FRÈRE OIGNON
Un religieux de S. Antoine, nommé frère Oignon, ayant accoustumé d'aller tous les ans une fois en un village près de Florence, appelé Certalde, pour recueillir les aumo^nes, uno fois entr'autres y estant arrivé, s'en alla le dimaticiie au matin en la principale église, oii tout le peuple non seulement du village, mais aussi d'autour estoit venu à la me^se. Estant ià, quand il luy senibla estre temps, usa de celte harangue* :
— Messieurs et mesdames, vous avez accoustumé tous les ans (de vostre grâce) d'envoyer aux jioures du baron monsieur saiuct Antoine, de vos blez et avoines, les uns plus, les autres inoins, chacun selon sou pouvoir et selon sa dévotion : ;ifm que le benoist S. Antoine soit garde de vos bœufs, asnes, pourcciiux et brebis : et outre ce, vous avez accoustumé de payer (et ceux notamment qui sont escrits en nostre confrérie) ce peu de devoir qu'on paye une seule fois l'an. Pour lesquelles choses recueillir, je suis envoyé par noslre supérieur, monsieur l'abbé. Et pourtant, regardez bien que lailliez de venir après midi (quand vous orrez sonner les clochettes) ici hors de
* Les prescheurs figurent souvent dans les livres des réformés. Voy, entre auttos (lans le Baron de Fœnestc, les ch pilres intitulés : Invention du curé d'Eschiolais. — Diiïérence des sermons. — Sermons du père Ange. — Suite des inventions permises aux prescheurs.