ACTE I, SCENE 11. lOr
ATTALE
Et si le roi le veut?
LAODir.i:.
Lv roi , juste et prudent , ne ve.ut qu»' ce qu'il peut.
ATTALK.
. Ki que ne [)eut ici la grandeur souveraine?
LAODICE
Ne parlez pas si haut : s'il est roi , je suis reine; Et vers moi tout l'effort de son autorité N'agit que par prière et par civilité.
ATTALE
Non ; mais agir ainsi, souvent c'est l)eaucoup dire Aux reines comme vous qu'on voit dans son empire '; Et, si ce n'est assez des prières d'un roi , Rome, qui m'a nourri, vous parlera pour moi.
MCOMÉDE
Home , seigneur !
ATTALE
Oui, Uome ; en ètes-vous en doute?
Nir.OMÈDE.
Seigneur, je crains pour vous qu'un Romain vous écoute ;
Et si Rome savait de quels feux vous brùlejç ,
Bien loin de vous prêter l'appui dont vous parlez.
Elle s'indignerait de voir sa créature
A l'éclat de son nom faire une telle injure.
Et vous dégraderait peut-être dès demain
Du titre glorieux de citoyen romain.
Vous l'a-t-elle donné pour mériter sa haine
En le déshonorant par l'amour d'une reine?
Et ne savez-vous plus qu'il n'est princes ni rois
Qu'elle daigne égaler à ses moindres bourgeois?
Pour avoir tant vécu chez ces cœurs magnanimes ,
' \ vu. Aux l'filH'S C'cllllllll' VOUS (|U'<III voit S(lll^ Sdll CMIIHII .
I9f, NICOMÏiDE.
Vous en avez bientôt oublié les maximes.
Reprenez un orgueil digne d'elle et de vous;
Remplissez mieux un nom sous qui nous treml)lons tons;
Et^ sans plus l'abaisser à cette ignominie
D'idolâtrer en vain la reine d'Arménie,
Songez qu'il faut du moins, pour toucher votre cœur.
La lille d'un tribun ou celle d'un préteur;
Que Rome vous permet cette haute alliance * ,
Dont vous aurait exclu le défaut de naissance ,
Si l'honneur souverain de son adoption
Ne vous autorisait à tant d'ambition.
Forcez , rompez, brisez de si honteuses chaînes;
Aux rois qu'elle méprise abandonnez les reines ;
Et concevez enfin des vœux plus élevés ,
Pour mériter les biens qui vous sont réservés.
ATT A LE
Si cet homme est à vous, imposez-lui silence,
Madame, et retenez une telle insolence.
Pour voir jusqu'.à quel point elle pourrait aller,
J'ai forcé ma colère à le laisser parler;
Mais je crains qu'elle échappe, et que , s'il continue ,
.le ne m'obstine plus à tant de retenue.
Seigneur, si j'ai raison , qu'importe à qui je sois? Perd-elle de son prix pour emprunter ma voix? Vous-même, amour à part, je vous en fais ailiifre Ce grand nom de Romain est un précieux fi lie Et la reine et le roi l'ont assez acheté - Pour ne se plaire pas à le voir rejeté,
Vab. Que c'csl à ces partis tiue Rome vous dcsline , Mais dont vous exclurait enlin votre orisiiif .
Ne vous autorisait à celte ambition.
' V.\K. Et la reine et le roi l'ont pour vous acheté Assez pour n'aimer pas à le voir rejeté.