LE SABBAT
au proscrit de robîme les biens que \e monde lear refusait, les plaisirs coupables qu'ils ne pouvaient demander h Dieu. Que se passait-il dans tes réunions maudites? Marie de S;iiiis y avait ;tssisté souvent : elle en connaissait le cérémonial el Ls habitués; elhsen a fait le récit dans VHistoire des trois possédées de Flandres, el nous allons la laisser parler:
Les Samcdys on se prend signamment contre la Vieigc, de laquelle un tel iour l'Église fait commémoration; les Vmdredis contre la Passion de Nostre Seigneur, pour ce que le! iour il a voulu mourir pour nous, et les leudys contre le S. Sacrement, (pii lut un tel iour institué : bien que nous varions nos biasplicmes, in)piétcz et sacrilèges contre Dieu et les Saincts, selon l'occurrence des festes et solénitez, néantmoins chacun iour de la semaine est approprié à son œuvre : Les Dimanclies on fait le sabbat contre nature, prenant accointance avec les diables on forme de diable, ayant la forme en figure fort difforme et abominable, ayant le plus souvent la grandeur d'un homme, et la grosseur de deux, les pieds semblables aux pieds d'une lézarde ou serpent, les bras plus grands que les bras communs, leurs queues rouges, grises et verdes : l'antérieure partie de leur teste formée tantost comme la teste d'un bœuf, ou asne, ou porc, ou cheval, ou bien à la semblance de quelque homme bien laid et difforme : les yeux terribles et brillants, les cheveux hérissez et espouventables, et des cornes en teste : non seulement on hs void au sabbat en telle manière, ains aussi en toutes telles façons que l'on est acconsfimié de les peindre, et ils n'ont aucune horreur de conmuuu(jner avec eux sous telles figures. Pour les Mercredys et Vendredys, ces iours on tient les sabbats de blasphèmes et vengeance contie Dieu et les hommes; les Vendredys nous portons au sabbat un Crucifix, et Ini faisons les irrisions el iniures de la Passion à le flageller, à lapider, cracher au visage, à fia|)pcr sur la couronne, h arracher les doux de ses
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])ie(ls et mains i)our n nouveller les playcs, comme il a esté dit cy-(lcssiis. A ces iours on traicte les moyens propices pour se pouvoir venger de Dieu et des hommes : pour lors ceux du sal)l)at deviennent tels qu'ils descliireroieiit volontiers à belles dents la trcs-saincle Trinité, et les hien-li» ureux, souliailaiis devenir diables, afin de mieux pouvoir affliger les créatures : voire mesme prient Lucifer à celle fin qu'ils les vienne transformer en diables, et maudissant Dieu qui les avoit créés 'nommes; au mesme sabbat on traicte les homicides et les infirmitez bumuincs , pour faire à tous tous bs maux qu'ils pourroient, et signamment à ceux qui les avoient le plur obligez.
Il est encore une autre distinction de sabbat plus générale, comme si on divisoit le monde en ses monarchies ; lesquelles puis après sont subdivisées en provinces, seigneuries, villes, bourgs, et villages.
Tous les corps de leurs assemblées, tant grands que petits, sont composez de trois membres; des magiciens et magiciennes, des sorciers et sorcières, qui représentent le moyen estât, et de mas et masques, qui font le plus bas estât. On appelé ceux du dernier estât mas et masques, ou bien pour la différence, pour ce que les sorciers font les sorceleries; et c'est l'office des mas et masques de servir à la synagogue, à préparer les viandes et pastés, et cuire le pain, et couvrir les tables, et desrober les enfans et le froment pour fuire le pain : ou bien on les dit masques, parce qu'ils sont masquez, et portent des cachenez , afin qu'ils ne soient cogneus des survenants, qui ne sont point encore au service du diable.
