‹ Chefs-d'œuvre dramatiques. Avec les variantes du texte, les examens de pièces, et Les discours sur la poésie dramatiqueChapitre 248 sur 355 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

PHOTIN

Seigneur, quand par le fer les chosee sont vidées ^ , La justice et le droit sont de vaines idées; Et qui veut ôtre juste en de telles saisons Balance le pouvoir, et non pas les raisons \

Voyez donc votre force; et regardez Pompée , Sa fortune abattue, et sa valeur trompée. César n'est pas le seul qu'il fuie en cet État' : Il fuit et le reproche et les yeux du sénat. Dont plus de la moitié piteusement étale Une indigne curée aux vautours de Pliarsalo^ Il fuit Rome perdue, il fuit tous les Romains \ A qui par sa défaite il met les fers aux mains ; Il fuit le désespoir des peuples et des princes Qui vengeraient sur lui le sang de leurs provinces % Leurs États et d'argent et d'hommes épuisés, Leurs trônes mis en cendre , et leurs sceptres brisés : Auteur des maux de tous, il est à tous en butte, Et fuit le monde entier écrasé sous sa chute. Le défendez- vous seul contre tant d'ennemis? L'espoir de son salut en lui seul était mis. Lui seul pouvait pour soi : cédez alors qu'il tombe. Soutiendrez-vous un faix sous qui Rome succombe % Sous qui tout l'univers se trouve foudroyé. Sous qui le grand Pompée a lui-même ployé?

' Var. Sire , quand par le fer les choses sont vidées.

^ iMiT. Metiri sua regua deeet , viresque fateri. .

^ iMiT. Nec soceri tantum anna fugit : fugit ora scnatus,

Cujus thessalicas salurat pars magna volucies. ^ iMiT. Et metuit gentes quas uno in sanguine mixtas

Deseruit , regesque tiniet quorum omnia raersit.

•^ Vah. Qui veut venger sur lui le sang de leurs provinces.

" iMiT. Tu, I*tolemœe, potes Magni fulcire ruinam Siib «{ua Roma ja<.et'

Quand on veut soutenir ceux que le sort accable \ A force d'être juste on est souvent coupable ; Et la fidélité qu'on garde imprudemment % Après un peu d'éclat, trame un long châtiment. Trouve un noble revers, dont les coups invincibles. Pour être glorieux , ne sont pas moins sensibles.

Seigneur, n'attirez point le tonnerre en ces lieux ^ ; Rangez-vous du parti des destins et des dieux \ Et sans les accuser d'injustice ou d'outrage, Puisqu'ils font les heureux, adorez leur ouvrage °; Quels que soient leurs décrets, déclarez-vous pour eux Et, pour leur obéir, perdez le malheureux. Ivresse de toutes parts des colères célestes. Il en vient dessus vous faire fondre les restes; Et sa tète, qu'à peine il a pu dérober ^, Toute prête de choir, cherche avec qui tomber. Sa retraite chez vous en effet n'est qu'un crime; Elle marque sa haine , et non pas son estime ; 11 ne vient que vous perdre en venant prendre port; Et vous pouvez douter s'il est digne de mort ! Il devait mieux remplir nos vœux et notre attente '' , Faire voir sur ses nefs la victoire flottante ; jl n'eût ici trouvé que joie et que festins : Mais puisqu'il est vaincu, qu'il s'en prenne aux destins. J'en veux à sa disgrâce, et non à sa personne ^ :

■ IviT. Jus et fas nuiltns faciunt , l^olema^, noccntc.. ' Imit Dat pœnas laudata (ides, cum susliact, iuqnit,

Quos fortuna promit.

' Vmi. Sire, n'attirez point le tonnerre en ros lifux.

*« Imit Tatis accède, dcisque.

^ Imit. Et cole felices, iniscros fuj^e.

*' Imit. Postquani nuUa manet rerum lidiicia, (|iia'rit

C um qua gentc cadat.

' l>in Vittis tua fi)\iimis arma.

" hiiT. H<M' O-rniMi , «piod t;ila jidtciit luoicri»', paras i,

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