LE DIABLE ET NICOLE ODHY
d*une extrême prolixité, qu'il abuse, comme les avocats du temps, de la patience de ses auditeurs, et qu'il épuise contre les exorcistes, pendant qu'ils l'arrosent d'eau bénite pour le forcer à déguerpir, toutes les invectives à l'usage des houlliers et des truands, nou> avons pensé, qu'il suffirait de donner de ses iaits et gestes ua compte rendu analytique, et nous nous bornerons à raconter ici sommairement comnient il fui évincé du corps d'une jeune fille, après avoir plaisanté gaiement et mis en défaut deux exorcistes des plus autorisés.
Le jour des Trépassés de l'an 1565, Nicole Obry, de Vervins, près Laon, alla prier sur le tombeau de sa famille. Un spectre, sous la forme d'un bomme enseveli, se dressa devant elle et lui dit : c Je suis ton grand-père, mort sans confession, et je viens te demander des messes pour le repos de mon ame.i Le spectre reparut plusieurs jours de suite, et la jeune fille, que celte apparition jetait dans de mortelles angoisses, criait, écuniait, et se roulait par terre. On ne tarda point à reconnaître qu'elle était possédée, et on la conduisit à régjiso pour l'exorciser. Maître Louis Sourbaud, docteur en tbéologie, commença les conjurations; mais le diable, étant monté sur les voûtes, se mit à lancer des pierres à la lête des assistants, et maître Louis Sourbaud fut obligé de quilter la place. L'archevoque de Laon, duc et pair de France, voulut à son tour tenter l'aventure.
— Ah ! c'est vous, monseigneur ! lui dit l'esprit malin aux premiers mots ; vous me faites vraiment trop d'honneur, et, pour vous recevoir comme il convient, j'ai convoqué dans le corps de cette fille dix-neuf diables déterminés.
Monseigneur resta tout interdit, et le diable reprit en riant :
— Moi et mes amis, nous nous moquons de votre Excellence et de Je;in Leblanc (Jean Leblanc, dans l'argot de ce diable, étoit le nom de Jésus-Christ). Je vous ferai cardinal et même
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pape si vous pinvcnL-z à me tliabicr; iiiajs, (mi alleiKl.iiit, je \ous conseille d'aller dormir : vous avez trop bii en dîii.iiit.» L'an hevèque n'insista pas. Les huguenots, qui riaient avec le di.ible de la mésaventure du [)rélat, se présentèrent à leur tour. Tourneveiles et Gonflan<, ministres réformés, se rendiri'Ut auprès de Nicole Obry.
— (Jui ctes-vous? d'où venez-vous? qui vous a envoyés? demanda le démon. Et depuis (juand un diable peut-il en tliasserun autre?
— Je suis serviteur du Christ, dit Tourneveiles.
— Serviteur du Ghri>t ! reprit Satan ; mais, en vérité, Tourneveiles, tu t'abuses, tu es pire que moi.
Gonflans, pour tirer d'embarras Tourneveiles, qui ne savait que répondre, se mit à lire les Psaumes de Marot.
— Fenses-tu me charmer, lui dit Satan, avec tes plaisantes chansons ? C'est moi qui les ai faites.
Heureusement l.i vierge Marie vint en. aide à l'archevêque de Laon et à Tourneveiles tout huguenot qu'il fût. Elle somma Satan de partir et il obéit; mais, en quittant Nicole Obry, il alla, pour se venger, briser toutes les ardoises qui couvraient l'église, arracher toutes les fleurs dans le jardin du trésorier et il partit ensuite pour Genève, oii l'appelaient les affaires de la Réforme.
LE SABlîAT.
Comme second spécimen des contes sataniques, nous donnons le récit des assemblées où le diable avait l'habitude de convoquer ses sujets, c'est-à-dire les sorciers qui lui avaient vendu leur âme : ces assemblées, nommées sabbat, en dérision du jour sacré des Juifs, avaient lieu la nuit, dans les bois, dans les cimetières abandonnés, dans les ravins solitaires, sur les champs de bataille arrosés de sang humain. Les déshérités de la fortune, les vilains, les malfaiteurs, les moines renégats, les femmes adultères, les hérétiques et les Turcs y venaient rendre hommage à Satan comme à leur roi, et demander