Le prince et la princesse sont portez au sabbat devant tous, et puis sont soustenus et eslevez en l'air par les diables : et après cela on apporte les mas et masques qui viennent adorer le prince, estendus de loing sur la terre : et après on y porte les sorciers qui viennent adorer le prince par une génuflexion ; ,
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et après cela on y porle les magiciens et magiciennes qui viennent adorer le prince par une profonde inclinalion. Api es cela fait, tous en^emlile vont adorer le diable, lequel est assis en un tluosne en loi me de piiiice. Après cela le diable va coniérer avec le prince des licrbes de ce iour là : on (ommandeles maléfices qu'on V(Ul estre faitts. Après que chacun sç.iil <c qu'il doit faire, on va manger ; après la lalile on dit la Messe : après la Messe on commet des crnautcz et abomiiinlions exécrables. Après cela ceux qui sçavent chanter, ch.mtent dos psaumeç à riionneur de Lucifer; après les louanges on va danser, ou bien exercer le pécher de la chair. Cela fin\ chacun est rapporlé en son piojire lien, l'àme remplie de tristes;e, n'estiiut point saouls, mesme les viandes qu'on y prend ne profilant de rien, parce qu'elles viennent du diable, et sont prinses sans bénédiction. Quant au conseil qu'on lient au sabbat, il ne deure guères non plus qu'un ipiart d'heure ,. d'aulant que les diables ont bien-tosl proposé ce qui leur est expédient. Les princes des diables et les deux chefs de la magie et chacun se met en devoir d'accomplir le mal qui lui est commandé, lais>anL les surexcroissances à la malice d'un chacun ; oii les magiciens n'y sont pas, cherchant 5 par eux les voyes les pins propres pour parvenir à ce qu'ils prétendent, faisant par après leur devoir de lenconlrer les plu» propres pour exécuter leurs arrests et ordonnances.
Quant aux démons, en leur sabbat il y a autant de démons qu'il y a de créatures : voire mesme qu'ils y viennent en plus grand nombre, et il y a de toute sorte de démons ; les uns y Tiennent pour couvrir les tables: les autres pour aller quérir les nécessitez : les autres alin de seruir d'incube el de succube : les autres y viennent pour verser le vin : les autres pour donner ordi e à tout : les autres pour servir à la Messe les autres pour louer instruments : les autres pour se transformer en bcstes.
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Quant à leurs tables, degrez, et assiettes, il y a trois l;iljles au sahlxit; à la première sont les nias et les mas<|iies : à la deuxie.sme les sorciers et sorcières : à la Iroisiesni*' l < i\\n\i\ciens et magiciennes.
Onant à leur repas, on y boit deux sortes de vin, sçavoir du vin grec pour les eschauflér, et du vin ordinaire. On y loit au'ant «pion veut, et l'on y boit à la santé du diable et du prince. On y boit fort di<so!uement, et à rubi-^ sur l'ongle, et l'on y mange la chair humaine des jxtits cnlans diversement accoustrée.
Quant aux danses, on y danse la Pavane et plusieurs sorte? de danses : mais le plus la Fionde.
Quant au lieu du sabbat, le prince en ordonne, et l'on tient tantost d'un costé, tantost d'un autre, selon la como dite de la place, et Ton y est porté le plus souvent par la le nestre : la terre où le sabbat se tient participe de la malédiction, et par après est bien moins volontaire à rendre du fruicl«
Quant aux cellules, il y a une différence entre les -impbs recognoissances, et cédules : la simple promesse se fait ainsi. « le Marie de Sains, renouvelle en présence de toy Belzébut, « Vicaire de Lucifer, et prince des démons, le? con tracts et c cédules que i'ay lait, et vous promets de persévérer en « Testât où le suis pour le présent, et me maintenir tousiours « au service du diable. » La cédule se fait et passe en telle manière : « le Marie de Sains, promets à Lucifer, Belzcbut, et « Leviathan, etc., etc., à tous leurs comphces, que ie les sert viray et obeyray tous les iours de ma vie; et ie leur donne « mon âme, mon corps, mon tout : et renonce à Dieu et à la f Saincte Trinité, au Père, au Fils, et au Sainct- Esprit, et à < la glorieuse Vierge Marie, et aux neuf chœurs des Anges, et n à tous les bien-heureux qui sont et seront, et à tous les « membres de lésus-Ghrist, et à la Passion, et à toutes les
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« inspirations qui me ponrroient venir d'en haut, et à toutes « les admonitions que je pourrois recevoir pur des créatures, (( et à toutes exlioi talions; et persevereray lousiours la ser- « vante de Lucifer, et me mainliendray en la du/eté de mon « cœur : en coiiliiniation de cecy, ay signé ceste de mon « propre sang » Les cédules se renouvellent les iourssolcmlU'ls, et la lancette qui sert à tirer le sang, est faite à la manière et façon d'une grosse épingle, avec un manche d'arg>ent, et il y en a plusieurs, et Belzébut les garde toutes.
