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COMMENT ON DEVIENT RICHE

D'un petit commencement de marcbandise, qui étoit de contrcporter des aiguillettes, ceintures et épingles, un liomme éloit devenu fort riche ; de sorte qu'il aclieloit les terres de ses voisins, et ne se parloit que de lui autour du pays. De quoi s ebahissoit un gentilhomme, qui alloit avec lui de compagnie par chemin, lui va dire :

— Mais venez çà, tel (le nommant par son nom) : qu'avez- ▼eus fait pour devenir aussi riche comme vous êtes?

— Monsieur, dit-il, je le vous dirai en deux mots ; c'est que j'ai fait grand'diligence et petite dépense.

— Voilà deux bons mots, dit le gentilhomme ; mais il faudroit encore du pain et du vin. Car il y en a qui se pourroient rompre le col, qu'ils n'en seroient pas plus riches.

Pour le moins, si font-ils mieux à propos, que de celui qui

* Terme de trictrac, pour dire trois.

• Autre terme de trictrac, pour dire six.

LE CURÉ DE BROU ET SON ÉVÉQUE. 32i

disoit que, pour devenir riche, il nefalloit que tourner le dot à Dieu cinq ou six bons ans *.

LE CUKÉ TE BROU ET SOK ÉVÈQOE.

Le curé de Drou avoit une chambrière, de l'àgc de vingt et cinq ans, hiquelle le servoit jour et nuit, l;i pauvre garse ! dont iléloit souvent mis àl'oflice*, et eu payoit l'amende. Mais, pour cela, son évêque n'en pouvoit venir à bout. Il hii défendit une fois d'avoir chambrières qui n'eussent cinquante ans pour le moins : le curé en print une de vinjit ans et l'autre de trente. L'évêque, voyant bien que c'étoit error pejor priorCy lui défendit qu'il n'en eût point du tout ; à (juoi le curé fut contraint obéir, au moins il en fit semblant ; et pource qu'il étoit bon compagnon et de boime chère, il trouvoit toujours des moyens assez pour apaiser son évêque; li:quel môme passoit par chez lui ; car il donnoit de bon vin, et le fournissoit quelquefois de compagnie frauçoise''. Un jour, révèciuelui manila qu'il vouloit aller souper le leademain avec lui ; mais qu'il ne vonloit que viandes légères pource qu'il s'étoit trouvé mal les jours passés, et que les médecins les lui avoient ordonnées pour lui refaire son estomac. Le curé lui manda qu'il seroit le bienvenu; et incontinent s'en va ncheler force courées*de veau ou de mouton, et les met toutes cuire dedans une grande ouUe •, délibéré d'en festoyer son évoque. Or, il n'avoit point

* Ce dicton est répété par Henri Estienne dans la Conformité des mev' Vfilles anciennes. Il cilc à l'appui cet autre proverbe : a Pour devenir riche, il faut avoir bias ào. fer, ventre de fourmi et conscience de chien.»

A la justice de roflicial, c'est-à-dire du juge ecclésiastique.

* De joyeuse comp;i};nie.

* Pour Corées, comme les Parisiens prononçaient alors : c'est le cœur, le foie, la rate, le poumon, soit du mouton, soit du veau. Le tout s'appelle ausji fressure.

« Proprement, pot de terre, de fer ou de fonte. C'est un mot gascon.

422 LES CONTKTJRS FRANÇAIS.

lors (le chambrière, pour la défense qui lui eiiavoit élé faite. Que fit-il? Taudis (|ue lo souper de son évèque s'apprc^toit, rt euvirou l'heure qu'il savoit que ledit seigneur devoit venir, il Ole >es chausses, et ses souliers, et s'en va porter un faix de drapeaux * à uu douet * (|ui étoit sur le ch<!rnin [juroù devoit passer l'évêque ; et se mit en l'eau jusqu'aux genoux, avec une selle, tenant un bittoir en main, et lave ses drapeaux bien et beau ; et si faisoit de (hi\ et de pointe ' tomme une corneille qui abat noix. Voici l'évêque venir: ceux de son train qui alloient devant vinrent à découvrir de loin mon curé de Brou, qui lavoit sa buée, et, en haussant le cul, nioiUroit parfois tout ce qu'il portoit. Ils le montrèrent à l'évêque :

— Monsieur, voulez-vous voir le curé de Brou qui lavo dch drapeaux?

L'évêque, quand il le vit, il fut le plus ébahi du monde, et ne savoit s'il en devoit rire ou s'il s'en devoit fâcher. 11 s'ap procha de ce curé, qui battoit toujours à tour de bras, f lisant semblant de ne voir rien :

— Et viens çà, gentil curé; que fais-lu ici? Le curé, comme il fut surprins, lui dit :

— Monsieur, vous voyez, je lave malexive.

— Tn laves talexive! dit l'évêque; es-tu devenu bunndier? est-ce Tétat d'un prêtre? Ah ! je te ferai boire une pipe d'eau en mes prisons, et t'ôterai ton bénéfice.

— Et pourquoi, monsieur? dit le curé: vous m'avez défendu que je n'eusse point de chambrière ; il faut bien que je me serve moi-même, car je n'ai plus de linge blanc.

• Draps, linges.

■ Quelques éditions ont doiUt, qui signifie de même ruisseau, canal, eourant d'eau ,

* On dit plutôt de cul et de tête

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