeurs fort étoimcs : dont les uns pensoyent qu'il avoit le cerveau troublé, les autres souspeçonnoyent qu*il adhéroit à quelque secte contraire à la religion chrétienne. Or comme on étoit sur le point de le faire mettre en prison, un cardinal qui coiignoissoit de plus près que les autres son humeur, et luy porloit (juelque amitié, fit tant qu'il fut mandé par le pape, pour liiy rendre raison de ce propos en présence, aussi de quelques cardinaux. Estant donc interrogé à quoy il auroit pensé en bl.ispliémant si horriblement, il respondit qu'il auoit mieux délibéré de traiter une autre matière, laquelle il leur exposa fort sommairement. • Mais considérant (dit-il) (pie vous auiezsi bien tous vos pluisirs en ce monde, et qu'il n'y auoit pompes ni maiiuifieenccs pareilles aux vostres, d'autre part considérant en quelle [)0Ureté, en quelle peine et misère les apostres ont vescu,j'ay pensé en moy-mesme ou que les apostres étaient grands fols
• On troave dans notre ancienne liUcraInre, et principalement au sni- Eième siècle, plusieurs exemples des applicaîioiis trivialf: du nom des $aint8.\o\T enire aulTcs \e Sermon joT/eux de saiiit Haisifi, reproduit dans le recueil des Poésies françoises, t. II, p 112, eldans ce volume la Vie de saint Uarenc,
310 LES CONTKUnS FUASÇAIS.
(l'aiioir pris wn si làclicnx et si pénible chemin j>our aller au ciel, ou que vous esli-z au droit chefiiiri pour aller en enfer. Miiis (1(3 vous autres cpji leiicz les ciels du royaume des cieux, je n'ay peu aiioir inauv;iise opinion : cpiant aux aposlres, je ne m'ay pu garder de les dédiigner comme les plus sottes i-ens du monde, de ce que pouvant aller au ciel viv.inl de la me^me liu ou (jue vous vivez, ils ont mieux aimé mener une vie si aubtcre et se donner tant de [)eine. »