Nous avons trouvé bon de mettre tout cecy, pour faire cognoistre que ce sont asseurées véritez , et non des songes, comme quelques-uns disent, non sans apparence de malice.
De pareillfs imap^inations touchent aux dernières limites de Tabsurde ; et cepeiidant il t>t liors de doute qu'une foule de pn'tendus sorciers ont cru de lionne foi qu'ds avaient assisté aux cérémonies du sabbat. On ne peut trouver rexplicalion de ce phénomène que dans celte surexcitation del'espiit h laquelle on donne le nom à' hallucination^ et qui transforme le monde sensible aux yeux de ceux qui en sont saisis, comme la fièvre et le délire aux yeux des malades. Tout |)orte à croire que les prétendus sorciers se procuraient une sorte d'extase au moyen de certains breuv 'pes ou de certains ouiiuents, ivh que Yomjncnt du sabbat, dont ils se frottaient à divers endroits du corps, et qui produisaient par l'infiltration à travers la peau un empoisonnement momentané. L'idée fixe qui les poursuivait prenait en quelque sorte un corps aussi longtemps (ju'iis étaient sous linflucnce des drogues qu'ils avaient absorbées. Ce fiit peut paraître étrange, mais il faut bien cependant qu'il soit réel, puisqu'une foule d'individus soumis aux plus cruelles tortures, ou placés en fjce du dernier supplice, se sont obstinés à soutenir qu'ils avaient assisté aux assemblées du sabbat, et, comme Marie de Sains, qu'ils y avaient adoré le diable.
La croyance à la sorcellerio s'est surtout développée, en France connue dans les autres pays de TKurope, aux époques les plus malheureuses. On cherchait dans nn ))ouvoir surnaturel le moyen d'échapper aux misères sans nombre qui affligeaient l'humanité, et
la j)rt'UYe en est que les sorciers n'ont jamais élé plus nombreui chez nous qu" [(ciKliitit If rjiiin/ième siècle, eVst-â-dire pendant la période la plus triste de notre histoire.
La sorcellerie doit être aussi considérée comme une réaction de 'homme contre sa propre faiblesse, et contre les imperfections de la science du moyen ùge. Elle clicrcliait à mettre :jux mains de ses adeptes quelques-uns des moyens puiss:ints réalises par les découvertes modernes. Elle voulait leur donner le moyen de s'élever dans les airs, comme nous l'avons fait avec les ballons; de parcourir rapidement l'espace, comme nous l'avons fait avec les chemins de fer; de correspondre instantanément d'un bout du monde à Tautre, comme nous Pavons fait encore avec le téléf,'raphe électrique.
On peut consulter sur les superstitions sataniques l'ouvrage intitulé : la Sorcellerie. Paris, llaclielte , in-18. Au moment où nous écrivions ce petit livre, nous avons expérimenté sur uous-mêrae un onguent (lu sabbat, dont nous avions trouvé la lecette dans un démono niplie. Gt.t on^iuent, et un narcotique dont nous avions également trouvé la recette, nous ont donné pendant vingt-qui Ire heures un demi-sommeil mêlé de rêves fort étranges, et nous avons parfaitement compris, d'après cela, que les sorciers, dominés par une idée fixe, aient eu des visions tellement fortes qu'ils les avaient prises pour des réalités. — Nous n'en avons du reste point encore fini avec les sorciers et les possédés. En 181,0, h Amiens, un jésuite de Saint Acheul, le père Sellier, exorcisa un diable du nom de Crapoulet. On a vu plusieurs fois dans ces dernières années des curés de village exorciser des bestiaux, et nous avons entendu, il n'y a pas encore longtemps, un vieux garde nous raconter ^ue dans sa jeunesse il avait vu le maréchal de son village assister, au milieu du bois de son pays, à une séance du sabbat, où il jouait du violon. « Vous l'avez vu, vous en êtes bien sur — Comme je vous vois, monsieur; » et il était impossible de le faire sortir de là»
D'AUBIGNE.
