SCÈNE lA
PTOLOMÉE, PHOTIN
PTOLOMKK.
J'ai suivi tes conseils; mais plus je Fai llattée,
Et plus dans l'insolence elle s'est emportée :
Si bien qu'enfin, outré de tant d'indignités.
Je m'allais emporter dans les extrémités :
Mon bras, dont ses mépris forçaient la retenue ,
N'eût plus considéré César ni sa venue ,
Et l'eut mise en état , malgré tout son appui,
De se plaindre à Pompée auparavant qu'à lui.
L'arrogante ! à l'ouïr elle est déjà ma reine :
Et, si César en croit son orgueil et sa haine ,
Si, comme elle s'en vante, elle est son cher ohjel
De son frère et son roi je deviens son sujet.
Non, non; prévenons-la: c'est faiblesse d'attendre
Le mal qu'on voit venir sans vouloir s'en défendra
Otons-lui les moyens de nous plus dédaigner,
()tons-lui les moyens de plaire et de régner;
Et ne permettons pas qu'nprés tant de liravndcs.
Mon sceptre soit le prix d'une de ses d'illades.
PHOTIN
Seigneur, ne donnez point de prétexte à César ' Pour attacher rÉgypte aux pompes de son char. Ce cœur ambitieux, qui par toute la terre Ne cherche qu'à porter l'esclavage et la guerre. Enflé de sa victoire et des ressentiments Qu'une perte pareille imprime aux vrais amanis. Quoique vous ne rendiez que justice à vous-mémi', Prendrait l'occasion de venger ce qu'il aime; Et, pour s'assujettir et vos Étals et vous,
' Vaii. Sirr ne donnf/. point de pii'lt'xtr .'i r/s.ir.
ACTK II, SCKNE IV. 4:n
liujMiler.iit à criiiK' nii si jnst«; courivnix.
PTOI.OMKK.
Si Cléopàlro vit, s'il l;j voit, ollo rst n \nv
PIIOTIN.
Si CléopAtiY' meurt, votre pert<' est (M'itiùiir.
PTOLOMKK.
Je [)erdi*ai ([ui ine^ penl, no, pouvant lue sniivri-,
PHOTIN
Pour la perdre avec joie^ il faut vouseons<'rver.
PTOLOMÉE
Quoi ! pour voir sur sa tète éclater ma couronne? Sceptre, s'il faut enfin que ma main t'abaiidonne , Passe, passe plut<M en celle du vainrpieur.
PllOTIN.
Vous l'arracherez mieux de celle d'une so'ur. Quekpies feux qiie d'abord il lui fasse parait r<', U partira bientôt, et vous serez le maitrc. L'amour à ses pareils ne donne point d'ardeur Oui ne cède aisément aux soins de leur grandeur : Il voit encor l'Afritpie et l'Espagne occupées Par Juba, Scipion, et les jennes Pompées; Et le monde à ses lois n'est point assujetti , Tant qu'il verra durer ces restes du parti. Au sortir de Pharsale, un si grand capitaine Saurait mal son métier s'il laissait prendre hah ine, Et s'il donnait loisir à des cœurs si hardis De relever du coup dont ils sont étourdis : S'il les vainc, s'il parvient où son désir aspire. Il faut qu'il aille à Rome ét;ablir son empire , Jouir de sa fortune et de son attentat, Et changer à son gré la forme de l'Etat. Jugez durant ce temps ce que vous pourrez faire. Seigneur, voyez César, forcez-vous à lui plaire \;
' Vah. Sirp, voyez César, forcez-vous à lui plaire.
4n2 POMPÉE.
VA, lui déférant tout, veuillez vous souvenir Que les événements régleront Favenir.
Hemettez en ses mains trône , sceptre , couronne , Et, sans en murmurer, souffrez qu'il en ordonne Il en croira sans doute ordonner justement, En suivant du feu roi Tordre et le testament ; l^'importance d'ailleurs de ce dernier service Ne permet pas d'en craindre une entière injustice. Quoi qu'il en fasse enfin , feignez d'y consentir, Louez son jugement, et laissez-le partir \ fgeances, Après , quand nous verrons le temps propre aux ven- \ous aurons et la force et les intelligences, .lusque-là réprimez ces transports violents Qu'excitent d'une sœur les mépris insolents : Les bravades enfin sont des discours frivoles , Et qui songe aux effets néglige les paroles.
PTOLOMÉK.
Ah! tu me rends la vie et le sceptre à la fois :
Un sage conseiller est le bonheur des rois.
Cher appui de mon trône, allons, sans plus attendre,
Offrir tout à César, afin de tout reprendre ;
.Vvec toute ma flotte allons le recevoir %
Et par ces vains honneurs séduire son pouvoir.
' V\H, Lonez son jugement, et le laissez partir. V\H. Et, pour vaincre d'honneurs son absolu pouvoir, Avec toute ma flotte allons le recevoir.