ACTE l, SCENE I. i.m
Et si je puis tomber en cette frénésie
De préférer Attalc au vainqueur de l'Asie;
Attalc, qu'en otage ont nourri les Romains,
Ou plutôt qu'en esclave ont façonné leurs mains ,
Sans lui rien mettre au cœur qu'une crainte scvvile
Qui tremble à voir un aigle, et respecte un édile !
NICOMÈDE
IMutôt, plutôt la mort, que mon esprit jaloux Forme des sentiments si peu dignes de vous ! Je crains la violence, et non votre faiblesse * ; Et si Rome une fois contre nous s'intéresse...
LAODICE
Je suis reine, seigneur; et Rome a beau tonner. Elle ni votre roi n'ont rien à m' ordonner ; Si de mes jeunes ans il est dépositaire. C'est pour exécuter les ordi*es de mon père : Il m'a donnée à vous , et nul autre que moi N'a droit de l'en dédire, et me choisir un roi. Par son ordre et le mien , la reine d'Arménie Est due à l'héritier du roi de Bithynie , Et ne prendra jamais un cœur assez abject Pour se laisser réduire à l'hymen d'un sujet. Mettez-vous en repos.
NICOMÈDE
Et le puis-je, madame, Vous voyant exposée aux fureurs d'ufte femme Qui , pouvant tout ici , se croira tout permis Pour se mettre en état de voir régner son fils ^ ? Il n'est rien de si saint qu'elle ne fasse enfreindre. Qui livrait Annibal pourra bien vous contraindre , Et saura vous garder même fidélité ^
' Vai!. Je crains sa violence , et non voire faiblesse. ' Var. An moindre jour ouvert de voir régner son fils. • \ \K. El n'aura pas pour vous plus de lidéiltt-.
Î92 wicomede;
Qu'elle a gardée aux droits de l'hospitalitt'.
LAODICE
Mais ceux de la nature ont-ils un privilège
Qui vous assure d'elle après ce sacrilège?
Seigneur, votre retour, loin de rompre ses coups,
Vous expose vous-même , et m'expose après vous.
Comme il est fait sans ordre , il passera pour crime ,
Et vous serez bientôt la première victime *
Que la mère et le fils, ne pouvant m'cbranlcr,
Pour m'ôter mon appui se voudront immoler.
Si j'ai besoin de vous de peur qu'on me contraigne ' y
J'ai besoin que le roi , qu'elle-même vous craigne.
Retournez à l'armée, et , pour me protéger,
Montrez cent mille bras tout prêts à me venger.
Parlez la force en main, et hors de leur atteinte;
S'ils vous tiennent ici, tout est pour eux sans crainte;
Et ne vous flattez point ni sur votre grand cœur,
Ni sur l'éclat d'un nom cent et cent fois vainqueur;
Quelque haute valeur que puisse être Ja vôtre,
Vous n'avez en ces lieux que deux bras comme un autre ■
Et, fussiez-vous du monde et l'amour et l'effroi ,
Quiconque entre au palais porte sa tête au roi.
Je vous le dis encor, retournez à l'armée ,
Ne montrez à la cour que votre renommée ;
Assurez votre sort pour assurer le mien ;
Faites que l'on vous craigne, et je ne craindrai rien.
NICOMÈDE
Retourner à l'armée ! Ah ! sachez que la reine ^
Que de respect aux droits de l'hospitalité.
LAODICE
Et ceux de la nature ont-ils un privilège. ' Vab. Et vous serez , seigneur, la première victime. ' Vak. Mais jai besoin de vous de peur qu'on me contraigne :
Oui, seigneur; il est vrai , j'ai besoin i|u'on vous crai^in'. - Var. Retourner à larniéc! Ah . madame 1 et la reine.