PAUTROT ET LA DAME DE NOUAILLÉ
(xvii* siècle)
Vn rornnn sntirique, qui a joui d'une grande vogue dans les preaiières années du (lix-sc|ilième siècle, le Baron de Fœnesle, nous a fourni le conle suivant. L'auteur. Théodore-Agrippa d'Aubigné, né en f 550, mort en 1C30, fut l'un des personnages les plus marquants du parti calviniste. « Il était, comme le dit un de ses biographes, brave jusqu'à la témérité, cassant et moqueur. Jamais il ne sut retenir un bon mot Par son esprit vif et satirique, son savoir immense et varié, il s'élait fait craindre de tous ses contemporains. Poêle mordant, sj»adassin dangereux, théologien plein de citations, on ne savait par où le prendre ; à se jouer à lui, on n'avait à gagner qu'une épigramme ou un coup d'épce, quelquefois tous les deux. On l'avait surnommi' le houe du désert, parce qu'il portait toutes les iniquités du parti réformé*.
D'Aubigné a laissé des œuvres très-diverses : deDissidiis Palrum, trnilé de jiolémique religieuse, qui est comme la contre-partie du livre des Variations de Bossuet et où l'auteur s'clTorce de montrer que les Pèi es de rÉglise sont loin d'être toujours d'accord entre eux ; les
* Lot Avaittircs du Daron de Fœncste, nouvelle édition, parM. Prospci Mérimée. Paris, Janncl, 1855. 1 vol. in-18.
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TrafiKjues, satire en vers, où brille f-n certains pas«!ni;cs ane inspiration qui rappelle Jiivénal ; — VlUntoire universelle, et des Mémoires, (le vaillant sold;it, ce polémiste infatipahle, avait pass»'- sa vie à coiiihatlre TKglise romaine, et trop sonv.-nt aus>i à la calomnier; f;a petile-lille , Françoise d'Aubi^'né , veuve Scarrnn . en premières noces, et en secondes noces, marquise de Mainii non, et femme anonyme de Louis XIV, pas«;a sa vie à di'fcridie «cette même E;^lise et à combattre ses anciens ( oreligionnaircs. L« prosélytisme d'une foi sincère avait-il seul contribua à ce nouveau miracle de l)ainas? Bi(>n des gens en doutent, et quelques personnes, flirt bien renseignées par Saint-Simon et autres écrivains du temps, piMisent même qu'en prenant, auprès de l'amant adultère de la Valliôie et de la Montespan, le rôle de conv(Tti*.seur, mademoiselle d'Aubigné avait surfout en vue de faire oublier que son aïeul avait écrit des vers tels que ceux-ci .
Hugii'^nois, vous croiez qu'au doux sein de l'Église Sont nourris et sauvez les fidèles sans plus; Nous disons que parmi les agneaux, les élus, Elle embrasse les boucs et les loups favorise ; Coyer voulut loger les putains en franchise, Canoniser pour saints les vérolez perclus; L'F.glise l'a repris quand vous n'en vouliez plus. Catholique, il poursuit encor son enirepri-e. La paillarde le voit martyr pour les boni' aut, L'avocat des putains, sindic des nnaquereaux; Elle ouvre les genoux, l'accole très-humaine. Honteux, banni, puant, vérole, ladre vort. Ilugiunots, confessez que l'Église romaine Tient son giron paillard à tous venans ouvert.
Très-certainement ce n'étaient pas les œuvres de son grand-père que la veuve Scarron lisait à Louis XIV, dans les soirées moroses de Versailles, où ce prince, témoin du naufrage de sa fortune, se repentit sans doute plus d'une fois « d'avoir pris pour maîtresse une vieille femme et pour ministre un jeune homme. »
PAUTROT ET LA DAME DE .NOUAILLE.
La coutume de Poitou est que les meilleures maisons du pais retiennent des chambres à Nyort et Fontenay pour se