‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatique (volume 2)Chapitre 102 sur 201 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

NICOMÈDE, LAODIGE.

LAODICE

Après tant de hauts faits, il m'est bien doux, seigneur',

De voir encor mes yeux régner sur votre cœur ;

De voir, sous les lauriers qui vous couvrent la l»*'te.

Un si grand conquérant être encor ma conquête ,

Kt de toute la gloire acquise à ses travaux

Faire un illustre hommage à ce peu que je vaux.

Quelques biens toutefois que le ciel me renvoie,

iMon cœur épouvanté se refuse à la joie :

Je vous vois à regret, tant mon cœur amoureux '

Trouve la cour pour vous un séjour dangereux.

Votre marâtre y règne ; et le roi votre père

Ne voit que par ses yeux, seule la considère,

lV)ur souveraine loi n'a que sa volonté :

Jugez après cela de votre sûreté.

l^a haine que pour vous elle a si naturelle

A mon occasion encor se renouvelle.

• Les variantes de cette pièce se trouvent dans l'édition de < Gi» .

'' Vmî. Scisnour, je vous l'avoue, il doit m'être bien doux

I)e voir (|uc , tout vaiiKiucur, je régne encor sur vous; Que, sous tant de lauriers qui vous couvrent la tête, lin si grand conquérant est encor ma conciucto , Et que toute la gloire ac(|uise à vos travaux Sert d'un illustre lio:nmagc à ce peu ijuc je vaux.

' V Ml, Je vous vois à regret , tant cir cuur ainourriix.

Ï90 NICOMEDE

Voire frère son fils, depuis peu de retour. ..

NlCOMÈDE.

Je le sais, ma princesse, et qu'il vous fait la cour.

Je sais que les Romains, qui l'avaient en otage ,

L'ont enfin renvoyé pour un plus digne ouvrage ;

Que ce don à sa mère était le prix fatal

Dont leur Flaminius marchandait Annibal ;

Que le roi par son ordre eût livré ce grand homme ,

S'il n'eût par le poison lui-même évité Rome ,

Et rompu par sa mort les spectacles pompeux

Où l'effroi de son nom le destinait chez eux.

Par mon dernier combat je voyais réunie

La Cappadoce entière avec la Bithynie,

Lorsqu'à cette nouvelle , enflammé de courroux

D'avoir perdu mon maître, et de craindre pour vous,

J'ai laissé mon armée aux mains de Théagène,

Pour voler en ces lieux au secours de ma reine.

Vous en aviez besoin , madame, et je le voi ,

Puisque Flaminius obsède encor le roi.

Si de son arrivée Annibal fut la cause ,

Lui mort, ce long séjour prétend quelque autre chose;

Et je ne vois que vous qui le puisse arrêter.

Pour aider à mon frère à vous persécuter.

LAODICE

Je ne veux point douter que sa vertu romaine * N'embrasse avec chaleur l'intérêt de la reine : Annibal , qu'elle vient de lui sacrifier, L'engage en sa querelle , et m'en fait défier. Mais, seigneur, jusqu'ici j'aurais tort de m'en plaindre : Et, quoi qu'il entreprenne, avez-vous heu de craindre? Ma gloire et mon amour peuvent bien peu sur moi , S'il faut votre présence à soutenir ma foi j

' Var. Je n'oserais (loiUcr que sa vrrtn rnmainf.

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