‹ Chefs-d'œuvre des conteurs françaisChapitre 91 sur 100 · PAUTUOT ET LA DAME DE NOU AILLÉ · texte numérisé non relu

PAUTUOT ET LA DAME DE NOU AILLÉ

trouver aux foires qui sont en ces tleuv litux. Une dann; <le Nouaillé reteiioit à chaque loyre de INyort, cliez Baiberie, la petite chamltre qui est au haut de Ttscaher. N'étant point arrivée le premier jour, le sieur de Pautrot, de la maison de Saint-Gelais, s'y logea.

Le lendemain, à deux heures api es midi, arriva la diimt-, et cependant qu'elle disoit des lionnestelez à son hoste, Ys.iheau, la iille de chiimbre, d'une gentille humeur, — car il faut que je vous dise en passant qu'un charpentier, nommé Bézant, lui ayant donné des leltres pour sa maistrcsse, jamais elle ne voulut nommer le porteur par son nom; estant pressée elle tendait la gorge et domandoit un couteau })lutôt que de prononcer un si vilain mot : enfin la maistresse, qui avoit besoin de savoir le nom, n'aiant rien gagné ni par promesses ni par menaces, lui commanda de lui faire connoistre par entreseings, i Hé bien cela, dit Ysabeau : il s*ap[)elle coiimncela de quoi on vous le fait... » Elle prononça un terme de bourdeau. — Elle-même donc elant montée en la chambre trouva sur la table une inalc rouge, qu'aussitôt elle empoigne par les cordons et la fait sauter par la fenêlre. La maie tomba sur une épaule de Martin, valet de Pautrot. Comme Mai lin regardoit (jui étoit blessé de la maie ou de l e{)aule, arrive son maître qui la fait apporter après lui et trouve la d.ime au haut. Les voilà aux paroles, froides pour le commencement, mais il y fallut faire, et venir aux résolutions, comme vous savez qui ne sont pas toutes sur le duel. Les voilà sur :

— Je n'endurerai pas cet affront.

L'autre : — Ni moi que ma niale soit précipitée.

Elle: — J'ai cinquante gentilshommes en cette foire, mes serviteurs et part-nts pour prendre ma quere^e. J'y ai aussi deux gendre> que vous connaissez bien.

Cela écbaulTa Pautrot à dire :

— Madame, si vos gendres reçoivent le présent de la que-

548 LKS conte: li.^ l iiA>vAl>.

relie aussi lihéralcmeiil que vous me le donnez, ils nie trouveront plus roidii en leur cmlroit qu(i je ne saurois être au vôtie, ven vohe .igi; ei ce qui en dépefid.

Cette déj)en(l;uif:e picpiu fort la d.ime, pour ce qu'on disoit qii'il lui pcndoit ([U'îKpie chose, joint qu'elle ne se sentolt pas encoi c en l'âge de m'ipris. Elle donc, troublée de colère, revint au dialogue.

— Voilà mon lit, dit-elle, où j'ai accoutumé de coucliiT et j'y couclierai Cette imit.

Pautiot répliqua :

— Voilà le lit où j'ai couché la nuit passée et j'y coucherai encore celle-ci.

— Je dis que. j'y coucherai, reprit la dame. Pautrot. — Et moi aussi.

La dame. — Je ne dis pas (jue vous n'y couchiez, mais j'y coucherai.

Pautrot. — Et moi je ne dis pas que vous n'y couchiez, mais si sç.ai-je bien que j'y coucherai aussi.

La dame. — Et pour vous fuire parestre mon courage, j'y coucherai dès à présent.

Pautrot dit qu'il, alloit faire comme la dame, qui appelle Ysabeau pour la devestir; l^autrot, Martin pour le déchaussur. Ce fut à qui feroit paroistre la résolution par diligence; la dame eut l'avantage pour être la première prête, et Pautrot eut la ruelle. Ysabeau regarde Martin, et lui levant le nez, dit :

— Eh bien ! maître sot, savois-je pas bien que nous y coucherions?

— Et nous? dit Martin...

Sans vous amuser plus longtemps, voilà les deux qui prennent le chemin de leur maître et maîtresse, premièrement en paroles, mais plus raccourcies, puis au lit; mais pource î{ue Martin ferma la porte, et qu'il disputoit sur ce point

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