ACTE I, SCÈNE I
J'exécute à regret ce que le ciel ordonne ; Et du même poignard pour César destiné Je perce en soupirant son cœur infortuné. Vous ne pouvez enfin qu'aux dépens de sa tête Mettre à l'abri la vôtre, et parer la tempête. Laissez nommer sa mort un injuste attentat : La justice n'est pas une vertu d'Etat.
Le choix des actions ou mauvaises ou bonnes ' Ne fait qu'anéantir la force des couronnes; Le droit des rois consiste à ne rien épargner ; La timide équité détruit l'art de régner. Quand on craint d'être injuste, on a toujours à craindre-; Et qui veut tout pouvoir doit oser tout enfreindre , Fuir comme un déshonneur la vertu qui le perd, Et voler sans scrupule au crime qui lui sert \ C'est là mon sentiment. Achillas et Septime S'attacheront peut-être à quelque autre maxime. Chacun a son avis ; mais , quel que soit le leur. Qui punit le vaincu ne craint point le vainqueur.